23 février 2019

Il vigile (1960) de Luigi Zampa

Titre francisé : « L’Agent »

L'AgentOtello Celletti ne cherche pas à travailler : il ne veut qu’être motard de la police municipale. Il harcèle le maire et finit par se faire accepter grâce à son jeune fils. Désormais, il peut parader et prend son travail très au sérieux…
Tourné en 1960, Il vigile s’inscrit dans cette tendance si spécifique au cinéma italien à mêler habilement comédie et satire politique. C’est surtout la corruption qui est ici fustigée, une corruption qui touche les élus locaux mais aussi les personnes bien plus modestes : chacun à son niveau ment, trompe et contourne les lois. Le film dénonce aussi le travers des italiens qui consiste à tout attendre des pouvoirs publics. Comme on le voit, la satire n’est pas unilatérale, ce qui est souvent le cas chez Zampa. Le scénario écrit par Rodolfo Sonego et Luigi Zampa se déroule sans temps mort et Sordi s’en donne à cœur joie. Il fallait un tel acteur, capable de tout faire, pour assurer la réussite du film. Il vigile connut un certain succès, en Italie du moins puisque le film n’est pas sorti en France.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Alberto Sordi, Vittorio De Sica, Marisa Merlini, Riccardo Garrone, Sylva Koscina
Voir la fiche du film et la filmographie de Luigi Zampa sur le site IMDB.

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Remarque :
* Il vigile de Luigi Zampa a été récemment restauré par Sky et la Cineteca di Bologna. Le film n’ayant jamais fait l’objet d’une diffusion commerciale dans l’Hexagone, les spectateurs français ne l’ont découvert que lors de la rétrospective de la Cinémathèque française consacrée à Luigi Zampa début 2016.

Il Vigile
Mara Berni et Alberto Sordi dans L’Agent de Luigi Zampa.

27 juin 2017

Barry Lyndon (1975) de Stanley Kubrick

Barry LyndonXVIIIe siècle. Barry est un jeune irlandais sans le sou, qui s’engage dans l’armée à la suite d’un duel, déserte, devient ensuite espion puis joueur, fait un mariage d’argent puis connait un irrémédiable déclin… Après trois films situés dans le futur, Stanley Kubrick plonge dans le passé. Sa tentative de monter Napoléon ayant échouée, le réalisateur anglais jette son dévolu sur un roman picaresque écrit en 1843 par William Makepeace Thackeray (romancier anglais plus connu pour Vanity Fair, La Foire aux vanités). Cette vaste fresque de trois heures est universellement louangée. Il n’est donc point besoin de souligner la beauté des images, la précision des recherches pour une reconstitution très fidèle (la peinture du XVIIIe fut la principale source d’inspiration), les prouesses techniques de l’éclairage à la bougie, l’économie des dialogues dans les scènes fortes, la superbe musique : Haendel, Bach, Mozart, Vivaldi… que du XVIIIe bien entendu, seule entorse Schubert (XIXe)… et caetera. Tout cela est vrai et participe au plaisir de chaque nouvelle vision. Mais c’est aussi  l’occasion de remarquer que Barry Lyndon tire toute sa puissance et son universalité du fait qu’il nous fait plonger au plus profond de l’âme humaine (Stroheim n’est pas loin). Nous éprouvons pour son héros un mélange d’attirance/répulsion car le personnage condense beaucoup des travers de la nature humaine. Le film prend ainsi une autre dimension à nos yeux. A sa sortie, le film fut un échec… sauf en France.
Elle: 5 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Ryan O’Neal, Marisa Berenson, Patrick Magee, Hardy Krüger, Godfrey Quigley, Leonard Rossiter, Michael Hordern
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Barry Lyndon
Le premier plan du film Barry Lyndon de Stanley Kubrick… Woah!

Barry Lyndon
Ryan O’Neal, Gay Hamilton et Leonard Rossiter dans Barry Lyndon de Stanley Kubrick.

Barry Lyndon

Barry Lyndon
Murray Melvin et Marisa Berenson dans Barry Lyndon de Stanley Kubrick.
Pour les fameuses scènes éclairées à la bougie, Kubrick avait réussi à mettre la main sur trois objectifs Zeiss 50mm f0.7 restant d’une commande pour la NASA. Inutile de dire qu’à cette ouverture, la profondeur de champ était passablement réduite et les acteurs ne devaient pas trop bouger de leur place. Il y avait juste un très léger éclairage venant du dessus mais l’essentiel venaient des bougies. Dans le même ordre d’idée (la recherche d’authenticité), l’essentiel des éclairages des scènes intérieures de jour venaient des fenêtres (quitte à ajouter des gros spots à l’extérieur pour stabiliser l’éclairage).

Barry Lyndon
Ryan O’Nealet Marisa Berenson dans Barry Lyndon de Stanley Kubrick.

13 février 2017

Les Favoris de la lune (1984) de Otar Iosseliani

Les favoris de la luneA Paris, de nos jours, des personnages se croisent et s’entrecroisent… Ecrit par le géorgien Otar Iosseliani et Gérard Brach, Les Favoris de la lune est un film qui déroute un peu : l’ensemble paraît disparate de prime abord car il faut un certain temps pour percevoir les liens entre les différents personnages et réaliser que l’ensemble forme bien un tout. En outre, deux objets apparaissent régulièrement : un service en porcelaine du XVIIe siècle et un portrait de nu du XIXe. La construction évoque les films de Buñuel sur le mode des « cadavres exquis » cher aux surréalistes. La rareté des dialogues et le jeu avec les objets évoque Tati. L’atmosphère générale évoque le réalisme poétique du cinéma français des années trente (René Clair notamment). S’il déroute au début, Les Favoris de la lune finit par être attachant, au point que l’on se surprend à vouloir le revisionner aussitôt. C’est le premier film français d’Otar Iosseliani.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Katja Rupé, Pascal Aubier, Bernard Eisenschitz, Mathieu Amalric
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Remarques :
* Phrase en exergue : « Pourquoi nous appelle t-on les voleurs ? Nous qui sommes les gardiens du corps de Diane dans les forêts, les chevaliers des ténèbres, Les favoris de la lune. »

* Les favoris de la lune marque la première apparition à l’écran de Mathieu Amalric (19 ans). Il ne tournera à nouveau dans un long métrage que 8 ans plus tard, un petit rôle dans La Sentinelle de Desplechin (1992).

* Bernard Eisenschitz, qui interprète le spécialiste des serrures et concepteur de bombes artisanales, est un historien du cinéma, auteur de nombreux livres. Voir la liste de ses livres

Les Favoris de la lune
Les Favoris de la lune
Mathieu Amalric dans Les favoris de la lune de Otar Iosseliani.

Les Favoris de lalune
Ce cheval blanc égaré qui (si j’ai bien compris) symbolise le passage de la Première Guerre mondiale pourrait être un hommage à Georges Franju et à son Thomas l’imposteur (1965).

4 juillet 2016

Guêpier pour trois abeilles (1967) de Joseph L. Mankiewicz

Titre original : « The Honey Pot »

Guêpier pour trois abeillesHomme cultivé et amateur de théâtre, Cecil Fox engage dans son palais vénitien un acteur américain pour l’aider à se livrer à une farce semblable à celle de la pièce Volpone de Ben Jonson : prétendant qu’il est sur le point de mourir, il invite trois femmes qui l’ont aimé en leur laissant croire qu’elles vont hériter de sa fortune… Après l’épisode difficile Cléopâtre, Joseph L. Mankiewicz n’a plus le même enthousiasme pour tourner et c’est en dehors des studios hollywoodiens qu’il finit par mettre en scène en Italie cette version modernisée de Volpone. Il transforme cette farce moralisatrice en intrigue à tiroirs, sur le thème de la cupidité et surtout de la tromperie et de la manipulation. Il est indéniable que Mankiewicz a soigné ses dialogues, souvent assez littéraires, mais le film est trop long, paraissant ressasser les mêmes scènes. Certes The Honey Pot ne manque pas de charme, l’interprétation de Rex Harrison en est un, mais il nous laisse sur un sentiment mitigé. Le réalisateur reprendra avec plus de bonheur le thème de la tromperie dans ses deux films suivants (et ultimes) : Le Reptile et le magnifique Le Limier.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Rex Harrison, Susan Hayward, Cliff Robertson, Maggie Smith, Adolfo Celi
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Remarques :
* Volpone ou Le Renard est une comédie du dramaturge anglais Ben Jonson, représentée pour la première fois à Londres en 1606.

* Autre adaptation de la pièce de Ben Jonson :
Volpone ou l’amour de l’or de Maurice Tourneur avec Louis Jouvet et Harry Baur

The honey pot
Rex Harrison dans Guêpier pour trois abeilles de Joseph L. Mankiewicz.

The honey pot
Cliff Robertson et Maggie Smith dans Guêpier pour trois abeilles de Joseph L. Mankiewicz.

21 mai 2016

Soupçons (1941) de Alfred Hitchcock

Titre original : « Suspicion »

SoupçonsDans un train, une jeune femme plutôt timide fait la connaissance d’un séduisant dandy. Elle le revoit peu après lors d’une partie de chasse et, bien qu’il ait mauvaise réputation, se sent de plus en plus attirée par lui… Suspicion est le quatrième film américain d’Hitchcock, le premier qu’il tourne avec Cary Grant. Il s’agit de l’adaptation d’un roman d’Anthony Berkeley Cox. Il est impossible de parler de ce film sans évoquer la fin. [Attention, ne lisez pas ce qui suit si vous avez l’intention de voir prochainement le film]. La fin de Suspicion a été beaucoup commentée puisqu’elle diffère du livre et parce qu’Hitchcock a raconté qu’il en avait prévu une autre où Cary Grant était bel et bien coupable. Cette fin aurait été refusée par la RKO qui ne voulait pas qu’une de ses vedettes les plus prometteuses soit un assassin. Il y a sans doute un peu de vrai mais on peut s’interroger si le film n’aurait pas été bien plus banal avec cette fin. Avec la fin gentille que nous connaissons, le film prend une toute autre dimension et s’inscrit pleinement dans la « vague psychologique » des années quarante : la montée d’un sentiment de suspicion par l’interprétation d’indices insignifiants qui emmène la jeune femme jusqu’aux portes du délire paranoïaque. Hitchcock, on le sait, adore mettre les spectateurs sur de fausses pistes, toute l’histoire est ainsi vue du côté de la jeune femme pour que nous partagions ses doutes. Cette volonté de nous tromper est très nette dans la scène la plus célèbre du film, celle du verre de lait : pour focaliser notre attention sur le verre, il met Cary Grant en ombre chinoise et éclaire le verre de lait de l’intérieur (il a fait placer une lampe dans le liquide). Il paraît donc peu probable qu’Hitchcock ait réellement envisagé de terminer avec un Cary Grant coupable ; l’histoire n’aurait alors aucun intérêt. En revanche, même si elle est remarquablement bien filmée, il est indéniable que la fin est un peu faible, la révélation finale n’est pas un choc, loin de là.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Cary Grant, Joan Fontaine, Cedric Hardwicke, Nigel Bruce
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Remarque :
Hitchcock cameo : à la 45e minute, lors d’une scène de rue, on le voit poster une lettre.

Suspicion
Joan Fontaine et Cary Grant, la rencontre dans le train de Soupçons d’Alfred Hitchcock. Le contrôleur est Billy Bevan, l’ex-comique des années vingt d’origine australienne, voir par exemple Circus today sur ce blog…

Soupçons
Cary Grant et le célèbre verre le lait de Soupçons d’Alfred Hitchcock.

5 mai 2016

Les Monstres (1963) de Dino Risi

Titre original : « I mostri »

Les monstresLes monstres est une série de 19 sketches qui illustrent, sur le ton de la comédie, les défauts et travers de la nature humaine. Comme dans (presque) tous les films à sketches, certains paraissent plus faibles que d’autres. Il faut accepter ce principe car, sinon on ne peut dépasser le stade de dire que « l’ensemble est inégal ». On pourrait bien entendu reprocher la profusion de sketches et la voir comme la conséquence d’une certaine paresse structurelle. En fait, cette profusion permet aux auteurs de frapper tous azimuts : personne n’est épargné, les puissants et les riches sont autant fustigés que les plus pauvres. Elle permet aussi de montrer les multiples formes du mensonge et de l’hypocrisie (on peut citer aussi le cynisme, le machisme, la liste est longue…) Ce sont des croquis, de durées très diverses, allant de 45 secondes à plus de 15 minutes, toujours très incisifs, soulignant à grands traits l’ironie des situations. Ugo Tognazzi et Vittorio Gassman sont les deux piliers de cette brochette de portraits ; ils nous font un véritable récital, Gassman montrant ses talents de déguisement (y compris en femme). Les Monstres est un film plus fort qu’il ne paraît : sur le coup, il peut paraître un peu anodin mais, plus on y repense après coup, plus il apparaît riche et juste dans les visions qu’il nous propose. En outre, le propos n’est nullement connoté « années soixante » car pratiquement toutes ces visions sont toujours aussi actuelles. Avec Le Fanfaron du même Dino Risi, Les Monstres est l’un des premiers grands films de la comédie italienne, genre qui va durer à son meilleur une bonne dizaine d’années. Il est l’illustration de sa puissance, de son caractère subversif et aussi de sa portée sociologique qui la fait dépasser largement le cadre du simple divertissement.
Elle: 4 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Ugo Tognazzi, Vittorio Gassman, Marino Masé, Marisa Merlini, Michèle Mercier, Ugo Attanasio
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Remarques :
* Ont contribué à l’écriture du scénario : Age et Scarpelli, Elio Petri, Dino Risi, Ettore Scola, Ruggero Maccari… que des grands noms du cinéma italien.
* Un vingtième sketch a été coupé dans les versions visibles en France.
* Le film a eu une suite : Les Nouveaux Monstres de Mario Monicelli et Dino Risi (1977) avec Vittorio Gassman, Ornella Muti et Alberto Sordi

 

Les Monstres
Ricky Tognazzi et Ugo Tognazzi dans le premier sketch de Les monstres de Dino Risi (Ricky est aussi le fils d’Ugo dans la vraie vie, il est aujourd’hui acteur et metteur en scène).

Les 19 sketches :
(A ne lire qu’après avoir vu le film car les descriptions ci-dessous peuvent dévoiler en partie le punch final. Il n’y a d’ailleurs aucun intérêt à lire cette liste avant de voir le film. Cette liste permet seulement de repenser après coup à la finalité des sketches, de mieux voir leur force et de mesurer à quel point l’ensemble forme un tout.)

1. La bonne éducation (7′) avec Ugo Tognazzi
Un père inculque à son jeune fils des principes moraux franchement douteux.

2. Le monstre (1′) avec Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi
Deux policiers se mettent en avant devant les photographes avec le monstrueux assassin qu’ils viennent d’arrêter. On peut se demander lequel est le plus monstrueux des trois…

3. Comme un père (7′) avec Ugo Tognazzi et Lando Buzzanca
Un homme frappe à la porte d’un ami en pleine nuit. Il s’inquiète car son épouse rentre tard le soir. Il la soupçonne de le tromper…

4. Rapt (5′) avec Vittorio Gassman et Maria Mannelli
Une vieille dame terrorisée est littéralement enlevée pour participer à un tournage de cinéma.

5. Le pauvre soldat (9′) avec Ugo Tognazzi
Un soldat apprend que sa soeur a été assassinée. Il se dit inconsolable mais va profiter de la situation…

6. Une vie de chien (3′) avec Vittorio Gassman
Un homme très pauvre ment à sa famille sur la façon dont il remplit ses journées.

7. La journée d’un parlementaire (12′) avec Ugo Tognazzi
Un député, qui mène ostensiblement une vie exemplaire et monacale, couvre une affaire de corruption.

8. Sur le sable (2′) avec Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi
Le machisme à l’oeuvre sur la plage peut cacher autre chose… (à mes yeux, c’est le plus bizarre dans son propos.)

9. Le témoin volontaire (12′) avec Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi
Un homme décide de témoigner contre un accusé au grand dam de l’avocat de la défense qui va le discréditer.

10. Les deux orphelins (3′) avec Vittorio Gassman et Daniele Vargas
Un homme pauvre exploite l’infirmité d’un aveugle pour solliciter la générosité des passants et fait en sorte qu’il ne soit pas soigné.

11. L’embuscade (2′) avec Ugo Tognazzi
Un policier use de stratagèmes pour verbaliser devant un kiosque à journaux.

12. La victime (9′) avec Vittorio Gassman et Rika Dialyna
Pour rompre avec sa maitresse, un homme joue la victime et s’arrange pour que la demande de rupture vienne d’elle.

13. Vernissage (4′) avec Ugo Tognazzi
Après avoir pris possession de sa première auto (qui va obliger sa famille à se serrer la ceinture), un homme n’a qu’une hâte : aller voir les prostituées.

14. La Muse (5′) avec Vittorio Gassman et Jacques Herlin
Une jurée littéraire s’arrange pour faire primer un jeune écrivain sans talent afin de coucher avec lui.

15. On oublie vite (2′) avec Ugo Tognazzi
Au cinéma, face à une scène d’exécution sommaire de partisans pendant la guerre, un homme parle à sa femme de la beauté du petit mur derrière les exécutés : il veut faire le même chez lui.

16. La rue est à tout le monde (45″) avec Vittorio Gassman
Traversant sur un passage clouté, un homme invective les automobilistes qui roulent trop vite à son goût. Il monte ensuite dans sa voiture et roule comme un forcené, manquant de peu d’écraser les piétons qui traversent.

17. L’opium du peuple (8′) avec Ugo Tognazzi et Michèle Mercier
Pendant que son mari est vissé devant la télévision, une femme couche avec son amant dans la pièce à côté, laissant la porte ouverte pour entendre l’annonce de fin des programmes.

18. Le Testament de Saint François (3′) avec Vittorio Gassman
Avant une intervention télévisée, un homme maniaque de son apparence fait d’incessantes demandes de retouches au maquilleur. C’est en fait un ecclésiastique qui fait une émission sur le message de Saint François d’Assises, prônant l’humilité et le mépris des choses matérielles.

19. Le noble art (17′) avec Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi
Afin de gagner quelques sous, un boxeur à la retraite use d’arguments fallacieux pour convaincre un de ses anciens amis simple d’esprit de remonter sur le ring, pour un combat soit-disant gagné d’avance.

Sketch coupé en France (en 2e position dans le film) :
La recommandation avec Vittorio Gassman
Un acteur célèbre recommande un collègue peu connu puis finit par le torpiller car il porte la poisse (sketch non vu, ce résumé est celui de Jacques Lourcelles).

29 juin 2014

Ce merveilleux automne (1969) de Mauro Bolognini

Titre original : « Un bellissimo novembre »

Ce merveilleux automneComme chaque année en novembre, la famille sicilienne du jeune Nino se retrouve dans la villa de l’oncle. Les hypocrisies, les non-dits et la lourdeur des relations entre les différents membres étouffent Nino. Il n’a d’yeux que pour sa tante Cettina, qui offre un mélange de sensualité et de spontanéité qui l’attire comme un aimant… Ce merveilleux automne est l’adaptation d’un roman d’Ercole Patti. Il met en scène une famille de grands propriétaires siciliens dans un état de presque dégénérescence. Repliés sur eux-mêmes, se trompant les uns les autres, se mariant entre eux, les membres de cette famille apparaissent entièrement sclérosés aux yeux de Nino. L’amour qu’il ne peut porter ouvertement à sa mère, il le reporte sur sa tante, la seule adulte qui soit pleine de vie. Bolognini décrit parfaitement cette famille avec son tissu complexe de relations basées sur la fausseté. Il est assez incompréhensible que Ce merveilleux automne ne soit pas mieux considéré car il offre une peinture sociale juste et assez incisive et présente une belle intensité. Il est en outre comme illuminé par la sensualité de Gina Lollobrigida.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Gina Lollobrigida, Gabriele Ferzetti, André Lawrence, Paolo Turco
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Remarques :
* Pratique courante à cette époque en Italie : tous les acteurs sont post-synchronisés, la plupart sont même doublés à commencer par Gina Lollobrigida dont on ne reconnait pas la voix. Pire encore : la même actrice (Rita Savagnone) a doublé Gina Lollobrigida et Danielle Godet (qui joue la mère de Nino). Donc quand elles se parlent, c’est exactement la même voix qui répond, ce qui transforme presque le dialogue en monologue!

* Comme l’a rappelé avec honnêteté Patrick Brion (grand admirateur de l’oeuvre de Bolognini) dans sa présentation lors de la diffusion au Cinéma de Minuit, le réalisateur a déclaré ne pas être vraiment satisfait de Ce merveilleux automne, estimant n’avoir pas su donner une forte intensité à la relation entre le jeune garçon et sa tante. A mon humble avis, le cinéaste a vraiment tort de penser cela car l’intensité est bien là.

12 mars 2014

L’ivresse de l’argent (2012) de Im Sang-soo

Titre original : « Do-nui mat »

L'ivresse de l'argentLe jeune Joo Young-Jak est le secrétaire particulier de la famille la plus riche et la plus puissante de Séoul. Il est ainsi mêlé aux affaires privées de ses membres… Avec L’ivresse de l’argent, Im Sang-soo se livre à une peinture qui se veut mordante de la caste des ultrariches coréens. De leurs affaires, on ne sait que peu de choses si ce n’est qu’ils franchissent allègrement les limites de la légalité. Ce qui intéresse plus le réalisateur ce sont les rapports de pouvoir qui se sont immiscés à l’intérieur même de cette famille. Il avait le dessein d’en faire une tragédie shakespearienne et il n’y parvient que partiellement. Le plus remarquable de L’ivresse de l’argent reste la mise en scène très stylée, l’utilisation des décors glacés de l’immense demeure et de son mobilier, le sens du détail. Revers de la médaille : l’image est tellement policée qu’elle en perd toute authenticité et l’ensemble devient quelque peu artificiel. L’ivresse de l’argent reste plaisant à regarder mais Im Sang-soo aspirait certainement à plus que cela…
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Kim Kang-woo, Yun-shik Baek, Yun Yeo-jeong, Hyo-jin Kim
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7 février 2014

Voici le temps des assassins… (1956) de Julien Duvivier

Voici le temps des assassins...Dans le quartier des Halles à Paris, le chef-cuisinier Chatelin tient un restaurant renommé. Un matin, il voit arriver avec sa valise une jeune femme qui se présente comme la fille de son ex-femme qui vient de décéder. Devant son désarroi, il décide de l’héberger… Julien Duvivier a écrit le scénario de Voici le temps des assassins…, un film qui, une fois de plus chez le cinéaste, explore la noirceur de la nature humaine. L’effet est d’autant plus frappant ici qu’il choisit de mettre les plus noirs desseins dans un personnage à l’apparence angélique (Danièle Delorme). Machiavélique et manipulatrice, son personnage est un véritable monstre et Duvivier ne cherche pas vraiment à lui créer des excuses. Le film fait une description très réaliste de l’ancien quartier des Halles, particulièrement vivant à cette époque, très populaire mais aussi à certains endroits sordide. Gabin était alors au sommet de sa popularité (entre 1952 et 1958, il aura tourné pas moins de 25 films). Les seconds rôles sont remarquablement bien tenus, notamment toutes ces femmes qui gravitent autour des deux personnages principaux. Le film est également servi par une superbe photographie signée Armand Thirard.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Jean Gabin, Danièle Delorme, Gérard Blain, Robert Arnoux, Lucienne Bogaert
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13 décembre 2013

Le crime ne paie pas (1962) de Gérard Oury

Le crime ne paie pasInspiré d’une bande dessinée publiée chaque jour dans le journal France Soir, Le crime ne paie pas est composé de quatre sketches se déroulant à des périodes différentes. Le point le plus original dans sa construction est que l’un des protagonistes de la quatrième histoire va voir les trois premières au cinéma… une variation amusante du concept du « film dans le film ». La première histoire est certainement la moins intéressante. La deuxième l’est déjà un peu plus, notamment grâce aux dialogues d’Henri Jeanson. Mais c’est avec les deux dernières que le film est plus remarquable car elles s’appuient sur un scénario joliment tourné où il est bien difficile de deviner ce qui va arriver. La liste des talents ayant participé à l’écriture et des acteurs au tournage est assez impressionnante et tous les rôles, grands et petits, sont parfaitement tenus. Le petit rôle amusant tenu par Louis de Funès aurait décidé Gérard Oury à se tourner vers la comédie et d’en faire son acteur fétiche… pour le meilleur mais aussi pour le pire.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Danielle Darrieux, Edwige Feuillère, Annie Girardot, Michèle Morgan, Pierre Brasseur, Philippe Noiret, Jean Servais, Richard Todd, Louis de Funès
Voir la fiche du film et la filmographie de Gérard Oury sur le site IMDB.

Le crime ne paie pas est inspiré d’une bande dessinée de Paul Gordeaux.
Le scénario est écrit par Jean-Charles Tacchella et Gérard Oury.
Musique de Georges Delerue.
— 1er crime : « Le Masque » à Venise en 1457
Adaptation et dialogues de Jean Aurenche et Pierre Bost
d’après les chroniques italiennes de Stendhal.
— 2e crime : « L’Affaire Hughes » à Paris en 1885
Adaptation de René Wheeler et dialogues d’Henri Jeanson
— 3e crime : « L’Affaire Feynarou » en 1913
Adaptation de Boileau & Narcejac, dialogues de Jacques Sigurd
— 4e crime : « L’Homme de l’avenue » à Paris en 1960
Adaptation et dialogues de Frédéric Dard.