20 juillet 2021

Dans un jardin qu’on dirait éternel (2018) de Tatsushi Ohmori

Titre original : « Nichinichi kore kôjitsu »

Dans un jardin qu'on dirait éternel (Nichinichi kore kôjitsu)Noriko est une jeune étudiante japonaise peu sûre d’elle qui se destine à une carrière dans l’édition. Recommandée par sa mère, elle va se former à l’art de la préparation du thé auprès du professeur Takeda avec sa cousine Michiko. Peu convaincue de l’utilité de ce cérémonial très codifié et lent, elle découvre petit à petit les bienfaits de ces gestes minutieux et va trouver en sa formatrice une figure apaisante et sage…
Dans un jardin qu’on dirait éternel est scénarisé et réalisé par le japonais Tatsushi Ohmori d’après l’essai autobiographique homonyme de Noriko Morishita publié en 2008. C’est un film particulièrement original et étonnant. Il parvient à nous montrer comment les rituels de la cérémonie du thé peuvent être une passerelle vers une certaine quiétude, un apaisement qui appelle à profiter de l’instant présent et être à l’écoute de la nature et de ses saisons. C’est une démarche inhabituelle, qui peut même paraître incongrue pour nous occidentaux, mais le grand mérite du film est de nous faire percevoir cette possibilité. Tatsushi Ohmori, que l’on découvre en France avec ce film, fait preuve d’une grande délicatesse et ses trois actrices jouent toujours très juste. Dans un jardin qu’on dirait éternel est un film initiatique dans le sens où il nous fait découvrir une « discipline » dont la plupart d’entre nous ignorait l’existence.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Haru Kuroki, Mikako Tabe, Kirin Kiki
Voir la fiche du film et la filmographie de Tatsushi Ohmori sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Dans un jardin qu'on dirait éternel (Nichinichi kore kôjitsu)Haru Kuroki et Kirin Kiki dans Dans un jardin qu’on dirait éternel (Nichinichi kore kôjitsu) de Tatsushi Ohmori.

Remarque :
* La cérémonie du thé au Japon, ou « service japonais du thé », est un art traditionnel inspiré en partie par le bouddhisme zen dans lequel le thé vert en poudre, ou matcha, est préparé de manière codifiée par un praticien expérimenté et est servi à un petit groupe d’invités dans un cadre calme, ce qui, vu d’Occident, peut évoquer une cérémonie.
Chanoyu (littéralement « eau chaude pour le thé »), se réfère habituellement à l’art, alors que sadō ou chadō (« chemin du thé ») représente l’étude ou la doctrine de la cérémonie du thé sur le mode d’une « voie » spirituelle. Le terme chaji se rapporte quant à lui au service du thé complet comprenant le kaiseki (« repas léger »), le service de l’usucha (« thé léger ») et du koicha (« thé fort » ou « thé épais »), durant approximativement quatre heures ; il comprend également sumi demae, à savoir la mise en place et le réajustement, en présence des invités, des charbons de bois permettant de chauffer la bouilloire. Celui de chakai (littéralement une « rencontre autour du thé »), n’inclut pas le kaiseki et se résume le plus souvent au service de l’usucha, le koicha, suivi alors de l’usucha, est plus rarement servi à cette occasion.

Du fait qu’un praticien du chanoyu doit être familier avec la production et les différents types de thés, avec les kimonos, la calligraphie, les arrangements floraux, les céramiques, l’encens, et un large ensemble d’autres disciplines et arts traditionnels en plus des pratiques du thé enseignées dans son école, l’étude de la cérémonie du thé prend de nombreuses années, de fait toute une vie. Même pour participer en tant qu’invité dans une cérémonie du thé formelle, une connaissance du sadō est requise, incluant les gestes recommandés, les phrases à dire par les invités, la bonne manière pour boire le thé et la tenue générale à adopter dans la salle où est servi le thé. (Extraits de Wikipédia)

8 juillet 2021

Hana-bi – feux d’artifice (1997) de Takeshi Kitano

Titre original : « Hana-bi »

Hana-bi - feux d'artifice (Hana-bi)À la suite d’une fusillade qui a rendu paraplégique son partenaire et la mort d’un jeune policier tué lors d’une arrestation sanglante, Yoshitaka Nishi, un inspecteur de police taciturne parfois violent, quitte la police pour se consacrer à son épouse, Miyuki, atteinte d’une leucémie incurable…
Plus encore que Sonatine (1993), Hana-bi (littéralement « la Fleur de feu ») est le film qui nous a vraiment fait découvrir Takeshi Kitano, en occident mais aussi au Japon où, selon ses propres dires, il n’était pas encore reconnu comme un réalisateur sérieux. C’est un film étonnant, original et d’une indéniable beauté formelle. Le réalisateur tient le rôle principal et son personnage presque muet, sujet à de brèves explosions de violence, donne au film son étrange singularité. Il est impénétrable et l’on peut lui attribuer de nombreux sentiments, parfois contradictoires. Les thèmes évoqués par le récit sont variés et ambitieux : l’emprise de la mort, l’amour, la violence, la vengeance, … mais surtout la vie, comment surmonter l’adversité. L’ensemble est empreint d’une grande mélancolie.  La forme est tout aussi singulière, de par sa structure qui introduit progressivement les éléments-clés du récit, et par sa photographie avec de nombreux plans fixes. Hana-bi fait partie de ces films profondément marqués par leur auteur.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Takeshi Kitano, Kayoko Kishimoto, Ren Ôsugi, Susumu Terajima, Tetsu Watanabe
Voir la fiche du film et la filmographie de Takeshi Kitano sur le site IMDB.

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Voir les livres sur Takeshi Kitano

Remarques :
* Les différentes peintures que l’on peut voir à plusieurs reprises tout au long du film, sont l’œuvre de Kitano, peu après l’accident de moto qui a failli lui coûter la vie en août 1994.
* La fillette de l’épilogue sur la plage est jouée par la propre fille de Kitano.

 Hana-bi - feux d'artifice (Hana-bi)Takeshi Kitano dans Hana-bi – feux d’artifice (Hana-bi) de Takeshi Kitano.

 Hana-bi - feux d'artifice (Hana-bi)Kayoko Kishimoto dans Hana-bi – feux d’artifice (Hana-bi) de Takeshi Kitano.

 Hana-bi - feux d'artifice (Hana-bi)Takeshi Kitano dans Hana-bi – feux d’artifice (Hana-bi) de Takeshi Kitano.

10 juin 2021

L’Infirmière (2019) de Kôji Fukada

Titre original : « Yokogao »

L'Infirmière (Yokogao)Ichiko est infirmière à domicile. Elle travaille au sein d’une famille qui la considère depuis toujours comme un membre à part entière. Mais lorsque la cadette de la famille disparaît, Ichiko se trouve suspectée de complicité d’enlèvement…
Le réalisateur japonais Kôji Fukada poursuit l’exploration de l’ambiguïté de la personnalité et ses multiples facettes. Son récit est construit sur une temporalité double : son héroïne change de coiffure au tout début du film ce qui permet ensuite de distinguer le présent du flash-back… mais nous finissons tout de même par prendre l’un pour l’autre ce qui ajoute à la confusion. L’ensemble est beaucoup moins réussi qu’Harmonium, en partie car son héroïne nous apparaît avant tout comme une victime (1). En réalité, le personnage qui instillerait le plus de trouble est la fille ainée, Motoko, dont la personnalité inquiète beaucoup plus que celle de l’infirmière. Je dois avouer avoir passé une bonne partie du film à me demander où le réalisateur voulait en venir. Un film bien difficile à saisir.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs : Mariko Tsutsui, Mikako Ichikawa, Sôsuke Ikematsu
Voir la fiche du film et la filmographie de Kôji Fukada sur le site imdb.com.
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(1) Probablement, les différences de culture peuvent modifier notre perception du film : en France, nous avons une image positive des infirmières, à priori nous les voyons comme des personnes bienveillantes. Il semblerait que ce ne soit pas la même chose au Japon où l’on s’en méfie car elles sont en contact avec des malades (notion de pureté). Cette méfiance se serait même transformée en ostracisme avec l’épidémie du Covid-19.
Toujours sur cette question de différence de culture, il a cette question de la culpabilité. On peut être frappé par le fait que l’héroïne éprouve malgré tout une certaine culpabilité et présente constamment ses excuses. La culpabilité n’est pas ressentie de façon identique dans toutes les cultures, surtout dans ses implications sociales. De plus, nous pouvons avoir tendance à assimiler des excuses à un aveu alors qu’au Japon, elles ne sont qu’une politesse sociale.

Remarques :
* Propos de Kôji Fukada : « Ichiko apprend à ses dépens que la position sociale, l’estime de soi et les liens humains sont comme les différents étages d’un bâtiment construit sur un sol sablonneux. Et ce sol n’est pas uniquement sous Ichiko, il s’étend sous chacun d’entre nous ». (Extrait du dossier de presse)
* Le titre original « Yokogao » signifie « De profil ». « Ce qui est intéressant avec un profil, c’est que vous pouvez voir un côté ou l’autre, mais jamais les deux profils en même temps », explique Kôji Fukada, soulignant l’idée de dualité de ses personnages. (Extrait du dossier de presse)

L'Infirmière (Yokogao)Mikako Ichikawa, Miyu Ozawa et Mariko Tsutsui dans L’Infirmière (Yokogao) de Kôji Fukada.

25 mars 2021

Silence (1971) de Masahiro Shinoda

Titre original : « Chinmoku »

Silence (Chinmoku)Au XVIIe siècle, deux prêtres jésuites portugais débarquent sur les côtes japonaises pour tenter de réimplanter le christianisme dans ce pays où la religion catholique est interdite et ses fidèles persécutés. Ils désirent également découvrir la vérité sur leur mentor, le père Ferreira, mystérieusement disparu après sa capture par les autorités cinq ans plus tôt…
Avant Martin Scorsese en 2016, le roman Silence de Shūsaku Endō avait été adapté par le cinéaste japonais Masahiro Shinoda. Le film surprend quelque peu dans la filmographie de ce cinéaste qui s’est fait connaitre au sein de la Nouvelle Vague japonaise avec des sujets très actuels souvent centrés sur la jeunesse. Il montre tout autant de talent sur le thème de la force de la Foi, dans un contexte historique. Il sait donner une dimension philosophique à son récit et offre des réflexions sur le doute, les croyances et aussi sur les différences de culture, le colonialisme. Comme dans le film de Scorsese, les tourments et tortures infligées ont une place importante. Les deux jésuites sont interprétés par deux acteurs américains peu expérimentés et leurs prestations manquent de force, se limitant au caractère christique de leurs personnages. C’est le point faible du film. En revanche, les acteurs japonais ont beaucoup plus de présence. La mise en scène est d’une grande sobriété. Le film a longtemps été très difficile à voir. Il est maintenant restauré et accessible, ce qui est une excellente chose. C’est en effet un film puissant, il fait partie de ceux qui laissent des traces en nous.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: David Lampson, Don Kenny, Tetsurô Tanba, Mako, Shima Iwashita, Eiji Okada
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 Silence (Chinmoku)David Lampson, figure christique de Silence (Chinmoku) de Masahiro Shinoda.

Remake :
Silence de Martin Scorsese (2016) avec Andrew Garfield et Adam Driver

5 novembre 2020

The Pillow Book (1996) de Peter Greenaway

The Pillow BookEn souvenir de son père qui calligraphiait son visage à chacun de ses anniversaires, la jeune japonaise Nagiko n’a de cesse de chercher l’amant idéal qui saura écrire sur son corps. Après plusieurs échecs, elle fait la rencontre d’un jeune traducteur anglais qui la convainc d’être le pinceau plutôt que le papier…
Ecrit et réalisé par Peter Greenaway, The Pillow Book est une ode au corps et à l’écriture. Le cinéaste anglais fait montre d’une belle inventivité, montrant autant d’intérêt au langage cinématographique que ses personnages à la calligraphie. Il utilise ainsi différents formats d’écran, incrustations, images dans l’image, sous-titres et autres raffinements. Le film a ainsi une indéniable beauté formelle et même une élégance qui sied parfaitement à son sujet. L’ensemble forme une œuvre originale, séduisante par son audace.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Vivian Wu, Yoshi Oida, Ken Ogata, Ewan McGregor
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Remarque :
* Le titre du film se réfère à l’oeuvre Notes de chevet, une œuvre majeure de la littérature japonaise du XIe siècle, attribuée à Sei Shōnagon dame de compagnie de l’impératrice consort Teishi durant les années 990 et au début du XIe siècle de l’époque de Heian. Ce n’est pas toutefois une adaptation : ce recueil de sentiments et de poésie est simplement lu par la mère à sa fille.

The Pillow BookVivian Wu dans The Pillow Book de Peter Greenaway.

The Pillow BookEwan McGregor et Vivian Wu dans The Pillow Book de Peter Greenaway.

10 mai 2020

Herbes flottantes (1959) de Yasujirô Ozu

Titre original : « Ukikusa »

Herbes flottantes (Ukikusa)Une petite troupe de théâtre kabuki débarque dans un village de pêcheurs au sud du Japon. Il y a des années, leur meneur, Komajuro, avait eu une aventure avec l’une des habitantes. De leur brève union est né un garçon, Kiyoshi, qui ignore tout de l’identité de son père. Mais ce dernier n’est pas le seul à qui Komajuro a caché la vérité. Lorsque Sumiko, sa maîtresse actuelle et comédienne de la troupe, découvre l’existence de Kiyoshi et de sa mère, elle décide de se venger…
Yasujirô Ozu avait déjà mis en scène en 1934 cette histoire qu’il a écrite avec Tadao Ikeda. Ce très beau film, Histoires d’herbes flottantes, était muet et en noir et blanc. Le cinéaste l’aimait beaucoup et il a décidé vingt cinq ans plus tard d’en faire une nouvelle version. C’est un très beau mélodrame, qui s’installe lentement et aborde les thèmes de la responsabilité et de l’image de soi. Comme toujours avec Ozu, la forme est enthousiasmante. Le film est graphiquement très beau, avec ses plans fixes à la composition complexe (multiples plans et multiples cadres) et une utilisation de la couleur assez remarquable (il enrichit ses plans de « taches » de couleur rouge à la façon d’un peintre). La vision d’un film d’Ozu est toujours une expérience assez unique et Herbes flottantes ne déroge pas à la règle.
Elle: 4 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Ganjirô Nakamura, Machiko Kyô, Ayako Wakao, Hiroshi Kawaguchi, Haruko Sugimura
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Remarques :
* Les « herbes flottantes » du titre font référence aux lentilles d’eau ; cette plante flottante figure souvent dans la poésie japonaise comme allégorie pour les errements ou une vie sans but.
* Précédente version :
Histoires d’herbes flottantes (Ukikusa monogatari) (muet, 1934) de Yasujirô Ozu

Herbes flottantes (Ukikusa)Ayako Wakao dans Herbes flottantes (Ukikusa) de Yasujirô Ozu.
(bel exemple de ces fameux regards-caméra spécifiques à Ozu)

Herbes flottantes (Ukikusa)Machiko Kyô et Ganjirô Nakamura dans Herbes flottantes (Ukikusa) de Yasujirô Ozu.
Une séquence étonnante où les deux personnages, en violente dispute, sont séparés par une pluie battante formant rideau.

10 avril 2020

The Third Murder (2017) de Hirokazu Kore-eda

Titre original : « Sandome no satsujin »

The Third Murder (Sandome no satsujin)Un homme d’une soixantaine d’années, Misumi, tue le patron qui vient de le licencier sur les berges d’un fleuve, puis brûle son corps. Emprisonné, il est défendu par l’avocat Shigemori, aidé de deux collaborateurs. La tâche des avocats est compliquée par l’étrangeté du prévenu, qui modifie plusieurs fois sa version des faits…
Ecrit et réalisé par le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda, The Third Murder est un film de procès mais il est très différent du modèle américain du genre. L’approche est très délicate, avec un déroulé du scénario sans heurts et sans les obligatoires coups de théâtre et surtout les deux personnages principaux (l’avocat et l’accusé) montrent une profondeur inhabituelle. Le propos a même une portée philosophique avec une exploration du thème de la justice, de la culpabilité et de l’interchangeabilité des rôles. La notion de vérité tient une place importante dans la réflexion. Nous suivons le cheminement de pensée de l’avocat, au départ peu intéressé par une affaire où il ne peut que perdre mais où il se retrouve dans une sorte de communion de pensée avec son client. La mise en scène est assez brillante, avec une belle utilisation du format large et une excellente interprétation. The Third Murder, qui est donc beaucoup plus qu’un simple film de procès, a reçu un accueil plutôt mitigé.
Elle: 4 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Masaharu Fukuyama, Kôji Yakusho, Shinnosuke Mitsushima, Suzu Hirose
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The Third Murder (Sandome no satsujin)Masaharu Fukuyama et Suzu Hirose dans The Third Murder (Sandome no satsujin) de Hirokazu Kore-eda.

The Third Murder (Sandome no satsujin)Kôji Yakusho dans The Third Murder (Sandome no satsujin) de Hirokazu Kore-eda.

27 mars 2020

Senses (2015) de Ryûsuke Hamaguchi

Titre original : « Happî awâ »

Senses (Happî awâ)A Kobe, au Japon, quatre femmes trentenaires partagent une amitié sans faille et n’ont aucun secret entre elles, du moins le croient-elles. Aucune n’est vraiment heureuse dans sa vie personnelle et le divorce de l’une d’elles va occasionner des réactions très différentes…
Ce film de 5h17 de Ryûsuke Hamaguchi a été segmenté en trois parties pour son exploitation en France, suivant un chapitrage assez artificiel en fonction des cinq sens et affublé d’un titre anglais (le titre anglo-saxon Happy Hour correspond au titre original). Le film trouve son origine dans un atelier d’improvisation qui s’est déroulé à Kobe au sein du programme « Artistes en résidence » de KIITO et dont la thématique principale était « comment pouvons-nous mieux nous écouter les uns les autres ? ». Le résultat est une étonnante proposition de cinéma qui s’étire en scènes de dialogues à plusieurs où les motivations de chacune nous apparaissent peu à peu pour être mieux remises en question par la suite. Le propos général est assez sombre, le pessimisme trouvant son principal terreau dans une vision très noire du couple. Il accorde beaucoup de place à la perception, au ressenti. Les quatre actrices principales ne sont pas des comédiennes professionnelles. L’ensemble est indéniablement plutôt long. Ce film audacieux a été très bien accueilli par la critique.
Elle: 3 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Sachie Tanaka, Hazuki Kikuchi, Maiko Mihara, Rira Kawamura
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Découpage du distributeur français :
Senses 1 et 2 : 2 h 19
Senses 3 et 4 : 1 h 25
Senses 5 : 1 h 15
(ce qui, bizarrement, ne donne pas un total de 317 minutes)

Senses (Happî awâ)Maiko Mihara, Hazuki Kikuchi, Rira Kawamura et Sachie Tanaka dans Senses (Happî awâ) de Ryûsuke Hamaguchi.

25 mars 2020

Silent Voice (2016) de Naoko Yamada

Titre original : « Koe no katachi »

Silent Voice (Koe no katachi)A l’école, Nishimiya est harcelée par Ishida car elle est sourde. Des années plus tard, le garçon, lui-même finalement rejeté par ses camarades à cause de son comportement, part à la recherche de la jeune fille…
Produit par Kyoto Animation, Silent Voice est un film d’animation basé sur la série de mangas du même nom, écrits et illustrés par Yoshitoki Ōima et parus en 2013-2014. Ce manga a connu un grand succès au Japon car il abordait de façon délicate deux sujets tabous : le handicap et le harcèlement. Le film fait lui aussi preuve d’une grande sensibilité. L’histoire est assez touchante, tout en explorant assez profondément les relations sociales. Les thèmes de l’exclusion, de la culpabilité et du pardon sont très présents. Le fait que ce soit des adolescents permet d’évacuer toutes autres notions (économiques notamment) pour mieux se concentrer sur les rapports humains. Nous sommes bien loin de la banalité, il n’y a là aucune facilité, aucune dramatisation ni aucune morale. Sous une apparence de simplicité, cette histoire montre en réalité une belle complexité ; elle ouvre un grand champ de réflexion et il ne paraît pas exagéré de la qualifier de « conte philosophique ».  Dans sa forme, le film est assez attrayant, avec des plans bien composés et des angles de vue souvent surprenants mettant en avant des objets ou des détails.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs:
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 Silent Voice (Koe no katachi)Silent Voice (Koe no katachi) de Naoko Yamada.

 Silent Voice (Koe no katachi)Silent Voice (Koe no katachi) de Naoko Yamada.

28 janvier 2020

Miraï, ma petite soeur (2018) de Mamoru Hosoda

Titre original : « Mirai no Mirai »

Miraï, ma petite soeur (Mirai no Mirai)Kun est un petit garçon qui voit sa vie perturbée par l’arrivée d’une petite sœur qui monopolise toute l’attention de ses parents. Il la prend rapidement en grippe. Au fond de son jardin, où il se réfugie, se trouve un arbre généalo-magique qui le propulse dans un monde fantastique où vont se mêler passé et futur…
La famille est un thème qui revient souvent dans la filmographie du japonais Mamoru Hosoda et Miraï, ma petite sœur met ainsi en scène certains problèmes de la parentalité et de l’apprentissage. Tout est vu par les yeux du jeune garçon avec de fréquentes incursions dans le fantastique qui vont permettre aux autres membres de sa famille de lui montrer la voie. La famille est ainsi présentée comme une entité perpétuelle. L’autre idée développée est que la richesse de la vie se forme à partir de petits évènements, en apparence anodins. Le dessin est assez beau, avec un  travail sur la conception de la maison d’architecte où se déroulent toutes les scènes « réelles ». Les séquences en réalité alternative sont assez riches visuellement. L’animation est un peu saccadée. Tout cela est charmant, tout en étant doté d’une indéniable personnalité.  A noter que Mamoru Hosoda a créé son propre studio : le Studio Chizu.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs:
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Miraï, ma petite soeur (Mirai no Mirai)Miraï, ma petite soeur (Mirai no Mirai) de Mamoru Hosoda.