27 juin 2017

Barry Lyndon (1975) de Stanley Kubrick

Barry LyndonXVIIIe siècle. Barry est un jeune irlandais sans le sou, qui s’engage dans l’armée à la suite d’un duel, puis déserte, devient ensuite espion puis joueur, fait un mariage d’argent puis connait un irrémédiable déclin…
Après trois films situés dans le futur, Stanley Kubrick plonge dans le passé. Sa tentative de monter Napoléon ayant échouée, le réalisateur anglais jette son dévolu sur un roman picaresque écrit en 1843 par William Makepeace Thackeray (romancier anglais plus connu pour Vanity Fair, La Foire aux vanités). Cette vaste fresque de trois heures est universellement louangée. Il n’est donc point besoin de souligner la beauté des images, la précision des recherches pour une reconstitution très fidèle (la peinture du XVIIIe fut la principale source d’inspiration), les prouesses techniques de l’éclairage à la bougie, l’économie des dialogues dans les scènes fortes, la superbe musique : Haendel, Bach, Mozart, Vivaldi… que du XVIIIe bien entendu, seule entorse Schubert (XIXe)… et caetera. Tout cela est vrai et participe au plaisir de chaque nouvelle vision. Mais c’est aussi  l’occasion de remarquer que Barry Lyndon tire toute sa puissance et son universalité du fait qu’il nous fait plonger au plus profond de l’âme humaine (Stroheim n’est pas loin). Nous éprouvons pour son héros un mélange d’attirance/répulsion car le personnage condense beaucoup des travers de la nature humaine. Le film prend ainsi une autre dimension à nos yeux. A sa sortie, le film fut un échec… sauf en France.
Elle: 5 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Ryan O’Neal, Marisa Berenson, Patrick Magee, Hardy Krüger, Godfrey Quigley, Leonard Rossiter, Michael Hordern
Voir la fiche du film et la filmographie de Stanley Kubrick sur le site IMDB.

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Barry Lyndon
Le premier plan du film Barry Lyndon de Stanley Kubrick… Woah, quelle composition de plan!

Barry Lyndon
Ryan O’Neal, Gay Hamilton et Leonard Rossiter dans Barry Lyndon de Stanley Kubrick.

Barry Lyndon

Barry Lyndon
Murray Melvin et Marisa Berenson dans Barry Lyndon de Stanley Kubrick.
Pour les fameuses scènes éclairées à la bougie, Kubrick avait réussi à mettre la main sur trois objectifs Zeiss 50mm f0.7 restant d’une commande pour la NASA. Inutile de dire qu’à cette ouverture, la profondeur de champ était passablement réduite et les acteurs ne devaient pas trop bouger de leur place. Il y avait juste un très léger éclairage venant du dessus mais l’essentiel venaient des bougies. Dans le même ordre d’idée (la recherche d’authenticité), l’essentiel des éclairages des scènes intérieures de jour venaient des fenêtres (quitte à ajouter des gros spots à l’extérieur pour stabiliser l’éclairage).

Barry Lyndon
Ryan O’Nealet et Marisa Berenson dans Barry Lyndon de Stanley Kubrick.

4 réflexions sur « Barry Lyndon (1975) de Stanley Kubrick »

  1. Ouf le chef d’oeuvre !!! comme pour Cléopâtre de Mankiewicz, on en prend plein les yeux au niveau des images, personnellement c’est mon préféré de Kubrick (qui a fait d’autres excellents films) note: 19 sur 20

  2. Au jeu completement inutile et cependant amusant, quel est le meilleur Kubrick? Celui-la ou « 2001, l’odyssee de l’espace »? Il y a de quoi hesiter non?

  3. L’ASCENSION ET LA CHUTE
    A la même époque, deux cinéastes majeurs entreprennent chacun un tournage interminable et coûteux pour des films d’une durée de trois heures à l’arrivée sur des personnages qui traversent l’Europe du XVIII° siècle, celle des Lumières, Fellini avec son Casanova et Kubrick avec son Barry Lyndon
    Le roman dont s’inspire Kubrick (Mémoires de Barry Lyndon, comme les mémoires de Casanova) est écrit à la première personne et s’inspire dans un récit fictionnel d’une personne réelle
    Le personnage est arriviste, débauché, sans morale, déserteur, vaniteux, vantard, cupide, joueur professionnel, et même espion
    Le film remplace le « Je » par un narrateur très présent avec un humour distancié bienvenu qui permet au cinéaste de supprimer bon nombre de dialogues entre les personnages, si bien que parfois ils n’ont rien à dire du tout dans une sorte de film muet en couleurs, en musiques et en lenteurs opératiques
    Arte diffusait le film hier soir, ce qui m’a permis de le re-revoir (pour la première fois en vf, la voix du narrateur est celle de jean-claude Brialy, parfaitement en osmose) amputé malheureusement de sa dimension de projection en salle sur grand écran, ce qui pour un film comme celui-ci se ressent
    On est saisi par la construction des plans traités très souvent en lents travellings ou zooms arrière, le contraire de l’habitude, permettant de partir d’un détail dans l’image, ou du gros plan d’un personnage pour peu à peu agrandir le cadre jusqu’à la perfection de la composition dans le décor, le paysage, la scène de groupe. Le reste du temps la caméra est souvent immobile que ce soit sur les plans d’ensemble ou les visages. A de très rares moments la caméra est portée sur l’épaule comme dans la séquence ou Barry Lyndon, perdant toute retenue, fond sur son beau fils pour le tabasser devant l’assistance
    On a le temps d’admirer cette somptuosité plastique (photo de John Alcott, oscarisé), surtout que la construction, divisée en deux parties égales de durée – l’ascension en zigzags de l’anti-héros plutôt antipathique, et sa chute après son mariage, annonce à l’avance (par la voix off du narrateur) ce qui va advenir, à la manière des romans populaires et picaresques. Etant prévenus on a tout loisir d’entrer dans le livre d’images (dirait Godard)
    A ce sujet la scène (évidemment longue et lente) de la rencontre entre Redmond Barry et la comtesse de Lyndon, bijou construit sur la partition répétitive de Schubert et sur les jeux de regards des participants, passant de l’intérieur chaud et du brouhaha des salons de jeux éclairés aux bougies à la blancheur nocturne, froide et silencieuse des terrasses où Redmond (Ryan O Neal) embrasse la main puis les lèvres de la comtesse (Marisa Berenson) dans un même mouvement est une pure merveille de délicatesse et d’asphyxie
    Aucune identification n’est possible avec le spectateur (sauf dans les séquences entre Barry et son fils, seuls gestes d’amour du film) et c’est ce qu’a cherché et réussi à faire Kubrick, un film d’images à la perfection glacée et glaçante
    Autour du couple principal frôlant la perfection des mannequins de cire dans leurs costumes et attitudes, beaucoup de figures toutes parfaites gravitent dans ce parcours chronologique et historique ou tout sentimentalisme et romantisme sont bannis
    Perfection d’un art

  4. Bravo à Garnier pour le parallèle avec le Fellini . Je n’y avais pas songé .
    Et l’on retrouve dans les deux films deux personnages à priori détestables , Fellini ayant eu en horreur Casanova vu comme un pantin ridicule .
    Les années 70 furent une époque favorable à la description d’anti-héros à l’identification peu aisée .
    Redmond Barry n’échappe pas à la règle .
    Il est à noter que , contrairement à sa réputation , le film est bourré d’humour malgré son coté solennel .
    Une œuvre immense et d’une richesse esthétique et scénaristique inouïes .

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