5 janvier 2013

La vengeance est à moi (1979) de Shōhei Imamura

Titre original : « Fukushû suru wa ware ni ari »

Fukushû suru wa ware ni ariPar un matin de janvier 1964, le tueur en série Iwao Enokizu est arrêté par la police après une traque de plusieurs semaines. Nous assistons ensuite la découverte de ses deux premiers meurtres… La vengeance est à moi est basé sur des faits réels (le tueur en série Akira Nishiguchi) et sur un livre de Ryuzo Saki. En regardant le film, on est frappé par deux choses. Tout d’abord, et c’est le plus visible immédiatement, la construction : le récit semble déstructuré mais sans que cela perturbe la compréhension, bien au contraire. Le second point frappant est l’approche retenue : loin du style hollywoodien qui souvent idéalise avec lyrisme le gangster (ou à l’opposé le condamne vertement), Shôhei Imamura porte un regard neutre d’observateur. Le réalisateur n’a jamais caché son intérêt pour l’anthropologie et surtout l’entomologie (étude des insectes) ; il refait ainsi une enquête complète s’attachant surtout à observer, sans juger ni expliquer. Par sa mise en scène et particulièrement ses cadrages, Imamura place une certaine distance entre le spectateur et la scène ; il est impossible de s’identifier à un personnage ni même d’être en empathie. Dans le même esprit, la violence est certes présente mais ce n’est pas la violence-spectacle si courante au cinéma, Imamura observe la façon dont son personnage a accompli ses meurtres et il nous les montre sans fard, sans éclat et sans gloire. Il met en relief comment les violences, y compris les violences sexuelles faites par les autres personnages, sont toujours liées à des rapports d’argent et de possession. La vengeance est à moi est un film très intéressant, complexe dans le bon sens du terme, mais il peut dérouter car, d’une part il ne répond à aucun des canons habituels du genre, et d’autre part il ne porte pas de discours tout fait, c’est à nous que revient de faire l’analyse de ce que nous voyons.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Ken Ogata, Rentarô Mikuni, Mitsuko Baishô, Mayumi Ogawa
Voir la fiche du film et la filmographie de Shōhei Imamura sur le site IMDB.

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