Un ancien tenancier de maison close se met en tête avec deux complices de se lancer dans la fabrication de fausse monnaie. Il va chercher un très grand spécialiste, Ferdinand dit « le Dabe », et le convainc de s’allier avec eux… Adapté d’un roman d’Albert Simonin, Le cave se rebiffe est une comédie policière : si la forme est celle d’un policier sérieux, les dialogues de Michel Audiard tire nettement le film vers l’humour et la parodie. Gabin et Blier mettent bien en valeur les répliques les plus savoureuses avec un petit côté pince-sans-rire du meilleur effet. Les seconds rôles sont très bien tenus. Le cave se rebiffe est un film que l’on a toujours plaisir à revoir. Elle: – Lui :
Lecteurs : (2 note(s), moyenne : 4,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
A Shanghai, une jeune femme échappe à la police grâce à l’intervention d’un étrange Dr Omar. Il l’emmène dans une salle de jeux tenue par Mother Gin Sling où il travaille… The Shanghai Gesture est le premier film vraiment réalisé par Josef von Sternberg depuis 1935. Le film est adapté d’une pièce de John Colton qui avait connu un grand succès à Broadway dans les années vingt. C’est un sujet parfait pour Sternberg qui peut revenir ainsi à cet exotisme sensuel qu’il sait si bien mettre en scène. L’atmosphère est très forte, énigmatique, ambigüe, avec de constantes allusions à une certaine dépravation et une corruption que l’affairisme des occidentaux ne fait qu’amplifier. Cette atmosphère est rendu encore plus forte par la mise en scène de Sternberg toujours très inventif dans le placement de sa caméra ou dans ses angles de prises de vue (quel plan que celui où l’on découvre la salle de casino au début du film !) Et ses gros plans sont fabuleux. Car l’autre atout de The Shanghai Gesture, c’est le casting. Agée de 20 ans, Gene Tierney est d’une beauté à couper le souffle qui contribue à distiller un érotisme, subtil certes mais puissant. Autour d’elle, les personnages sont énigmatiques à souhait. Bien qu’elle ne soit pas présente, le film semble marqué par Marlene Dietrich : le personnage d’Omar, joué par Victor Mature, est le pendant masculin des femmes fatales que Marlene personnifiait avec tant de classe et le personnage de Mother Gin Sling, avec son extravagante coiffure et sa présence altière, semble être taillé sur mesure pour Marlene Dietrich. Les décors style art-déco sont merveilleux. Sur le fond du propos, le film s’attaque plus au pouvoir de l’argent qu’à la société chinoise (1). Probablement trop subtil et ambigu pour le public américain de l’époque, The Shanghai Gesture n’eut aucun succès à sa sortie et les critiques furent très mauvaises (2). La carrière de Josef von Sternberg fut hélas à nouveau stoppée, il ne tournera son film suivant que dix ans plus tard. Dans les années cinquante, le film sera mieux considéré, essentiellement en France et en Europe. A juste titre… car The Shanghai Gesture est une merveille. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques : * On peut se demander comment un film comme The Shanghai Gesture a pu passer le cap de censure. Avec toute cette dépravation exotique, l’érotisme sous-jacent, la drogue (certes non montrée), les femmes en cages vendues aux marins, le film aurait dû être refusé mille fois. D’ailleurs, avant le film de Sternberg, Will Hays et le Production Code auraient refusé pas moins de 30 projets d’adaptation de la pièce de John Colton !
* Les costumes de Gene Tierney ont été dessinés par Oleg Cassini, son mari depuis seulement quelques semaines, que l’actrice avait réussi à faire engager.
(1) La Chine a émis une protestation à l’époque. Un avertissement en début de film a été placé pour préciser que le film n’avait rien à voir avec la réalité… Mais en fait, c’est plutôt la société américaine qui est visée, la société de l’argent ; cela pourrait d’ailleurs expliquer le mauvais accueil du film aux Etats-Unis. (2) Il faut toutefois tenir compte du fait que le film est sorti 15 jours après Pearl Harbour ; l’exotisme oriental ne faisait plus beaucoup rêver alors. Mais, encore aujourd’hui, le film semble moins plaire aux cinéphiles américains qu’européens.
Titre original : « Rise of the Planet of the Apes »
Afin de trouver un remède contre la maladie d’Alzheimer, un chercheur a réussi à mettre au point une substance qui augmente l’activité cérébrale de chimpanzés utilisés comme cobayes. Il recueille chez lui l’un de ces chimpanzés… La planète des singes: Les origines a été conçu pour être un prologue (ou plus exactement une « préquelle ») au roman de Pierre Boulle. Il se propose donc de répondre à la question : « Quels évènements ont pu conduire les singes à développer une intelligence supérieure ? » Signe des temps, l’holocauste nucléaire est écarté au profit des dérives biotechnologiques. Sans surprise, cette production très hollywoodienne reste très simple sur le fond et ne prend aucun risque, se contentant de surfer sur des thèmes en vogue. La seule vraie originalité est de nous faire vivre tout cela au travers des yeux du chimpanzé. En revanche, nous avons la dose réglementaire de scènes d’action et de technologie (beaucoup de motion-capture qui donne des singes très anthropomorphiques). La planète des singes: Les origines se laisse toutefois regarder sans déplaisir mais reste anecdotique. Elle: – Lui :
Lecteurs : (2 note(s), moyenne : 4,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Remarque :
Le quatrième film de la première série, La Conquête de la planète des singes de J. Lee Thompson (1972), avait déjà eu l’intention de faire un prologue au livre de Pierre Boulle. Le film n’était guère passionnant.
Par un matin de janvier 1964, le tueur en série Iwao Enokizu est arrêté par la police après une traque de plusieurs semaines. Nous assistons ensuite la découverte de ses deux premiers meurtres… La vengeance est à moi est basé sur des faits réels (le tueur en série Akira Nishiguchi) et sur un livre de Ryuzo Saki. En regardant le film, on est frappé par deux choses. Tout d’abord, et c’est le plus visible immédiatement, la construction : le récit semble déstructuré mais sans que cela perturbe la compréhension, bien au contraire. Le second point frappant est l’approche retenue : loin du style hollywoodien qui souvent idéalise avec lyrisme le gangster (ou à l’opposé le condamne vertement), Shôhei Imamura porte un regard neutre d’observateur. Le réalisateur n’a jamais caché son intérêt pour l’anthropologie et surtout l’entomologie (étude des insectes) ; il refait ainsi une enquête complète s’attachant surtout à observer, sans juger ni expliquer. Par sa mise en scène et particulièrement ses cadrages, Imamura place une certaine distance entre le spectateur et la scène ; il est impossible de s’identifier à un personnage ni même d’être en empathie. Dans le même esprit, la violence est certes présente mais ce n’est pas la violence-spectacle si courante au cinéma, Imamura observe la façon dont son personnage a accompli ses meurtres et il nous les montre sans fard, sans éclat et sans gloire. Il met en relief comment les violences, y compris les violences sexuelles faites par les autres personnages, sont toujours liées à des rapports d’argent et de possession. La vengeance est à moi est un film très intéressant, complexe dans le bon sens du terme, mais il peut dérouter car, d’une part il ne répond à aucun des canons habituels du genre, et d’autre part il ne porte pas de discours tout fait, c’est à nous que revient de faire l’analyse de ce que nous voyons. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Au grand désespoir de sa mère, la jeune Lilly épouse un beau parleur qui se révèle rapidement n’être qu’un prestidigitateur de foire, cavaleur et recherché pour bigamie. Lilly se met alors sous la protection d’un rabatteur forain, prévenant mais alcoolique… Lilly Turner est adapté d’une pièce de Phillip Dunning et George Abbott. C’est un mélodrame social désenchanté comme il s’en tournait beaucoup en cette période de crise du début des années trente. Le film est au assez sombre, y compris au premier sens du terme : pratiquement toutes les scènes sont nocturnes et semblent assez peu éclairées (1). Le film ne manque pas d’intérêt mais souffre certainement d’une certaine rapidité de tournage. Ruth Chatterton fait une belle prestation (à noter que l’actrice était alors âgée de 40 ans, son personnage est donc bien plus jeune qu’elle) mais elle est certainement plus à l’aise dans des rôles un peu plus sophistiqués. Elle est une fois de plus en tandem avec le séduisant George Brent, ils étaient d’ailleurs mari et femme au moment du tournage. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarque :
La Warner n’a pu ressortir Lilly Turner en 1936 comme elle le souhaitait car le bureau du Production Code (Code Hayes) a refusé de l’approuver.
(1) Il est vraisemblable que la copie diffusée au Cinéma de Minuit de Patrick Brion était un peu sombre. Il faut être indulgent car il s’agit d’un film plutôt rare.
Titre original : « Awdat al ibn al dal »
Autre titre français : « Le retour du fils prodigue »
Dans un village égyptien vit une grande famille. Le fils aîné fait tourner un pressoir où il emploie une partie du village alors que le fils cadet est parti depuis douze ans au Caire à la conquête de nouveaux horizons. Tout le monde, sauf son frère, le voit comme un « Mehdi » par qui le bonheur arrive et espère donc son retour… Ecrit par Youssef Chahine et le poète caricaturiste Salah Jahine, Le retour de l’enfant prodigue est un film assez difficile à cerner. Que ce soit sur le fond ou sur la forme, il offre de multiples facettes, souvent contradictoires, qui obscurcissent quelque les peu les intentions de Chahine. Le propos n’est de ce fait pas très clair. S’agirait-il d’une simple bouffonnerie ? Après tout, le générique de début est un clown qui se grime et la dernière image deux clowns dansant. La présence des parties musicales et de ballets assez saugrenus irait également dans ce sens. La seule chose certaine est que le film brocarde les croyances, les mythes, en premier celui du fils prodigue qui se révèle ici n’être en aucun point à la hauteur de son image. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Titre original : « Meitô bijomaru »
autre titre français : « L’excellent sabre Bijomaru »
L’apprenti Kiyone Sakurai forge un sabre pour son bienfaiteur le samouraï Onoda. Il espère par la même gagner le cœur de sa fille. Hélas, le sabre se brise lors du premier combat et le samouraï est assigné à résidence par son seigneur. Pour se racheter, Sakurai tente de créer un autre sabre… L’épée Bijomaru a été tourné en trois semaines, pendant la guerre. Les films alors produits devaient exalter les nobles valeurs guerrières du Japon au service de l’Empereur, sujet qui n’était pas pour plaire à Mizoguchi. Dans ce strict cadre imposé, il parvient à réaliser un film assez personnel, bien loin du classique film de propagande : tout d’abord, il place l’action un siècle en arrière, à l’époque de la fin du Shogunat, il donne une grande place (presque documentaire) à la philosophie nécessaire à la création d’un sabre parfait et enfin, et surtout, il place une femme au premier plan d’une histoire à priori très masculine ; c’est à elle qu’incombe de porter le coup justicier. Même s’il a été tourné en hâte avec peu de moyens, L’épée Bijomaru ne déçoit aucunement et comporte même de très belles scènes. Il reste toutefois en deçà des autres films du réalisateur. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Le grand patron Iwabuchi marie sa fille avec son secrétaire particulier. Lors du banquet, observé et commenté en aparté par des journalistes, plusieurs incidents se produisent : un policier vient arrêter l’un des comptables de la société, une fausse pièce montée fait allusion au suicide d’un employé de la compagnie… Les salauds dorment en paix est le premier film coproduit par la société de Kurosawa ce qui lui a donné plus de liberté sur le choix de son sujet : il s’attaque ici à la corruption et aux ententes illicites entre administration et grandes sociétés de construction pour les marchés publics. Il met en relief comment ces pratiques mafieuses s’appuient sur la tradition japonaise de grand respect de la hiérarchie. Dans cette recherche de vengeance personnelle, la trame puise son inspiration dans le Hamlet de Shakespeare, auteur qui a déjà inspiré Kurosawa (1). La réalisation est très belle avec une superbe utilisation du format large. Les salauds dorment en paix est l’un des films les moins connus de Kurosawa en Occident. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Sur un navire rouillé mené par un capitaine sans scrupules, James Burke est poussé à accomplir un acte de lâcheté qui va le hanter durablement. Il va tenter de se racheter en épousant la cause des indigènes Malaisiens en lutte contre un dictateur brutal… Ce roman de Joseph Conrad, déjà adapté par Victor Fleming à l’époque du muet, permet à Richard Brooks de réaliser une grande production prenant pour cadre l’Indonésie et son pouvoir évocateur d’aventures et de dangers. Il parvient à faire oublier le côté aride et austère de ce long voyage expiatoire d’un homme hanté par son passé sans toutefois trahir l’esprit du roman. Richard Brookes utilise fort bien Peter O’Toole, fraichement auréolé de son Lawrence d’Arabie, remarquable par la richesse de son jeu mais qui, seul, a bien du mal à insuffler une dimension épique à cette histoire très mouvementée. Lord Jim reste un film plaisant mais il semble manquer l’étincelle qui aurait pu le rendre grandiose. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)