Antoine (Michel Blanc) et Monique (Miou-Miou) forment un couple en pleine galère. Alors qu’ils se disputent dans un bal, un inconnu Bob (Gérard Depardieu) intervient pour prendre la défense d’Antoine et gifle Monique… En écrivant Tenue de soirée, Bertrand Blier cherchait à retrouver l’esprit des Valseuses et avait même prévu de reprendre le même trio d’acteurs. Le décès de Patrick Dewaere rendit cela impossible. La provocation reste de mise comme en témoigne l’affiche dont le slogan a beaucoup fait parler à sa sortie. Comme toujours chez Blier, les dialogues valent leur pesant d’or, aussi percutants qu’irrévérencieux, souvent jubilatoires. Ils sont très crus et explicites mais c’est toujours au service de l’humour et non de la vulgarité (mais l’appréciation sur ce plan pourra bien entendu varier selon les personnes). Bertrand Blier parvient ainsi à aborder de manière passablement directe et sans tabou le sujet de l’homosexualité à une époque qui était encore frileuse sur ce plan. Il va même jusqu’au travestissement, dans un délire final totalement surréaliste. Tenue de soirée connut un grand succès à sa sortie. Trente ans plus tard, il reste toujours aussi amusant. Elle: Lui :
Lecteurs : (2 note(s), moyenne : 3,50 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Quand on connait la passion de Peter Greenaway pour Eisenstein, on ne peut que se réjouir à l’avance de visionner son Que viva Eisenstein! qui nous fait revivre l’escapade américaine puis mexicaine du réalisateur russe au tout début des années trente. Hélas, Peter Greenaway s’est laissé un peu emporter par son sujet, enfin plutôt par sa marotte : nous (dé)montrer que Eisenstein est homosexuel. Du tournage du film inachevé Que Viva Mexico!, on ne saura donc pratiquement rien (on en oublierait presque qu’il est cinéaste), tout le récit est centré sur la relation d’Eisenstein avec son guide mexicain qui lui fait découvrir l’amour physique. Dès les premières minutes, on a happé par un tourbillon d’images et par un Eisenstein montré comme un personnage exubérant, volubile surexcité, explosif, etc. Sur la forme, Greenaway s’est fait plaisir avec tout un lot d’effets visuels assez spectaculaires : il mêle noir et blanc avec la couleur de façon très originale, joue avec les objectifs, multiplie les mouvements tournant de caméra (ceux qui veulent des panoramiques à 360° vont être servis), les effets de miroir, de duplication, les incrustations, etc. Ce n’est pas toujours très beau, c’est souvent un peu fatiguant voire stressant et surtout assez gratuit. Pour réalimenter sa réputation de provocateur, Greenaway a inclus de nombreuses scènes de nudité masculine et une longue scène bavarde de sodomie qui se termine par un plantage de drapeau rouge…! Peter Greenaway a un peu trop appuyé à la fois le côté militant du contenu et l’exubérance de la forme. Cela rend Que viva Eisenstein! un peu fatiguant à visionner. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* Deux autres volets sont en préparation :
1) Walking to Paris prévu pour 2016 qui relatera la visite d’Eisenstein en Europe en 1928 avec Edouard Tissé (son chef-opérateur) et Grigori Alexandrov (son assistant). Greenaway a déjà prévenu qu’il s’intéresserait à la question : « Est-ce qu’Eisenstein couchait avec Alexandrov ? » (Ceci dit, sachant qu’il nous a dit qu’il était puceau au Mexique, deux ans plus tard, on peut se demander comment il va s’en sortir…)
2) Eisenstein in Hollywood prévu pour 2017, qui relatera la suite du voyage, c’est-à-dire en Amérique juste avant d’aller au Mexique.
* En pratique, on manque d’éléments vraiment tangibles sur la sexualité d’Eisenstein. L’homosexualité était bien entendu déjà bannie à l’époque. Eisenstein a épousé sa secrétaire en 1934 mais cela ne prouve rien. Les éléments les plus tangibles sont ses dessins : Eisenstein a toujours énormément dessiné, beaucoup de caricatures et beaucoup de dessins érotiques, assez débridés : il y a de tout des hommes, des femmes, des animaux et même une statue… Certains de ces dessins ont été publiés, y compris en URSS (dans les années 70). Il est peu probable que ce point soit un jour vraiment éclairci.
Luis Alberti et Elmer Bäck dans Que viva Eisenstein! de Peter Greenaway.
1942. Sur l’île de Java en Indonésie, un camp de prisonniers anglais est dirigé par un capitaine japonais implacable qui a un sens profond de l’honneur et de la discipline. A ses yeux, les anglais sont des lâches qui ont préféré le déshonneur d’être capturé au suicide. L’arrivée d’un nouveau prisonnier va ébranler ses croyances… Parmi les quelques films dans lesquels David Bowie a tourné en tant qu’acteur, Furyo est sans aucun doute le plus remarquable. Pour cette adaptation d’un roman de Laurens van der Post dont le sujet principal est la différence de culture entre l’Orient et l’Occident, Nagisa Ôshima a choisi deux stars de la musique pour les rôles principaux, l’occidental David Bowie et l’oriental Ryuichi Sakamoto. Les codes stricts et les rituels, la brutalité et le sadisme, créent une atmosphère de tension amplifiée par l’incompréhension entre les deux cultures. Le film n’est pas sans défaut, comme ce flash-back assez lénifiant et une focalisation sur le thème de l’honneur. Les deux rock-stars ont physiquement en commun un certain caractère androgyne. David Bowie a une forte présence à l’écran, trop peut-être, rendant son personnage presque irréel. Quand il est dans le champ, il éclipse tout le monde. Le jeu de Ryuichi Sakamoto (qui n’avait jamais tourné auparavant) est assez mauvais, il l’a lui-même reconnu ; en revanche, la musique qu’il a composée pour le film est une pure merveille, devenue rapidement un succès planétaire. Malgré ses imperfections, Furyo est un film assez unique en son genre. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* David Bowie a rapporté que, autant Nagisa Ôshima dirigeait très précisément les acteurs japonais, autant il laissait les acteurs anglais faire ce qu’ils sentaient devoir faire (pour ne pas influencer leur comportement apparent avec sa culture japonaise).
* Ryuichi Sakamoto aura à nouveau la double casquette d’acteur et de compositeur dans Le Dernier Empereur de Bertolucci (1987).
David Bowie et Ryuichi Sakamoto sur le tournage de Furyo de Nagisa Ôshima (photo publicitaire).
A la mort de sa mère, le jeune Dany, à peine 16 ans, part de Crète pour aller retrouver son frère à Athènes. Ensemble, ils partent à Thessalonique dans le nord du pays, à la recherche de leur vrai père qu’ils n’ont qu’à peine connu. Albanais par leur mère, ils voudraient que ce père les reconnaisse afin de bénéficier de la nationalité grecque. Passionnés par la chanson, ils y vont également pour participer à un concours de chant… Xenia, quatrième film du réalisateur grec Panos H. Koutras, est un road-movie initiatique à multiples facettes, au point de paraître un peu fourre-tout : chronique d’adolescence, chronique sociale et politique, conte fantastique, film musical, comédie, mélodrame, le film est un peu tout cela. Il aborde de multiples sujets de société, l’homosexualité, les groupuscules fascistes, l’immigration, les difficultés économiques et bien entendu la complicité entre frères et la recherche du père, le tout saupoudré de références cinématographiques. Si tout cela est pavé de bonnes intentions (Xenia signifie d’ailleurs « hospitalité » en grec), on peut trouver que l’ensemble manque d’équilibre avec des scènes qui s’étirent en longueur. Tout le monde n’est pas de mon avis toutefois puisque Xenia a été plutôt assez bien reçu, surtout en France. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Dans une petite ville minière anglaise de 1920, deux soeurs nouent une relation avec deux amis, l’un est un inspecteur d’école à l’esprit libertaire, l’autre est le propriétaire d’une mine à l’esprit conservateur… Women in Love est le troisième film de Ken Russell. Le cinéaste anglais réalise une belle adaptation du roman de D.H. Lawrence en nous offrant ce subtil entrelacs d’esthétisme, de sexualité et de philosophie. C’est principalement une réflexion sur l’amour ; les quatre personnages principaux en ont une conception très différente : coté hommes, l’un ne désire aimer que par convention sociale, constatant l’absence d’alternative, l’autre ne veut se conformer à un modèle et se limiter à une simple relation (l’homosexualité, plus que latente, culmine dans une célèbre scène de combat des deux hommes nus, superbement éclairée et photographiée) ; côté femmes, si l’une n’aspire qu’à une relation amoureuse très traditionnelle et exclusive, l’autre recherche une relation plus riche et intellectuellement stimulante. Cette palette de caractères permet d’explorer les différentes formes de l’amour, ses limitations, son caractère souvent exclusif, avec en toile de fond le monde en pleine évolution des années folles, évolution présente autant sur le plan social que sur le plan des idées. Le propos est finalement très riche et Ken Russell le met en scène avec verve et flamboyance, avec un parti-pris esthétique bien inspiré, même si certaines scènes peuvent paraître un peu étirées. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
A Turin, le commissaire Santamaria (Marcello Mastroianni) enquête sur le meurtre d’un architecte poseur et obsédé sexuel. Ses recherches le mènent directement à interroger des membres de la haute bourgeoisie de la ville, notamment Massimo Campi (Jean-Louis Trintignant) riche bourgeois homosexuel et son amie Anna Carla Dosio (Jacqueline Bisset) la jeune femme oisive d’un riche industriel… L’adaptation de ce best-seller de Carlo Fruttero et Franco Lucentini a été écrite par le fameux duo Age et Scarpelli. Certes, La Femme du dimanche n’est pas un des films majeurs de Luigi Comencini mais il constitue une intéressante tentative de mêler intrigue policière et analyse sociale. Alors que ses producteurs le pressaient d’en faire un film policier grand public, Comencini a su, en filigrane, mettre en évidence les rapports de classe dans une ville, Turin, où il y a environ 700 000 siciliens, les pauvres, et 300 000 turinois, les riches (1). Avec tant de talents réunis, on peut se demander pourquoi le film n’est au final pas plus convaincant. Peut-être est-ce du à la dose d’humour introduite qui nous pousse à ne pas prendre tout cela très au sérieux. De ce fait, La Femme du dimanche manque quelque peu de force mais son contenu assez subtil le rend intéressant. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Titre original : « Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón »
Pepi est violée par un policier qui habite en face de chez elle. Elle décide de se venger en poussant sa femme, aux forts penchants masochistes, à le quitter… En 1980, alors que Franco n’est mort que depuis cinq ans, l’Espagne se libère peu à peu la chape de plomb imposée par le dictateur. Pedro Almodovar s’engouffre par la brèche ainsi ouverte et signe là un film corrosif et provocateur, porté par cette liberté nouvelle qui gagne tout le pays. Ses personnages sont hauts en couleur : homosexuels exubérants, transsexuels, masochistes et même une femme à barbe. Un peu brouillon, le film est très marqué par son époque et, vu aujourd’hui, il est surtout intéressant en ce qu’il illustre à la fois l’immense changement du pays et qu’il préfigure le cinéma d’Almodovar. Le tournage (en 16 mm) s’est étalé sur une année car le financement a été difficile à réunir, les moyens utilisés sont rudimentaires mais cela n’a pas empêché Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier de connaître un beau succès en Espagne. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier n’est pas à proprement parler le premier long métrage d’Almodovar puisqu’il avait déjà réalisé un film en Super-8, Folle… folle… fólleme Tim!, en 1978.
* Alaska y los Pegamoides (Alaska et les Pegamoides) est un groupe madrilène, considéré comme l’un des plus représentatifs de la scène punk-rock de l’Espagne des années quatre-vingt. Et c’est donc Alaska elle-même qui joue le rôle de Bom.
Alaska, Carmen Maura et Eva Siva dans Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier (Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón) de Pedro Almodóvar.
Reporter au Miami Times, Ward Jansen revient dans sa ville natale en Floride avec un de ses collègues pour enquêter sur le cas d’un détenu promis à une prochaine exécution pour le meurtre d’un shérif. Avec son jeune frère et la petite amie du détenu, ils cherchent à montrer que l’enquête a été bâclée… Paperboy est adapté d’un roman de Peter Dexter qui s’est inspiré d’un fait divers. Lee Daniels en a fait un thriller poisseux assez racoleur qui joue sur la vulgarité et un côté sulfureux pour attirer l’attention. Le jeune beau gosse Zac Efron passe pratiquement tout le film en sous-vêtements, Nicole Kidman joue une jeune bimbo particulièrement vulgaire, le gentil John Cusack s’amuse à interpréter un véritable primate ; les acteurs se sont certainement beaucoup amusés avec ces rôles à contre-emploi mais le spectateur, lui, a bien du mal à trouver un quelconque intérêt à l’ensemble. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
A la suite d’une erreur malencontreuse, l’avion Madrid-Mexico est contraint de tourner en rond en attendant qu’une piste se libère pour un atterrissage d’urgence. A son bord, un équipage très gay tente de distraire les passagers de la classe affaires (la classe économique ayant été mise sous sédatif par sécurité)… Cela faisait longtemps que Pedro Almodovar n’avait réalisé une comédie pure. Les Amants passagers est un film totalement farfelu mais parfaitement maitrisé. Les personnages sont typés à l’extrême, on ne peut pas dire qu’Almodovar fasse preuve de mesure… mais pourtant il ne tombe jamais dans la facilité et reste toujours à un excellent niveau d’humour. Cette comédie déjantée est, il est vrai, parfaitement écrite. Il se passe beaucoup de choses dans cet avion où stewards et pilotes sont obsédés par les hommes, l’alcool et la drogue. Pas vraiment de message ici : même si Almodovar évoque quelques problèmes modernes comme la corruption et que l’on pourra toujours dire que cet avion qui tourne en rond est une allégorie de nos pays en crise, Les Amants passagers est surtout une comédie pure devant laquelle il faut se laisser aller. Ce type d’humour totalement loufoque ne fera pas l’unanimité toutefois… Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Le titre français voudrait nous laisser croire qu’il s’agit d’une suite au très bon film de Dino Risi Les Monstres mais il n’en est rien. Certes, il s’agit d’un film à sketches mais le sujet est moins vaste puisqu’il s’agit ici uniquement d’attirance sexuelle. En cette fin des années soixante soufflait une vague de libération sexuelle et il était ainsi possible de parler plus librement et … de montrer plus de choses. Ce dernier point est très net dans le dernier sketch, celui qui a donné son titre au film, dont l’histoire ne semble être qu’un prétexte pour nous montrer (très brièvement) des femmes entièrement nues. Les autres sketches lui sont bien supérieurs avec une mention spéciale pour le quatrième, Le Voyeur, un sketch très court qui repose sur un gag vraiment énorme. Nino Manfredi interprète brillamment le rôle principal de toutes ces petites histoires. Très bon divertissement, Vedo nudo est un film peu connu de Dino Risi. Il connut pourtant un grand succès à l’époque et Dino Risi fera deux autres films sur le même modèle (1). Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Dino Risi chroniqués sur ce blog…
Les sketches :
1. La Diva (La Diva) : une starlette de cinéma amène un accidenté de la route à l’hôpital. Le personnel n’a d’yeux que pour la jolie star… (amusant)
2. Procès à huis clos (Udienza a porte chiuse) : un homme est accusé d’avoir eu un rapport avec une poule (le gallinacé). Pour se défendre, il raconte comment la poule l’a vampé… (très court, excellent)
3. Ornella (Ornella) : Un jeune employé des postes qui aime à se travestir en femme entretient une relation épistolaire avec un industriel. Celui-ci vient pour « la » rencontrer… (un peu long)
4. Le Voyeur (Il Guardone) : Un homme un peu myope espionne sa jolie voisine… (très court et excellent)
5. La Dernière Vierge (Ultima Vergine) : alors que les media ne cessent de parler d’un violeur en cavale, une jeune femme voit arriver chez elle un homme qui se prétend être réparateur de téléphone… (excellent)
6. Ma motrice chérie (Motrice Mia !) : un homme trompe sa femme avec… une locomotive. (assez court, très original)
7. Je vous vois nue (Vedo nudo) : Un rédacteur en chef d’un magazine de mode voit les femmes qu’il rencontre comme si elles étaient nues… (moyen)