Après avoir perdu son sous-marin dans le détroit de Bungo au Japon, le commandant Richardson a dû attendre un an avant de se voir confier un nouveau commandement, le Nerka. Il n’a qu’une idée en tête, aller couler celui qui a détruit son sous-marin. Mais il se heurte à l’hostilité de son commandant en second, le lieutenant Jim Bledsoe, qui espérait obtenir le commandement du Nerka… L’Odyssée du sous-marin Nerka (Run Silent, Run Deep) est un film américain de Robert Wise, basé assez librement du roman du même nom du commandant Edward Latimer Beach, Jr. Il s’agit donc d’un film de sous-marins, certes, mais l’histoire se concentre surtout sur l’obsession d’un commandant décidé à se venger de son précédent échec, et sur l’opposition entre lui et son second. L’utilisation de maquettes dans les quelques scènes de batailles est très visible mais il était difficile de faire mieux à l’époque. L’ensemble est hélas un peu fade mais il faut souligner le réalisme des scènes à l’intérieur du sous-marin, notamment les procédures de combat qui sont, parait-il, très réalistes. Compte tenu de la présence de deux têtes d’affiche de premier plan, le faible succès du film a été décevant. Elle: – Lui :
Lecteurs : (2 note(s), moyenne : 3,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Dans un avenir très proche (1981), Lawrence Dell, ancien général de l’Armée de l’Air des États-Unis, s’empare d’une base militaire stratégique et exerce un chantage aux missiles nucléaires pour que soient révélés des secrets jusque-là bien gardés… L’ultimatum des trois mercenaires est un film américain réalisé Robert Aldrich. Il est adapté d’un roman de l’américain Walter Wager paru en 1971. Il s’agit d’un suspense de politique-fiction sur une base proche du Dr Folamour de Kubrick mais dont le développement interroge sur les véritables motivations de la guerre du Viet-Nam (qui auraient été cachés au peuple américain). Bien qu’un peu long, le suspense fonctionne bien et se révèle assez riche, du moins dans sa version intégrale (car le film a été mutilé, la version sortie en France par exemple était amputée de presque une heure). Les discussions entre le président et ses conseillers questionnent sur la fonction présidentielle. Robert Aldrich utilise le split-screen (2 ou 4 écrans) de façon très intelligente. Le film fut un échec commercial. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarque : • Le titre original, Twilight’s Last Gleaming (la dernière lueur du crépuscule), est tiré de l’hymne américain (début du premier couplet : O say can you see, by the dawn’s early light, / What so proudly we hailed at the Twilight’s Last Gleaming?). Le sens de ce titre original fonctionne à plusieurs niveaux alors que le titre français évoque une série-B, ce que le film n’est pas.
Burt Lancaster et Paul Winfield dans L’ultimatum des trois mercenaires (Twilight’s Last Gleaming) de Robert Aldrich.Richard Widmark et Charles Durning dans L’ultimatum des trois mercenaires (Twilight’s Last Gleaming) de Robert Aldrich.
En août 1944, un colonel allemand, grand amateur d’art, fait évacuer pour les envoyer en Allemagne des tableaux de maîtres de la galerie nationale du Jeu de paume et des œuvres dites « dégénérées » issues de spoliations en France. Des cheminots de la Résistance vont tout faire pour que le train de marchandises qui les transporte n’arrive pas à destination… Le Train est un film américain de John Frankenheimer. Le scénario, signé Franklin Coen et Frank Davis, s’inspire d’un épisode réel de la Seconde Guerre mondiale, le déraillement en France du train dit « d’Aulnay » en août 1944 (1), et relie cet évènement au pillage organisé des œuvres d’art. Hormis le premier rôle tenu par Burt Lancaster, tous les personnages français sont joués par acteurs français (doublés en anglais). Destiné, nous dit-on en exergue, à mettre en valeur l’héroïsme des cheminots de la Résistance, le film n’a pas la force qu’il devrait avoir. L’ensemble paraît en effet un peu artificiel, il manque d’authenticité mais les scènes d’action et de suspense sont réussies. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 4,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
• Bernard Farrel est crédité comme coréalisateur sur les copies (et les affiches) françaises. Exigé par la législation fiscale française, il n’était pas autorisé à mettre les pieds sur le plateau et son nom est totalement absent des copies américaines.
• Dans la VO, tous les personnages parlent anglais (même les allemands entre eux). La version doublée en français n’a pas ce défaut. Il n’est pas donc impossible que la V.F. paraisse plus authentique.
• Lors d’une journée de repos, Burt Lancaster se blessa à la jambe en jouant au golf. Afin qu’il puisse tourner les scènes restantes en claudiquant, il fut décidé de rajouter une scène où son personnage reçoit une balle dans la jambe !
(1) Le « train d’Aulnay » est un fait réel, mais il transportait principalement des meubles.
(2) Le Train est basé sur le livre, paru en 1961, Le front de l’art de Rose Valland, historienne de l’art au Musée du Jeu de Paume, qui raconte avec détails comment les œuvres d’art, qui avaient été pillées par les Allemands dans les musées et les collections privées dans toute la France, y furent triées pour être expédiés en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale.
Albert Rémy, Charles Millot et Burt Lancaster dans Le Train (The Train) de John Frankenheimer.
Homonyme : Le Train de Pierre Granier-Deferre (1973) avec Jean-Louis Trintignant et Romy Schneider
J.J. Hunsecker est l’éditorialiste le plus influent de New York. Il a décidé d’empêcher sa sœur d’épouser un guitariste de jazz. Pour cela, il demande à Sidney Falco, petit attaché de presse arriviste et sans scrupules, de tout faire pour empêcher cette union…
Si Alexander Mackendrick est surtout connu pour ses excellentes comédies réalisées en Angleterre pour les studios Ealing (1), le réalisateur est né aux Etats Unis, a grandi en Ecosse et, à son retour, Sweet Smell of Success est son premier film américain. Il s’agit d’un film noir se déroulant dans le monde des médias, plus précisément du journalisme à scandales. Le scénario est basé sur une histoire écrite par l’excellent Ernest Lehman qui connait bien ce monde. Le film bénéficie de dialogues signés Clifford Odets, débités très rapidement, mordants, au ton ironique et amer qui donne au film une certaine rage appuyée par la frénésie de la mise en scène. Les deux personnages principaux n’en paraissent que plus méprisables dans leur soif de pouvoir et de réussite. La très grande majorité des scènes se déroulent de nuit. La photographie signée par le grand James Wong Howe (2) est superbe. La musique n’est pas en reste, le jazz y est très présent : outre la partition d’Elmer Bernstein, le Chico Hamilton Quintet fait une apparition remarquée. Film puissant, presque dérangeant, Sweet Smell of Success fut un échec à sa sortie. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarque :
* Le personnage interprété par Burt Lancaster est inspiré du journaliste échotier newyorkais Walter Winchell qui a officié dans les années 30 et 40 et 50. Tout aussi craint qu’admiré, il était spécialisé dans mes rumeurs à parfum de scandale. Après la guerre, il fut un soutien actif de Joseph McCarthy dans sa traque des communistes, n’hésitant pas à créer de fausses rumeurs pour casser des réputations. Obsédé par la vie amoureuse de sa fille, il a l’a faite interner et fait expulser son fiancé par le directeur du FBI J. Edgar Hoover.
Burt Lancaster dans Le Grand Chantage (Sweet Smell of Success) de Alexander Mackendrick.
Le dossier de presse de l’époque affirmait que le directeur de la photographie James Wong Howe avait appliqué de la vaseline sur ses lunettes pour rendre son regard plus noir et menaçant.
Susan Harrison et Tony Curtis et dans Le Grand Chantage (Sweet Smell of Success) de Alexander Mackendrick.
(1) 1949 : Whisky à gogo ! (Whisky galore)
1951 : L’Homme au complet blanc (The Man in the White Suit)
1952 : La Merveilleuse Histoire de Mandy (Mandy) (film dramatique)
1954 : The Maggie
1955 : Tueurs de dames (The Ladykillers)
Elmer Gantry est un représentant de commerce, bon vendeur mais dont les résultats sont très inégaux : on le voit tantôt avec une belle allure, tantôt dans un état proche du vagabondage. Il est également très religieux, connaît la Bible par cœur, chante les hymnes d’une belle voix. Dans une réunion évangélique, il est subjugué par celle qui se fait appeler sœur Sharon Falkoner. Il réussit à l’approcher et à en devenir l’associé… Elmer Gantry est un film écrit et réalisé par Richard Brooks, d’après le roman homonyme de Sinclair Lewis publié en 1927, écrivain qui reçut à la fois le Pulitzer et le prix Nobel de littérature. Les évangélistes sont une tradition typiquement américaine et un grand nombre d’entre eux ont sillonné les Etats-Unis, tout particulièrement dans les années 1920, époque où se situe le roman (1). Le sujet était (est toujours, d’ailleurs) particulièrement risqué et Richard Brooks eut toutes les peines du monde à financer son audacieux projet. Le récit dénonce bien entendu le charlatanisme mais aussi la propension des gens ordinaires à croire à des choses simples. Le propos est loin d’être sommaire ou manichéen. Arriviste et même cynique, Elmer Gantry est néanmoins un personnage attachant (le réalisateur en donne même une image christique dans la scène où il se fait conspuer), ce qui le rend particulièrement riche et complexe. Burt Lancaster y contribue grandement par son interprétation hors-pair. Face à lui, Jean Simmons montre beaucoup d’intensité dans son jeu. Elmer Gantry est une œuvre intelligente et particulièrement intense. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarque :
* L’histoire évoque celle de The Miracle Woman de Frank Capra (1931) avec Barbara Stanwyck. Le personnage de la prédicatrice de ces deux films est inspiré par le même personnage réel, Semple McPherson, qui officia dans les années 1920 et 1930.
(1) Pour des raisons strictement budgétaires (liées aux costumes), Richard Brooks a déplacé l’action dans les années trente. Il tenait toutefois ne pas la replacer dans les années cinquante pour éviter de trop grandes polémiques.
Burt Lancaster dans Elmer Gantry, le charlatan (Elmer Gantry) de Richard Brooks.
Jean Simmons dans Elmer Gantry, le charlatan (Elmer Gantry) de Richard Brooks.
1941. Récemment transféré dans une caserne des îles Hawaii, le soldat Robert Lee Prewitt, ancien boxeur, est l’objet de brimades car il refuse de remonter le ring afin de défendre l’honneur du régiment dans un championnat. Par ailleurs, le premier sergent Milton Warden approche l’épouse de son capitaine, délaissée par son mari volage…
Sur un scénario de Daniel Taradash (tiré du roman homonyme de James Jones paru en 1952, l’un des rares sur la vie à Pearl Harbor au début des années 1940, avec ses garnisons et ses bordels), Tant qu’il y aura des hommes est un mélodrame assez poussif teinté d’un fausse critique de la vie militaire. A sa sortie, le film pouvait paraître audacieux, avec notamment cette scène de baiser où Burt Lancaster et Deborah Kerr sont balayés par les flots, l’une des scènes les plus célèbres de toute l’histoire du cinéma. On la revoit aujourd’hui d’un œil amusé tant elle a été copiée et parodiée. Le reste du film mérite beaucoup moins d’attention. Fred Zinnemann n’est pas un réalisateur réputé pour sa subtilité : la lourdeur et la grandiloquence de certaines scènes rendent l’ensemble assez laborieux. Le film paraît interminable. Gros succès populaire suivi de la pluie d’oscars réglementaire (8). Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Sur la piste d’un hors-la-loi, Wyatt Earp, shérif de Dodge City, arrive à Fort Griffin. Il tente d’avoir des informations auprès de John Holliday, joueur de poker notoirement connu dans la région. En vain. Il repart alors à Dodge City, bientôt rejoint par Doc Holliday…
Dix ans après le magnifique My Darling Clementine (La Poursuite infernale) de John Ford, Règlements de comptes à OK Corral retrace l’épisode (réel) de la fusillade d’O.K. Corral en 1881. Ce récit de John Sturges est assez décousu, s’éparpille dans des intrigues mineures et manque de puissance. Heureusement, l’interprétation sauve l’ensemble avec des belles performances de Burt Lancaster et Kirk Douglas, un duo d’acteur joliment complété par Rhonda Fleming. La notoriété de ce film paraît quelque peu excessive, notoriété qui a été aidée il est vrai par un titre dont on se souvient et une chanson qui est restée dans les esprits (musique de Dimitri Tiomkin). Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 4,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* John Sturges a produit et réalisé dix ans plus tard un nouveau film basé sur Wyatt Earp : Sept secondes en enfer (Hour of the Gun) dont l’histoire débute exactement là où s’arrête celle de Règlements de comptes à OK Corral.
* John Ireland (qui interprète Johnny Ringo) tenait le rôle d’un fils Clanton dans le film de John Ford.
Kirk Douglas, Burt Lancaster, DeForest Kelley et Martin Milner dans Règlement de comptes à O.K. Corral de John Sturges.
Burt Lancaster et Rhonda Fleming dans Règlement de comptes à O.K. Corral de John Sturges.
A la suite du Procès de Nuremberg des grands dignitaires nazis (1945-46), douze procès secondaires, appelés parfois « procès successeurs », se déroulèrent dans la zone d’occupation américaine. Le film de Stanley Kramer s’inspire du « procès des juges » qui se tint en 1947 : 16 personnes, anciennement juristes, procureurs et juges, furent inculpés. Dans le film, ils ne sont plus que quatre à comparaître et l’histoire se concentre sur le plus emblématique d’entre eux. Si, il faut bien l’avouer, Stanley Kramer n’a pas toujours convaincu de la qualité de sa réalisation, Jugement à Nuremberg le montre à son meilleur. Son film est intense et restitue bien la gravité du sujet. Il questionne sur la notion de responsabilité personnelle et collective, et aussi sur la culpabilité. L’intensité est encore plus forte avec l’insertion des images d’archives filmées à l’ouverture des camps de concentration, images épouvantables qui créent un choc. C’est l’un des tous premiers films montrant ces terribles documents (1). Le récit donne une large place aux scènes de prétoire. Stanley Kramer a réuni un plateau prestigieux. Un seul acteur montre une certaine outrance dans son jeu (et c’est lui qui a gagné l’Oscar) : Maximilian Schell en avocat de la défense. Les autres acteurs savent trouver le ton juste. Quelle que soient les critiques que l’on peut lui faire, le film a les qualités de son sujet : ces procès sont l’un des plus grands évènements historiques du XXe siècle, une première dans l’histoire de l’Humanité. Malgré une durée de 3 heures, le film draina une large audience. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* L’utilisation du zoom était encore récente en 1961. Les quelques « coups de zoom » très brutaux peuvent s’expliquer ainsi. Ils paraissent ridicules aujourd’hui.
* Les personnages Ernst Janning (interprété par Burt Lancaster) et Emil Hahn (celui qui n’a aucun remords) (interprété par Werner Klemperer) sont inspirés de personnages réels.
* Le blocus de Berlin par les soviétiques (24 juin 1948 – 12 mai 1949) n’eut pas lieu pendant le procès des juges (13 février 1947 – 3 décembre 1947) mais il eut bien lieu pendant d’autres « procès successeurs ».
* Lorsque la première du film se tint à Berlin le 14 décembre 1961 (devant tout un parterre de journalistes transportés à grand frais), le verdict dans le procès d’Adolf Eichmann récemment retrouvé et enlevé par les israéliens en Argentine, avait été rendu deux jours auparavant.
* Pour en savoir plus sur ce procès : lire la page dédiée sur le U.S. Holocaust Memorial Museum. (en anglais)
(1) Il faut bien entendu mentionner le court métrage d’Alain Resnais Nuit et Brouillard qui les montraient dès 1956.
Burt Lancaster dans Jugement à Nuremberg de Stanley Kramer.
Maximilian Schell et Richard Widmark dans Jugement à Nuremberg de Stanley Kramer.
A l’hiver 1944, dans les Ardennes belges, une petite unité américaine de 8 militaires arrive dans un château proche de Bastogne pour éviter que les allemands ne le reprennent. Dans cette vaste demeure millénaire, un comte et sa jeune épouse vivent entourés d’innombrables œuvres d’art. Le major est prêt à tenir jusqu’au bout alors que son capitaine, grand amateur d’art, voudrait protéger la bâtisse et son contenu…
Adapté d’un roman de William Eastlake par Daniel Taradash (scénariste de Tant qu’il y aura des hommes), Castle Keep est un film très original qui montre un propos ambitieux mais n’est que partiellement convaincant. Il s’agit d’une réflexion philosophique sur la guerre, l’art, la vanité, la destinée, et même d’autres thèmes encore. Cela fait beaucoup. L’atmosphère est très particulière, assez onirique où semblent se mêler plusieurs époques, ce qui donne un caractère assez atemporel à l’ensemble. La bataille finale est presque irréelle et fascinante. Dans l’ensemble, le film fut assez mal perçu et compris. La musique est signée Michel Legrand. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 3,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
A la fin de la guerre de Sécession, certains soldats sans attaches ou ayant tout perdu passent au Mexique, alors en pleine guerre civile, pour vendre leurs services au plus offrant. C’est ainsi qu’un ex-officier de l’armée sudiste (Gary Cooper) se voit forcé de faire équipe avec un aventurier rencontré en chemin (Burt Lancaster) dans une mission pour l’empereur Maximilien…
Sur une histoire imaginée par Borden Chase, dont les écrits ont déjà inspirés de grands westerns (Red River de Hawks, Winchester 73 et Bend of the River de Mann… et suivront Far Country toujours de Mann et Man Without a Star de Vidor), Vera Cruz met face à face deux têtes d’affiche pour un film à la réalisation parfaite et au contenu plus complexe qu’attendu. L’histoire est en effet assez simple mais son traitement est très particulier dans le cadre du western classique. Au lieu de montrer une opposition tranchée entre le bien et le mal, entre le bon et le méchant, Vera Cruz adopte une vision plus ambigüe de ses personnages, qui sont à la fois héros et anti-héros. Ainsi, si Gary Cooper montre une grande humanité, il n’hésite pas à trahir ou à tuer pour préserver ses intérêts bassement financiers. Face à lui, Burt Lancaster est bien le méchant de l’histoire mais il est aussi doté d’une indéniable droiture. Il est ambivalent, à l’image de son sourire à la fois carnassier et séducteur, et une utilisation très habile de l’humour le rend plus attirant encore. Par cette ambivalence, cette façon de proposer des héros imparfaits, Vera Cruz semble ouvrir la voie aux westerns modernes. Elle: – Lui :
Lecteurs : (4 note(s), moyenne : 4,25 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Burt Lancaster et Gary Cooper dans Vera Cruz de Robert Aldrich.
Remarques :
* Vera Cruz a beaucoup influencé Sergio Leone. Il est parfois surnommé « le premier western spaghetti ». A noter que Charles Bronson a un tout petit rôle… où il joue (déjà !) de l’harmonica.
* Gary Cooper était vraiment très mal à l’aise avec son personnage d’anti-héros. Ce serait pour cette raison qu’il a ensuite refusé la proposition de Charles Laughton d’incarner le pasteur dans La Nuit du chasseur, laissant ainsi la place à Robert Mitchum.
* Le film est produit par la société Hecht-Hill-Lancaster formée par Harold Hecht (le producteur, aucune relation avec Ben Hecht le scénariste), James Hill et Burt Lancaster.
* Précision technique : Vera Cruz est le premier (et principal) grand film en SuperScope. L’image est enregistrée en 2:1 puis agrandie (en hauteur) afin d’occuper toute la hauteur du cadre dans les copies d’exploitation. Ce procédé, lancé par la RKO en 1954, ne vivra guère. Son principal avantage était d’éviter l’anamorphose à la prise de vue (tassement horizontal pour occuper toute la surface d’une pellicule 35mm) qui impose d’utiliser des objectifs spéciaux. Son inconvénient est de laisser inutilisée une grande partie de la pellicule (interimage important) et donc d’avoir inévitablement une image finale de qualité inférieure.
Burt Lancaster dans Vera Cruz de Robert Aldrich.
Ernest Borgnine et Sara Montiel dans Vera Cruz de Robert Aldrich.