29 mars 2019

Temps sans pitié (1957) de Joseph Losey

Titre original : « Time Without Pity »

Temps sans pitiéUn homme d’âge mûr assassine une jeune fille dans un appartement moderne orné d’une peinture de Goya. Plus tard, un romancier arrive à Londres après une cure de désintoxication au Canada. Son fils doit être exécuté dans les vingt-quatre heures pour le meurtre de la jeune fille…
Temps sans pitié est librement adapté d’une pièce policière d’Emlyn Williams. Mais le film n’est pas une énigme policière puisque nous savons dès les premières minutes qui est le coupable (dans une scène particulièrement puissante). Ce n’est pas non plus un pamphlet contre la peine de mort, même si le sujet est brièvement évoqué. Temps sans pitié est essentiellement un suspense où Losey joue avec le temps et crée une très forte tension basé sur le rythme et sur un certain malaise qui émanent des personnages dont on perçoit peu à peu les perturbations les plus profondes. Losey introduit aussi une bonne dose de fragilité, essentiellement par le personnage du père toujours sur le point de céder à son alcoolisme. Le film est remarquablement bien construit, avec certaines scènes qui répondent à d’autres. La fin est particulièrement forte et inattendue. Temps sans pitié marque le retour de Joseph Losey à la pleine lumière après avoir été victime du maccarthysme. Il signe de nouveau de son vrai nom et son succès, notamment en France, lui ouvrira les portes d’une reconnaissance internationale.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Michael Redgrave, Ann Todd, Leo McKern, Paul Daneman, Peter Cushing, Alec McCowen
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Temps sans pitié
Michael Redgrave et Leo McKern dans Temps sans pitié de Joseph Losey.

18 février 2019

Un singe en hiver (1962) de Henri Verneuil

Un singe en hiverEn Juin 1944, sur la côte normande, Albert Quentin se saoule régulièrement par nostalgie de sa jeunesse militaire vécue sur le Yang-Tsé-Kiang. Sous les bombardements, il promet à sa femme de ne plus boire une goutte d’alcool s’ils en réchappent. Quinze ans plus tard, en plein hiver, il voit arriver dans son petit hôtel un jeune homme remuant, qui se remet difficilement de sa séparation avec sa femme qui vit à Madrid…
Un singe en hiver est l’adaptation du roman primé d’Antoine Blondin. Le film est surtout l’occasion de mettre deux acteurs de générations différentes face à face : le monstre sacré du cinéma français classique Jean Gabin et le jeune Belmondo alors en pleine ascension et marqué Nouvelle Vague. Les deux acteurs se sont très bien entendus sur le tournage, ce qui apporte une certaine chaleur à l’ensemble. Toutefois, il est difficile d’y retrouver l’humanité et la richesse du roman. Les dialogues d’Audiard ne sont que pittoresques, notamment dans les scènes de beuverie qui peuvent paraître interminables. En surface, on peut voir dans le film une apologie de l’alcool (le ministère de la santé tenta d’ailleurs d’interdire le film pour cette raison), mais en réalité c’est surtout une certaine vision (assez plombante) de l’existence qui place la nostalgie en unique moyen de supporter le fardeau de la vie. Mais, si le film a connu un tel succès et s’il est toujours tenu en très haute estime aujourd’hui, c’est surtout du fait de son humour et du jeu exubérant de ses deux acteurs.
Elle: 3 étoiles
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Jean Gabin, Jean-Paul Belmondo, Suzanne Flon, Paul Frankeur, Noël Roquevert, Gabrielle Dorziat
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Un singe en hiver
Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo dans Un singe en hiver d’Henri Verneuil.

Remarques :
* Caméo : Henri Verneuil interprète l’officier allemand qui monte l’escalier, juste au moment où son nom apparaît à l’écran au générique.
* Claude Pinoteau et Costa-Gavras sont tous deux assistants-réalisateurs.
* Initialement, Verneuil devait tourner une adaptation du roman de Roger Vercel Au large de l’Eden, l’histoire d’un commandant de morutier en route vers le Groenland. Lorsque Gabin est monté sur un chalutier en repérages, il a déclaré : « Ca pue le poisson et le gazole, je ne veux plus faire le film! » C’est alors qu’Audiard a proposé le roman d’Antoine Blondin et Jean-Paul Belmondo a fait son entrée dans le projet.

14 avril 2018

Réveil dans la terreur (1971) de Ted Kotcheff

Titre original : « Wake in Fright »
Titre lors de sa sortie : « Outback »

Réveil dans la terreurJeune instituteur dans un petit village isolé de l’outback australien, poste qu’il a été obligé d’accepter par contrat, John décide de rentrer à Sydney pour les vacances. Il fait une halte dans la ville minière de Bundanyabba, que les locaux nomment « The Yabba »…
Basé sur un bestseller du même nom signé Kenneth Cook, Wake in Fright est un film australien qui a avait disparu après sa présentation au Festival de Cannes 1971. La redécouverte récente d’un négatif original lui a permis de ressusciter. C’est un film vraiment étonnant et inhabituel, un film que l’on peut voir comme un précurseur de cette Nouvelle Vague australienne à laquelle Peter Weir et George Miller donneront ses lettres de noblesse. Mais Ted Kotcheff (futur réalisateur de Rambo) est en réalité canadien et ses deux acteurs principaux sont anglais. Wake in Fright est une véritable descente aux enfers, sorte de Las Vegas Parano au pays des kangourous et de la bière ingurgitée par tombereaux. La vision qu’il nous donne des ces villes minières de l’arrière-pays australien est assez terrifiante. On aimerait croire que cette vision est outrancière mais rien n’est moins sûr. Le déroulement de cette histoire assez glauque est néanmoins admirable car on a l’impression de s’enfoncer toujours plus. Cela témoigne d’une belle maitrise du réalisateur qui nous gratifie, en outre, de plusieurs très beaux plans.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Donald Pleasence, Gary Bond, Chips Rafferty, Sylvia Kay, Jack Thompson
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Wake in fright
Chips Rafferty (vrai australien et grand buveur de bière) et Gary Bond  dans Réveil dans la terreur de Ted Kotcheff.

Remarques :
* Les scènes de chasse aux kangourous ont suscité une polémique. Il faut préciser à ce sujet que Ted Kotcheff est un végétarien convaincu et l’avertissement final, affirmant que ces scènes ont été tournées avec des chasseurs professionnels, est là pour nous alerter (et non pour justifier). Il est vrai qu’il y a là de quoi devenir végétarien… D’après les récits du directeur de la photographie, l’anglais Brian West, le tournage de la scène dura plusieurs heures et les chasseurs, de plus en plus alcoolisés, tiraient de plus en plus mal. L’équipe de tournage, écœurée par le carnage, a fini par provoquer une panne d’électricité pour tout arrêter.
* La ville est en réalité Broken Hill où le réalisateur a séjourné plusieurs mois.
* Wake in Fright a été adapté de nouveau en 2017 pour une série TV australienne.

Wake in Fright
Le superbe plan d’ouverture de Réveil dans la terreur de Ted Kotcheff.

Wake in Fright
Donald Pleasence et Gary Bond dans Réveil dans la terreur de Ted Kotcheff.

Wake in Fright
Autre plan remarquable : la salle de jeu de Réveil dans la terreur de Ted Kotcheff.

24 décembre 2017

Un coin de ciel bleu (1965) de Guy Green

Titre original : « A Patch of Blue »

Un coin de ciel bleuUne jeune fille aveugle, maintenue sans éducation et maltraitée par une mère et un grand-père alcooliques, fait la rencontre d’un homme qui va lui ouvrir de nouveaux horizons. Elle ignore que cet homme est noir…
Adapté d’un roman d’Elizabeth Kata, A Patch of Blue est un film sur lequel il est difficile de porter un jugement en faisant abstraction de son impact social. Ses intentions de combattre les à-priori sur la couleur de peau sont louables et il ne faut pas négliger que ce film est sorti dans le contexte très raciste des années soixante : les évènements sanglants du Bloody Sunday en Alabama et le Voting Rights Act interdisant les discriminations raciales dans le vote datent de la même année 1965. Il est donc difficile de dire du mal de ce film. Toutefois, on peut trouver ses ficelles assez grossières. Les personnages de la mère et du grand-père, qui sont les seuls à être ouvertement racistes, sont absolument abominables. Shelley Winters a avoué avoir été malade de jouer un tel rôle. On la comprend. Le personnage interprété par Sydney Poitier est, quant à lui, parfait sous tous rapports : intelligent, équilibré, attentionné. Malgré ces excès de typage, le film est émouvant, notamment lorsque l’apprentissage de la jeune fille devient un véritable éveil à la vie. Le film connut un grand succès.
Elle: 4 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Sidney Poitier, Shelley Winters, Elizabeth Hartman, Wallace Ford
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A patch of blue
Sidney Poitier et Elizabeth Hartman dans Un coin de ciel bleu de Guy Green.

Remarques :
* Pour le rôle, Elizabeth Hartmann portait des lentilles opaques qui lui ôtaient effectivement la vue.
* Les scènes de baiser furent enlevées des copies destinées aux états du Sud des Etats-Unis où le mariage mixte était encore interdit par la loi.
* A Patch of Blue est le premier film d’Elizabeth Hartmann (21 ans) qui s’est retrouvée nominée aux Oscars pour le rôle. Cette lumineuse actrice n’a hélas pas fait une grande carrière par la suite. Dépressive, elle s’est donné la mort à l’âge de 43 ans.
* Excellent directeur de la photographie, oscarisé pour Les Grandes Espérances de David Lean (1946), l’anglais Guy Green est passé à la réalisation au milieu des années cinquante où sa carrière fut moins remarquable.

9 juillet 2017

Star Trek: Premier Contact (1996) de Jonathan Frakes

Titre original : « Star Trek: First Contact »

Star Trek: Premier ContactCréatures à la fois organiques et mécaniques formant une seule entité, les Borgs se dirigent vers la Terre pour «l’assimiler». Ils remontent dans le temps pour empêcher le premier contact des terriens avec une civilisation extraterrestre et ainsi changer le cours de l’histoire. Le capitaine Picard parvient à les suivre et compte bien les empêcher d’agir… Star Trek: Premier Contact est assez largement tenu pour être un des meilleurs films Star Trek. Comme l’affirmait Hitchcock, c’est le « méchant » qui donne à un film tout son impact et la Reine des Borg est sans aucun doute l’adversaire le plus marquant de la série (après Kahn, tout de même). Le scénario n’est pas vraiment très riche même s’il se déroule simultanément en deux endroits : sur Terre en 2063 et à bord de l’Enterprise où la chasse aux Borgs a un petit parfum d’Alien. On ne peut échapper aux poncifs hollywoodiens (l’inventeur du warp drive est un grand échalas hirsute qui ingurgite de grandes quantités de gnôle en écoutant du rock & roll, bref un vrai américain version terroir) mais il y a quelques bonnes idées, ne serait-ce que la cause de ce premier contact. Malgré la gravité de la situation, il y a beaucoup d’humour, telle cette scène où la charmante Troi prend une cuite mémorable. A l’instar de Leonard Nimoy une décennie plus tôt, Jonathan Frakes (l’interprète du second Rikes) passe derrière la caméra pour une réalisation certes sans éclat mais adéquate. Le bilan reste positif : Star Trek: Premier Contact est un très bon film de la série.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Patrick Stewart, Jonathan Frakes, Brent Spiner, James Cromwell, Alice Krige
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Star Trek Premier Contact
Retour aux sources : la précédente version de l’Enterprise ayant été crashée (même la maquette était endommagée) dans l’épisode précédent, bienvenue dans l’Enterprise-E au design plus proche de la série originale.

Star Trek Premier Contact
Neal McDonough, Jonathan Frakes, Patrick Stewart et Brent Spiner dans Star Trek: Premier Contact de Jonathan Frakes.

Star Trek Premier contact
Alice Krige (la Reine des Borgs) et Brent Spiner dans Star Trek: Premier Contact de Jonathan Frakes.

Star Trek Premier Contact
James Cromwell (l’inventeur déjanté), Jonathan Frakes et Marina Sirtis dans Star Trek: Premier Contact de Jonathan Frakes.

Star Trek Premier Contact
« Alors , il était comment le cassoulet à midi ? » … Neal McDonough, Patrick Stewart et Michael Dorn dans Star Trek: Premier Contact de Jonathan Frakes.

7 décembre 2015

Le Café du Cadran (1947) de Jean Gehret et Henri Decoin

Le Café du cadranJulien et sa jeune femme Louise sont montés de leur Auvergne natale à Paris pour reprendre un café très bien situé près de l’Opéra. Ils font rapidement connaissance avec les habitués du lieu… Officiellement réalisé par Jean Gehret, premier film de cet acteur d’origine suisse passé à la réalisation, Le Café du Cadran aurait été en réalité dirigé par Henri Decoin, seulement crédité comme superviseur au générique : toujours sous le coup d’une mesure d’épuration lui interdisant de mettre en scène lui-même, Decoin devait en effet utiliser un prête-nom. Il s’agit essentiellement d’un film d’atmosphère car, s’il y a bien une intrigue, celle-ci paraît plaquée et le dénouement dramatique fait presque sourire tant on n’y croit guère. En revanche, l’atmosphère est particulièrement bien recréée, nous offrant ainsi une plongée dans la vie parisienne d’alors avec notamment une description du monde journalistique et l’arrivisme de certains de ses membres (notons que l’auteur du scénario est Pierre Bénard, ancien directeur du Canard Enchaîné). Une certaine amertume pointe de ce récit un peu désenchanté mais plein de vie. L’interprétation est de très bonne facture avec Blanchette Brunoy qui fait preuve de beaucoup d’émotions et Bernard Blier d’une belle subtilité dans le rôle du mari falot. De son côté, Félix Oudard s’amuse visiblement beaucoup avec son personnage exubérant qu’il interprète à la Raimu.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Bernard Blier, Blanchette Brunoy, Aimé Clariond, Félix Oudart, Charles Vissières
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le Café du cadran
Bernard Blier, Robert Le Fort et Félix Oudard dans Le Café du Cadran d’Henri Decoin

Remarque :
Le Café du Cadran existe réellement. Il est toujours en activité au 1 Rue Daunou, au bord de l’Avenue de l’Opéra.

2 novembre 2015

Les Orgueilleux (1953) de Yves Allégret

Les orgueilleuxDans un petit village mexicain, une française arrive en car avec son mari très malade. Celui-ci meurt peu après, atteint d’une méningite cérébro-spinale très contagieuse. Alors que l’épidémie commence à se répandre, elle fait la connaissance d’un français, épave humaine noyée de téquila… Les Orgueilleux est l’adaptation d’une nouvelle de Jean-Paul Sartre, Typhus. C’est un film assez fort servi par une magnifique interprétation, particulièrement de Gérard Philipe dont le personnage évoque certains héros dostoïevskiens. Michèle Morgan est là dans un de ses plus beaux rôles, une femme en plein désarroi au bout du monde, bien plus complexe que les personnages de grande bourgeoise dans lesquels elle était si souvent cantonnée. Elle fait montre d’une grande sensualité qui culmine dans la scène du ventilateur (scène qui a troublé Martin Scorsese adolescent). Il se dégage une grande authenticité, le film nous immerge littéralement dans ce village mexicain écrasé par le soleil et la chaleur, avec une musique omniprésente et une moiteur perceptible. Seule la fin est décevante, bâclée et un peu ridicule. Cette fin heureuse aurait été imposée par les producteurs mexicains, Yves Allégret en ayant imaginé une tout autre. Mais cela n’empêche pas Les Orgueilleux d’être un très beau film.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Michèle Morgan, Gérard Philipe, Carlos López Moctezuma, Víctor Manuel Mendoza
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Remarques :
* Luis Buñuel fait une apparition dans un petit rôle de trafiquant (j’avoue ne pas l’avoir repéré).
* Rappelons qu’Yves Allégret est le jeune frère de Marc Allégret. Sa filmographie est quelque peu inégale, Les Orgueilleux fait incontestablement partie de ses trois ou quatre meilleurs films.
* Le film a été récemment restauré.

Les Orgueilleux
Gérard Philipe, Víctor Manuel Mendoza et Carlos López Moctezuma dans Les orgueilleux de Yves Allégret

Les Orgueilleux
Víctor Manuel Mendoza et Michèle Morgan dans Les orgueilleux de Yves Allégret.

5 juillet 2014

Une fille de la province (1954) de George Seaton

Titre original : « The Country Girl »

Une fille de la provinceAprès avoir mis à la porte l’acteur de premier rôle, le metteur en scène d’une comédie musicale doit trouver au pied levé un nouvel acteur-chanteur. Il insiste pour faire accepter par son producteur un chanteur qui a tenu la vedette il y a plusieurs années mais qui n’est plus très actif. De plus il a la réputation d’être alcoolique… Adaptation d’une pièce de Clifford Odet, l’histoire de The Country Girl accumule les poncifs mais le thème de la « seconde chance » est toujours très apprécié outre-Atlantique. Il est ici affublé de relations particulières entre l’acteur et sa femme sur fond de drame familial. En outre, le scénario a été aménagé pour inclure des chansons de Bing Crosby, crooner alors immensément populaire aux Etats Unis. Si William Holden et même Bing Crosby savent garder une certaine mesure, Grace Kelly recherche la performance avec un jeu du style « habitée par son personnage », outrancier, caricatural. Elle reçut un Oscar pour ce rôle (1). Très ennuyeux et terriblement prévisible, le film bénéficie d’une aura qui peut paraître assez incompréhensible.
Elle:
Lui : 1 étoile

Acteurs: Bing Crosby, Grace Kelly, William Holden
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(1) Grace Kelly a reçu cet Oscar alors que Judy Garland était donnée largement favorite pour son rôle dans A Star Is Born.

26 avril 2014

Les Hommes de la mer (1940) de John Ford

Titre original : « The Long Voyage Home »

Les hommes de la merAprès une escale aux Antilles, le cargo Glencairn embarque une cargaison d’explosifs pour leur faire traverser l’Atlantique jusqu’en Angleterre alors en guerre… Les Hommes de la mer est adapté de quatre pièces d’Eugene O’Neill (1) mises presque bout à bout dans un même récit par Dudley Nichols. Assez curieusement pour un film traitant des marins, Les Hommes de la mer se déroule entièrement dans des lieux clos et resserrés, le plus souvent de nuit, avec une atmosphère assez lourde (les amateurs de grands espaces seront donc certainement déçus). Ce n’est pas en effet la mer qui intéresse John Ford mais plutôt la fatalité qu’elle génère pour ces marins qui sont condamnés à errer de vieux rafiots rouillés en vieux rafiots rouillés. On retrouve donc ici ce thème de l’errance que l’on retrouve dans beaucoup des films de John Ford, l’absence ou la perte de port d’attache. Le propos est assez sombre, presque cruel. Ce sentiment est renforcé par la photographie très contrastée et superbe de Gregg Toland qui a utilisé des éclairages très puissants. Dans certains plans, l’utilisation de l’ombre et de la lumière est époustouflante. Les Hommes de la mer ne fait pas partie des films les plus cités de John Ford. Il n’a rien d’un film spectaculaire, il est d’une perception indéniablement moins immédiate que celui qui l’a précédé Les Raisins de la Colère et avec lequel il a nombreux points communs.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: John Wayne, Thomas Mitchell, Ian Hunter, Barry Fitzgerald, Ward Bond
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Remarques :
* Le film est précédé d’un court texte qui résume parfaitement le propos : « Avec leurs haines et leurs appétits, les hommes changent la face de la terre. Ils ne peuvent changer la mer. Les gens de mer ne changent jamais. Ils vivent dans un monde à part, solitaires, passent d’un vieux rafiot rouillé à un autre aussi délabré. »

* John interprète un marin suédois. Pour restituer un accent assez authentique, il a pris des cours avec la (très belle) actrice danoise Osa Massen.

(1) Les quatre pièces d’Eugene O’Neill à la base du scénario de Les Hommes de la mer :
Début du film : The Moon of the Caribees
La mort de Yank : Bound East for Cardiff
Smitty soupçonné de trahison : In the Zone
Fin du film : The Long Voyage Home
Ces quatre pièces ont été écrites et jouées aux alentours de 1916, leur action se situaient donc pendant la Première Guerre mondiale. C’est Dudley Nichols qui les a transposées dans cette Seconde guerre mondiale naissante. A noter que les quatre pièces avaient déjà été réunies sur scène en 1937 pour former One Act Plays of the Sea (Pièces en un acte sur la mer).

29 janvier 2014

Les Amants passagers (2013) de Pedro Almodóvar

Titre original : « Los amantes pasajeros »

Les amants passagersA la suite d’une erreur malencontreuse, l’avion Madrid-Mexico est contraint de tourner en rond en attendant qu’une piste se libère pour un atterrissage d’urgence. A son bord, un équipage très gay tente de distraire les passagers de la classe affaires (la classe économique ayant été mise sous sédatif par sécurité)… Cela faisait longtemps que Pedro Almodovar n’avait réalisé une comédie pure. Les Amants passagers est un film totalement farfelu mais parfaitement maitrisé. Les personnages sont typés à l’extrême, on ne peut pas dire qu’Almodovar fasse preuve de mesure… mais pourtant il ne tombe jamais dans la facilité et reste toujours à un excellent niveau d’humour. Cette comédie déjantée est, il est vrai, parfaitement écrite. Il se passe beaucoup de choses dans cet avion où stewards et pilotes sont obsédés par les hommes, l’alcool et la drogue. Pas vraiment de message ici : même si Almodovar évoque quelques problèmes modernes comme la corruption et que l’on pourra toujours dire que cet avion qui tourne en rond est une allégorie de nos pays en crise, Les Amants passagers est surtout une comédie pure devant laquelle il faut se laisser aller. Ce type d’humour totalement loufoque ne fera pas l’unanimité toutefois…
Elle: 2 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Javier Cámara, Carlos Areces, Raúl Arévalo, Antonio de la Torre, Lola Dueñas, Cecilia Roth
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