29 juin 2020

Mission (1986) de Roland Joffé

Titre original : « The Mission »

Mission (The Mission)Dans les années 1750, le prêtre jésuite espagnol Père Gabriel pénètre dans la jungle aux confins de l’Argentine, du Paraguay et du Brésil dans le but de convertir la communauté Guarani au christianisme. Il gagne leur confiance grâce à la musique. Il est rejoint par un ancien mercenaire et marchand d’esclave qui cherche à se racheter d’avoir tué son frère. Mais un traité signé en Europe a établi le partage entre portugais et espagnols sur ces territoires; De plus, les gouvernements cherchent à diminuer l’influence des Jésuites…
Sur un scénario de l’anglais Robert Bolt (qui a beaucoup écrit pour David Lean), The Mission relate de façon très condensée les quelque 150 ans d’histoire des missions catholiques guaranies (1). Le britannique Roland Joffé, souvent décrit comme un cinéaste engagé (qualificatif qui peut convenir à la première moitié de sa filmographie), montre la réalité de la conquête du Nouveau Monde par les espagnols et les portugais, et surtout le dilemme moral des hommes d’église partagés entre humanisme et obéissance aux autorités de tutelle. Mais, dans ce film, ce ne sont pas les intentions qui posent problème mais la volonté évidente de créer un film commercial à grand spectacle, avec force effets de caméra, utilisation de décors naturels grandioses (les chutes d’Iguazú) et une musique tonitruante et grandiloquente d’Ennio Morricone. Tout cela est bien trop visible et donne un caractère artificiel à l’ensemble qui nous éloigne du récit.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Robert De Niro, Jeremy Irons, Ray McAnally, Aidan Quinn, Cherie Lunghi, Liam Neeson
Voir la fiche du film et la filmographie de Roland Joffé sur le site IMDB.

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Remarque :
* Palme d’Or au Festival de Cannes 1986. Ce choix surprenant a été d’autant plus critiqué que la sélection cette année-là était de grande qualité.

(1) Le terme exact pour désigner les missions catholiques en Amérique du Sud des XVIIe et XVIIIe siècles est « réductions » (« réduire » étant à prendre ici dans le sens de « soumettre »). Une réduction est un village autonome administré par un conseil élu uniquement composé d’Indiens. Le territoire lui-même est contrôlé et administré par les Jésuites qui veillent à garder son indépendance vis-à-vis des colonies espagnoles et portugaises voisines.

Mission (The Mission)Robert De Niro et Jeremy Irons dans Mission (The Mission) de Roland Joffé.

4 avril 2020

La Favorite (2018) de Yorgos Lanthimos

Titre original : « The Favourite »

La Favorite (The Favourite)Angleterre, début du XVIIIème siècle. La reine Anne (1), à la santé fragile et au caractère instable, est secondée par son amie Lady Sarah Churchill qui prend de nombreuses décisions à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Mais Abigail a d’autres ambitions et va tout faire pour renouer avec ses racines aristocratiques…
Ce récit s’appuie sur des personnages historiques : cette lutte féroce pour le pouvoir a réellement existé mais certains de ses aspects ont bien entendu été amplifiés. Il y a chez le grec Yorgos Lanthimos une volonté affirmée de faire un film historique non conventionnel. Le récit n’évite pas les anachronismes, il les cultive ; les personnages ont parfois des réactions très actuelles. La forme est, elle-aussi, assez originale : le film a été tourné en lumière naturelle, avec une large utilisation d’objectifs grand angle (10 mm) et même très grand angle (6 mm sans correction des déformations) et de brillants mouvements de caméra. L’ensemble est particulièrement relevé et même leste, satirique et truculent. Des trois actrices principales, Olivia Colman est la plus remarquable, quelque peu enlaidie, dans un rôle ingrat, parvenant à exprimer toute une palette de sentiments contradictoires. Plaisant et brillant.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Olivia Colman, Rachel Weisz, Emma Stone
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(1) Anne est la dernière reine de la dynastie des Stuart : reine d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande de 1702 à 1707, puis reine de Grande-Bretagne et d’Irlande de 1707 à 1714 (à partir de 1707, l’Angleterre et l’Écosse forment un royaume unique, la Grande-Bretagne, dont Anne est la première reine jusqu’à sa mort.)

 La Favorite (The Favourite)Emma Stone et Olivia Colman dans La Favorite (The Favourite) de Yorgos Lanthimos.

 La Favorite (The Favourite)Emma Stone et Rachel Weisz dans La Favorite (The Favourite) de Yorgos Lanthimos.

8 février 2020

Le Chevalier de la vengeance (1942) de John Cromwell

Titre original : « Son of Fury: The Story of Benjamin Blake »

Le Chevalier de la vengeance (Son of Fury: The Story of Benjamin Blake)Orphelin, Benjamin Blake a été élevé par son grand-père maternel, dans l’ignorance de son vrai nom et de ses origines. Son oncle, qui occupe le domaine familial, le fait rechercher et en fait un garçon d’écurie pour mieux le contrôler et éviter qu’il ne prétende au titre qu’il a usurpé…
Produit par Darryl Zanuck et adapté d’un best-seller d’Edison Marshall, Son of Fury (oublions le titre français qui fait un peu peur…) est un film d’aventures assez peu connu mais qui ne manque pas de qualités. Le scénario est sans doute un peu prévisible mais il se montre prenant. L’histoire est pimentée par un soupçon d’exotisme qui tranche avec la noirceur de l’Angleterre du XVIIIe siècle. L’ensemble bénéficie d’une solide interprétation : comme toujours, Tyron Power montre une belle présence et la belle Gene Tierney illumine la partie polynésienne. L’actrice est ici encore en début de carrière, encore cantonnée dans ces rôles dits « exotiques » où, il faut bien le reconnaitre, elle excelle. Une fois de plus, George Sanders incarne à merveille un personnage distingué et maléfique. Tous les autres rôles sont fort bien tenus. Son of Fury mérite d’être découvert.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Tyrone Power, Gene Tierney, George Sanders, Frances Farmer, Roddy McDowall, John Carradine, Elsa Lanchester, Harry Davenport
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Remarques :
* Son of Fury est le dernier film de Frances Farmer avant ses multiples problèmes psychiatriques et d’addiction qui défrayèrent la chronique à Hollywood.
* La Fox a acquis les droits du roman titré Benjamin Blake avant même sa publication en 1941.

Le Chevalier de la vengeance (Son of Fury: The Story of Benjamin Blake)Tyrone Power et George Sanders dans Le Chevalier de la vengeance (Son of Fury: The Story of Benjamin Blake) de John Cromwell.

Le Chevalier de la vengeance (Son of Fury: The Story of Benjamin Blake)Tyrone Power et Gene Tierney dans Le Chevalier de la vengeance (Son of Fury: The Story of Benjamin Blake) de John Cromwell.

Le Chevalier de la vengeance (Son of Fury: The Story of Benjamin Blake)Tyrone Power et Frances Farmer dans Le Chevalier de la vengeance (Son of Fury: The Story of Benjamin Blake) de John Cromwell.

9 décembre 2019

Beaumarchais l’insolent (1996) de Edouard Molinaro

Beaumarchais l'insolent1773. Gudin, fils de l’intendant de Voltaire, arrive à Paris pour rencontrer M. de Beaumarchais qui l’engage comme secrétaire. Beaumarchais travaille alors sur son Barbier de Séville mais il a beaucoup d’autres activités…
Librement inspiré d’une pièce inédite de Sacha Guitry et sans trop s’écarter de la réalité historique, ce film d’Edouard Molinaro nous fait découvrir les nombreuses facettes de ce personnage que l’on connait surtout pour son œuvre théâtrale, notamment la trilogie de Figaro. Beaumarchais était aussi un homme d’affaires, un libre-penseur dont les idées annoncent la Révolution française, un espion pour le compte du roi de France. Il était également musicien, mais cet aspect n’est pas repris par le film. Le rythme est enlevé, virevoltant, à tel point que le début paraît un peu confus. Beaumarchais l’insolent est une grande production historique avec une multitude d’acteurs connus, ou en devenir, dans les seconds rôles. Mais c’est Fabrice Luchini qui est le plus remarquable ; l’acteur parfois trop exubérant a su trouver la bonne mesure, avec un jeu vif mais mesuré. Le film est à la fois divertissant et instructif. Le succès commercial fut au rendez-vous.
Elle: 3 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Fabrice Luchini, Sandrine Kiberlain, Manuel Blanc, Michel Aumont, Jean-François Balmer, Michel Piccoli, Michel Serrault, Jacques Weber, Jean-Claude Brialy, Patrick Bouchitey, Isabelle Carré, Claire Nebout, José Garcia, Alain Chabat, Judith Godrèche, Murray Head, Dominique Besnehard, Jean Yanne
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Beaumarchais l'insolentFabrice Luchini et Sandrine Kiberlain dans Beaumarchais l’insolent de Édouard Molinaro.

Beaumarchais l'insolentManuel Blanc et Fabrice Luchini dans Beaumarchais l’insolent de Édouard Molinaro.

13 juillet 2019

L’échange des princesses (2017) de Marc Dugain

L'échange des princesses1721. Alors que Louis XV n’a que onze ans, le Régent Philippe d’Orléans a l’idée d’un échange de princesse pour sceller la paix entre la France et l’Espagne : Louis XV épouserait l’Infante d’Espagne qui n’a alors que quatre ans et, en échange, le Régent offre sa propre fille âgée de douze ans au fils du roi d’Espagne…
Coécrit et réalisé par Marc Dugain, L’échange des princesses est l’adaptation du roman homonyme de Chantal Thomas, paru en 2013. C’est un épisode assez étonnant de l’Histoire de France surtout si on le considère avec nos yeux du XXIe siècle car cette utilisation des enfants choque aujourd’hui. Marc Dugain a su rendre ses personnages assez actuels sans trahir l’Histoire : les deux princesses nous paraissent ainsi plus contemporaines, notamment la plus âgée dans sa rébellion et ses effronteries. Le réalisateur insiste probablement un peu trop sur la décrépitude de la royauté qu’il tient à nous montrer à bout de souffle. La reconstitution est soignée. Que l’interprétation d’acteurs comme Olivier Gourmet ou Lambert Wilson soit très professionnelle, cela ne surprend guère ; la surprise vient du jeune Igor van Dessel en Louis XV, très étonnant par la concentration de son jeu. En revanche, les deux princesses paraissent un peu trop âgées pour leur rôle. Le principal défaut du film est de ne pas explorer plus profondément les raisons politiques de cet échange, restant sur le simple aspect « ahurissant » de ces évènements, mais l’ensemble est assez réussi.
Elle: 4 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Lambert Wilson, Anamaria Vartolomei, Olivier Gourmet, Catherine Mouchet, Kacey Mottet Klein, Igor van Dessel, Juliane Lepoureau
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L'échange des princessesIgor van Dessel dans L’échange des princesses de Marc Dugain.

L'échange des princessesAnamaria Vartolomei et Juliane Lepoureau dans L’échange des princesses de Marc Dugain.

5 avril 2019

Cagliostro (1949) de Gregory Ratoff

Titre original : « Black Magic »

CagliostroFrance, XVIIIe siècle. Le jeune gitan Joseph Balsamo voit sa mère mourir sous ses yeux, pendue injustement par un noble pour sorcellerie. Devenu adulte, il découvre qu’il a hérité d’un étrange pouvoir de persuasion qui lui permet de guérir des malades. Il décide d’utiliser ce pouvoir de l’hypnose pour son propre compte et prend le nom de Comte de Cagliostro…
Dirigé par Gregory Ratoff, Cagliostro est librement adapté d’une série de romans d’Alexandre Dumas père (principalement Joseph Balsamo et Le Collier de la Reine). Le film est très marqué par la présence magistrale d’Orson Welles qui a une grande présence dans ce rôle qui semble taillé pour lui ; c’est son premier film en Europe (il fut tourné aux studios Scalera en Italie) et c’est, selon ses propres dires, le tournage qui lui a procuré le plus grand plaisir de sa carrière. Il en a même dirigé quelques scènes. Gregory Ratoff se révèle être un bon conteur et se montre particulièrement habile pour mêler des éléments de comédie à l’aventure. L’ensemble nous captive et se montre plaisant.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Orson Welles, Nancy Guild, Akim Tamiroff, Frank Latimore, Valentina Cortese
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Remarques :
* Cagliostro a bien existé (1743-1795), un aventurier et escroc italien dont les pouvoirs réels étaient probablement bien moins grands que dans ce récit. Il a effectivement été l’un des acteurs principaux de l’affaire du collier de la reine en 1785.
* Pour une fois, le titre original (= Magie Noire) paraît bien stupide et le titre français plus approprié.

Cagliostro
Akim Tamiroff et Orson Welles dans Cagliostro de Gregory Ratoff.

Cagliostro
Nacy Guild et Orson Welles dans Cagliostro de Gregory Ratoff.

Cagliostro
Nacy Guild et Orson Welles dans Cagliostro de Gregory Ratoff.

Autres adaptations :
Cagliostro (1929) de Richard Oswald (film incomplet)
Cagliostro (1975) de l’italien Daniele Pettinari

15 novembre 2017

Les Aventures fantastiques du baron Münchhausen (1943) de Josef von Báky

Titre original : « Münchhausen »
Autres titres français : « Les Aventures du Baron de Muenchhausen », « Les Aventures du Baron Münchhausen », « Le Baron de Muenchhausen »

Le Baron de MuenchhausenUn descendant du baron de Münchhausen raconte à un jeune couple de ses amis les aventures tumultueuses de son illustre aïeul…
Les Aventures fantastiques du baron Münchhausen est un film allemand réalisé en pleine guerre à la demande de Goebbels pour le 25e anniversaire de la UFA. En dépit de ce lourd pedigree, cette superproduction ne présente étonnamment aucun caractère de propagande (ce qui valut à Fritz Hippler de perdre son poste de directeur des films du Reich et d’être envoyé sur le front). Le budget mis à disposition fut très important (1) et de nombreuses scènes restent impressionnantes aujourd’hui par leur ampleur. Le faste des multiples décors et des costumes, magnifiés par la couleur (Agfacolor), n’a rien à envier aux superproductions américaines de l’époque. Mais le plus étonnant reste le modernisme de l’ensemble par les techniques employées et les trucages. L’exagération des récits du baron est bien retranscrite et l’humour très présent. Il y aussi de belles trouvailles de scénario, des notes poétiques et même quelques scènes de nudité totale assez osées (qui furent toutefois coupées dans les versions commerciales). Les Aventures fantastiques du baron Münchhausen connurent un grand succès pendant et après la guerre. Le film a été magnifiquement restauré dans sa presque totalité en 2016 à partir de plusieurs sources.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Hans Albers, Käthe Haack, Brigitte Horney, Wilhelm Bendow, Ilse Werner
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Remarques :
* Agfacolor est un procédé de film couleur mis au point par Agfa dans les années trente. Une douzaine de longs métrages allemands ont été tournés en Agfacolor entre 1940 et 1945. Münchhausen est le troisième. A la fin de la guerre, les Alliés ont mis la main sur les stocks (l’utilisation la plus célèbre est celle d’Eisenstein pour Ivan le Terrible). L’usine se retrouvant en Allemagne de l’Est fut renommé ORWO par les russes et le procédé, OrwoColor. De leur côté, les américains exploitèrent le procédé sous le nom Anscochrome, du nom de la filiale américaine d’Agfa, Ansco, pour un nombre de films très limité.
* Le réalisateur d’origine hongroise Josef von Báky ne produira que des films peu remarquables par la suite. On peut donc se demander s’il ne fut qu’un simple exécutant sur ce projet.

(1) Le budget aurait été de l’ordre de 6,5 millions de Reichsmarks, ce qui équivaut à 2,6 millions de dollars de la même époque, soit les ¾ du budget estimé d’Autant en emporte le vent (1939).

Münchhausen
Hans Albers et Brigitte Horney dans Le Baron de Muenchhausen de Josef von Báky.

Münchhausen
Brève mais très impressionnante scène tournée à Venise avec des gondoles de collection dans Le Baron de Muenchhausen de Josef von Báky.

Münchhausen
Hans Albers et Marianne Simson dans Le Baron de Muenchhausen de Josef von Báky.

Autres adaptations :
Les Aventures du baron de Münchausen de Georges Méliès (1911)
Les Aventures fantastiques du baron Münchhausen de l’allemand de Josef Von Baky (1943) réalisé pour les 25 ans de la UFA à la demande de Goebbels.
Le Baron de Crac de Karel Zeman (1962)
Les fabuleuses aventures du légendaire Baron de Munchausen de Jean Image (1979), dessin animé
Le Secret des Sélénites de Jean Image (1984), dessin animé.
Les Aventures du baron de Munchausen de Terry Gilliam (1988)

27 juin 2017

Barry Lyndon (1975) de Stanley Kubrick

Barry LyndonXVIIIe siècle. Barry est un jeune irlandais sans le sou, qui s’engage dans l’armée à la suite d’un duel, puis déserte, devient ensuite espion puis joueur, fait un mariage d’argent puis connait un irrémédiable déclin…
Après trois films situés dans le futur, Stanley Kubrick plonge dans le passé. Sa tentative de monter Napoléon ayant échouée, le réalisateur anglais jette son dévolu sur un roman picaresque écrit en 1843 par William Makepeace Thackeray (romancier anglais plus connu pour Vanity Fair, La Foire aux vanités). Cette vaste fresque de trois heures est universellement louangée. Il n’est donc point besoin de souligner la beauté des images, la précision des recherches pour une reconstitution très fidèle (la peinture du XVIIIe fut la principale source d’inspiration), les prouesses techniques de l’éclairage à la bougie, l’économie des dialogues dans les scènes fortes, la superbe musique : Haendel, Bach, Mozart, Vivaldi… que du XVIIIe bien entendu, seule entorse Schubert (XIXe)… et caetera. Tout cela est vrai et participe au plaisir de chaque nouvelle vision. Mais c’est aussi  l’occasion de remarquer que Barry Lyndon tire toute sa puissance et son universalité du fait qu’il nous fait plonger au plus profond de l’âme humaine (Stroheim n’est pas loin). Nous éprouvons pour son héros un mélange d’attirance/répulsion car le personnage condense beaucoup des travers de la nature humaine. Le film prend ainsi une autre dimension à nos yeux. A sa sortie, le film fut un échec… sauf en France.
Elle: 5 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Ryan O’Neal, Marisa Berenson, Patrick Magee, Hardy Krüger, Godfrey Quigley, Leonard Rossiter, Michael Hordern
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Barry Lyndon
Le premier plan du film Barry Lyndon de Stanley Kubrick… Woah, quelle composition de plan!

Barry Lyndon
Ryan O’Neal, Gay Hamilton et Leonard Rossiter dans Barry Lyndon de Stanley Kubrick.

Barry Lyndon

Barry Lyndon
Murray Melvin et Marisa Berenson dans Barry Lyndon de Stanley Kubrick.
Pour les fameuses scènes éclairées à la bougie, Kubrick avait réussi à mettre la main sur trois objectifs Zeiss 50mm f0.7 restant d’une commande pour la NASA. Inutile de dire qu’à cette ouverture, la profondeur de champ était passablement réduite et les acteurs ne devaient pas trop bouger de leur place. Il y avait juste un très léger éclairage venant du dessus mais l’essentiel venaient des bougies. Dans le même ordre d’idée (la recherche d’authenticité), l’essentiel des éclairages des scènes intérieures de jour venaient des fenêtres (quitte à ajouter des gros spots à l’extérieur pour stabiliser l’éclairage).

Barry Lyndon
Ryan O’Nealet et Marisa Berenson dans Barry Lyndon de Stanley Kubrick.

7 juin 2017

Love and Friendship (2016) de Whit Stillman

Love & FriendshipJeune veuve désargentée, la belle Lady Susan Vernon trouve un refuge temporaire chez son beau-frère à la campagne. Elle est prête à toutes les manœuvres et intrigues pour marier sa fille et trouver pour elle-même un beau parti… Love & Friendship est basé sur une nouvelle de jeunesse de Jane Austen, Lady Susan (écrite aux alentours de 1794 mais publié en 1871). L’écrivaine, qui n’avait alors que seize ou dix-huit ans, montre déjà un sens de l’observation pour le moins étonnant sur la haute société qui l’entoure. Son style est déjà formé : une critique sociale pointue agrémentée d’une bonne dose d’humour. Les dialogues sont assez savoureux. On ne peut s’empêcher de déceler une certaine sympathie de l’auteure pour son intrigante et cruelle héroïne qui, en fait, utilise les seules armes en sa possession pour assurer sa survie. Le début est un peu confus, original mais trop rapide. La réalisation est très soignée malgré le budget plutôt réduit. L’américain Whit Stillman est venu tourner cette histoire anglaise en Irlande. Kate Beckinsale est probablement ici dans le meilleur rôle de sa carrière. La musique mérite également une mention particulière. Un film très réussi.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Kate Beckinsale, Morfydd Clark, Chloë Sevigny, Xavier Samuel, Emma Greenwell
Voir la fiche du film et la filmographie de Whit Stillman sur le site IMDB.
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Remarque :
* Le château Churchill Estate est en réalité le Howth Castle, situé sur la presqu’île de Howth, à deux pas de Dublin.

Love & Frienship
Chloë Sevigny et Kate Beckinsale dans Love & Friendship de Whit Stillman.

Love and Friendship
Emma Greenwell et Xavier Samuel dans Love & Friendship de Whit Stillman.

Love and Friendship
Kate Beckinsale dans Love & Friendship de Whit Stillman.

9 juin 2016

Les Liaisons dangereuses (1988) de Stephen Frears

Titre original : « Dangerous Liaisons »

Les liaisons dangereusesLa marquise de Merteuil (Glenn Close) demande à son ancien amant, le vicomte de Valmont (John Malkovich), de séduire la très jeune fille de sa cousine, Cécile de Volanges (Uma Thurman). Jugeant la proie trop facile, Valmont refuse tout d’abord cette proposition, d’autant plus qu’il a choisi de séduire la prude Madame de Tourvel (Michelle Pfeiffer) qui séjourne chez sa tante. Mais une découverte va le faire changer d’avis… Le célèbre roman épistolaire Les Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos a été adapté de nombreuses fois au cinéma mais la version de Stephen Frears est particulièrement remarquable. Le film a été tourné entièrement en France dans divers châteaux et demeures historiques d’Île-de-France qui forment de superbes décors naturels, intérieurs et extérieurs. Mais ce sont surtout la fluidité et l’élégance de l’ensemble qui charment et enthousiasment, rendant ce cruel marivaudage fascinant. Nullement handicapée par les lourdes conventions sociales de l’époque, l’interprétation est empreinte de naturel. Si l’on peut trouver que Glenn Close appuie parfois un peu trop le côté vénéneux de son personnage, la très belle Michelle Pfeiffer joue tout en retenue et John Malkovitch est un vrai plaisir de tous les instants : il montre un subtil mélange d’élégance et d’impertinence avec une rare perfection. C’est probablement son plus grand rôle au cinéma. Les Liaisons dangereuses est ainsi un film que l’on revoit toujours avec le même plaisir.
Elle: 5 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Glenn Close, John Malkovich, Michelle Pfeiffer, Keanu Reeves, Mildred Natwick, Uma Thurman
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Remarques :
* Cette version est directement adaptée de la pièce que Christopher Hampton a monté à Broadway en 1987.
* Durant le tournage, John Malkovich et Michelle Pfeiffer ont eu une liaison qui a certainement contribué à les faire entrer pleinement dans leur personnage…
* Le film fait plusieurs références au peintre Fragonard (qui est contemporain de Choderlos de Laclos), la plus visible étant la scène où Madame de Tourvel lit une lettre de son mari dans la position de La Liseuse de Fragonard. Par ailleurs, le peintre est réputé s’être inspiré du roman de Choderlos de Laclos, mais ce n’est pas le cas toutefois de son célèbre tableau Le Verrou qui est antérieur de quelques années au roman (1777 pour le tableau vs 1782 pour le roman).

* Les autres principales adaptations du roman de Choderlos de Laclos :
Les Liaisons Dangereuses 1960 de Roger Vadim (1959), avec Jeanne Moreau et Gérard Philipe
Valmont de Milos Forman (1989), avec Colin Firth et Annette Bening
Cruel Intentions de Roger Kumble (1999), avec Sarah Michelle Gellar (+ 2 suites)
Les Liaisons Dangereuses de Josée Dayan (2003), film TV franco-canadien avec Catherine Deneuve et Rupert Everett.

Les liaisons dangereuses
Michelle Pfeiffer et John Malkovich dans Les liaisons dangereuses de Stephen Frears.