Durant l’hiver 1943, un groupe de résistants dont le chef est « l’ingénieur » réussit à faire exploser une charge à la Kommandantur de Venise. La réussite de l’opération est toute relative et les Allemands arrêtent quarante otages. Les représentants des cinq partis clandestins d’opposition se réunissent en secret ; ils sont très divisés sur la conduite à tenir à propos de ces attentats… Le Terroriste est un film italien écrit et réalisé par Gianfranco De Bosio qui s’appuie sur son expérience dans la Résistance en Vénétie. Il s’agit de la seule réalisation notable de ce réalisateur. Ce n’est pas un film d’action mais une réflexion idéologique sur l’enchaînement de la violence. De longues discussions et échanges entre les cinq représentants de partis constituent l’essentiel du récit. Les questions morales sont très présentes sans que le réalisateur place franchement le débat sur ce point. On notera qu’il présente ses personnages sous un jour très humain. Le film a été remarqué à sa sortie car il ébranlait le mythe de l’unité de la Résistance italienne. Sur le plan cinématographique, la mise en scène est très réaliste par sa simplicité et la ville de Venise offre un environnement inattendu à ce type de récit. Elle: – Lui :
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Pendant la Seconde Guerre mondiale, sous l’occupation allemande, la ligne de démarcation coupe en deux un village du Jura. La résistance s’organise, obligeant les habitants à prendre position et à se dévoiler… La Ligne de démarcation est un film français de Claude Chabrol, adapté du roman homonyme de Gilbert Renault, alias colonel Rémy, personnage majeur de la Résistance (1). Le récit met en valeur les passeurs qui aidaient les résistants à traverser la ligne de démarcation pour rejoindre la zone libre. Le récit est prenant et met en scène les différents comportements face à l’occupant. On pourra bien entendu trouver les personnages stéréotypés mais c’est un peu inévitable dans ce genre de récit condensé. Le film est ainsi plutôt méprisé par les critiques qui le considèrent trop classique, le qualifie de film de commande (ce qu’il est probablement) et trop peu Chabrolien. Seul le long plan-séquence montrant une patrouille allemande arrivant du fond de l’écran, escortant une famille juive dénoncée par un profiteur, trouve grâce à leurs yeux. Le film est toutefois réussi et reste aujourd’hui un témoignage sur cette époque noire. Elle: Lui :
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(1) Outre ses écrits sur la Résistance, Gilbert Renault est l’auteur de la série de romans policiers Le Monocle noir adaptée en trois films de Georges Lautner (1960-1964).
Jean Seberg et Maurice Ronet dans La Ligne de démarcation de Claude Chabrol.
À Paris, sous l’occupation allemande, un groupe disparate de résistants commet des attentats désorganisés. Sous l’impulsion de Missak Manouchian, un Arménien exilé, le groupe se structure et planifie ses actions. Le réseau Manouchian est né… L’Armée du crime est un film français coécrit et réalisé par Robert Guédiguian. Le film retrace l’histoire du groupe Manouchian, surnommé « l’armée du crime » sur une affiche de la propagande allemande placardée massivement en France sous l’Occupation (surnommée « L’affiche rouge »). Le film met en lumière l’action et le sacrifice des membres des Francs-Tireurs et Partisans Main-d’Oeuvre Immigrée (FTP-MOI), résistants de la région parisienne. Dans une optique de toute évidence pédagogique, le réalisateur a cherché à les présenter comme des héros de légende, au prix de certaines libertés ou raccourcis historiques. Si les intentions sont louables, le résultat est hélas un peu décevant : l’ensemble est très froid, rigide et sans émotions. Plus gênant encore, le contexte historique paraît absent. Seule l’action répressive de la police française est bien montrée. Pour avoir un rôle de mémoire, un documentaire aurait probablement été plus efficace que cette reconstitution qui ne sonne pas très vrai. Elle: – Lui :
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Simon Abkarian et Robinson Stévenin dans L’Armée du crime de Robert Guédiguian.
Remarque :
L’histoire du groupe Manouchian avait déjà été l’objet d’un film : L’Affiche rouge de Frank Cassenti (1976) avec Pierre Clementi. Ce film, peu connu, a été récompensé par le Prix Jean Vigo 1976.
En août 1944, un colonel allemand, grand amateur d’art, fait évacuer pour les envoyer en Allemagne des tableaux de maîtres de la galerie nationale du Jeu de paume et des œuvres dites « dégénérées » issues de spoliations en France. Des cheminots de la Résistance vont tout faire pour que le train de marchandises qui les transporte n’arrive pas à destination… Le Train est un film américain de John Frankenheimer. Le scénario, signé Franklin Coen et Frank Davis, s’inspire d’un épisode réel de la Seconde Guerre mondiale, le déraillement en France du train dit « d’Aulnay » en août 1944 (1), et relie cet évènement au pillage organisé des œuvres d’art. Hormis le premier rôle tenu par Burt Lancaster, tous les personnages français sont joués par acteurs français (doublés en anglais). Destiné, nous dit-on en exergue, à mettre en valeur l’héroïsme des cheminots de la Résistance, le film n’a pas la force qu’il devrait avoir. L’ensemble paraît en effet un peu artificiel, il manque d’authenticité mais les scènes d’action et de suspense sont réussies. Elle: – Lui :
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Remarques :
• Bernard Farrel est crédité comme coréalisateur sur les copies (et les affiches) françaises. Exigé par la législation fiscale française, il n’était pas autorisé à mettre les pieds sur le plateau et son nom est totalement absent des copies américaines.
• Dans la VO, tous les personnages parlent anglais (même les allemands entre eux). La version doublée en français n’a pas ce défaut. Il n’est pas donc impossible que la V.F. paraisse plus authentique.
• Lors d’une journée de repos, Burt Lancaster se blessa à la jambe en jouant au golf. Afin qu’il puisse tourner les scènes restantes en claudiquant, il fut décidé de rajouter une scène où son personnage reçoit une balle dans la jambe !
(1) Le « train d’Aulnay » est un fait réel, mais il transportait principalement des meubles.
(2) Le Train est basé sur le livre, paru en 1961, Le front de l’art de Rose Valland, historienne de l’art au Musée du Jeu de Paume, qui raconte avec détails comment les œuvres d’art, qui avaient été pillées par les Allemands dans les musées et les collections privées dans toute la France, y furent triées pour être expédiés en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale.
Albert Rémy, Charles Millot et Burt Lancaster dans Le Train (The Train) de John Frankenheimer.
Homonyme : Le Train de Pierre Granier-Deferre (1973) avec Jean-Louis Trintignant et Romy Schneider
À Gênes en 1943, l’escroc Emanuele Bardone, qui a ses entrées à la Kommandantur, extorque de l’argent aux familles de prisonniers incarcérés par les Allemands en promettant une libération. Dénoncé et capturé, il accepte de collaborer avec l’occupant. Il se fait passer pour un général de la Résistance emprisonné afin d’en démasquer les membres… Le Général Della Rovere est un film franco-italien réalisé par Roberto Rossellini qui, après les échecs de ses films précédents, a accepté cette commande. Il s’agit de l’adaptation d’un livre d’Indro Montanelli, publié en 1959 et basé sur une histoire vraie. Le film associe deux noms qui ont marqué le néo-réalisme dans la décennie précédente : Roberto Rossellini qui réalise et Vittorio De Sica qui tient le rôle principal. L’histoire en elle-même est assez forte. Rossellini place le récit dans une optique chrétienne en mettant bien en avant les notions de bienveillance, d’acceptation du mal et surtout de la possibilité de rachat et de salut. Sa mise en scène est dénuée de tout artifice et ne conserve que l’essentiel. De Sica fait une prestation remarquable. Le film a été récompensé par un Lion d’Or à la vingtième Mostra de Venise (et par le Prix de l’Office Catholique International du Cinéma). Elle: – Lui :
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Hannes Messemer et Vittorio De Sica dans Le Général de la Rovere (Il generale Della Rovere) de Roberto Rossellini.
L’homme en arrière-plan est Roberto Rossellini, qui fait un petit caméo à la manière d’Hitchcock.
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, le fils d’un collaborateur de Grenoble monte chez sa grand-mère sur le plateau du Vercors attendre que la guerre se termine sans lui. Le 21 juillet 1944, les troupes allemandes investissent le plateau. Forcé de s’enfuir, il rejoint un petit groupe de résistants et de civils et va devoir lutter pour survivre… Le Franc-tireur est un film français réalisé en 1972 mais qui n’a pu sortir qu’en 2002. En 1972, il fut bloqué car perçu comme une attaque contre De Gaulle. Lors d’une nouvelle tentative en 1986 au festival de Grenoble, il fut déprogrammé après un tollé faisant suite à la réaction indignée du président des Anciens du Vercors. En 2002, il ne sortit que dans quelques salles. Son réalisateur, Jean-Max Causse, co-fondateur des Studios Action à Paris, en a récupéré les droits, l’a remonté et remixé. De ce fait, il est un peu difficile de comprendre les raisons de ces indignations si ce n’est qu’il nous montre un homme qui fait par hasard un bout de chemin avec la Résistance, non par conviction mais pour sauver sa peau. Il va donc à l’encontre de l’idée qui nous a été longtemps présentée que les français étaient, pendant la guerre, soit des résistants soit des collabos. Le héros de cette histoire ne cherche qu’à passer entre les gouttes et à en sortir vivant. Malgré des moyens de toute évidence assez réduits, la mise en scène est assez efficace, d’une part par son enchainement d’évènements qui alimentent une tension permanente et par son utilisation des paysages, magnifiques mais désolés, du Vercors qui donnent au film une atmosphère de western. Hormis Philippe Léotard, le jeu des acteurs n’est pas toujours parfait et la musique guillerette sur quelques scènes est plutôt étrange. Le film restauré a bénéficié d’une nouvelle sortie en 2019 et c’est heureux car il mérite d’être vu. Elle: Lui :
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Un groupe d’ex-résistants, dont certains s’étaient perdus de vue depuis la fin de la guerre, se retrouvent quinze années plus tard. Ils dînent ensemble dans la demeure de leur ancien chef, Castille, qui a été tué par les allemands. Cette soirée est organisée par deux d’entre eux pour percer le mystère de la mort de Castille car ils savent maintenant qu’il y a eu un traitre… Marie-Octobre est inspiré du roman éponyme de Jacques Robert qui en a écrit l’adaptation avec Julien Duvivier. Il s’agit d’un huis clos avec dix personnages (onze avec la gouvernante) au cours duquel les soupçons vont se porter tour à tour sur chacun. Les dix personnages ont des professions très différentes qui ont parfois une influence. La distribution du film réunit certains des acteurs parmi les plus célèbres du cinéma français de l’époque, chacun restant dans le registre pour lequel il est connu. On est rapidement pris par les discussions et les interrogations qui fusent, d’autant plus facilement que les excellents dialogues sont signés Henri Jeanson. Le film fonctionne tout aussi bien soixante ans après sa sortie. Le récit aborde plusieurs thèmes : le courage, la trahison, la volonté d’oublier. Curieusement, la critique a toujours été très réservée (pour des raisons diverses et un peu confuses) alors que le public l’a transformé en grand succès. Elle: – Lui :
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Remarque :
* Les scènes ont été tournées dans l’ordre du scénario et les acteurs ne connaissaient pas le nom du traitre avant de tourner la scène finale.
(de g. à d.) Lino Ventura, Paul Frankeur, Robert Dalban, Serge Reggiani, Paul Meurisse, Daniel Ivernel, Danielle Darrieux, Bernard Blier, Paul Guers et Noël Roquevert dans Marie-Octobre de Julien Duvivier.
En 1944 dans le Piémont, la Résistance italienne se bat contre les fascistes. L’année précédente, Milton et Giorgio étaient encore étudiants et heureux, tous deux amoureux de Fulvia qui se jouait de leur amour. Milton cherche à joindre Giorgio, combattant dans une autre unité de la région, pour lui demander ce qu’il s’est réellement passé entre Fulvia et lui. Mais au moment où il va le rejoindre, Giorgio est capturé par les fascistes…
Avec le décès de Vittorio Taviani début 2018, Una questione privata restera le dernier film officiellement signé par les Frères Taviani. En réalité, Vittorio, très malade au moment du tournage, n’a pu y participer mais ils ont ensemble choisi leur sujet et écrit cette adaptation d’un roman semi-autobiographique de Beppe Fenoglio paru en 1963. Les deux frères l’ont choisi car ils sont inquiets du renouveau actuel du fascisme en Italie. Mais leur film n’a pas qu’une seule dimension politique, loin de là, puisqu’ils ont créé une atmosphère fantomatique, presque onirique, nous donnant l’impression d’être en dehors du monde. De nombreuses scènes sont baignées d’une brume nuageuse. Cela occasionne des apparitions inattendues tel ce groupe de soldats couverts de boue qui semblent sortir d’un autre monde. Comme Buñuel l’a fait, les frères utilisent l’arme du surréalisme contre l’horreur, comme dans cette scène avec la fillette, aussi surprenante que terrible. L’obstination du héros a, elle aussi, quelque chose d’irréelle. Mais quelle peut être la place d’une « affaire personnelle » dans un tel moment de l’Histoire où prime le collectif ? Notons qu’il ressent en quelque sorte deux agressions, celle des fascistes et celle de Fulvia qui ne prend pas son amour au sérieux. Una questione privata pourra dérouter certains spectateurs par son apparent manque de réalisme. Mais le cinéma des frères Taviani est plutôt un cinéma d’idées et de concepts… Elle: Lui :
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En 1943, un commando de résistants d’un maquis des Cévennes prend d’assaut une prison gardée par les allemands dans le but de libérer douze condamnés à mort. L’opération est une réussite mais, dans leur fuite, les maquisards réalisent qu’ils ont libéré treize prisonniers au lieu de douze. Ils se demandent s’il ne s’agirait pas d’un mouchard…
Adapté du roman homonyme et autobiographique de Jean-Pierre Chabrol, 1 homme de trop est le deuxième long métrage de Costa-Gavras. Sans avoir l’efficacité de ses réalisations ultérieures, le film est assez percutant par sa profusion de scènes d’action très réalistes sur les actions des maquisards. Costra-Gavras l’a décrit comme un « western dans le maquis ». C’est un film sur un groupe, plus que sur des individualités, mais le réalisateur parvient à donner une certaine épaisseur à tous ses personnages. Il est aidé, il est vrai, par un beau plateau d’acteurs. Pas vraiment de contenu politique même sous-jacent, si ce n’est une réflexion sur l’absurdité de la guerre. L’ensemble est très prenant. Elle: – Lui :
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Remarques :
* Le producteur est le canadien Harry Saltzmann, le producteur des premiers James Bond, car le premier film de Costa-Gavras, Compartiment tueurs, avait très bien marché aux Etats-Unis.
* Le film n’eut que peu de succès à l’époque. Le réalisateur pense aujourd’hui que le refus de s’engager du personnage joué par Piccoli a beaucoup gêné en France parce que le mythe d’une France entière soutenant la Résistance était encore très présent dans les esprits.
* Dans la réalité, l’auteur, Jean-Pierre Chabrol (aucun lien avec le cinéaste), était le treizième homme. Il était beaucoup plus jeune (19 ans) que Piccoli. Il s’est finalement engagé dans la Résistance, dans la brigade du Languedoc formée de soldats issus des maquis du sud, ce qui l’a conduit jusqu’à Berlin.
Michel Piccoli, Bruno Cremer et Jean-Claude Brialy dans 1 homme de trop de Costa-Gavras.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Silvio rédige un journal clandestin. Traqué par les allemands, il est sauvé par une jeune femme qui le cache dans un vieux moulin. Il lui fait des promesses mais finit par rejoindre le maquis. Bien après la Libération, il retourne dans le village où il l’avait rencontré… Une vie difficile fait partie des films les plus remarquables de Dino Risi, ceux qui montrent le plus son extraordinaire capacité à mêler un propos très sérieux avec la comédie de divertissement (1). Le cinéaste nous raconte l’évolution de la société italienne en suivant un journaliste communiste un peu dilettante. Il englobe tous les problèmes de l’Italie des années cinquante et utilise même quelques images d’archives pour les grands moments historiques. Son héros est un idéaliste qui voit sombrer ses illusions et forcé de faire des « compromis ». La forme est classique, avec beaucoup de plans larges pour mieux nous concentrer sur les dialogues et le contenu en général. Alberto Sordi est époustouflant dans ce rôle, inspirant toute une foule de sentiments parfois opposés. Lea Massari sait donner de l’épaisseur à son personnage. Tout l’art de la comédie italienne, ce qui la rend absolument unique est dans Une vie difficile, drôle et grave à la fois. Elle: Lui :
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(1) S’il n’y avait qu’un exemple à donner de ce subtil mélange, ce serait bien entendu la scène du dîner chez les royalistes le soir du référendum.
Lea Massari et Alberto Sordi dans Une vie difficile de Dino Risi.
Remarques :
* L’idée de départ a germé chez Risi en voyant Cavalvade de Frank Lloyd (1933), film dramatique américain oscarisé qui retraçait le parcours de deux familles anglaises de 1899 à 1933.
* Le happy-end de fin (la gifle) fut probablement imposé à Risi car le scénario se terminait de façon plus pessimiste : Silvio ne réagissait pas.
* Alessandro Blasetti fait une courte apparition dans son propre rôle mais il n’a pas tourné de peplum en 1961. Il s’agit très probablement du tournage de Barrabas de Richard Fleisher avec effectivement Silvana Mangano et Vittorio Gassman.