Un couple de parisiens accompagnés d’une belle-mère arrive dans un hôtel de province pour le week-end. Celui-ci va se révéler être un peu moins paisible que prévu… Holiday est une comédie policière, variation ou parodie des films à énigmes de type Agatha Christie : un meurtre commis dans un lieu fermé. L’ensemble est complètement loufoque (c’est le bon côté du film) mais un peu lourdement appuyé sur le sexe, tombant dans la facilité et le manque de finesse (c’est le mauvais côté du film). Le scénario a la fâcheuse tendance à mettre bout à bout des situations sans vraiment lier l’ensemble, cherchant plus à faire des effets. Il y a cependant quelques bonnes trouvailles. Holiday fait passer un bon moment mais finalement on a un peu trop l’impression d’un film qui tombe dans la facilité. Elle: – Lui :
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Fils oisif d’une famille italienne ruinée, Mathias Pascal ne rêve que d’une chose : la liberté. Il épouse sans conviction une jeune fille qui est amoureuse de lui. Fuyant une belle-mère acariâtre et une femme devenue indifférente, il s’enfuit à Monte Carlo. Un évènement inattendu va lui donner l’occasion de passer pour mort. Va-t-il ainsi atteindre son idéal de liberté ? Feu Mathias Pascal est adapté d’un roman de Luigi Pirandello par Marcel L’Herbier lui-même. C’est un film assez inclassable : il semble osciller entre le burlesque et le drame. L’acteur russe Ivan Mosjoukine donne au film une dimension exceptionnelle, avec un jeu original et très complet, parfois très léger mais aussi très intense. Marcel L’Herbier a tourné les extérieurs à San Gimignano et à Rome, profitant même des fêtes locales pour filmer des scènes de foule. Pour les intérieurs, la première partie fait la part belle aux éclairages assez sombres pour exprimer l’enfermement alors que la seconde partie est plus lumineuse. Il y a alors de très belles scènes, notamment dans la pension de famille où il joue beaucoup avec les persiennes. Il joue aussi avec les volumes intérieurs, les pièces sont immenses. Marcel L’Herbier a bien entendu quelques effets visuels très originaux, surimpressions, incrustations. Le rythme varie, il est le plus souvent enlevé, avec un montage très vif. Le compositeur américain Timothy Brock a composé une partition orchestrale pour Feu Mathias Pascal lors du Festival de Bologne en 2009. Elle est admirable car elle colle parfaitement à l’image et au rythme des scènes. Elle enrichit le film d’une dimension supplémentaire. Le jeune Michel Simon et Pauline carton apparaissent brièvement dans des seconds rôles. (Film muet de 170 mn) Elle: – Lui :
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Par une journée ensoleillée d’hiver, un inconnu sonne chez un écrivain célèbre qui vit reclus dans un mas provençal isolé un seau à glace bien rempli dans les bras à longueur de journée : « Bonjour, je suis votre cancer. Je me disais que ce serait pas mal qu’on fasse connaissance. » … Parvenir à faire une comédie sur un homme qui va mourir d’un cancer dans les trois mois est une entreprise plutôt périlleuse. Avec Le bruit des glaçons, Bertrand Blier revisite avec brio le thème de l’ange de la mort qui vient tourmenter sa victime. La maladie prend ainsi un visage : il est teigneux, sûr de lui, envahisseur, faussement désinvolte. Albert Dupontel exprime parfaitement toutes ces facettes. Ecrit avec intelligence par Bertrand Blier lui-même, Le bruit des glaçons doit aussi beaucoup à ses acteurs : Jean Dujardin montre une maturité inhabituelle et il faut saluer la performance sensible d’Anne Alvaro. L’humour noir, la verve et la truculence de Bertrand Blier font le reste. Son cinéma ne fera sans doute jamais l’unanimité, mais il est unique et tranche avec l’envahissante normalité. Pour notre plus grand plaisir. Elle: – Lui :
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En pleine cérémonie du Jeudi saint dont il est l’un des officiants laïques, un quadragénaire de la haute société remarque une belle jeune femme qui éveille son désir. Il la suit et découvre qu’elle est fiancée à l’un de ses amis. Mais cela ne va pas l’arrêter pour autant… El est un film de la période mexicaine de Luis Buñuel assez comparable en thème et en qualité à La vie criminelle d’Archibald de la Cruz (1955). Librement inspiré d’un roman autobiographique de Mercedes Pinto, il s’agit d’un film psychologique montrant comment la jalousie extrême d’un homme va le conduire à l’impuissance et à la paranoïa (1). Le film est remarquable par le basculement en son milieu : alors que toute la première partie nous fait adopter le point de vue de l’homme prédateur, nous faisant partager son désir, la seconde partie nous fait adopter le point de vue de la femme, nous faisant partager ses souffrances (2). Si Buñuel mêle quelques piques habituelles au clergé et à la bourgeoisie, elles restent assez secondaires, le réalisateur apportant plus de soin à décrire les méandres psychologiques qui transforment le désir en névrose. La tension devient de plus en plus forte pour atteindre un certain paroxysme avec la superbe scène de la machine à écrire. La photographie de Gabriel Figueroa est très belle, les éclairages sont particulièrement travaillés et mettent en relief la beauté de Delia Garcés. El n’eut aucun succès à sa sortie que ce soit en France ou au Mexique (3). Ce n’est que plus tard qu’il sera reconnu comme l’un des tous meilleurs de Buñuel. Elle: – Lui :
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Remarque :
C’est Buñuel lui-même qui joue le rôle du personnage principal devenu franciscain, notamment dans cette fameuse scène ultime (et symbolique) où il s’éloigne en zigzag.
(1) Jacques Lacan a présenté le film à ses élèves à plusieurs reprises. (2) Pour ce changement de point de vue (et aussi pour la scène du clocher), El a souvent été rapproché de Vertigo qu’Hitchcock tournera quelques années plus tard. Il est vrai que le climat général évoque de nombreux films d’Hitchcock et que Delia Garcés ne déparerait pas parmi les « beautés froides » qu’affectionnait le réalisateur anglais. (3) Les critiques furent mauvaises. Buñuel raconte dans ses mémoires que Cocteau a déclaré qu’avec El, Buñuel s’était « suicidé ». Il ajoute que Cocteau a changé d’avis quelques années plus tard…
Pour échapper à des tueurs lancés à ses trousses par un mari jaloux mafieux, un jeune play-boy se réfugie chez une riche veuve qui l’engage comme chauffeur. Cette femme séduisante vit seule avec sa jeune cousine dans une grande maison de la Côte d’Azur… Pour Les félins, René Clément retrouve Alain Delon qui, depuis le merveilleux Plein Soleil (1960) et Quelle joie de vivre (1961), est devenu entre temps une star. René Clément adapte ici un roman policier de Day Keene, une histoire assez forte assez surprenante. Il crée une atmosphère particulière, jouant avec l’étrange, l’ambiguïté, le mensonge, éléments qu’il mêle habilement au charme de ses trois acteurs principaux, distillant même une certaine sensualité élégante. Le film est aussi une variation sur la claustration, thème cher au réalisateur. Le film a été tourné en anglais et les acteurs, y compris Jane Fonda, ont assuré eux-même le doublage en français. Les félins a plutôt été mal reçu ; s’il est vrai qu’il est un peu en deçà de Plein Soleil, il n’en demeure pas moins un très beau huis clos sophistiqué et élégant, remarquablement photographié en noir et blanc par l’excellent chef-opérateur Henri Decaë. Elle: – Lui :
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Au fin fond du Texas, un patron de bar n’apprécie guère que sa femme fasse une fugue avec l’un des employés. Il engage un tueur… Premier film des frères Coen, Sang pour sang montre déjà beaucoup d’éléments qui apparaitront ensuite comme constitutifs de leur style. Le film préfigure même étrangement Fargo qu’ils tourneront douze ans plus tard. Le scénario, qu’ils ont bien entendu écrit, met en scène des gens très ordinaires, une sombre histoire qui s’embrouille, où rien ne se déroule aussi simplement que les protagonistes ne l’avaient prévu. Les Frères Coen ont saturé l’ensemble d’un humour noir et les personnages du patron de boîte (Dan Hedaya) et surtout du détective privé (Emmet Walsh) en sont les moteurs. La mise en scène est parfaitement maitrisée, parfois un peu tape-à-l’œil mais jamais racoleuse, avec des transitions parfois amusantes, des plans au ras du sol à la Orson Welles. Sang pour sang est un film très original. Premier film, premier coup de maître pour les frères Coen. Elle: – Lui :
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Remarques :
* On remarque plusieurs clins d’œil à Hitchcock (le briquet laissé sur place comme dans l’Inconnu du Nord Express et le rideau de douche de Psychose).
* Le titre Blood Simple. est tirée d’une phrase d’un roman de Dashiell Hammett Red Harvest (La Moisson Rouge). L’auteur a inventé ce terme pour décrire l’état d’esprit vide et craintif de personnes qui viennent d’être impliquées dans des situations violentes.
Titre original : « Die unsichtbaren Krallen des Dr. Mabuse »
Au théâtre Métropole, un jeune officier d’Interpol repère une loge vide où une paire de jumelles semble flotter dans l’air. La porte s’ouvre toute seule. Le policier se met sur ses traces. Quelques jours plus tard, on retrouve son cadavre. L’agent américain John Como est appelé pour élucider l’affaire… Pour tenter de capitaliser sur le succès des films de Fritz Lang, la compagnie allemande CCC a réalisé plusieurs films mettant en scène le machiavélique Mabuse. L’invisible docteur Mabuse est le second d’entre eux. Si le criminel est toujours interprété par Wolfgang Preiss, c’est l’athlétique Lex Barker (l’acteur qui avait succédé à Weissmuller pour les Tarzan) qui endosse le costume du détective. Pour le policier local qui l’assiste, c’est n’est pas Gert Fröbe, hélas : son remplaçant est très fade. L’ensemble paraît bien faible, le scénario n’est pas mauvais en soi car il révèle une ou deux surprises mais il n’y a aucun climat de créé. L’invisible docteur Mabuse se regarde d’un œil plutôt distrait. Elle: – Lui :
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Jason, fils du roi de Thessalie assassiné vingt années auparavant, part chercher la Toison d’or pour redonner espoir à son peuple et chasser l’usurpateur qui a pris sa place. Il est protégé par la déesse Héra dans son expédition qui va l’emmener dans des contrées inexplorées… Jason et les Argonautes est librement inspiré de la mythologie grecque (1). Réalisé par l’anglais Don Chaffey, ce peplum est devenu l’archétype du film d’aventures et reste marquant par ses extraordinaires effets spéciaux signés Ray Harryhausen (2) qui anime de façon spectaculaire ses monstres et autres créatures malfaisantes. Bien évidemment, ces effets spéciaux peuvent faire sourire aujourd’hui mais on ne peut qu’être frappé par leur pouvoir de marquer nos esprits. Et comme le fait remarquer l’historien Jacques Lourcelles, leur maladresse relative donne aux créatures une certaine fragilité et par la même une certaine humanité. L’inventivité est remarquable, la mise en scène est parfaite. De l’ensemble, se dégage une indéniable poésie qui donne à ces aventures une dimension supplémentaire et unique. Elle: – Lui :
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Remarques :
La musique est signée Bernard Herrmann qui réutilise ou réarrange certains thèmes de ses films précédents.
(1) Plus précisément, la source d’inspiration principale de Jason et les Argonautes semblent avoir été les Argonautiques du poète grec Apollonios de Rhodes (IIIe siècle avant J.C.), une épopée en quatre chants qui relate le voyage des Argonautes, menés par Jason, dans leur quête de la Toison d’or.
(2) Ray Harryhausen est également producteur-associé aux côtés de Charles H. Schneer.
La belle Tira est danseuse et dompteuse de lions dans une foire ambulante. Par besoin d’argent pour se tirer d’un mauvais pas, elle accepte de faire un numéro dangereux où elle met sa tête dans la gueule d’un lion. Se basant sur les prédictions d’un fakir de foire, elle attend de rencontrer un homme riche et, en attendant, multiplie les conquêtes… Troisième film de Mae West, Je ne suis pas un ange cherchait à capitaliser sur le succès de She Done Him Wrong. L’actrice se remet en tandem avec le jeune Cary Grant et, bien entendu, continue à jouer son personnage de femme provocante au déhanchement exagéré, personnage proche de la caricature qui aligne les répliques à double sens sexuel. L’histoire s’enlise un peu pendant la première moitié du film, où Mae West s’amuse à jouer la dompteuse, mais tient ses promesses sur la seconde avec une scène de procès absolument jubilatoire : Mae West décide en effet d’interroger elle-même les témoins de l’accusation et c’est un festival de bons mots. Bien entendu, il y a là largement de quoi réveiller la censure et énerver la League of Decency : les films de Mae West ont indéniablement renforcé leur détermination à agir. Je ne suis pas un ange connut un très grand succès, Mae West apportant un succès supplémentaire à Paramount qui était alors mal en point. Elle: – Lui :
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Remarques :
C’est Mae West qui écrivait elle-même ses scénarios et ses dialogues.
Exemple-type de réplique :
– Tira, comment avez-vous fait pour avoir une telle quantité d’hommes dans votre vie ?
– Vous savez, ce n’est pas la quantité d’hommes dans votre vie qui est important, c’est la quantité de vie qu’il y a dans vos hommes !
(It’s not the men in your life that matters, it’s the life in your men.)
D’autres sont plus difficiles à traduire sans casser le jeu de mots :
– Tira, you’ve been very good
– When I’m good, I’m very good. When I’m bad, I’m better.
C’est dans Je ne suis pas un ange que Mae West dit sa célèbre phrase « Beulah, peel me a grape » (Beulah est le nom de sa femme de chambre). Cette phrase lui aurait été inspirée par l’observation de son singe apprivoisé qui raffolait de raisin et qui pelait tous les grains avant de les engloutir. Cette phrase est devenue ultra-célèbre pour exprimer une certaine langueur luxueuse. Dave Frishberg a écrit une chanson intitulée « Peel me a grape », chantée par Anita O’Day dans les années 60 et reprise plus récemment par Diana Krall qui en fait un grand succès.