8 août 2021

Night Call (2014) de Dan Gilroy

Titre original : « Nightcrawler »

Night Call (Nightcrawler)Ex-voleur de matériaux sur les chantiers, Lou Bloom est un homme ambitieux qui cherche une opportunité de réussite. Il pense l’avoir trouvée après avoir observé un caméraman indépendant venu filmer sur le lieu d’un accident. Il achète une caméra et un scanner radio pour écouter les communications de la police…
Night Call (la traduction littérale du titre est « somnambule ») est un film américain écrit et réalisé par Dan Gilroy. L’intention est de dénoncer les médias à sensation, ces chaînes de télévision américaines locales qui capitalisent sur la peur en diffusant des images les plus choquantes possibles de délinquance et d’accidents. Le film est porté par la composition de Jake Gyllenhaal. Son personnage est un véritable monstre, cynique, manipulateur. Les raisonnements qu’il énonce avec une froideur absolue sont terrifiants car ils ont souvent quelque chose de brillant. Cette ambivalence nous met mal à l’aise de façon constante. L’atmosphère en devient lourde et sordide. Toutes les scènes se déroulent la nuit donnant au film une allure de polar urbain. Night Call a été bien reçu par la critique et le public.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Riz Ahmed, Bill Paxton
Voir la fiche du film et la filmographie de Dan Gilroy sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Night Call (Nightcrawler)Jake Gyllenhaal dans Night Call (Nightcrawler) de Dan Gilroy.

4 mars 2021

Dogman (2018) de Matteo Garrone

DogmanDans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle…
Dogman est un film dramatique italien coécrit, coproduit et réalisé par Matteo Garrone, le réalisateur de Gomorra. L’histoire est librement inspirée d’un fait divers qui a défrayé la chronique en Italie, dans les années 1980. C’est une histoire très noire, dans un environnement presque irréel tant il est délabré. La vie semble avoir quitté cette banlieue aux allures post-apocalyptique. C’est aussi une histoire violente, une violence brute presque primitive. Dès les premières images, l’atmosphère met mal à l’aise. Le propos, sur le thème des rapports fort/faible, n’est guère convaincant à mes yeux, portant un regard sans nuances et assez caricatural sur la nature humaine. Le grand atout du film est son acteur principal, pourtant peu expérimenté, qui compose avec naturel un personnage très original. Il a été récompensé par le Prix d’interprétation masculine à Cannes 2018. La critique a majoritairement été enchantée par le film. A réserver aux amateurs d’histoires noires et violentes.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Marcello Fonte, Edoardo Pesce
Voir la fiche du film et la filmographie de Matteo Garrone sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Voir les autres films de Matteo Garrone chroniqués sur ce blog…

DogmanMarcello Fonte, souffre-douleur d’une grosse brute dans Dogman de Matteo Garrone.

25 janvier 2021

Les Misérables (2019) de Ladj Ly

Les MisérablesStéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux « Bacqueux » d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes…
Les Misérables est co-écrit et réalisé par Ladj Ly, cinéaste français né au Mali. Ce fut d’abord un court métrage qui fut très remarqué à sa sortie en 2016, ce qui l’a incité à le refaire en long métrage, son premier. Il y raconte son quartier, les Bosquets à Montfermeil (Seine-Saint-Denis), et il tient à préciser que « tout ce qui est dedans est basé sur des choses vécues » (y compris le vol du lionceau). Le regard qu’il porte montre beaucoup de recul, il ne porte pas de jugement à l’emporte-pièce. Son récit met autant en lumière les violences policières en cité que les difficultés pour les forces de l’ordre d’exercer leur mission convenablement. Même s’il n’est pas dépourvu de maladresses, le film a une très grande puissance et frappe nos esprits. Les Misérables a connu un grand succès en salles.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga, Issa Perica
Voir la fiche du film et la filmographie de Ladj Ly sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Remarque :
* Dans le roman de Victor Hugo Les Misérables, Jean Valjean rencontre Cosette pour la première fois à Montfermeil. Depuis 2012, la ville est intégrée dans un circuit touristique « Sur les pas et dans les pages de Victor Hugo ». C’est pour cette raison que Ladj Ly a choisi ce titre.

Les MisérablesDamien Bonnard, Alexis Manenti et Djebril Zonga dans Les Misérables de Ladj Ly.

Lire aussi :
Les Misérables de Raymond Bernard (1934), adaptation du roman de Victor Hugo.

12 juillet 2020

Les Huit Salopards (2015) de Quentin Tarantino

Titre original : « The Hateful Eight »

Les huit salopards (The Hateful Eight)Dans les montagnes du Wyoming, quelques années après la Guerre de Sécession, le chasseur de primes John Ruth, dit Le Bourreau, fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière Daisy Domergue se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge au milieu des montagnes, où ils sont accueillis par quatre personnages énigmatiques…
Les Huit Salopards (The Hateful Eight) est un western américain écrit et réalisé par Quentin Tarantino. Il s’agit de son huitième long métrage. La mise en place et le déroulement de l’intrigue sont assez remarquables et témoignent de l’expertise du cinéaste en la matière. Les (longs) dialogues sont vraiment savoureux et laissent constamment une grande place à l’humour malgré la tension qui s’installe. Les amateurs d’hémoglobine seront satisfaits dans le derniers tiers mais, pour une fois, cette violence est moins exubérante et il n’y a pas d’esthétisation de la violence. En revanche, elle fonctionne toujours par explosions soudaines. L’histoire est finalement assez simple mais permet au cinéaste de dresser un (petit) portrait de la société américaine au lendemain de la Guerre de Sécession. Les Huit Salopards est un excellent Tarantino.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins, Demián Bichir, Tim Roth, Michael Madsen, Bruce Dern
Voir la fiche du film et la filmographie de Quentin Tarantino sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Voir les autres films de Quentin Tarantino chroniqués sur ce blog…
Voir les livres sur Quentin Tarantino

Les huit salopards (The Hateful Eight)Kurt Russell et Samuel L. Jackson dans Les huit Salopards (The Hateful Eight) de Quentin Tarantino.

Les huit salopards (The Hateful Eight)Samuel L. Jackson et Walton Goggins dans Les huit Salopards (The Hateful Eight) de Quentin Tarantino.

Remarques :
* Comme toujours, les références et clins d’œil à d’autres films sont nombreux (voir une liste sur IMDB). Le huis clos, le blizzard et la présence de Kurt Russell aidant, certains critiques ont dit voir une grande influence de The Thing de John Carpenter (1982), les plus audacieux employant même le mot de remake… Plus sérieusement, ce qui est avéré (car confirmé par Tarantino), c’est que trois morceaux composés par Ennio Morricone pour The Thing et inutilisés ont été repris ici.
* Les Huit Salopards est l’ultime film de Tarantino produit par la Weinstein Company.

* Durées :
Version commerciale 35mm (2.55 :1) = 168 min
Version spéciale 70mm (2.76 :1) = 187 min
Version étendue pour le streaming : 213 min (en 4 épisodes)

Les huit salopards (The Hateful Eight)Quentin Tarantino sur le tournage de Les huit Salopards (The Hateful Eight) de Quentin Tarantino.

2 novembre 2019

La Planète des singes: Suprématie (2017) de Matt Reeves

Titre original : « War for the Planet of the Apes »

La Planète des singes: Suprématie (War for the Planet of the Apes)Deux ans après avoir affronté les humains et Koba, César et les singes vivent reculés dans une forêt. Attaqué par une unité militaire, il apprend qu’un colonel sanguinaire cherche à tout prix à le tuer. Il commence à planifier la fuite des singes loin des combats mais les évènements vont en décider autrement…
Après Les Origines en 2011 et L’Affrontement en 2014, Suprématie est le troisième film du redémarrage (reboot) de la série cinématographique adaptée du roman de Pierre Boulle. Les évènements se déroulent donc avant l’histoire originale de La Planète des Singes (1969). Ce volet se concentre sur la confrontation entre deux personnalités, le singe César et un colonel humain qui s’est laissé submerger par sa folie meurtrière. Le réalisateur ne s’en est pas caché, ce personnage est modelé sur le colonel Kurtz d’Apocalypse Now (un graffiti dans les sous-sols y fait référence avec un bon gros jeu de mot : « Ape-ocalypse Now ») ; cette proximité nous vaut également un début de réflexion sur l’appropriation personnelle de la violence. Mais il s’agit avant tout d’un film d’action, d’une indéniable qualité d’écriture et de réalisation, sans excès d’effets. Le film est porté par l’interprétation toujours intense d’Andy Serkis qui donne une grande stature à son personnage.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Andy Serkis, Woody Harrelson, Steve Zahn, Amiah Miller
Voir la fiche du film et la filmographie de Matt Reeves sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Voir les autres films de Matt Reeves chroniqués sur ce blog…
La Planète des singes: Suprématie (War for the Planet of the Apes)Andy Serkis dans La Planète des singes: Suprématie (War for the Planet of the Apes) de Matt Reeves.

La Planète des singes: Suprématie (War for the Planet of the Apes)Amiah Miller et Karin Konoval dans La Planète des singes: Suprématie (War for the Planet of the Apes) de Matt Reeves.

Tous les films :
A) Cinq films de 1968 à 1973 :
La Planète des singes (Planet of the Apes) (1968) de Franklin J. Schaffner
Le Secret de la planète des singes (Beneath the Planet of the Apes) (1970) de Ted Post
Les Évadés de la planète des singes (Escape From the Planet of the Apes) (1971) de Don Taylor
La Conquête de la planète des singes (Conquest of the Planet of the Apes) (1972) de J. Lee Thompson
La Bataille de la planète des singes (Battle for the Planet of the Apes) (1973) de J. Lee Thompson.

B) Nouvelle adaptation du roman :
La Planète des singes (Planet of the Apes) (2001) de Tim Burton.

C) Série « Reboot » :
La Planète des singes : Les Origines (Rise of the Planet of the Apes) (2011) de Rupert Wyatt
La Planète des singes : L’Affrontement (Dawn of the Planet of the Apes) (2014) de Matt Reeves
La Planète des singes : Suprématie (War for the Planet of the Apes) (2017) de Matt Reeves.

30 août 2019

The House That Jack Built (2018) de Lars von Trier

The House That Jack BuiltAux Etats-Unis, dans les années 70, Jack est un tueur en série qui voit ses meurtres comme des œuvres d’art. Il raconte ses méfaits à un « passeur » …
The House That Jack Built est un film particulièrement gore et brutal. J’avoue ne pas avoir été capable de regarder jusqu’au bout ce déballage de violence sadique et de torture. C’est épouvantable (dans le sens littéral du terme). De plus, la vision qu’il donne des femmes me paraît très discutable : cela est particulièrement net avec sa première victime qui joue un jeu stupide et très dangereux, elle pousse Jack au crime. Par ce procédé, Lars von Trier cherche-t-il à inclure le spectateur dans la vision du tueur? Il laisse, en tous cas, sous-entendre que la victime « n’a que ce qu’elle mérite ». On aimerait croire que ce type de discours est aujourd’hui dépassé, alors que nous tendons à avoir une vision différente sur les violences subies… Le passeur  emprunté à Dante était en revanche une bonne idée mais je n’ai pu voir ce qu’elle apportait vraiment. Une partie de la critique, visiblement bien décidée à suivre Lars von Trier dans tous ses excès, a été louangeuse.
Elle:
Lui : pas d'étoile

Acteurs: Matt Dillon, Bruno Ganz, Uma Thurman
Voir la fiche du film et la filmographie de Lars von Trier sur le site IMDB.

Voir les autres films de Lars von Trier chroniqués sur ce blog…
Voir les livres sur Lars von Trier

The House That Jack BuiltUma Thurman et Matt Dilon dans The House That Jack Built de Lars von Trier.

 

Remarque :
This Is the House That Jack Built est au départ une comptine anglaise pour enfants, de type conte cumulatif (on commence avec la phrase seule et on rajoute ensuite une phrase avant et ainsi de suite, chaque couplet se terminant par « in the house that Jack built »).
The House That Jack Built est également le titre d’un (excellent) épisode de Chapeau melon et bottes de cuir (saison 4, 1965).

21 juin 2019

Memories of Murder (2003) de Bong Joon-ho

Titre original : « Salinui chueok »

Memories of MurderEn 1986, en Corée du Sud, un inspecteur de police d’un petit village recherche l’auteur de plusieurs meurtres avec viol. Il fonctionne à l’instinct mais on lui adjoint un autre inspecteur venu de la ville, plus porté sur l’analyse des faits…
Memories of Murder est le deuxième long métrage de Bong Joon-ho. Il s’inspire de faits réels : ce premier tueur en série coréen a violé et assassiné dix femmes dans un rayon de deux kilomètres sans jamais laisser d’indices derrière lui. Le film se démarque assez nettement des canons du genre car il nous montre surtout à quel point la police était inefficace dans cette affaire d’un nouveau genre. Les méthodes d’investigation de la police coréenne se résumait alors à brutaliser les suspects pour les faire avouer quelque chose (ce qu’ils finissaient toujours par faire). En outre, Bong Joon-ho nous replace dans l’environnement de cette époque ; le pays sous la dictature, les exercices d’alerte, le sous-équipement, la médecine parallèle, la consultation de voyants extralucides par la police, tous ces éléments étaient bien réels dans la Corée des années quatre-vingt. La fin est conforme à la réalité. Après de nombreuses recherches, le cinéaste est allé tourner son film avec un budget assez réduit dans la région où les faits se sont déroulés. Le résultat est remarquable mais vraiment très sordide et assez consternant. Certains y ont vu de l’humour, tant mieux pour eux ; personnellement je ne dirais pas que sa vision fût une partie de plaisir. A travers cette histoire glauque, c’est tout un portrait de la Corée du Sud des années quatre-vingt que nous dresse Bong Joon-ho.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Song Kang-ho, Kim Sang-kyung, Kim Roe-ha, Song Jae-ho
Voir la fiche du film et la filmographie de Bong Joon-ho sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Voir les autres films de Bong Joon-ho chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Bong Joon-ho

 

Memories of Murder
Kim Sang-kyung, Song Kang-Ho, Kim Roe-ha et Park No-shik dans Memories of Murder de Bong Joon-ho.

Memories of Murder
Kim Roe-ha, Song Kang-Ho, Kim Sang-kyung et Song Jae-ho dans Memories of Murder de Bong Joon-ho.

15 mai 2019

Jusqu’à la garde (2017) de Xavier Legrand

Jusqu'à la gardeEn procédure de divorce, un couple se retrouve dans le bureau de la juge. La femme demande la garde exclusive de leur enfant de onze ans pour le protéger, d’autant plus qu’il ne veut plus revoir son père. L’homme demande de pouvoir le voir une semaine sur deux…
Premier long métrage écrit et réalisé par Xavier Legrand, Jusqu’à la garde est un film rendu très puissant par sa construction et sa forme. Pour traiter des violences conjugales, le réalisateur a écarté tout effet émotionnel ou autres artifices pour adopter un ton dépassionné et épuré qui accroit le sentiment d’authenticité. Absente au début du récit, la tension monte lentement de façon continue et la vérité se dévoile peu à peu. Le réalisateur nous manipule un peu tout comme ce père manipule son entourage : l’idée est de montrer comment les hommes violents parviennent toujours à donner le change, à cacher leur comportement. Ainsi, si nous pouvons au début trouver les demandes du père légitimes et le rejet de la mère excessif, la suite du récit nous montre à quel point nous avions tort. Le réalisateur nous immerge totalement, nous avons souvent le sentiment d’être à la place des personnages. Son film n’est jamais lourd, toutefois. Il est surtout édifiant. L’interprétation des trois acteurs principaux contribue à rendre ce film vraiment remarquable.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Léa Drucker, Denis Ménochet, Thomas Gioria
Voir la fiche du film et la filmographie de Xavier Legrand sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Jusqu'à la garde
Léa Drucker et Denis Ménochet dans Jusqu’à la garde de Xavier Legrand.

Jusqu'à la garde
Thomas Gioria et Denis Ménochet dans Jusqu’à la garde de Xavier Legrand.

28 avril 2019

3 Billboards: Les panneaux de la vengeance (2017) de Martin McDonagh

Titre original : « Three Billboards Outside Ebbing, Missouri »

3 Billboards: Les panneaux de la vengeanceLassée de voir piétiner l’enquête pour retrouver le meurtrier de sa fille, Mildred loue trois panneaux publicitaires pour interpeler la police locale…
3 Billboards est le troisième long métrage du réalisateur anglais Martin McDonagh, remarqué pour son brillant Bons baisers de Bruges (2008). Il en a écrit le scénario. Il ne faut pas se focaliser sur la vraisemblance de cette histoire qui est surtout l’occasion de dresser un portrait de l’Amérique profonde avec une bonne dose d’humour noir. Le propos est loin d’être manichéen puisque l’héroïne fait preuve d’une détermination froide et égoïste, elle se révèle être imperméable à tout sentiment (on entrevoit pourquoi en cours de film). Martin McDonagh en fait une guerrière et ce n’est pas pour rien qu’il lui fait porter le même bandeau que De Niro dans Voyage au bout de l’enfer. Son obstination l’entraîne dans une escalade qui ne peut que la mener dans une impasse (en revanche on peut se demander où est la « vengeance » mentionnée dans le titre français). L’écriture est brillante. Beaucoup de critiques ont fait le rapprochement avec le cinéma des frères Coen (et la présence de Frances McDormand, épouse et actrice de Joel Coen facilite ce rapprochement) mais Martin McDonagh n’est nullement dans le mimétisme. Il sait développer un style qui lui est propre.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Frances McDormand, Sam Rockwell, Woody Harrelson, Peter Dinklage
Voir la fiche du film et la filmographie de Martin McDonagh sur le site IMDB.

Voir les autres films de Martin McDonagh chroniqués sur ce blog…

3 billboards
Frances McDormand dans 3 Billboards: Les panneaux de la vengeance de Martin McDonagh.

3 billboards
Frances McDormand et Woody Harrelson dans 3 Billboards: Les panneaux de la vengeance de Martin McDonagh.

Remarque :
* Frances McDormand et Sam Rockwell ont été tous deux oscarisés pour leur interprétation dans ce film.

3 billboards
Sam Rockwell et Frances McDormand sur le tournage de 3 Billboards: Les panneaux de la vengeance de Martin McDonagh.

26 avril 2019

Gran Torino (2008) de Clint Eastwood

Gran TorinoWalt Kowalski, octogénaire aigri et profondément raciste, vient de perdre sa femme. Une nuit, il surprend le jeune Thao, un de ses voisins d’origine Hmong (= peuple du sud de la Chine, Laos et Vietnam) en train d’essayer de voler sa Ford Gran Torino 1972. Cet événement va faire évoluer les rapports cet homme avec son entourage…
A sa sortie, Gran Torino a été perçu par beaucoup comme un possible film-testament de Clint Eastwood. Nous savons aujourd’hui qu’il n’en est rien puisque beaucoup d’autres films ont suivi mais il est vrai qu’il semble mettre en scène sa propre image pour mieux la retourner. On retrouve ici son envie récurrente de se justifier d’accusations de racisme… En incarnant un personnage particulièrement détestable, aux raisonnements simplets gonflés à la testostérone, il nous rend difficile la tâche de savoir ce qui relève de la satire ou pas. Comme toujours, il sait parfaitement maintenir l’ambigüité et naviguer entre deux eaux. Cette ambigüité est toutefois interprétée par beaucoup comme la preuve d’un propos nuancé voire subtil. Le caractère christique du final avait de quoi appuyer l’idée qu’il pouvait s’agir de son ultime réalisation. Le film fut assez unanimement louangé.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Clint Eastwood, Christopher Carley, Bee Vang, Ahney Her
Voir la fiche du film et la filmographie de Clint Eastwood sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Voir les autres films de Clint Eastwood chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Clint Eastwood

Gran Torino
« Get off my lawn! » (« Barrez-vous de ma pelouse! ») : Clint Eastwood et en arrière-plan la voiture éponyme de Gran Torino de Clint Eastwood.