7 novembre 2019

Murder! (1930) de Alfred Hitchcock

Titre français parfois utilisé : « Meurtre »

Meurtre (Murder!)L’actrice Diana Baring est retrouvée prostrée près du cadavre de sa rivale, un tisonnier à ses pieds. Tout l’accuse mais elle ne se souvient de rien…
Adapté d’une pièce, Murder! est l’un des tous premiers films parlants tournés par Alfred Hitchcock. Il le présente comme l’un des rares whodunits (1) qu’il ait tournés. L’histoire, qui se déroule dans le monde du théâtre, joue beaucoup sur les fausses apparences. Tout est lié au théâtre avec notamment des références à Hamlet. Par petites touches, dans les détails, Hitchcock parvient à y ajouter de l’humour, ce qui tire l’ensemble vers la comédie. Sur la forme, le film ne manque pas de trouvailles ou essais du jeune réalisateur. Murder! est ainsi reconnu pour être le premier film où un personnage se parle à lui-même par un monologue intérieur (la difficulté, à l’époque, résidait dans la prise directe du son. Ainsi le réalisateur raconte que dans cette même scène de la salle de bains, il avait un orchestre de trente musiciens derrière le décor pour simuler la musique à la radio. La voix du monologue intérieur avait, quant à elle, été enregistrée sur un disque). Sans être franchement remarquable, Murder! se regarde sans déplaisir.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Herbert Marshall, Norah Baring, Phyllis Konstam, Edward Chapman
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Remarques :
* Caméo : A 1h00, lorsque le trio ressort de la maison où le crime a été commis, Hitchcock passe au premier plan avec une femme à son bras. Bizarrement, dans cette même scène, un énorme micro sur pied est très visible sur la partie gauche de l’image pendant une bonne demi-minute.
* Une version allemande a été tournée simultanément :  Mary avec Alfred Abel et Olga Tschechowa.

(1) Whodunit (contraction de « Who done it ? » = Qui l’a fait ? ) désigne le style d’intrigue policière où l’identité de l’assassin n’est révélé qu’à la fin du récit (par exemple, les romans d’Agatha Christie sont des whodunits). Alfred Hitchcock dit à leur propos : « J’ai toujours évité les whodunits car généralement l’intérêt réside seulement dans la partie finale. (…) Vous attendez tranquillement la réponse à la question : qui a tué ? Aucune émotion. » (Entretiens avec François Truffaut)

Meurtre (Murder!)Herbert Marshall dans le fameuse scène du monologue intérieur de Murder! de Alfred Hitchcock.

Meurtre (Murder!)Phyllis Konstam, Herbert Marshall et Edward Chapman dans Murder! de Alfred Hitchcock.
Sur la gauche, un microphone sur pied est largement visible.

25 novembre 2017

La Loi du silence (1953) de Alfred Hitchcock

Titre original : « I Confess »

La Loi du silenceA Québec, un immigré allemand Otto Kluger, déguisé en prêtre, tue un avocat pour lui voler son argent. Il va ensuite se confesser auprès du prêtre qui l’emploie… Tourné juste après L’Inconnu du Nord-Express, La Loi du silence, beaucoup moins connu, semble en prolonger le thème : il s’agit une nouvelle fois d’une histoire de transfert de culpabilité. En se confessant, le meurtrier se décharge du crime et c’est le prêtre qui en porte le poids. Hitchcock crée une atmosphère lourde, pesante, austère, sans aucun des traits d’humour dont il est coutumier. Le film n’a pas fonctionné auprès du public et d’une bonne partie de la critique qui a situé le suspense sur la question de savoir si le prêtre allait ou non parler et a fini par trouver cela ridicule. Or, le suspense ne peut être là : Hitchcock a été élevé chez les jésuites et il a considéré que tout le monde savait qu’il ne pouvait parler. Non, le suspense est créé par l’emboitement assez terrifiant des évènements et par le postulat qu’il ne peut parler. La Loi du silence est ainsi un film d’une grande intensité, l’interprétation très sérieuse de Montgomery Clift (trop sérieuse selon le réalisateur qui ne s’est pas bien entendu avec son acteur principal) n’étant pas étrangère à cette intensité.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Montgomery Clift, Anne Baxter, Karl Malden, Brian Aherne
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Remarques :
* Le scénario est adapté d’une « mauvaise pièce » (ce sont les mots de François Truffaut lorsqu’il interroge Hitchcock à ce sujet) de Paul Anthelme (1902) intitulée « Nos deux consciences ». C’est Louis Verneuil qui l’a indiquée (et vendue) à Hitchcock.
* Au départ, Hitchcock voulait jouer avec les accents : allemand pour Otto Kruger, français pour les autochtones, suédois pour l’actrice principale. Mais lorsque l’actrice suèdoise Anita Björk est arrivée en Amérique avec son amant et un bébé illégitime, les dirigeants de la Warner ont pris peur qu’un nouveau scandale suédois éclate (après l’affaire Ingrid Bergman / Rossellini dont ils étaient à peine remis). Tout ce petit monde fut donc remis prestement sur le bateau et Anne Baxter fut choisie pour la remplacer.
* Cameo : impossible de rater Alfred Hitchcock marchant en haut des escaliers car c’est la première image du film.
* La fin initialement prévue au scénario était bien plus dramatique mais les producteurs ont jugé que l’image d’un prêtre pendu serait trop traumatisante.

I Confess
Brian Aherme et Montgomery Clift dans La Loi du silence de Alfred Hitchcock.

I Confess
Karl Malden et Montgomery Clift dans La Loi du silence de Alfred Hitchcock.

9 septembre 2017

Chantage (1929) de Alfred Hitchcock

Titre original : « Blackmail »

ChantageAlice White se dispute avec son fiancé Frank dans un salon de thé et part avec un artiste qu’elle a accepté de rencontrer. Elle le suit jusqu’à son appartement où ils flirtent apparemment en toute innocence… Dernier film muet d’Hitchcock, ou premier film parlant du réalisateur, Blackmail est un peu les deux. Tourné d’abord en muet, Hitchcock retournera de nombreuses scènes en sonore, anticipant la demande de ses producteurs. Adaptation d’une pièce de Charles Bennett, cette histoire finalement assez simple permet au réalisateur de mettre en opposition l’amour et le devoir, et surtout de renverser les rôles établis. Les personnages se retrouvent malgré eux à tenir un rôle auquel rien ne les destinait. Le réalisateur nous gratifie de quelques scènes très « hitchcockienne », la plus remarquable étant la scène du meurtre où le spectateur devine l’action par le mouvement d’un rideau. A sa sortie, Blackmail fut le premier film sonore britannique et le succès fut très important.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Anny Ondra, John Longden, Donald Calthrop, Cyril Ritchard
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Blackmail
John Longden, Anny Ondra et Donald Calthrop dans Chantage de Alfred Hitchcock (photo publicitaire).

Remarques :
* Quelques mois après la sortie de la version parlante, une version muette fut diffusée auprès des cinémas qui n’étaient pas encore équipés pour le parlant.

* Hitchcock utilise une technique assez élaborée à base de miroirs pour les scènes dans le British Museum. Il était en effet impossible de tourner sur les lieux même à cause du manque de lumière. Il prit donc des photos en pause longue et s’en servit comme fond.

* Hitchcock a toujours dit avoir conçu une fin différente qui aurait été le miroir de la scène du début : la jeune fille se fait arrêter et les policiers discutent en se lavant les mains « tu vois ta petite amie, ce soir ? » « Ah non, ce soir, je rentre chez moi tour seul ». Les producteurs ne voulurent pas de cette fin jugée trop triste et préférèrent une fin (assez immorale) en happy-end.

Hitchcock's Blackmail
Anny Ondra, actrice autrichienne, était dotée d’un accent bien trop fort pour dire elle-même le texte. Elle mime donc les paroles pendant que Hitchcock écoute avec attention l’actrice Joan Barry placée dans une cabine insonorisée à part (la technique du doublage à postériori ne sera mise au point que quelques années plus tard).

Blackmail
Le caméo d’Hitchcock dans Blackmail est l’un des plus célèbres (et des plus longs) de sa filmographie : Alfred Hitchcock, John Longden, et Anny Ondra (et le petit garçon espiègle qui va embêter le gentil monsieur).

Blackmail
La célèbre scène finale sur le toit du British Museum dans Chantage de Alfred Hitchcock.

Homonymes :
Chantage (Blackmail) de H.C. Potter (1939) avec Edward G. Robinson
Blackmail de Lesley Selander (1947) avec Adele Mara et Ricardo Cortez

12 novembre 2016

Lifeboat (1944) de Alfred Hitchcock

LifeboatUn navire américain sombre après avoir été attaqué par un sous-marin allemand. Une poignée de survivants se retrouvent dans une chaloupe de sauvetage. Ils recueillent un allemand, rescapé du sous-marin responsable de l’attaque… Comme on le sait, Alfred Hitchcock aime les challenges : faire un film entier dans un lieu aussi réduit qu’un canot de sauvetage était son idée. John Steinbeck lui a écrit la base de l’histoire qu’il a fait réécrire ensuite par plusieurs scénaristes. Le tournage, en studio dans un large réservoir, fut extrêmement éprouvant pour les acteurs. Hitchcock est resté très rigoureux : la caméra ne sort jamais du canot et il n’y a pas de musique. Réalisé en pleine Seconde Guerre mondiale, Lifeboat se démarque nettement des films de propagande qui ont généralement un ton triomphaliste. Le film fut très critiqué à sa sortie pour le fait qu’il montrait un allemand supérieur aux autres personnages. En fait, l’intention d’Hitchcock était d’alerter du danger que représentait un pays totalitaire, organisé et pragmatique, face à nos démocraties, divisées et indécises. Le message fut le plus souvent mal compris. Lifeboat fait partie des rares films d’Hitchcock qui perdirent de l’argent. Pourtant, il est bien unique en son genre.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Tallulah Bankhead, William Bendix, Walter Slezak, Mary Anderson, John Hodiak, Henry Hull, Heather Angel, Hume Cronyn, Canada Lee
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Lifeboat
(de g. à dr.) Canada Lee, John Hodiak, Henry Hull, Tallulah Bankhead, Hume Cronyn et Mary Anderson dans Lifeboat d’Alfred Hitchcock.

Remarques :
* Liste des scénaristes ayant travaillé sur le scénario (dans l’ordre) : John Steinbeck, Jo Swerling, Alma Reville, MacKinlay Kantor, Patricia Collinge, Albert Mannheimer, Marian Spitzer, Ben Hecht (ce dernier ayant retravaillé la fin).

* Plusieurs acteurs durent être soignés pour pneumonie, Tallulah Bankhead deux fois. Hume Cronyn a failli se noyer pendant une scène de tempête. Dans une autre scène, il eut les côtes fêlées.

* Autant Hitchcock appréciait Tallulah Bankhead, autant il n’aimait guère Mary Anderson. Un jour, alors que l’actrice demandait au réalisateur quel était son meilleur profil, Hitchcock répondit imperturbablement : « Ma chère, vous être assise dessus ! »

* Ne pouvant faire sa classique apparition en tant que passant, Alfred Hitchcock eut une idée brillante pour son cameo : il apparaît sur une feuille de journal trouvé flottant, dans une publicité pour un régime amaigrissant. A noter que le réalisateur était réellement en train de suivre un régime, s’étant fixé comme but de passer de 150 kg à 100 kg. Les photos seraient, dit-on, réelles. Certains spectateurs ont écrit au studio pour demander l’adresse de la société Reduco.

Lifeboat
Alfred Hitchcock apparaît pour son traditionnel cameo, dans Lifeboat (1944). C’est pratiquement devenu son cameo le plus célèbre… William Bendix lit le journal.

Lifeboat
Walter Slezak (le rescapé allemand) et Tallulah Bankhead dans Lifeboat d’Alfred Hitchcock.

Remake :
Lifepod (TV, 1993) de Ron Silver, transposé dans l’espace au 22e siècle.

22 août 2016

Blow Out (1981) de Brian De Palma

Blow OutJack est un ingénieur du son qui travaille pour des films de troisième zone. Lors d’une séance de prises de sons nocturnes, il assiste à un accident de voiture. Il parvient à sauver la jeune passagère mais le conducteur, un politicien en vue, a trouvé la mort. Jack sait, d’après ce qu’il entendu et enregistré, qu’il ne s’agit pas d’un simple accident… Le titre ne laisse aucune équivoque : Blow Out est une transposition de Blow-Up, il est au son ce que le film d’Antonioni était à l’image. Il n’a pas toutefois la même dimension philosophique, le propos étant plus centré sur une intrigue policière à suspense que sur le rapport d’un media à la perception d’une réalité : l’enregistrement n’est ici qu’une trace fidèle de ce que le preneur de son a entendu, il ne participe pas en lui-même à la création de cette perception comme ce pouvait être le cas pour Conversation secrète de Coppola. Prévue de taille modeste, la production a triplé son budget du fait du choix de John Travolta pour le rôle principal. Une fois de plus, De Palma marche dans les traces d’Hitchcock pour mettre en place une tension forte. Il fait preuve d’une belle virtuosité technique de tous les instants (même si elle a tendance à être parfois un peu trop visible). Le film fait preuve d’une étonnante noirceur, notamment dans son dénouement.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: John Travolta, Nancy Allen, John Lithgow, Dennis Franz
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Blow Out
John Travolta et son micro-canon dans Blow Out de Brian De Palma.

Remarques :
* L’accident évoque fortement l’accident de Chappaquiddick (18 juillet 1969) où la spécialiste de campagne politique Mary Jo Kopechne, âgée de 28 ans, trouva la mort dans une voiture conduite par le sénateur démocrate Ted Kennedy. L’affaire fit scandale et l’image du sénateur en sorti très écornée. Elle a probablement influencé sa décision de ne pas se présenter aux élections présidentielles des États-Unis en 1972 et 1976.

Blow out
John Travolta dans Blow Out de Brian De Palma.

Blow out
Bel exemple de « split-focus » dans Blow Out de Brian De Palma : ce n’est pas un montage mais une technique qui permet d’avoir une mise au point différente sur deux parties de la même image. Le résultat est assez bizarre : les distances sont abolies laissant plutôt une impression d’un homme lilliputien face à un animal géant.

21 mai 2016

Soupçons (1941) de Alfred Hitchcock

Titre original : « Suspicion »

SoupçonsDans un train, une jeune femme plutôt timide fait la connaissance d’un séduisant dandy. Elle le revoit peu après lors d’une partie de chasse et, bien qu’il ait mauvaise réputation, se sent de plus en plus attirée par lui… Suspicion est le quatrième film américain d’Hitchcock, le premier qu’il tourne avec Cary Grant. Il s’agit de l’adaptation d’un roman d’Anthony Berkeley Cox. Il est impossible de parler de ce film sans évoquer la fin. [Attention, ne lisez pas ce qui suit si vous avez l’intention de voir prochainement le film]. La fin de Suspicion a été beaucoup commentée puisqu’elle diffère du livre et parce qu’Hitchcock a raconté qu’il en avait prévu une autre où Cary Grant était bel et bien coupable. Cette fin aurait été refusée par la RKO qui ne voulait pas qu’une de ses vedettes les plus prometteuses soit un assassin. Il y a sans doute un peu de vrai mais on peut s’interroger si le film n’aurait pas été bien plus banal avec cette fin. Avec la fin gentille que nous connaissons, le film prend une toute autre dimension et s’inscrit pleinement dans la « vague psychologique » des années quarante : la montée d’un sentiment de suspicion par l’interprétation d’indices insignifiants qui emmène la jeune femme jusqu’aux portes du délire paranoïaque. Hitchcock, on le sait, adore mettre les spectateurs sur de fausses pistes, toute l’histoire est ainsi vue du côté de la jeune femme pour que nous partagions ses doutes. Cette volonté de nous tromper est très nette dans la scène la plus célèbre du film, celle du verre de lait : pour focaliser notre attention sur le verre, il met Cary Grant en ombre chinoise et éclaire le verre de lait de l’intérieur (il a fait placer une lampe dans le liquide). Il paraît donc peu probable qu’Hitchcock ait réellement envisagé de terminer avec un Cary Grant coupable ; l’histoire n’aurait alors aucun intérêt. En revanche, même si elle est remarquablement bien filmée, il est indéniable que la fin est un peu faible, la révélation finale n’est pas un choc, loin de là.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Cary Grant, Joan Fontaine, Cedric Hardwicke, Nigel Bruce
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Remarque :
Hitchcock cameo : à la 45e minute, lors d’une scène de rue, on le voit poster une lettre.

Suspicion
Joan Fontaine et Cary Grant, la rencontre dans le train de Soupçons d’Alfred Hitchcock. Le contrôleur est Billy Bevan, l’ex-comique des années vingt d’origine australienne, voir par exemple Circus today sur ce blog…

Soupçons
Cary Grant et le célèbre verre le lait de Soupçons d’Alfred Hitchcock.

16 avril 2016

Le Procès Paradine (1947) de Alfred Hitchcock

Titre original : « The Paradine Case »

Le Procès ParadineUn brillant avocat londonien accepte de défendre Maddalena Paradine, une femme en vue de la haute société qui est accusée d’avoir empoisonné son mari, un ex-officier militaire aveugle… Le Procès Paradine est assez généralement considéré comme l’un des films les moins notables de la filmographie d’Alfred Hitchcock. A juste titre. Le défaut le plus criant du film est dans son casting. Penser que le très américain Gregory Peck puisse être crédible une seule seconde en avocat britannique paraît assez surréaliste. Hitchcock a toujours imputé ce défaut et tous les autres au producteur David O. Selznick qui, il est vrai, avait l’habitude de s’impliquer dans le tournage des films qui lui tenaient à coeur : il a choisi certains acteurs, réécrit de nombreuses scènes arguant que Ben Hecht n’avait pas terminé sa tâche, ordonné de retourner de nombreuses scènes, supervisé le montage et l’insertion de la musique. Même si Le Procès Paradine n’est pas un grand Hitchcock, il comporte néanmoins de belles scènes, à commencer par la toute première du film où la caméra « enveloppe » Maddalena Paradine (cette belle et très juste formule est de Patrick Brion…), et aussi les scènes de procès filmées par trois ou quatre caméras, dont une placée très haut pour des plongées vertigineuses. La scène la plus étonnante, et la plus difficile à réaliser techniquement, est celle de l’arrivée de Louis Jourdan : par un habile mouvement tournant, on le voit passer derrière le box de l’accusée qui est au premier plan, n’osant se retourner pour le regarder.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Gregory Peck, Ann Todd, Charles Laughton, Charles Coburn, Ethel Barrymore, Louis Jourdan, Alida Valli
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Remarques :
* Caméo : Alfred Hitchcock est bien visible à l’arrivée du train dans le Cumberland. On le voit juste derrière Gregory Peck, portant une contrebasse.
* Selznick a acheté les droits du roman de Robert Smythe Hichens en 1933 avant même qu’il ne paraisse en librairie.
* Les scènes montrant la campagne du Cumberland ont réellement été tournées dans le Cumberland (qui, rappelons-le, est la très belle région au nord-ouest de l’Angleterre située juste sous l’Ecosse).
* Le conducteur de la petite calèche dans le Cumberland est interprété par Snub Pollard, acteur comique de l’époque du muet qui a joué avec Harold Lloyd. L’acteur a beaucoup tourné de petits rôles par la suite : IMDB le crédite de 584 films !

Le Procès Paradine
Gregory Peck et Ann Todd dans Le Procès Paradine de Alfred Hitchcock.

6 mars 2016

Le Faux Coupable (1956) de Alfred Hitchcock

Titre original : « The Wrong Man »

Le Faux coupableChristopher Emmanuel Balestrero est musicien, il tient la contrebasse dans un club new-yorkais plutôt huppé, et arrive tout juste à faire vivre sa petite famille. Il est reconnu à tort comme étant l’auteur de hold-up chez les commerçants de son quartier… Le Faux Coupable est basé sur un authentique fait divers. De façon inhabituelle pour lui, Alfred Hitchcock s’est efforcé de rester le plus près possible de la vérité, utilisant des décors réels, allant jusqu’à filmer certaines scènes de prison dans une véritable prison. Il raconte les faits vus, non pas par les yeux de l’un des enquêteurs, mais par les yeux de l’homme faussement accusé, ce qui est un parti-pris original. Il modifie un peu les faits pour augmenter la tension mais son principal défaut est certainement d’avoir trop centré le milieu de film sur le personnage de la femme ce qui casse la montée de cette tension. L’ensemble est très froid. Henry Fonda est bien entendu l’un des plus grands acteurs qui soient mais il est ici plus impénétrable et glacial que jamais. Par ailleurs, faut-il penser (comme François Truffaut dans ses entretiens avec Hitchcock) que le style du maître du suspense ne peut s’adapter à un tel récit de faits réels ?
Elle: 3 étoiles
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Henry Fonda, Vera Miles, Anthony Quayle
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Remarques :
* Caméo : La scène où Alfred Hitchcock a fait son habituelle apparition a été coupée au montage par lui-même. Il apparaissait en arrière plan quand Henry Fonda regarde les courses hippiques sur son journal dans le café (voir la 3e photo ci-dessous).
* Alfred Hitchcock apparait tout de même en ombre chinoise dans l’introduction. C’est d’ailleurs sa seule apparition parlante dans un de ses films (en revanche, il apparaît et parle abondamment dans nombre de ses « teasers » plein d’humour).

The Wrong Man
Vera Miles, Henry Fonda et Anthony Quayle dans Le Faux coupable de Alfred Hitchcock.

The Wrong Man
Ce plan, avec la tête d’Henry Fonda au dessus de la grille,  est l’une des belles trouvailles d’Alfred Hitchcock.

The Wrong Man
Même si la scène a été coupée au montage, ce plan avec le cameo d’Hitchcock a servi comme matériel publicitaire.

22 février 2016

Frantic (1988) de Roman Polanski

FranticUn médecin californien arrive avec sa femme à Paris pour un congrès. Après s’être rendu compte qu’elle s’était trompée de valise à l’aéroport, sa femme disparaît soudainement. Il est rapidement persuadé qu’elle a été enlevée mais peine à se faire prendre au sérieux par la police ou par son ambassade… La base du scénario et sa mise en place sont assez remarquables : un homme en situation périlleuse dans une ville où il ne connaît personne, dans un environnement plutôt hostile. Dès le départ, nous ressentons l’influence d’Hitchcock et, comme pour appuyer cette impression, Polanski place une scène-clé dans une douche. Comme dans les films du maître du suspense, le développement est marqué par une tension croissante que la musique lancinante d’Ennio Morricone vient souligner. Le Paris que Polanski nous montre rappelle celui du Locataire, en plus hostile ; nous somme loin de l’image touristique de la Ville des lumières. Harrison Ford est parfait, le film repose en grande partie sur ses épaules. Polanski a choisi de lui associer une jeune actrice de 19 ans, Emmanuelle Seigner, qui deviendra sa femme l’année suivante.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Harrison Ford, Betty Buckley, Emmanuelle Seigner
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Cameo :
Roman Polanski apparaît très brièvement en chauffeur de taxi (celui qui tend à Harrison Ford ses allumettes en arrivant au Blue Parrot)

Frantic
Harrison Ford et Emmanuelle Seigner dans Frantic de Roman Polanski.

11 janvier 2016

Psychose (1960) de Alfred Hitchcock

Titre original : « Psycho »

PsychoseMarion Crane est insatisfaite de son sort : elle a un amant avec lequel elle ne peut vivre faute d’argent. Elle agit impulsivement lorsqu’elle a l’occasion de voler une très grosse somme d’argent à son patron : elle s’en empare et s’enfuit en voiture… Psychose est le film le plus connu d’Alfred Hitchcock et pourtant il a été conçu comme un film presque expérimental, avec un budget proche d’un téléfilm. L’histoire en elle-même, tirée d’un roman de Robert Bloch inspiré d’un fait divers, n’est pas des plus passionnantes qui soient ; si elle a attiré Hitchcock, c’est parce qu’il y voyait un beau support pour jouer avec le spectateur qu’il entraîne constamment sur de fausses pistes. La mise en place laisse prévoir un certain type de film et au moment où l’on croit deviner la suite, Hitchcock surprend tout le monde par une scène aussi inattendue que contraire aux règles narratives classiques. Devenue la plus célèbre du cinéma, elle n’a plus évidemment l’effet de surprise qu’elle produisait à sa sortie sur les spectateurs et c’est un peu dommage, mais même lorsque que l’on connait le film, on peut admirer le talent d’Hitchcock pour nous induire en erreur, nous dérouter jusqu’à nous terrifier. Tout est calculé dans ce but, il détourne notre attention avec un détail pour mieux nous tromper sur l’essentiel. Sur ce point, il est bien le maitre absolu. Et comme il le dit lui-même, ce n’est pas grâce à son contenu ou à son interprétation que Psychose est un film si remarquable, c’est la façon de construire cette histoire et de la raconter qui a amené le public à réagir de façon émotionnelle.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Anthony Perkins, Janet Leigh, Vera Miles, John Gavin, Martin Balsam
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Remarques :
* Le budget de Psychose a été de 800 000 dollars soit l’équivalent de trois épisodes moyens de télévision, financé en grande partie par Hitchcock lui-même car personne n’y croyait. La Paramount refusa même de prêter ses studios et Hitchcock le tournera dans les studios Revue chez Universal.
* La scène de la douche compte 70 plans en 45 secondes, ce qui est totalement inhabituel chez Hitchcock qui excelle dans les plans longs. Il semble que Saul Bass ait (fortement ?) contribué à sa conception.
* Dans ses entretiens avec Truffaut, Hitchcock détaille comment, dans la scène où Bates descend sa mère à la cave, il parvient à placer la caméra très haut, ayant attiré notre attention sur le dialogue. Aussi efficace qu’étonnant.
* Hitchcock cameo : À la 6e minute, lorsque Marion Crane arrive à son bureau, on le voit de trois-quarts se tenir dehors sur le trottoir, coiffé d’un chapeau de cow-boy.

Psychose
Janet Leigh en route vers le Bates Motel dans Psychose de Alfred Hitchcock