18 septembre 2019

On achève bien les chevaux (1969) de Sydney Pollack

Titre original : « They Shoot Horses, Don’t They? »

On achève bien les chevauxAu tout début des années 1930, en pleine Grande Dépression, les candidats se pressent pour participer à un marathon de danse dans l’espoir de gagner la prime accordée aux premiers. Gloria, dont le cavalier est refusé pour cause de santé, se retrouve en tandem avec un certain Robert, arrivé là par hasard…
On achève bien les chevaux est adapté du roman homonyme de Horace McCoy paru en 1935. Dès sa sortie, le film a été très remarqué et il a gardé une grande renommée. Le propos est en effet très puissant car ce récit de laissés-pour-compte qui cherchent à fuir la réalité de la crise prend une dimension universelle : cette compétition cruelle devient une allégorie de la Comédie humaine. Le roman a d’ailleurs souvent été qualifié de roman existentialiste (1). Les personnages y réagissent très différemment, le (la) plus fort(e) ayant la réaction la plus extrême. Par sa mise en scène très réaliste, Sydney Pollack renforce l’impact du propos ; nous avons vraiment l’impression de ressentir la douleur des participants. L’interprétation est parfaite : Gig Young en bonimenteur est le plus remarquable et l’acteur a reçu un Oscar mérité. On achève bien les chevaux mit Sydney Pollack à la lumière, y compris à l’international, sans que le film  connaisse un très grand succès populaire pour autant.
Elle: 4 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Jane Fonda, Michael Sarrazin, Susannah York, Gig Young, Red Buttons, Bruce Dern
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On achève bien les chevauxMichael Sarrazin et Jane Fonda dans On achève bien les chevaux de Sydney Pollack.

Remarques :
* Les marathons de danse ont bel et bien existé. Dans les années 20, il s’agissait uniquement de compétitions et c’est pendant la Grande Dépression qu’ils sont devenus de véritables shows avec un afflux de compétiteurs. D’après la page Wikipédia anglais sur les marathons de danse, Horace McCoy, auteur du roman, aurait fait partie du staff de plusieurs de ces marathons.

* Sydney Pollack raconte que la réalisation était une gageure car le sujet exigeait que le rythme ralentisse en cours de film, au risque de lasser le spectateur. Le choix d’une unité de lieu (tout le film se déroule dans sur la piste de danse et les quelques pièces attenantes) rendait ce problème encore plus aigu.

* La popularité du film eut pour (surprenante) conséquence de faire repartir cette mode des marathons de danse, le plus souvent organisés par des universités pour récolter de l’argent dans un but caritatif. Ils sont toutefois bien plus limités dans le temps (un ou deux jours) et donc moins cruels. Le public semble en raffoler si l’on en juge par les sommes récoltées, qui sont très importantes.

* Le présentateur utilise à de nombreuses reprises la surprenante interjection « Yowsah ». Un animateur et leader d’orchestre de jazz des années 20, Ben Bernie, avait comme expression fétiche « yowsah, yowsah, yowsah! ». Le sens et l’origine de ce mot ne sont pas très nets. Cela semble être au départ une déformation de « Yes Sir ! ». Le sens serait proche de « All right ! » et l’usage semble assez peu répandu. Orthographes possibles : yowza, yowsa ou yowsah.

(1) Simone de Beauvoir a décrit le roman d’Horace McCoy comme étant le premier roman existentialiste américain.

On achève bien les chevauxGig Young dans On achève bien les chevaux de Sydney Pollack.

17 septembre 2019

Spider-Man: Homecoming (2017) de Jon Watts

Spider-Man: HomecomingAprès sa participation à l’affrontement entre Iron Man et Captain America dans Captain America: Civil War (2016), Peter Parker redevient un jeune lycéen. Il a toutefois gardé son costume ce qui lui permet de se servir de ses pouvoirs sous le masque de Spider-Man pour lutter contre la criminalité de son quartier. Mais avec la venue d’un nouveau super-vilain nommé le Vautour, le jeune Peter devra faire ses preuves en l’affrontant pour prouver à Tony Stark qu’il peut être un atout pour l’équipe des Avengers…
Spider-Man: Homecoming est le deuxième film de l’Univers cinématographique Marvel où apparait Spider-Man mais c’est le premier qui lui est entièrement consacré. Il nous montre les débuts cahotants de ce super héros, jouant sur le côté attachant de l’adolescent qui veut montrer sa valeur mais qui enchaîne les mauvais pas (qu’il s’efforce ensuite de corriger). Bien entendu, l’adolescent est tout aussi maladroit lorsqu’il se retrouve confronté aux premiers émois de l’amour. Le film allie ainsi le teen-movie avec le film de super-héros, ce qui a au moins le mérite d’être dans l’esprit des comics de Stan Lee. Le résultat final n’est pas sans longueur et la mise en place paraît interminable. Il a toutefois été louangé par la critique qui a salué l’humanisation du personnage. Le film a connu un beau succès en salles.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Tom Holland, Michael Keaton, Robert Downey Jr., Marisa Tomei
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Spider-Man: HomecomingJacob Batalon et Tom Holland dans Spider-Man: Homecoming de Jon Watts.

15 septembre 2019

Qui dit mieux? (1935) de James W. Horne

Titre original : « Thicker Than Water »

Qui dit mieux?Stan est en pension chez Ollie et sa femme. Ils doivent faire la vaisselle et, après une discussion sur les finances du couple, décident d’aller acheter une horloge…
Thicker Than Water est le dernier court métrage tourné par Laurel et Hardy. Ils ne feront ensuite que des longs métrages. Ce n’est pas le meilleur, loin de là. Le gag le plus remarquable est celui du paiement des meubles avec une discussion qui est une merveille de logique illogique. Un dialogue vraiment mémorable. Il y a aussi un twist final assez surprenant d’inversion des rôles, mais l’effet produit n’est pas si remarquable qu’il aurait pu être. Le reste est assez banal. On notera une petite dose de misogynie dans la façon de dépeindre la femme d’Oliver en insupportable marâtre.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Stan Laurel, Oliver Hardy, Daphne Pollard, James Finlayson
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Qui dit mieux?James Finlayson, Oliver Hardy, Daphne Pollard et Stan Laurel dans Thicker Than Water de James W. Horne.
Daphne Pollard mesure 1m45.

(1) Daphne Pollard a beau être australienne comme Snub Pollard, elle n’a aucun lien de parenté avec ce dernier. En fait, ces deux acteurs (dont les vrais noms respectifs sont Daphne Trott et Harold Fraser) ont choisi leur nom de scène d’après la toute première troupe dont ils ont fait partie : la Pollard Lilliputian Opera Company, une troupe australienne de très jeunes enfants comédiens (6-16 ans) créée par un certain James Pollard. Le comique Billy Bevan et le réalisateur Alfred J. Goulding ont eux aussi débuté dans cette même troupe.

14 septembre 2019

Règlement de comptes à O.K. Corral (1957) de John Sturges

Titre original : « Gunfight at the O.K. Corral »

Règlement de comptes à O.K. CorralSur la piste d’un hors-la-loi, Wyatt Earp, shérif de Dodge City, arrive à Fort Griffin. Il tente d’avoir des informations auprès de John Holliday, joueur de poker notoirement connu dans la région. En vain. Il repart alors à Dodge City, bientôt rejoint par Doc Holliday…
Dix ans après le magnifique My Darling Clementine (La Poursuite infernale) de John Ford, Règlements de comptes à OK Corral retrace l’épisode (réel) de la fusillade d’O.K. Corral en 1881. Ce récit de John Sturges est assez décousu, s’éparpille dans des intrigues mineures et manque de puissance. Heureusement, l’interprétation sauve l’ensemble avec des belles performances de Burt Lancaster et Kirk Douglas, un duo d’acteur joliment complété par Rhonda Fleming. La notoriété de ce film paraît quelque peu excessive, notoriété qui a été aidée il est vrai par un titre dont on se souvient et une chanson qui est restée dans les esprits (musique de Dimitri Tiomkin).
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Burt Lancaster, Kirk Douglas, Rhonda Fleming, Jo Van Fleet, John Ireland
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Remarques :
* John Sturges a produit et réalisé dix ans plus tard un nouveau film basé sur Wyatt Earp : Sept secondes en enfer (Hour of the Gun) dont l’histoire débute exactement là où s’arrête celle de Règlements de comptes à OK Corral.
* John Ireland (qui interprète Johnny Ringo) tenait le rôle d’un fils Clanton dans le film de John Ford.

Règlement de comptes à O.K. CorralKirk Douglas, Burt Lancaster, DeForest Kelley et Martin Milner dans Règlement de comptes à O.K. Corral de John Sturges.

Règlement de comptes à O.K. CorralBurt Lancaster et Rhonda Fleming dans Règlement de comptes à O.K. Corral de John Sturges.

12 septembre 2019

Les pirates du métro (1974) de Joseph Sargent

Titre original : « The Taking of Pelham One Two Three »

Les pirates du métroÀ New York, quatre hommes armés prennent en otage une voiture de métro et demandent une rançon d’un million de dollars pour la libération des passagers. Le Lieutenant Zachary Garber (Walter Matthau) de la police du métro de New York doit gérer cette situation…
Basé sur un roman de John Godey, Les pirates du métro est un film qui se révèle être plus intéressant qu’il n’en a l’air. Il est surtout remarquable par sa montée très progressive en tension tout en n’utilisant que peu de scènes d’action et aucun effet spectaculaire. Il n’y a pas non plus d’intrigue secondaire, pas de développement autour des otages pour remplir les 90 minutes, pas de pathos. Et cela fonctionne : sans s’en rendre compte, on est happé par le récit qui se développe sous nos yeux. Les personnages sont assez simplement définis, des personnages assez ordinaires finalement. On notera les piques sur les politiques (le maire est un véritable abruti) et que tout ce petit monde du T.A. (Transit Authority) n’est pas très poli : ils s’expriment vraiment comme des charretiers. Excellente musique (jazz-funk) de David Shire, notamment lors des deux génériques.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Walter Matthau, Robert Shaw, Martin Balsam, Tony Roberts
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Remarques :
* Dans une interview à TVO (Ontario, Canada), le producteur a indiqué que le film a été un succès à New York, Toronto, Londres et Paris, donc dans les villes avec un métro, alors qu’il n’avait pas bien marché ailleurs.
* Les gangsters parlent entre eux en utilisant des noms de couleur (Mr Blue, Mr Green,…) pour cacher leur identités. Tarantino reprendra ce principe dans Reservoir Dogs.
* Le maire (joué par Lee Wallace) montre une ressemblance physique avec Ed Koch, soulignée par de nombreux critiques. Ce démocrate ne sera toutefois maire de New York que quatre ans plus tard…

Les pirates du métroRobert Shaw et James Broderick (le père de Matthew Broderick) dans Les pirates du métro de Joseph Sargent.

Les pirates du métroWalter Matthau et Dick O’Neill dans Les pirates du métro de Joseph Sargent.

Remake :
L’Attaque du métro 123 (The Taking of Pelham 123) de Tony Scott (2009) avec Denzel Washington et John Travolta

10 septembre 2019

90’s (2018) de Jonah Hill

Titre original : « Mid90s »

90'sÀ Los Angeles, au milieu des années 1990, Stevie, âgé de 13 ans, peine à trouver sa place dans sa famille, entre une mère absente et un grand frère caractériel. Aussi, quand une bande de skateurs plus âgés le prend sous son aile, il va vivre l’été de sa vie…
Jonah Hill, après avoir été acteur (il est par exemple le comparse un peu joufflu de DiCaprio dans Le Loup de Wall Street), passe derrière la caméra pour signer ce film au parfum nostalgique, sur la période de son enfance. Le récit n’est pas autobiographique mais Jonah Hill dit avoir fréquenté les mêmes lieux, cherchant lui aussi « à trouver une tribu, un groupe d’amis », notamment ce lieu appelé Courthouse (tribunal) qui fut le lieu de ralliement des skateurs de Los Angeles. Le récit est assez sensible et l’on se prend d’affection pour ce préadolescent en panne de modèle, qui cherche à se construire. La simplicité du récit est compensée par des personnages très différents, chacun ayant un caractère propre. Jonah Hill a tourné en 16mm avec un budget réduit ; il a choisi des acteurs débutants qui évoluent dans le milieu du skate. Il a visiblement mis beaucoup de lui-même dans ce film qu’il a mis quatre ans à écrire. 90’s a connu un succès en salles. Sera t-il suivi d’autres réalisations ?
Elle: 4 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Sunny Suljic, Katherine Waterston, Lucas Hedges, Na-kel Smith, Olan Prenatt
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90's(de g. à d.) Na-kel Smith, Olan Prenatt (en haut), Gio Galicio, Ryder McLaughlin et Sunny Suljic
dans 90’s de Jonah Hill.

9 septembre 2019

Un soupçon de vison (1962) de Delbert Mann

Titre original : « That Touch of Mink »

Un soupçon de visonPar un jour de pluie à New York, la voiture de Philip Shayne, riche homme d’affaires, éclabousse Cathy Timberlake, jeune femme à la recherche d’un emploi qui sortait du métro. Il envoie son directeur financier lui présenter des excuses et lui offrir une nouvelle robe. Outrée par ce manque de galanterie, Cathy décide d’aller à la rencontre de Philip et de le lui faire savoir. Mais au lieu de cela, elle tombe sous son charme…
Le thème de l’homme très riche qui tombe amoureux d’une jeune femme bien moins fortunée que lui n’est pas vraiment nouveau dans le cinéma hollywoodien. Tous les motifs récurrents du thème sont bien présents. hélas, si le film ne manque pas de moments amusants, l’ensemble ne parvient pas à déclencher l’enthousiasme. Doris Day se démène beaucoup (trop sans doute) mais Cary Grant semble peu concerné. En fait, l’humour le plus réussi vient d’un personnage secondaire, un conseiller financier constamment dépressif (Gig Young) qui se réfugie fréquemment chez son psychiatre. A noter que les deux acteurs principaux, choisis pour leur notoriété, sont bien trop âgés pour leur rôle (Doris Day a 38 ans alors que son personnage est censée n’en avoir que 23-25 et Cary Grant a 58 ans). Cette comédie très conventionnelle fut l’un des plus gros succès de l’année 1962.
Elle: 2 étoiles
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Cary Grant, Doris Day, Gig Young, Audrey Meadows
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Un soupçon de visonDoris Day et Cary Grant dans Un soupçon de vison de Delbert Mann.

2 septembre 2019

Do the Right Thing (1989) de Spike Lee

Do the Right ThingC’est un jour de canicule à Brooklyn. Mookie (Spike Lee) est livreur dans une pizzeria tenue depuis 25 ans par un italo-américain et ses deux fils. Le quartier est très majoritairement habité par des afro-américains…
Après le succès commercial de Nola Darling n’en fait qu’à sa tête et de School Daze, Spike Lee a pu bénéficier d’un budget confortable pour écrire et réaliser Do the Right Thing. Son film dresse le portrait de son propre quartier de New York ; il met en relief tous les motifs de tensions raciales ou identitaires qui rendent la situation explosive. Ses personnages sont hauts en couleur, pittoresques, amusants parfois mais le fond de son propos tend à montrer que la cohabitation des communautés est impossible, la moindre étincelle pouvant tout embraser. Il n’épargne d’ailleurs pas sa propre communauté puisqu’il nous montre la haine des noirs envers les coréens ou les latinos sans même chercher à la justifier. Le réalisateur est assez ambigu à propos de la violence, à l’image de ses deux citations de fin (de Martin Luther King et de Malcom X) qui se contredisent l’une l’autre. Sur le plan cinématographique, Spike Lee montre un grand talent dans les cadrages et la photographie (à noter qu’il a fait repeindre toute la rue où il a filmé), et aussi dans le montage qui est très énergique et même percutant. Bien entendu, le film a été controversé à sa sortie, certains y voyant une incitation à la violence mais Do the Right Thing a acquis avec le temps des qualités presque documentaires. Il reste en tous cas le film le plus emblématique du réalisateur dont le propos s’est radicalisé par la suite.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Danny Aiello, Ossie Davis, Ruby Dee, Richard Edson, Giancarlo Esposito, John Turturro, Samuel L. Jackson
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Do the Right ThingSpike Lee et Danny Aiello dans Do the Right Thing de Spike Lee.

Do the Right ThingOssie Davis (au centre) dans Do the Right Thing de Spike Lee.

Do the Right ThingRichard Edson, John Turturro et Spike Lee dans Do the Right Thing de Spike Lee.

Do the Right ThingSamuel L. Jackson dans Do the Right Thing (film qui le fera découvrir) de Spike Lee.

28 août 2019

Jugement à Nuremberg (1961) de Stanley Kramer

Titre original : « Judgment at Nuremberg »

Jugement à NurembergA la suite du Procès de Nuremberg des grands dignitaires nazis (1945-46), douze procès secondaires, appelés parfois « procès successeurs », se déroulèrent dans la zone d’occupation américaine. Le film de Stanley Kramer s’inspire du « procès des juges » qui se tint en 1947 : 16 personnes, anciennement juristes, procureurs et juges, furent inculpés. Dans le film, ils ne sont plus que quatre à comparaître et l’histoire se concentre sur le plus emblématique d’entre eux. Si, il faut bien l’avouer, Stanley Kramer n’a pas toujours convaincu de la qualité de sa réalisation, Jugement à Nuremberg le montre à son meilleur. Son film est intense et restitue bien la gravité du sujet. Il questionne sur la notion de responsabilité personnelle et collective, et aussi sur la culpabilité. L’intensité est encore plus forte avec l’insertion des images d’archives filmées à l’ouverture des camps de concentration, images épouvantables qui créent un choc. C’est l’un des tous premiers films montrant ces terribles documents (1). Le récit donne une large place aux scènes de prétoire. Stanley Kramer a réuni un plateau prestigieux. Un seul acteur montre une certaine outrance dans son jeu (et c’est lui qui a gagné l’Oscar) : Maximilian Schell en avocat de la défense. Les autres acteurs savent trouver le ton juste. Quelle que soient les critiques que l’on peut lui faire, le film a les qualités de son sujet : ces procès sont l’un des plus grands évènements historiques du XXe siècle, une première dans l’histoire de l’Humanité. Malgré une durée de 3 heures, le film draina une large audience.
Elle: 3 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Spencer Tracy, Burt Lancaster, Richard Widmark, Marlene Dietrich, Maximilian Schell, Judy Garland, Montgomery Clift, William Shatner
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Remarques :
* L’utilisation du zoom était encore récente en 1961. Les quelques « coups de zoom » très brutaux peuvent s’expliquer ainsi. Ils paraissent ridicules aujourd’hui.
* Les personnages Ernst Janning (interprété par Burt Lancaster) et Emil Hahn (celui qui n’a aucun remords) (interprété par Werner Klemperer) sont inspirés de personnages réels.
* Le blocus de Berlin par les soviétiques (24 juin 1948 – 12 mai 1949) n’eut pas lieu pendant le procès des juges (13 février 1947 – 3 décembre 1947) mais il eut bien lieu pendant d’autres « procès successeurs ».
* Lorsque la première du film se tint à Berlin le 14 décembre 1961 (devant tout un parterre de journalistes transportés à grand frais), le verdict dans le procès d’Adolf Eichmann récemment retrouvé et enlevé par les israéliens en Argentine, avait été rendu deux jours auparavant.
* Pour en savoir plus sur ce procès : lire la page dédiée sur le U.S. Holocaust Memorial Museum. (en anglais)

(1) Il faut bien entendu mentionner le court métrage d’Alain Resnais Nuit et Brouillard qui les montraient dès 1956.

 

Jugement à NurembergBurt Lancaster dans Jugement à Nuremberg de Stanley Kramer.

Jugement à NurembergMaximilian Schell et Richard Widmark dans Jugement à Nuremberg de Stanley Kramer.

27 août 2019

Kiss Kiss Bang Bang (2005) de Shane Black

Kiss Kiss Bang BangUn apprenti-braqueur maladroit se retrouve dans un casting de film pour éviter de se faire attraper par la police. Il réussit à avoir le rôle et, pour améliorer son jeu d’acteur, doit faire équipe avec un détective privé. De fil en aiguille, il se retrouve mêlé à une histoire de meurtre qui va se révéler complexe…
Après avoir été scénariste de films d’action tels que L’Arme fatale, Shane Black réalise son premier long métrage avec cette adaptation très libre d’un roman policier de Brett Halliday (Bodies are Where You Find Them, Les morts ont la bougeotte publié en 1941). Kiss Kiss Bang Bang est de toute évidence un hommage au film noir, les noms donnés à chacune des parties l’attestant puisque ce sont des titres de romans de Chandler. L’intrigue se veut embrouillée à souhait comme peut l’être celle du Grand Sommeil. Le personnage principal, également narrateur en voix off, est d’ailleurs assez actif pour nous l’embrouiller : véritable moulin à paroles, il se plaît à s’égarer en digressions qui nous font perdre le fil principal. L’humour est très présent, parfois simplet (scènes avec le doigt), reposant surtout sur le décalage et alimenté par des dialogues abondants. A aucun moment, on ne prend cette histoire au sérieux, Kiss Kiss Bang Bang est plutôt une comédie. L’ensemble est amusant mais s’oubliera certainement très vite.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Robert Downey Jr., Val Kilmer, Michelle Monaghan
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Kiss Kiss Bang BangVal Kilmer et Robert Downey Jr. dans Kiss Kiss Bang Bang de Shane Black (photo publicitaire).