18 février 2019

Un singe en hiver (1962) de Henri Verneuil

Un singe en hiverEn Juin 1944, sur la côte normande, Albert Quentin se saoule régulièrement par nostalgie de sa jeunesse militaire vécue sur le Yang-Tsé-Kiang. Sous les bombardements, il promet à sa femme de ne plus boire une goutte d’alcool s’ils en réchappent. Quinze ans plus tard, en plein hiver, il voit arriver dans son petit hôtel un jeune homme remuant, qui se remet difficilement de sa séparation avec sa femme qui vit à Madrid…
Un singe en hiver est l’adaptation du roman primé d’Antoine Blondin. Le film est surtout l’occasion de mettre deux acteurs de générations différentes face à face : le monstre sacré du cinéma français classique Jean Gabin et le jeune Belmondo alors en pleine ascension et marqué Nouvelle Vague. Les deux acteurs se sont très bien entendus sur le tournage, ce qui apporte une certaine chaleur à l’ensemble. Toutefois, il est difficile d’y retrouver l’humanité et la richesse du roman. Les dialogues d’Audiard ne sont que pittoresques, notamment dans les scènes de beuverie qui peuvent paraître interminables. En surface, on peut voir dans le film une apologie de l’alcool (le ministère de la santé tenta d’ailleurs d’interdire le film pour cette raison), mais en réalité c’est surtout une certaine vision (assez plombante) de l’existence qui place la nostalgie en unique moyen de supporter le fardeau de la vie. Mais, si le film a connu un tel succès et s’il est toujours tenu en très haute estime aujourd’hui, c’est surtout du fait de son humour et du jeu exubérant de ses deux acteurs.
Elle: 3 étoiles
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Jean Gabin, Jean-Paul Belmondo, Suzanne Flon, Paul Frankeur, Noël Roquevert, Gabrielle Dorziat
Voir la fiche du film et la filmographie de Henri Verneuil sur le site IMDB.
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Un singe en hiver
Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo dans Un singe en hiver d’Henri Verneuil.

Remarques :
* Caméo : Henri Verneuil interprète l’officier allemand qui monte l’escalier, juste au moment où son nom apparaît à l’écran au générique.
* Claude Pinoteau et Costa-Gavras sont tous deux assistants-réalisateurs.
* Initialement, Verneuil devait tourner une adaptation du roman de Roger Vercel Au large de l’Eden, l’histoire d’un commandant de morutier en route vers le Groenland. Lorsque Gabin est monté sur un chalutier en repérages, il a déclaré : « Ca pue le poisson et le gazole, je ne veux plus faire le film! » C’est alors qu’Audiard a proposé le roman d’Antoine Blondin et Jean-Paul Belmondo a fait son entrée dans le projet.

16 janvier 2019

Le Procès (1962) de Orson Welles

Le ProcèsUn matin, Joseph K., jeune cadre travaillant dans une banque, est arrêté de façon inattendue par deux mystérieux agents pour un crime non précisé. Les agents refusent de nommer l’autorité qui les envoie. Joseph K. n’est pas emprisonné, il est libre de se rendre à son travail avec l’obligation d’attendre les instructions de la commission d’enquête…
Orson Welles adapte Le Procès de Kafka, reprenant le thème de l’angoisse et des phobies pour en faire un cauchemar surréaliste. Le film met le spectateur mal à l’aise ; c’est une réaction normale et traduit la force du film puisque cette fable est volontairement angoissante. En dehors de l’évidente charge contre la bureaucratie et le questionnement de la condition humaine, le thème n’est pas tant celui de la culpabilité réelle ou supposée de Joseph K. mais plutôt l’attitude de celui-ci envers la culpabilité, la façon dont il la ressent. Bien entendu, il est tentant de chercher à détecter ici et là des symboles mais Welles souligne que Kafka n’est pas versé dans le symbolisme. Il semble toutefois impossible de ne pas penser aux ghettos juifs ou aux camps de la mort dans certains plans, symbolisme rajouté par Welles puisque le roman de Kafka est antérieur à la Seconde Guerre mondiale. A noter que, dans le roman, Joseph K. (comme Kafka d’ailleurs) est juif et se définit comme tel. La distribution des seconds rôles est prestigieuse et Anthony Perkins fait une superbe prestation, ambigu, équivoque, mal à l’aise. Cette nouvelle vision m’a permis de beaucoup plus apprécier Le Procès qui est une œuvre certes angoissante mais extrêmement forte.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Anthony Perkins, Madeleine Robinson, Jeanne Moreau, Suzanne Flon, Romy Schneider, Billy Kearns, Fernand Ledoux, Akim Tamiroff, Elsa Martinelli, Orson Welles
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Remarques :
* Dans le roman, La parabole de la Loi, que Welles à placée en prologue, est racontée par le prêtre, bien plus tard donc. Hormis ce changement, Welles suit l’ordre des évènements du livre.
* L’explosion finale a souvent été interprétée comme une explosion atomique. Welles se défend d’avoir voulu cela : il s’agit d’une simple explosion.
* Orson Welles dit avoir interprété l’avocat car il ne trouvait aucun acteur pour le faire. Initialement, il avait prévu d’interpréter le prêtre et commencé à tourner en ce sens.
* Le film a été tourné en grande partie à Paris, notamment dans la gare d’Orsay qui était alors désaffectée.

Le procès
Anthony Perkins et Billy Kearns dans Le Procès de Orson Welles.

Lire nos précédents commentaires sur le même film…