A Londres, une jeune femme est retrouvée morte dans un parc, sans identification, poignardée de plusieurs coups de couteaux. Deux policiers de Scotland Yard enquêtent… Sapphire est un film britannique écrit par Janet Green et réalisé par Basil Dearden. Le titre français laisse augurer d’une série B assez banale mais il n’en est rien. Le récit utilise intelligemment le support d’une enquête policière pour aborder un problème sociétal plus profond. Le scénario a été écrit en réaction aux violentes émeutes raciales de Notting Hill en 1958. L’approche est assez subtile tout en montrant une belle profondeur, montrant plusieurs facettes du racisme, et dressant un portrait social de l’Angleterre de la fin des années cinquante. Cette profondeur se retrouve d’ailleurs dans bon nombre de films réalisés par Basil Dearden. Réalisé avec visiblement peu de moyens, le film bénéficie d’une mise en scène bien maitrisée. Malgré un accueil critique mitigé, le film connut un succès plus qu’honorable à sa sortie. Il mérite vraiment d’être découvert mais est hélas difficile à trouver aujourd’hui. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 4,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Dans la ville imaginaire de Twin Peaks, située dans le nord-est de l’État de Washington, le cadavre de Laura Palmer, une lycéenne aimée de tous, est retrouvé emballé dans un sac en plastique sur la berge d’un lac. L’agent du FBI Dale Cooper est envoyé sur place pour mener l’enquête… Twin Peaks est une série américaine créée par Mark Frost et David Lynch. Phénomène télévisuel, cette série mythique n’a connu originellement que deux saisons : 8 épisodes dans la première (1990), 22 dans la seconde (1990-1991). Le premier épisode, le pilote de 90 minutes, est le plus célèbre. C’est lui qui met en place les personnages et l’atmosphère empreinte de mystère avec un soupçon de mysticisme et de surnaturel qui fit tout le succès de la première saison. David Lynch a réalisé les deux premiers épisodes avant de partir sur d’autres projets, notamment le tournage de Sailor et Lula. Mark Frost a alors mis en place une équipe de scénaristes, ce qui explique la baisse d’intérêt lors de la seconde saison (malgré, ou à cause de, l’introduction répétitive de nouveaux personnages). Devant l’effritement des audiences, la chaîne ABC a exigé de Mark Frost qu’il révèle le nom du tueur en milieu de saison (épisode 7 de la saison 2) alors que David Lynch avait toujours bien précisé que la série perdrait tout intérêt si le nom du tueur était dévoilé. Ce fut effectivement le cas. David Lynch mis toutefois un point d’honneur à terminer la série en beauté avec un ultime épisode resté mythique, dans la fameuse Chambre rouge. En osant tout, Twin Peaks a révolutionné la série télévisée ; après elle, tout était possible. Revoir la série, 35 ans après, est amusant car tous les personnages nous reviennent en mémoire dès les premières minutes, preuve qu’ils sont particulièrement marquants (revus ici : toute la saison 1 + 2.1, 2.2, 2.7, 2.22). Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Michael Ontkean, Kyle MacLachlan et Russ Tamblyn dans Mystères à Twin Peaks (Twin Peaks) de David Lynch.
Remarques : Episodes réalisés par David Lynch : Pilote 1.1, épisodes 1.3, 2.1, 2.2, 2.7 et 2.22. Episodes coécrits par David Lynch : Pilote 1.1, épisodes 1.2, 1.3, 2.1, 2.22.
Une vidéo a été commercialisée en Europe sous le titre Qui a tué Laura Palmer? (titre original : Twin Peaks) : il s’agit du pilote dans une version plus longue de 20 minutes qui clôt l’affaire. On l’appelle parfois le « pilote international ». Cette fin alternative avait été conçue pour le cas où la chaine de télévision ABC ne commanderait pas la série. On y voyait Bob, le manchot et la Chambre rouge avec le nain dansant.
États-Unis, état de Géorgie. Alors que sa femme subit une grossesse à risque proche de son terme, Justin Kemp est appelé comme juré dans une affaire d’homicide. Dès l’exposé des faits, le jeune mari et futur père de famille se retrouve aux prises d’un grave dilemme moral… Juré n° 2 est un film de procès américain écrit par Jonathan Abrams et réalisé par Clint Eastwood. A l’âge de 94 ans, il nous offre son 42e film. Si l’on peut trouver quelques similitudes avec Douze hommes en colère de Sidney Lumet, il se place sur un terrain différent. L’histoire met en relief les faiblesses de la justice et traduit l’état d’esprit assez désabusé de Clint Eastwood vis-à-vis des institutions et aussi un idéalisme naïf (s’il suffisait de regarder un accusé droit dans les yeux pour savoir s’il ment ou pas, les choses seraient certainement plus simples !) La réalisation est d’un beau classicisme et l’ensemble est très prenant. Le film n’a pas fait d’étincelles aux États-Unis, c’est en France qu’il a le mieux marché. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 4,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
A l’occasion de ses cinquante ans, un commissaire se rappelle deux affaires qui l’ont marqué, deux affaires d’assassinat… Suivez cet homme est un film français réalisé par Georges Lampin. Le scénario est écrit par Jacques Rémy, de son vrai nom Raymond Assayas (c’est le père d’Olivier Assayas) et les dialogues sont signés Alexandre Breffort (futur auteur de la pièce Irma la Douce). Il s’agit d’un film policier avec deux sketches. La première affaire (la plus courte) se déroule presque en huis-clos et manque d’intensité. Le plus surprenant est de voir le commissaire utiliser un détecteur de mensonges improvisé (1). La seconde affaire est plus complexe et mieux construite. Elle nous replonge dans l’atmosphère des années qui suivent la Libération. Elle bénéficie d’une certaine tension et d’une poursuite finale. Bernard Blier est bien entendu au centre du film et fait une bonne prestation. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 3,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
(1) Mesurer la tension pour savoir si un homme ment ou dit la vérité a été étudié pour la première fois par le professeur de médecine italien Cesare Lombroso en 1885. Mais c’est après la Seconde Guerre mondiale que les américains ont perfectionné le processus et l’ont utilisé très largement. Ce n’est qu’en 1998 qu’un arrêt de la Cour suprême a rendu les résultats obtenus au détecteur de mensonges non admissibles devant les tribunaux fédéraux. En France, le détecteur de mensonges n’a jamais eu valeur de preuve auprès des tribunaux et donc n’a été utilisé que rarement.
Bernard Blier et Andrée Clément dans Suivez cet homme de Georges Lampin.
Depuis qu’il a fait innocenter un meurtrier récidiviste, Maître Jean Monier ne prend plus de dossiers criminels. La rencontre avec Nicolas Milik, père de famille accusé du meurtre de sa femme, fait vaciller ses certitudes. Convaincu de l’innocence de son client, il est prêt à tout pour lui faire gagner son procès aux assises… Le Fil est un film français réalisé et interprété par Daniel Auteuil. L’acteur signe ici sa cinquième réalisation (on se souvient de sa trilogie pagnolesque La Fille du puisatier/ Fanny/Marius du début des années 2010). Il s’agit d’un film de procès basé sur l’un des récits de l’ouvrage Le Livre de maître Mô de l’avocat Jean-Yves Moyart. L’histoire démarre bien, parvenant à susciter notre intérêt, mais fait ensuite du surplace pendant une bonne heure avant un final (un peu) surprenant. De façon plutôt inattendue, le jeu de Daniel Auteuil m’a paru assez fade et j’avoue avoir échoué à percevoir le but de tout ça (une réflexion sur la vérité… sur le rôle de l’avocat… sur la fragilité ?) En revanche, la critique et le public semblent avoir plutôt bien reçu le film. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Pascal, un crieur de journaux parisien au tempérament bourru et candide, sauve un homme de la noyade. Celui-ci raconte qu’il est victime d’un complot ourdi par sa femme qui cherche à s’emparer de ses biens en le faisant passer pour fou… 125 rue Montmartre est un film policier français réalisé par Gilles Grangier. Le scénario est l’adaptation du roman d’André Gillois (1), prix du Quai des Orfèvres 1958. Le film est peu connu mais il mérite le détour : une bonne intrigue, une excellente interprétation relevée de Lino Ventura qui personnifie à merveille l’homme simple très « brave garçon » et des dialogues de Michel Audiard avec de belles réparties. Tout est vu à travers les yeux du personnage principal et nous sommes aussi perdu que lui. Gilles Granger a su inclure de nombreuses scènes de vie qui sonnent très authentiques. Un film à découvrir. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 3,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Paul Dorgères, un riche industriel qui s’est fait beaucoup d’ennemis, est retrouvé assassiné. L’inspecteur principal Bonnardel, efficacement secondé par les inspecteurs Richard et Sylvestre, mène l’enquête. Sa maitresse du moment est rapidement suspectée… Ouvert contre X… est un film français réalisé par Richard Pottier. Le film est surprenant car il est d’excellente facture malgré l’absence de noms de premier plan. Le scénario est signé par l’un des grands avocats français : René Floriot. Il ne montre des faiblesses que dans son dénouement, un peu trop rapide. Les dialogues sont l’œuvre de Marc-Gilbert Sauvajon. Ils distillent un humour discret mais bien présent, avec de belles réparties dans la bouche des policiers. La qualité de l’interprétation est indéniable même si les acteurs sont de second plan. Le film se regarde comme un Maigret, sans déplaisir. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 3,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Richard Pottier chroniqués sur ce blog…
Anecdote: « Il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages » dit en substance l’un des personnages, preuve que l’expression, que beaucoup pensent avoir été inventée par Michel Audiard pour son film daté de 1968, existait bien avant cela… En réalité, l’expression a été rendue populaire par Antoine Blondin avec son roman Les Enfants du Bon Dieu paru en 1952 (mais il n’est pas certain que l’écrivain soit le créateur de l’expression).
Yves Vincent et Yves Deniaud dans Ouvert contre X… de Richard Pottier.
En 1905, dans un petit village du Cantal, un jeune paysan de 17 ans vient se constituer prisonnier après avoir tué un enfant de 12 ans. Pour comprendre son geste, des médecins lui demandent de relater sa vie depuis son enfance jusqu’au jour du crime… Bruno Reidal est un film français écrit et réalisé par Vincent Le Port. C’est son premier long métrage. Le scénario est basé sur une histoire vraie et, plus précisément, sur le récit que l’adolescent-meurtrier a lui-même écrit à la demande des médecins. Le réalisateur utilise ainsi largement la voix-off ce qui nous donne l’impression d’entendre sa confession. Malgré le côté assez glaçant de cette histoire, Vincent Le Port parvient à la rendre fascinante et à maintenir notre intérêt constant. La reconstitution de l’atmosphère reste simple mais suffisante pour nous immerger dans cette époque et la photographie est assez belle. La mise en scène est précise. Un film qui a sa place auprès des plus grands sur la culpabilité. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Argentine, années 50. Frustré par le manque de sens de son métier, un journaliste se laisse convaincre par un immigré hongrois de lancer une trompeuse école de journalisme. Même s’il s’agit de profiter de la crédulité des gens, il a tout de même l’impression de travailler pour une cause noble : gagner assez d’argent pour faire venir le jeune fils de son associé resté en Hongrie… Los tallos amargos (= « Les Tiges amères ») est un film argentin réalisé par Fernando Ayala. Il s’agit d’un film noir dans la droite ligne des suspenses psychanalytiques de la seconde moitié des années quarante : il fait ainsi penser à certains Hitchcock, à certains Fritz Lang notamment. Hélas, le distributeur français (récent, puisque le film n’est sorti en France qu’en 2024) a cru bon de choisir un titre français qui supprime grandement la partie suspense et le film perd ainsi tout son équilibre. Il ne reste plus que la partie psychologique à se mettre sous la dent : le personnage principal a un fort traumatisme dû à son défunt père militaire admirateur des allemands (1) ce qui nous vaut une belle séquence surréaliste de rêve, style expressionnisme allemand. On retrouve aussi, bien entendu, le thème de la culpabilité. Même si le film manque souvent de subtilité dans sa forme, il aurait été certainement plus remarquable s’il n’avait pas été affublé d’un tel titre français. Elle: – Lui :
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Remarque : Fernando Ayala a réalisé une petite cinquantaine de films entre 1955 et 1991. Celui-ci est son deuxième.
(1) Dans toute la première moitié du XXe siècle, l’Argentine (notamment ses chefs militaires) a nourri une admiration pour l’histoire militaire allemande. Officiellement neutre, l’Argentine a refusé de rejoindre les Alliés après Pearl Harbour.
Vassili Lambrinos et Carlos Cores dans Un meurtre pour rien (Los tallos amargos) de Fernando Ayala. (le travail sur les lumières pour exprimer l’enfermement est un peu excessif !)
L’inspecteur Robert Staniland, policier un peu particulier, enquête sur le meurtre de Charly Berliner, retrouvé mort dans un terrain vague. Il découvre que la victime entretenait une relation passionnée avec une certaine Barbara… On ne meurt que deux fois est un film français écrit et réalisé par Jacques Deray avec des dialogues de Michel Audiard. Bien qu’inspiré d’un roman de la Série noire (signé Robin Cook), l’intrigue policière n’est pas le point fort du film. Sur ce plan, on peut même dire que la fin est bien décevante. En revanche, l’atmosphère, un peu artificielle et presque onirique, est plaisante, les improbables méthodes du policier qui cherche à s’imprégner du personnage sont inattendues. Mais ce sont surtout les dialogues qui donnent de l’intérêt à l’ensemble : Michel Audiard ne fait pas du Audiard classique mais simplement des dialogues dont la qualité se ressent dès les premiers échanges, des dialogues d’une certaine profondeur. Coté interprétation, Michel Serrault est bien entendu l’interprète idéal pour ce genre de personnage non conventionnel et Charlotte Rampling joue la femme fatale mystérieuse sans excès. Il faut aussi mentionner l’excellente musique jazzy de Claude Bolling qui contribue à créer une atmosphère. Malgré l’affiche passablement racoleuse, le film se révèle être plus qu’intéressant. Il n’est hélas généralement pas très apprécié… Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)