25 mars 2021

Silence (1971) de Masahiro Shinoda

Titre original : « Chinmoku »

Silence (Chinmoku)Au XVIIe siècle, deux prêtres jésuites portugais débarquent sur les côtes japonaises pour tenter de réimplanter le christianisme dans ce pays où la religion catholique est interdite et ses fidèles persécutés. Ils désirent également découvrir la vérité sur leur mentor, le père Ferreira, mystérieusement disparu après sa capture par les autorités cinq ans plus tôt…
Avant Martin Scorsese en 2016, le roman Silence de Shūsaku Endō avait été adapté par le cinéaste japonais Masahiro Shinoda. Le film surprend quelque peu dans la filmographie de ce cinéaste qui s’est fait connaitre au sein de la Nouvelle Vague japonaise avec des sujets très actuels souvent centrés sur la jeunesse. Il montre tout autant de talent sur le thème de la force de la Foi, dans un contexte historique. Il sait donner une dimension philosophique à son récit et offre des réflexions sur le doute, les croyances et aussi sur les différences de culture, le colonialisme. Comme dans le film de Scorsese, les tourments et tortures infligées ont une place importante. Les deux jésuites sont interprétés par deux acteurs américains peu expérimentés et leurs prestations manquent de force, se limitant au caractère christique de leurs personnages. C’est le point faible du film. En revanche, les acteurs japonais ont beaucoup plus de présence. La mise en scène est d’une grande sobriété. Le film a longtemps été très difficile à voir. Il est maintenant restauré et accessible, ce qui est une excellente chose. C’est en effet un film puissant, il fait partie de ceux qui laissent des traces en nous.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: David Lampson, Don Kenny, Tetsurô Tanba, Mako, Shima Iwashita, Eiji Okada
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 Silence (Chinmoku)David Lampson, figure christique de Silence (Chinmoku) de Masahiro Shinoda.

Remake :
Silence de Martin Scorsese (2016) avec Andrew Garfield et Adam Driver

12 janvier 2021

Les Éblouis (2019) de Sarah Suco

Les Éblouis (Les éblouis)Camille, une jeune fille de 12 ans passionnée par les arts du cirque, voit ses parents s’engager dans une communauté charismatique religieuse, la Communauté de la Colombe, dont les valeurs sont fondées sur le partage et la foi. Cet engagement soudain perturbe Camille qui voit ses habitudes de vie changer radicalement et est contrainte de renoncer au cirque. Elle constate également que la communauté se comporte de plus en plus comme une secte…
Après avoir été actrice, Sarah Suco réalise son premier long métrage en s’inspirant de sa propre vie puisqu’elle et sa famille ont vécu dans une communauté charismatique pendant dix ans. La réalisatrice précise toutefois que le récit n’est pas strictement autobiographique, son intention est de montrer comment une famille entre doucement dans une communauté sectaire sans que ce glissement ne soit visible : « Le film raconte à quel point il est simple de se faire embrigader lorsque les besoins sont présents en nous et qu’un groupe nous attire de belle manière ». Tout est vu à travers les yeux de l’adolescente ce qui évite au film d’être trop démonstratif. Le récit montre bien comment le jugement est altéré : la foi l’emporte sur la raison, tout ce qui est extérieur à la communauté est rejeté car impie. C’est édifiant et suffisamment terrifiant, l’élément pénal qui intervient à la toute fin est même superflu. L’interprétation de la jeune Céleste Brunnquell est remarquable, il s’agit de son premier rôle. Les Éblouis est un film sans aucune lourdeur, l’approche de Sarah Suco de ce sujet actuel est finalement très délicate.
Elle: 3 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Camille Cottin, Jean-Pierre Darroussin, Éric Caravaca, Céleste Brunnquell, Spencer Bogaert
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Les Éblouis (Les éblouis)Céleste Brunnquell dans Les Éblouis de Sarah Suco.

24 novembre 2020

Une vie cachée (2019) de Terrence Malick

Titre original : « A Hidden Life »

Une vie cachée (A Hidden Life)En 1938, après l’arrivée des troupes d’Hitler en Autriche, Franz Jägerstätter est le seul de son village St. Ragedund (proche de Braunau am Inn, ville natale d’Adolf Hitler) à s’opposer au régime nazi allemand. Il refuse ensuite catégoriquement de combattre pour le Troisième Reich et devient objecteur de conscience…
Ecrit et réalisé par Terrence Malick, Une vie cachée est un film biographique d’une durée de trois heures sur l’objecteur de conscience autrichien Franz Jägerstätter, aujourd’hui vénéré comme bienheureux et martyr par l’Église catholique. Terrence Malick mêle de nouveau une certaine religiosité avec une célébration de la nature. Au-delà du propos qui nous fait découvrir le parcours de cet homme peu connu et qui lui rend hommage, on peut se laisser doucement submerger par tout un ensemble de sensations avec aussi l’impression de pénétrer les personnages. Le bain de nature de la vie au village est tout en contraste avec le monde dictatorial et militaire qui s’impose à tous. A l’opposé, on peut trouver le film très long, emphatique et être gêné par le parti-pris d’utiliser une focale très courte qui déforme constamment décors et visages. Le film a été plutôt bien reçu par la critique.
Elle: 5 étoiles
Lui : 2 étoiles

Acteurs: August Diehl, Valerie Pachner, Tobias Moretti, Ulrich Matthes, Matthias Schoenaerts, Bruno Ganz, Michael Nyqvist
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Remarques :
* En juin 2007, le pape Benoît XVI a autorisé la Congrégation pour la cause des saints à publier un décret reconnaissant Jägerstätter comme martyr. Celui-ci a été béatifié à la cathédrale de Linz le 26 octobre 2007, jour de la fête nationale autrichienne.
* La citation à la fin du film est tirée de la dernière phrase du roman Middlemarch de George Eliot. Considéré comme le chef-d’oeuvre de cet auteur britannique, le livre retrace l’histoire d’une petite ville à l’époque victorienne. Voici l’extrait : « … car le bien croissant du monde dépend en partie d’actes non historiques ; et si les choses ne vont pas pour vous et moi aussi mal qu’elles auraient pu aller, nous en sommes redevables en partie à ceux qui ont vécu fidèlement une vie cachée et qui reposent dans des tombes délaissées. » (Extrait du dossier de presse)
* Après la Seconde Guerre mondiale, Franz Jägerstätter fut en effet largement oublié. Ce n’est qu’en 1964 que le sociologue américain Gordon Zahn publie une biographie qui le fait connaître.

Une vie cachée (A Hidden Life)August Diehl et Valerie Pachner dans Une vie cachée (A Hidden Life) de Terrence Malick.

Une vie cachée (A Hidden Life)Le film a été tourné avec des focales de 11mm et 16mm…
August Diehl dans Une vie cachée (A Hidden Life) de Terrence Malick.

22 novembre 2020

Les Onze Fioretti de François d’Assise (1950) de Roberto Rossellini

Titre original : « Francesco, giullare di Dio »

Les onze fioretti de François d'Assise (Francesco, giullare di Dio)En 1210, le pape Innocent III valide et reconnaît l’ordre franciscain qui prône une pauvreté matérielle absolue. Revenant de Rome, François et ses disciples se retirent dans une petite chapelle bâtie de leurs mains près de la ville d’Assise. Vivant de l’aumône, ils y façonnent les principes de leur enseignement, avec une béatitude et une humilité quotidiennes…
Les onze fioretti de François d’Assise a été tourné par Roberto Rossellini juste après Stromboli qui montrait déjà une connotation religieuse. Dans sa filmographie, c’est le premier film où le fort sentiment chrétien du cinéaste se montre si clairement. Tout en appliquant les grands principes du néoréalisme (décors naturels, acteurs non professionnels, son direct), il exprime les fondements de la philosophie franciscaine par la forme de son film : dénuement et austérité marquent autant le récit que l’image. La joie et la béatitude viennent, quant à eux, du jeu des acteurs. S’il est indéniablement moins majeur que les films bergmaniens (Ingrid-bergmaniens) du cinéaste, le film est néanmoins important pour mieux comprendre la démarche de Rossellini. On peut d’ailleurs considérer le personnage joué par Ingrid Bergman dans Europa 51 dans le prolongement de celui de ce François d’Assise.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Aldo Fabrizi, Nazario Gerardi
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Remarques :
* Les Fioretti (« petites fleurs ») sont un recueil anonyme du XIVe siècle contant sur un ton naïf et humoristique les miracles et petites histoires (53) qui seraient advenus autour de saint François d’Assise (1181-1226) et de ses premiers disciples. L’auteur considéré comme le plus probable serait Ugolino Brunforte, frère mineur toscan (1262-1343), un siècle plus tard.
* Le titre original du film se traduit ainsi : « Le Jongleur de Dieu ».
* Le seul acteur professionnel est Aldo Fabrizi qui interprète Nicolas, le pittoresque tyran de Viterbe.

Les onze fioretti de François d'Assise (Francesco, giullare di Dio)Nazario Gerardi (à gauche) dans Les onze fioretti de François d’Assise (Francesco, giullare di Dio) de Roberto Rossellini.

20 novembre 2020

Le Miracle du Saint Inconnu (2019) de Alaa Eddine Aljem

Le Miracle du Saint InconnuPoursuivi par la police, un braqueur cache son butin au sommet d’une petite colline pierreuse dans une fausse tombe, en plein désert marocain. Quand il revient, des années plus tard après avoir purgé sa peine, il découvre qu’un mausolée a été édifié autour de la tombe…
Le Miracle du Saint Inconnu a été écrit et réalisé par le marocain Alaa Eddine Aljem. Il s’agit de son premier long métrage. C’est une fantaisie où l’humour est manié de façon très subtile, se moquant des croyances et des religions sans en cibler une seule, tournant en dérision les comportements figés. Par sa faculté de faire surgir l’humour là on ne l’attend pas, de mettre en scène les situations saugrenues, son cinéma très placide n’est pas sans rappeler celui d’Elie Suleiman. L’ensemble est épuré, sans paroles inutiles. Le film n’est pas exempt de défaut, il est sans doute un peu trop étiré, mais il se montre assez réussi.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Younes Bouab, Salah Ben Saleh, Bouchaib Semmak, Mohammed Nouaimane, Anas El Baz
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Le Miracle du Saint InconnuHassan Ben Bdida et Anas El Baz dans Le Miracle du Saint Inconnu de Alaa Eddine Aljem.

26 octobre 2020

Le Soleil même la nuit (1990) de Paolo Taviani et Vittorio Taviani

Titre original : « Il sole anche di notte »

Le Soleil même la nuit (Il sole anche di notte)1753. Le baron Sergio Giuramondo, à la cour du roi Charles III de Naples, est destiné à une belle carrière. Mais lorsqu’il découvre que sa fiancée d’élection, la duchesse Cristina, a été une des maîtresses du monarque, il s’enfuit et rejoint un couvent. La vie de l’Église ne parvenant à satisfaire sa soif d’absolu, il se fait ermite sur le mont Petra…
Le Soleil même la nuit est librement adapté d’une nouvelle de Léon Tolstoï, Le Père Serge. C’est la seconde adaptation par les frères Taviani d’une nouvelle du romancier russe, après Saint Michel avait un coq (1971). Le thème est le chemin long et difficile vers la sainteté d’un homme orgueilleux. Celui-ci se lance de façon très entière dans la recherche d’un absolu, qu’il ne pourra trouver. Si le film des frères Taviani aurait certainement profité d’une interprétation plus forte, Julian Sands ne parvenant pas vraiment à exprimer toute la complexité de son personnage, il n’en est pas moins très beau grâce à une superbe photographie (magnifiques plans des Abruzzes) et des cadrages parfaits et puissants. Souvent considéré comme assez mineur dans leur filmographie, Le Soleil même la nuit est néanmoins un fort beau film.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Julian Sands, Nastassja Kinski, Charlotte Gainsbourg, Massimo Bonetti, Margarita Lozano, Patricia Millardet, Rüdiger Vogler
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Le Soleil même la nuit (Il sole anche di notte)Julian Sands et Patricia Millardet dans Le Soleil même la nuit (Il sole anche di notte) de Paolo Taviani, Vittorio Taviani.

Autres adaptations de la nouvelle de Tolstoï :
Le Père Serge (Otets Sergiy) de Yakov Protazanov et Alexandre Volkoff (1918) avec Ivan Mozzhukhin
Le Père Serge de Lucien Ganier-Raymond (1945) avec Jacques Dumesnil
Otets Sergiy de Igor Talankin (1979) avec Sergey Bondarchuk.

7 octobre 2020

Les Communiants (1963) de Ingmar Bergman

Titre original : « Nattvardsgästerna »

Les communiants (Nattvardsgästerna)Dans une petite communauté suédoise, le pasteur Tomas Ericsson dit la messe devant un tout petit nombre de fidèles. Avant qu’il ne se rende dans une église voisine pour un autre office, il reçoit dans le presbytère la visite d’un couple. La femme est inquiète des pulsions suicidaires de son mari…
Les Communiants est écrit et réalisé par Ingmar Bergman en 1963. Le propos traduit les propres interrogations du cinéaste sur le questionnement de la foi. C’est un film très austère, effroyablement lent dans sa première moitié où le cinéaste veut nous faire ressentir le côté mécanique des paroles apprises et palper le malaise du pasteur. En proie au doute face au silence de Dieu, il ne peut venir en aide à l’un de ses fidèles ; et pire encore, au lieu de le soulager, il accroit son tourment. De plus, il refuse l’amour entier et désintéressé de l’institutrice car le souvenir de sa femme décédée est trop fort. Le film devient plus intéressant dans la seconde partie où Bergman développe vraiment ses idées mais on ne peut dire que celles-ci apportent un éclairage vraiment nouveau. Les Communiants donne l’impression de répondre à un besoin du cinéaste d’exprimer ses questionnements intérieurs. Pour public motivé uniquement…
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Ingrid Thulin, Gunnar Björnstrand, Max von Sydow, Gunnel Lindblom
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Remarque :
* Ce film est parfois considéré comme faisant partie d’une « trilogie de la régression » : A travers le miroir (1961), Les Communiants (1963) et Le Silence (1963). Bergman avait lui-même suggéré cette idée avant de déclarer plus tard qu’il s’agissait en réalité d’une perche tendue aux journalistes qui raffolent de ce genre de choses.

Les communiants (Nattvardsgästerna)Ingrid Thulin et Gunnar Björnstrand dans Les communiants (Nattvardsgästerna) de Ingmar Bergman.

6 octobre 2020

L’Oeil du diable (1960) de Ingmar Bergman

Titre original : « Djävulens öga »

L'oeil du diable (Djävulens öga)Satan se réveille un jour avec un orgelet. Ses conseillers, deux marquis, Italien et Français du XVIIe siècle, découvrent que la cause du mal est terrestre : une jeune fille a conservé sa pureté première. Pour remédier à cette situation insupportable, Le Seigneur de la nuit envoie sur Terre l’un de ses meilleurs sujets, Don Juan, qui se morfond depuis 300 ans…
Pour pouvoir tourner La Source, Ingmar Bergman a été contraint d’accepter de tourner auparavant une comédie. Le studio SF désirait que ce soit l’adaptation d’une pièce radiophonique danoise d’Oluf Bang dont ils avaient acquis les droits, Le Retour de Don Juan. Finalement Bergman ne s’en est qu’inspiré et a réécrit l’ensemble en partant d’un pseudo-proverbe irlandais (qu’il a en fait inventé) « La chasteté d’une jeune fille, c’est un orgelet dans l’œil du diable ». L’ensemble est rendu très plaisant par la qualité des dialogues, sa tonalité ironique  et l’atmosphère aussi légère qu’étrange. Bergman s’amuse avec les croyances et le mode de vie strict luthérien. Même s’il est mineur dans la filmographie du réalisateur suédois, L’Oeil du diable ne manque pas d’attraits.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Jarl Kulle, Bibi Andersson, Stig Järrel, Nils Poppe, Gertrud Fridh, Sture Lagerwall
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 L'oeil du diable (Djävulens öga)Bibi Andersson, Nils Poppe et Jarl Kulle dans L’oeil du diable (Djävulens öga) de Ingmar Bergman.

1 octobre 2020

La Source (1960) de Ingmar Bergman

Titre original : « Jungfrukällan »

La Source (Jungfrukällan)Au XIVe siècle, en Suède. La blonde Karin, fille de Töre, un paysan assez prospère, va porter des cierges à la lointaine église de leur paroisse, de l’autre côté de la forêt. Elle fait route en compagnie de sa sœur adoptive, la brune Ingeri, qu’une sourde jalousie oppose à Karin. À la lisière de la forêt les deux jeunes filles se séparent. Karin poursuit son chemin et rencontre trois bergers rustres…
Le scénario de La Source a été écrit par la romancière suédoise Ulla Isaksson qui fait ici l’adaptation d’un conte médiéval, originellement intitulé « La fille de Töre à Vänge ». L’histoire se situe à une période charnière entre le paganisme et le christianisme. La fille adoptive invoque le dieu Odin et pratique des sortilèges païens alors que le reste de la famille vit au rythme des rites chrétiens. Le thème principal est l’opposition entre le Bien et le Mal et plus précisément sur la difficulté à garder ses convictions et son éthique du Bien lorsque l’on est confronté au Mal absolu. La simplicité du scénario le rend limpide, les décors restituent avec justesse la vie des paysans de cette époque, la photographie de Sven Nykvist est très belle. Tout concourt à donner une grande puissance au récit. A sa sortie, La Source a été le plus souvent considéré comme un film mineur de Bergman mais le temps permet de mieux le juger aujourd’hui. C’est un film atemporel.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Max von Sydow, Birgitta Valberg, Gunnel Lindblom, Birgitta Pettersson
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Remarques :
* Le gardien du pont est certainement censé être Odin. Plusieurs éléments présents dans la scène vont dans ce sens.
* Après avoir déclaré qu’il s’agissait d’un de ses films préférés, Ingmar Bergman a fait volte-face pour déclarer qu’il le voyait comme maladroitement inspiré de Rashōmon d’Akira Kurosawa.

La Source (Jungfrukällan)Birgitta Pettersson et Gunnel Lindblom dans La Source (Jungfrukällan) de Ingmar Bergman.

Max von Sydow (déracinant avec fureur un arbre à mains nues) dans La Source (Jungfrukällan) de Ingmar Bergman.

19 août 2020

La Prière (2018) de Cédric Kahn

La PrièrePour se libérer de sa dépendance à l’héroïne, le jeune Thomas rejoint une communauté d’anciens jeunes drogués qui lui proposent un changement de vie radical. Privé de tout, isolé du monde extérieur dans un petit village des Alpes, il devra se soigner par la prière et le travail. Dans ce nouveau monde, il découvre l’amour, l’amitié et même la foi…
La Prière est un film vraiment étonnant. Loin de tous les clichés et sans effet de dramatisation, Cedric Kahn réussit à faire un film magnifique et sensible. Le personnage central de son histoire va se reconstruire en découvrant des grandes valeurs humaines, telles l’amitié, la solidarité, l’ouverture aux autres et trouver ainsi une certaine sérénité. La religion n’est pas l’élément majeur de cette renaissance, elle lui offre plutôt un cadre général. Le film a été tourné sans acteur connu (Hanna Schygulla n’a qu’un petit rôle). Anthony Bajon est assez remarquable, il montre une grande présence à l’écran et sait mettre de l’intensité dans son jeu.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Anthony Bajon, Damien Chapelle, Alex Brendemühl, Louise Grinberg, Hanna Schygulla
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 La PrièreAnthony Bajon dans La Prière de Cédric Kahn.