19 janvier 2022

Les Hirondelles de Kaboul (2019) de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec

Les hirondelles de KaboulEté 1998. En Afghanistan, Kaboul en ruines est occupée par les Talibans qui contrôlent le pays. Mohsen et Zunaira forment un jeune couple, et ils ne supportent pas les règles islamiques rigoristes imposées à la population. Dans la même ville, Atiq, un ancien soldat, est devenu gardien de prison, déprimé par la grave maladie de sa femme…
Les Hirondelles de Kaboul est un film d’animation français réalisé par Zabou Breitman et Éléa Gobbé-Mévellec. Il s’agit de l’adaptation du livre homonyme du romancier algérien Yasmina Khadra paru en 2002. Le récit est simple, sans recherche du spectaculaire, montrant la vie quotidienne réduite à son minimum à travers la situation de deux couples très différents. Il nous fait ressentir le poids des interdits, le fanatisme oppressant et le mal-être généralisé. Il nous fait aussi ressentir la peur. Les talents graphiques de la dessinatrice Eléa Gobbé-Mévellec contribuent à donner de l’intensité. Assez paradoxalement, la douceur du dessin rend le récit plus percutant.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Simon Abkarian, Hiam Abbass, Swann Arlaud
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Les hirondelles de KaboulLes Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman & Eléa Gobbé-Mévellec.

Les hirondelles de KaboulLes Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman & Eléa Gobbé-Mévellec.

17 décembre 2021

Au risque de se perdre (1959) de Fred Zinnemann

Titre original : « The Nun’s Story »

Au risque de se perdre (The Nun's Story) Dans les années 1930, la fille aînée d’un chirurgien réputé de Bruges décide d’entrer dans un couvent. Elle entame avec ferveur son apprentissage de la vie religieuse se forçant à accepter la règle d’obéissance absolue. Devenue sœur Luc, elle suit une formation d’infirmière dans l’espoir d’être envoyée au Congo…
Au risque de se perdre (The Nun’s Story) est un film américain réalisé par Fred Zinnemann. Ce film est une adaptation fidèle du best-seller homonyme de Kathryn C. Hulme en grande partie basé sur la vie d’une de ses amies. Il ne faut pas être rebuté par le sujet car le film est assez passionnant, malgré sa longueur de 2h30. Articulé en trois parties, tout le récit est vu par les yeux de la jeune femme. Nous suivant tout d’abord l’apprentissage de la jeune nonne qui nous est montré avec une précision quasi documentaire. Cette partie nous laisse presque sans voix car il s’agit d’une véritable dépersonnalisation de l’individu qui évoque certains entrainements militaires extrêmes : confinement, discipline implacable, humiliations, bannissement de toute expression pour parvenir à une soumission totale. La deuxième partie se déroule au Congo, une partie qui semble aujourd’hui un peu empreinte de colonialisme paternaliste mais qui voit des développements intéressants. La troisième partie se déroule à nouveau en Belgique. Ce qui est remarquable dans le scénario, c’est l’absence de facilités d’écriture, il n’y a pas d’effets, tout se déroule en douceur, le trait ne semble jamais grossi. Le propos est finalement plutôt philosophique et ne s’égare jamais. Audrey Hepburn est ici assez étonnante, c’est incontestablement l’un de ses meilleurs rôles. La photographie en Technicolor de Franz Planer est superbe. Gros succès à sa sortie.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Audrey Hepburn, Peter Finch, Edith Evans, Peggy Ashcroft, Dean Jagger, Mildred Dunnock, Beatrice Straight, Patricia Collinge
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Remarque :
* La scène finale ne comporte pas de musique. D’après Clive Hirschhorn, auteur de Warner Bros Story, il s’agit du seul film Warner sans musique sur le mot « Fin ». Zinnemann a expliqué plus tard qu’il s’agissait de ne froisser personne. Une musique plutôt joyeuse aurait donné l’impression d’approuver la décision de sœur Luc et une partie du public aurait pu s’en offusquer. Une musique triste aurait eu l’effet contraire et aurait froissé une autre partie du public. Initialement farouchement opposé à l’idée, Jack Warner s’est finalement résigné à accepter.

Au risque de se perdre (The Nun's Story)Audrey Hepburn et Edith Evans dans Au risque de se perdre (The Nun’s Story) de Fred Zinnemann.

10 décembre 2021

Razzia (2017) de Nabil Ayouch

RazziaAu début des années 80, dans un village isolé de l’Atlas, un instituteur passionné voit arriver un inspecteur qui lui demande de faire cours en arabe alors que ses jeunes élèves ne parlent qu’un dialecte berbère. En 2015, nous suivons plusieurs personnages en quête de liberté dans une société rigide…
Razzia est réalisé par le franco-marocain Nabil Ayouch. Il en a écrit le scénario avec sa femme Maryam Touzani, future réalisatrice du beau film Adam (2019) et qui tient ici le rôle principal. La construction de ce film choral engendre une certaine confusion. En fait, il ne faut pas chercher de liens entre les différents personnages. Il y en a, mais ils sont plus anecdotiques qu’importants. Le propos du réalisateur est de montrer que la réforme de l’arabisation des années 60 à 80, qui était initialement une volonté de réappropriation de l’identité du pays par une langue unique, a en fait provoqué la disparition de certaines disciplines humaines et critiques dans l’enseignement. Trente ans plus tard, c’est une société rigide et étouffante où les aspirations à une liberté plus grande ne peuvent s’exprimer que violemment. Hélas, cette argumentation n’apparaît pas de façon si évidente dans le film car notre attention s’éparpille entre les personnages. Les séquences les plus fortes sont celles avec Maryam Touzani qui incarne une femme en fort désir d’émancipation. Razzia est un film ambitieux, peut-être trop. Nabil Ayouch montre cependant un beau style et donne l’envie de découvrir ses autres films.
Elle: 3 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Maryam Touzani, Arieh Worthalter, Amine Ennaji, Abdelilah Rachid
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RazziaAmine Ennaji dans Razzia de Nabil Ayouch.

RazziaMaryam Touzani dans Razzia de Nabil Ayouch.

14 août 2021

Elmer Gantry, le charlatan (1960) de Richard Brooks

Titre original : « Elmer Gantry »

Elmer Gantry, le charlatan (Elmer Gantry)Elmer Gantry est un représentant de commerce, bon vendeur mais dont les résultats sont très inégaux : on le voit tantôt avec une belle allure, tantôt dans un état proche du vagabondage. Il est également très religieux, connaît la Bible par cœur, chante les hymnes d’une belle voix. Dans une réunion évangélique, il est subjugué par celle qui se fait appeler sœur Sharon Falkoner. Il réussit à l’approcher et à en devenir l’associé…
Elmer Gantry est un film écrit et réalisé par Richard Brooks, d’après le roman homonyme de Sinclair Lewis publié en 1927, écrivain qui reçut à la fois le Pulitzer et le prix Nobel de littérature. Les évangélistes sont une tradition typiquement américaine et un grand nombre d’entre eux ont sillonné les Etats-Unis, tout particulièrement dans les années 1920, époque où se situe le roman (1). Le sujet était (est toujours, d’ailleurs) particulièrement risqué et Richard Brooks eut toutes les peines du monde à financer son audacieux projet. Le récit dénonce bien entendu le charlatanisme mais aussi la propension des gens ordinaires à croire à des choses simples. Le propos est loin d’être sommaire ou manichéen. Arriviste et même cynique, Elmer Gantry est néanmoins un personnage attachant (le réalisateur en donne même une image christique dans la scène où il se fait conspuer), ce qui le rend particulièrement riche et complexe. Burt Lancaster y contribue grandement par son interprétation hors-pair. Face à lui, Jean Simmons montre beaucoup d’intensité dans son jeu. Elmer Gantry est une œuvre intelligente et particulièrement intense.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Burt Lancaster, Jean Simmons, Arthur Kennedy, Dean Jagger, Shirley Jones, Patti Page
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Remarque :
* L’histoire évoque celle de The Miracle Woman de Frank Capra (1931) avec Barbara Stanwyck. Le personnage de la prédicatrice de ces deux films est inspiré par le même personnage réel, Semple McPherson, qui officia dans les années 1920 et 1930.

(1) Pour des raisons strictement budgétaires (liées aux costumes), Richard Brooks a déplacé l’action dans les années trente. Il tenait toutefois ne pas la replacer dans les années cinquante pour éviter de trop grandes polémiques.

Elmer Gantry, le charlatan (Elmer Gantry)Burt Lancaster dans Elmer Gantry, le charlatan (Elmer Gantry) de Richard Brooks.

Elmer Gantry, le charlatan (Elmer Gantry)Jean Simmons dans Elmer Gantry, le charlatan (Elmer Gantry) de Richard Brooks.

18 avril 2021

Le Livre d’Eli (2010) de Albert Hughes et Allen Hughes

Titre original : « The Book of Eli »

Le Livre d'Eli (The Book of Eli)Dans un futur proche, l’Amérique n’est plus qu’une terre désolée dont les villes sont des ruines et les routes autant de pièges infestés de bandes criminelles. Depuis des années, Eli voyage seul, marchant vers l’ouest. Il a une quête à accomplir. Il arrive dans une petite ville, dominée par le redoutable Carnegie qui envoie ses hommes de mains à la recherche d’un livre…
Le Livre d’Eli est un film américain réalisé par les frères Hughes, co-produit et interprété par Denzel Washington. Les qualités du film sont du côté de l’esthétisme et de l’atmosphère. Le style visuel évoque celui d’une bande dessinée avec des images tournées en extérieur au Nouveau-Mexique et retravaillées numériquement pour effacer toute trace de végétation. Les couleurs sont désaturées au point de donner une impression de monochrome et d’amplifier le sentiment de désolation. L’atmosphère, assez forte, évoque aussi bien Mad Max que les films de super héros ou encore les westerns spaghettis. En revanche, le scénario, aussi sérieux qu’improbable, lourdement chargé de mysticisme et de religion, évoque celui d’une mauvaise série B. Il est bien peu original. La fin fait sourire. Succès commercial.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Denzel Washington, Gary Oldman, Mila Kunis, Ray Stevenson, Jennifer Beals, Tom Waits
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Le Livre d'Eli (The Book of Eli)Denzel Washington dans Le Livre d’Eli (The Book of Eli) de Albert Hughes et Allen Hughes.

25 mars 2021

Silence (1971) de Masahiro Shinoda

Titre original : « Chinmoku »

Silence (Chinmoku)Au XVIIe siècle, deux prêtres jésuites portugais débarquent sur les côtes japonaises pour tenter de réimplanter le christianisme dans ce pays où la religion catholique est interdite et ses fidèles persécutés. Ils désirent également découvrir la vérité sur leur mentor, le père Ferreira, mystérieusement disparu après sa capture par les autorités cinq ans plus tôt…
Avant Martin Scorsese en 2016, le roman Silence de Shūsaku Endō avait été adapté par le cinéaste japonais Masahiro Shinoda. Le film surprend quelque peu dans la filmographie de ce cinéaste qui s’est fait connaitre au sein de la Nouvelle Vague japonaise avec des sujets très actuels souvent centrés sur la jeunesse. Il montre tout autant de talent sur le thème de la force de la Foi, dans un contexte historique. Il sait donner une dimension philosophique à son récit et offre des réflexions sur le doute, les croyances et aussi sur les différences de culture, le colonialisme. Comme dans le film de Scorsese, les tourments et tortures infligées ont une place importante. Les deux jésuites sont interprétés par deux acteurs américains peu expérimentés et leurs prestations manquent de force, se limitant au caractère christique de leurs personnages. C’est le point faible du film. En revanche, les acteurs japonais ont beaucoup plus de présence. La mise en scène est d’une grande sobriété. Le film a longtemps été très difficile à voir. Il est maintenant restauré et accessible, ce qui est une excellente chose. C’est en effet un film puissant, il fait partie de ceux qui laissent des traces en nous.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: David Lampson, Don Kenny, Tetsurô Tanba, Mako, Shima Iwashita, Eiji Okada
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 Silence (Chinmoku)David Lampson, figure christique de Silence (Chinmoku) de Masahiro Shinoda.

Remake :
Silence de Martin Scorsese (2016) avec Andrew Garfield et Adam Driver

12 janvier 2021

Les Éblouis (2019) de Sarah Suco

Les Éblouis (Les éblouis)Camille, une jeune fille de 12 ans passionnée par les arts du cirque, voit ses parents s’engager dans une communauté charismatique religieuse, la Communauté de la Colombe, dont les valeurs sont fondées sur le partage et la foi. Cet engagement soudain perturbe Camille qui voit ses habitudes de vie changer radicalement et est contrainte de renoncer au cirque. Elle constate également que la communauté se comporte de plus en plus comme une secte…
Après avoir été actrice, Sarah Suco réalise son premier long métrage en s’inspirant de sa propre vie puisqu’elle et sa famille ont vécu dans une communauté charismatique pendant dix ans. La réalisatrice précise toutefois que le récit n’est pas strictement autobiographique, son intention est de montrer comment une famille entre doucement dans une communauté sectaire sans que ce glissement ne soit visible : « Le film raconte à quel point il est simple de se faire embrigader lorsque les besoins sont présents en nous et qu’un groupe nous attire de belle manière ». Tout est vu à travers les yeux de l’adolescente ce qui évite au film d’être trop démonstratif. Le récit montre bien comment le jugement est altéré : la foi l’emporte sur la raison, tout ce qui est extérieur à la communauté est rejeté car impie. C’est édifiant et suffisamment terrifiant, l’élément pénal qui intervient à la toute fin est même superflu. L’interprétation de la jeune Céleste Brunnquell est remarquable, il s’agit de son premier rôle. Les Éblouis est un film sans aucune lourdeur, l’approche de Sarah Suco de ce sujet actuel est finalement très délicate.
Elle: 3 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Camille Cottin, Jean-Pierre Darroussin, Éric Caravaca, Céleste Brunnquell, Spencer Bogaert
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Les Éblouis (Les éblouis)Céleste Brunnquell dans Les Éblouis de Sarah Suco.

24 novembre 2020

Une vie cachée (2019) de Terrence Malick

Titre original : « A Hidden Life »

Une vie cachée (A Hidden Life)En 1938, après l’arrivée des troupes d’Hitler en Autriche, Franz Jägerstätter est le seul de son village St. Ragedund (proche de Braunau am Inn, ville natale d’Adolf Hitler) à s’opposer au régime nazi allemand. Il refuse ensuite catégoriquement de combattre pour le Troisième Reich et devient objecteur de conscience…
Ecrit et réalisé par Terrence Malick, Une vie cachée est un film biographique d’une durée de trois heures sur l’objecteur de conscience autrichien Franz Jägerstätter, aujourd’hui vénéré comme bienheureux et martyr par l’Église catholique. Terrence Malick mêle de nouveau une certaine religiosité avec une célébration de la nature. Au-delà du propos qui nous fait découvrir le parcours de cet homme peu connu et qui lui rend hommage, on peut se laisser doucement submerger par tout un ensemble de sensations avec aussi l’impression de pénétrer les personnages. Le bain de nature de la vie au village est tout en contraste avec le monde dictatorial et militaire qui s’impose à tous. A l’opposé, on peut trouver le film très long, emphatique et être gêné par le parti-pris d’utiliser une focale très courte qui déforme constamment décors et visages. Le film a été plutôt bien reçu par la critique.
Elle: 5 étoiles
Lui : 2 étoiles

Acteurs: August Diehl, Valerie Pachner, Tobias Moretti, Ulrich Matthes, Matthias Schoenaerts, Bruno Ganz, Michael Nyqvist
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Remarques :
* En juin 2007, le pape Benoît XVI a autorisé la Congrégation pour la cause des saints à publier un décret reconnaissant Jägerstätter comme martyr. Celui-ci a été béatifié à la cathédrale de Linz le 26 octobre 2007, jour de la fête nationale autrichienne.
* La citation à la fin du film est tirée de la dernière phrase du roman Middlemarch de George Eliot. Considéré comme le chef-d’oeuvre de cet auteur britannique, le livre retrace l’histoire d’une petite ville à l’époque victorienne. Voici l’extrait : « … car le bien croissant du monde dépend en partie d’actes non historiques ; et si les choses ne vont pas pour vous et moi aussi mal qu’elles auraient pu aller, nous en sommes redevables en partie à ceux qui ont vécu fidèlement une vie cachée et qui reposent dans des tombes délaissées. » (Extrait du dossier de presse)
* Après la Seconde Guerre mondiale, Franz Jägerstätter fut en effet largement oublié. Ce n’est qu’en 1964 que le sociologue américain Gordon Zahn publie une biographie qui le fait connaître.

Une vie cachée (A Hidden Life)August Diehl et Valerie Pachner dans Une vie cachée (A Hidden Life) de Terrence Malick.

Une vie cachée (A Hidden Life)Le film a été tourné avec des focales de 11mm et 16mm…
August Diehl dans Une vie cachée (A Hidden Life) de Terrence Malick.

22 novembre 2020

Les Onze Fioretti de François d’Assise (1950) de Roberto Rossellini

Titre original : « Francesco, giullare di Dio »

Les onze fioretti de François d'Assise (Francesco, giullare di Dio)En 1210, le pape Innocent III valide et reconnaît l’ordre franciscain qui prône une pauvreté matérielle absolue. Revenant de Rome, François et ses disciples se retirent dans une petite chapelle bâtie de leurs mains près de la ville d’Assise. Vivant de l’aumône, ils y façonnent les principes de leur enseignement, avec une béatitude et une humilité quotidiennes…
Les onze fioretti de François d’Assise a été tourné par Roberto Rossellini juste après Stromboli qui montrait déjà une connotation religieuse. Dans sa filmographie, c’est le premier film où le fort sentiment chrétien du cinéaste se montre si clairement. Tout en appliquant les grands principes du néoréalisme (décors naturels, acteurs non professionnels, son direct), il exprime les fondements de la philosophie franciscaine par la forme de son film : dénuement et austérité marquent autant le récit que l’image. La joie et la béatitude viennent, quant à eux, du jeu des acteurs. S’il est indéniablement moins majeur que les films bergmaniens (Ingrid-bergmaniens) du cinéaste, le film est néanmoins important pour mieux comprendre la démarche de Rossellini. On peut d’ailleurs considérer le personnage joué par Ingrid Bergman dans Europa 51 dans le prolongement de celui de ce François d’Assise.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Aldo Fabrizi, Nazario Gerardi
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Remarques :
* Les Fioretti (« petites fleurs ») sont un recueil anonyme du XIVe siècle contant sur un ton naïf et humoristique les miracles et petites histoires (53) qui seraient advenus autour de saint François d’Assise (1181-1226) et de ses premiers disciples. L’auteur considéré comme le plus probable serait Ugolino Brunforte, frère mineur toscan (1262-1343), un siècle plus tard.
* Le titre original du film se traduit ainsi : « Le Jongleur de Dieu ».
* Le seul acteur professionnel est Aldo Fabrizi qui interprète Nicolas, le pittoresque tyran de Viterbe.

Les onze fioretti de François d'Assise (Francesco, giullare di Dio)Nazario Gerardi (à gauche) dans Les onze fioretti de François d’Assise (Francesco, giullare di Dio) de Roberto Rossellini.

20 novembre 2020

Le Miracle du Saint Inconnu (2019) de Alaa Eddine Aljem

Le Miracle du Saint InconnuPoursuivi par la police, un braqueur cache son butin au sommet d’une petite colline pierreuse dans une fausse tombe, en plein désert marocain. Quand il revient, des années plus tard après avoir purgé sa peine, il découvre qu’un mausolée a été édifié autour de la tombe…
Le Miracle du Saint Inconnu a été écrit et réalisé par le marocain Alaa Eddine Aljem. Il s’agit de son premier long métrage. C’est une fantaisie où l’humour est manié de façon très subtile, se moquant des croyances et des religions sans en cibler une seule, tournant en dérision les comportements figés. Par sa faculté de faire surgir l’humour là on ne l’attend pas, de mettre en scène les situations saugrenues, son cinéma très placide n’est pas sans rappeler celui d’Elie Suleiman. L’ensemble est épuré, sans paroles inutiles. Le film n’est pas exempt de défaut, il est sans doute un peu trop étiré, mais il se montre assez réussi.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Younes Bouab, Salah Ben Saleh, Bouchaib Semmak, Mohammed Nouaimane, Anas El Baz
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Le Miracle du Saint InconnuHassan Ben Bdida et Anas El Baz dans Le Miracle du Saint Inconnu de Alaa Eddine Aljem.