21 juin 2022

Les Basilischi (1963) de Lina Wertmüller

Titre original : « I basilischi »

Les Basilischi (I basilischi)Francesco, Sergio et Antonio sont trois jeunes hommes privilégiés qui vivent dans la ville provinciale de Minervino Murge en Italie, située entre les Pouilles et la Basilicate : le film est un portrait de leur vie trop imprégnée d’apathie et de provincialisme pour leur donner envie de partir vers d’autres destinations…
Les Basilischi (= Les Lézards) est un film italien sorti en 1963 mais que l’on n’a pu découvrir en France qu’à l’occasion de sa restauration en 2022. C’est le premier film de Lina Wertmüller, cinéaste italienne issue d’une famille de la haute aristocratie suisse. Elle en a écrit le scénario. La réalisatrice est alors très marquée par Fellini dont elle a été l’assistante sur 8 et ½. Le film est une chronique sociale centrée sur le quotidien de trois amis qui sont enfermés dans une société sclérosée où tout se sait, où rien ne bouge. Ils ne peuvent rencontrer une jeune fille sans respecter des règles compliquées et toute tentative libératrice est vouée à l’échec. En revanche, la parole est partout, on parle beaucoup mais on ne fait rien. Malgré la noirceur du constat, l’humour n’est pas absent, placé ici et là avec parcimonie. C’est un portrait social dont le ton paraît très juste. Les films ultérieurs de la réalisatrice ne présenteront pas toujours ces mêmes qualités.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Antonio Petruzzi, Stefano Satta Flores, Sergio Ferranino
Voir la fiche du film et la filmographie de Lina Wertmüller sur le site IMDB.

Les Basilischi (I basilischi)Sergio Ferranino, Stefano Satta Flores et Antonio Petruzzi dans Les Basilischi (I basilischi) de Lina Wertmüller.

20 juin 2022

La Fièvre dans le sang (1961) de Elia Kazan

Titre original : « Splendor in the Grass »

La Fièvre dans le sang (Splendor in the Grass) Dans une petite ville du Kansas, en 1928, Deanie (Natalie Wood) et Bud (Warren Beatty) sont amoureux l’un de l’autre. Le père de Bud, riche homme d’affaires, a d’ambitieux projets pour son fils. De son côté, Deanie, issue d’une famille de classe moyenne, se voit contrainte par sa mère de respecter la morale conservatrice dominante et de ne faire aucun écart de conduite avant le mariage…
La Fièvre dans le sang est un film américain réalisé par Elia Kazan, sorti en 1961. Le scénario a été écrit par le dramaturge et romancier William Inge, basé sur des personnes qu’il a connues quand il était adolescent au Kansas dans les années 20. Avec cette histoire d’amour passionné, Elia Kazan continue ce qu’il a fait film après film : dresser un portrait des Etats-Unis avec ses idéaux et ses travers, ici le poids du puritanisme, source d’immobilisme. Il montre que certaines des valeurs morales et économiques vacillent, tout en affichant un optimisme lié aux individus. Comme toujours avec Kazan, les sentiments sont intenses, les personnages démonstratifs et les pulsions très présentes. La Fièvre dans le sang est un film assez puissant dans son exposé, un film vraiment remarquable.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Natalie Wood, Warren Beatty, Pat Hingle, Audrey Christie, Barbara Loden, Zohra Lampert
Voir la fiche du film et la filmographie de Elia Kazan sur le site IMDB.

Voir les autres films de Elia Kazan chroniqués sur ce blog…
Voir les livres sur Elia Kazan

Remarque :
* Premier film avec Warren Beatty.
* Le titre original, Splendor in the Grass, est tiré d’un poème de William Wordsworth que Deanie lit en classe. Le terme symbolise une vision idéalisée de la vie que l’on a dans sa jeunesse, que l’on perd ensuite mais cette perte nous rend plus fort :
    What though the radiance which was once so bright
    Be now for ever taken from my sight,
    Though nothing can bring back the hour
    Of Splendor in the Grass, glory in the flower
    We will grieve not; rather find
    Strength in what remains behind.
(poème « Ode: Intimations of Immortality from Recollections of Early Childhood« )

La Fièvre dans le sang (Splendor in the Grass)Natalie Wood et Warren Beatty dans La Fièvre dans le sang (Splendor in the Grass) de Elia Kazan.

Voir nos commentaires d’une précédente vision

30 mai 2022

Nomadland (2020) de Chloé Zhao

NomadlandNomadland est un film américain écrit et réalisé par la réalisatrice chinoise (vivant aux Etats-Unis) Chloé Zhao. Il est basé sur le livre du même nom de la journaliste Jessica Bruder, paru en 2017, qui analysait le phénomène des Américains âgés qui, après la crise économique de 2008, ont adopté des modes de vie nomades en voyageant à travers les États-Unis à la recherche de travail saisonnier. Mais le film de Chloé Zhao n’est pas un documentaire puisque la cinéaste a centré son scénario sur un seul personnage, une femme sexagénaire, veuve depuis peu. Cette femme est peu expensive mais le récit nous fait découvrir peu à peu sa personnalité et nous laisse comprendre ses choix et ses motivations. Bien entendu, Nomadland a aussi des qualités d’étude sociologique, Frances Dormand (également productrice puisque c’est elle qui a acheté les droits du livre) s’est beaucoup investie personnellement en vivant plusieurs mois comme son personnage dans une camionnette aménagée. Presque toutes les personnes rencontrées jouent leur propre rôle, y compris Suanne Carlson et Bob Wells qui ont fondé une association pour aider les nomades. Le film a été couvert de récompenses dont trois Oscars.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Frances McDormand, Gay DeForest, Patricia Grier
Voir la fiche du film et la filmographie de Chloé Zhao sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Voir les autres films de Chloé Zhao chroniqués sur ce blog…

NomadlandFrances McDormand dans Nomadland de Chloé Zhao.

8 novembre 2021

Pension d’artistes (1937) de Gregory La Cava

Titre original : « Stage Door »

Pension d'artistes (Stage Door)A New York, une quinzaine de jeunes actrices habitent dans une pension un peu miteuse. Toutes attendent de se faire remarquer par un producteur de Broadway. C’est là que décide d’habiter Terry Randall qui souhaite démarrer une carrière d’actrice. La jeune femme a des manières plus sophistiquées que les autres pensionnaires mais se trouve dans la même situation qu’elles…
Pension d’artistes est une comédie américaine réalisée par Gregory La Cava. Il s’agit de l’adaptation d’une pièce à succès homonyme mais des ré-écritures successives ont rendu le film très éloigné de son modèle. Le réalisateur en a fait bien plus qu’une comédie car le récit donne une idée assez précise de la situation des aspirantes-actrices de cette époque. Pour mieux coller à la réalité, La Cava avait envoyé une assistante dans un foyer d’actrices à Hollywood prendre en note leurs conversations (1). Pour ne pas céder au découragement et à l’apitoiement, les jeunes femmes manient avec grande vivacité l’ironie vacharde. Les petites piques et réparties d’humour s’enchaînent à une vitesse phénoménale (à tel point que les sous-titres n’arrivent pas toujours à suivre). C’est vraiment étonnant. La caméra est elle-même très vive pour renforcer l’impression de polyphonie. C’est un film plus complexe qu’il ne paraît car La Cava mêle habilement le mélodrame et le burlesque. En outre, il témoigne des avances que devaient subir les actrices débutantes de la part d’hommes abusant de leur position. Le film fut bien reçu à sa sortie ; assez remarqué, il connut un succès modéré.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Katharine Hepburn, Ginger Rogers, Adolphe Menjou, Gail Patrick, Andrea Leeds, Lucille Ball, Eve Arden, Ann Miller
Voir la fiche du film et la filmographie de Gregory La Cava sur le site IMDB.

Voir les autres films de Gregory La Cava chroniqués sur ce blog…

(1) L’assistante se faisait passer pour une actrice désillusionnée qui apprenait la sténo dans le but de se reconvertir. Sous le prétexte d’entrainement, elle pouvait ainsi noter toutes les conversations sans éveiller les soupçons.

Pension d'artistes (Stage Door)Katharine Hepburn et Ginger Rogers dans Pension d’artistes (Stage Door) de Gregory La Cava.

Remarque :
* On remarquera la présence de plusieurs actrices en début de carrière : Eve Arden, Ann Miller, Lucille Ball, …
* Aussi incroyable que cela puisse paraître (ne serait-ce qu’au vu de sa grande taille), Ann Miller n’avait que 14 ans au moment du tournage ; elle avait d’ailleurs menti sur son âge pour obtenir le rôle et fourni un faux certificat de naissance. Lorsqu’elle danse avec Ginger Rodgers, il est impossible de deviner que 12 ans d’âge séparent les deux actrices.

Pension d'artistes (Stage Door)Ann Miller, Ginger Rogers et Lucille Ball dans Pension d’artistes (Stage Door) de Gregory La Cava.

27 octobre 2021

Lola, une femme allemande (1981) de Rainer Fassbinder

Titre original : « Lola »

Lola, une femme allemande (Lola)En 1957, un nouveau directeur de l’urbanisme prend ses fonctions dans une ville de Bavière. Originaire de Prusse orientale, l’homme apparaît rapidement peu enclin aux compromissions, ce qui inquiète les notables de la ville qui profitent de la reconstruction pour s’enrichir…
Pour Lola, Rainer Werner Fassbinder s’est inpiré du roman d’Heinrich Mann, Professeur Unrat, qui avait déjà engendré L’Ange Bleu (1930). Il en a transposé l’histoire dans l’Allemagne des années cinquante en pleine reconstruction. Ce n’est toutefois nullement un remake car le cinéaste s’est éloigné le plus possible du film de Sternberg pour ne garder que la situation de base : un fonctionnaire sage et consciencieux tombe amoureux d’une femme de petite vertu et se retrouve transformé par cet amour non partagé. Fassbinder ne suit pas non plus le schéma classique du film dénonçant la spéculation et l’hypocrisie d’une classe de notables aux moeurs dépravés. On peut même dire qu’il s’abstient de porter un jugement politique ou moral. Il semble plutôt s’attacher à montrer qu’un système basé sur une fausse honnêteté perdure en se construisant sur le fonctionnement réel des individus, incluant leurs désirs et leurs fantasmes. Fassbinder parvient à créer des personnages forts, même si c’est au prix d’un jeu des acteurs assez appuyé comme c’est le cas pour Mario Adorf. Il crée aussi une atmosphère douce tout en étant incisive. Le cinéaste fait une utilisation étonnante de la couleur en éclairant les personnages en bleu, jaune ou rouge selon leurs sentiments, procédé qui en d’autre mains aurait paru simplet. Le film a été parfois mal perçu pour son contenu, jugé pas assez militant.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Barbara Sukowa, Armin Mueller-Stahl, Mario Adorf, Matthias Fuchs, Helga Feddersen, Karin Baal, Ivan Desny, Hark Bohm
Voir la fiche du film et la filmographie de Rainer Fassbinder sur le site IMDB.

Voir les autres films de Rainer Fassbinder chroniqués sur ce blog…
Voir les livres sur Rainer Werner Fassbinder

Remarque :
* Lola s’incrit dans une trilogie que Fassbinder a appelée BRD (= BundesRepublik Deutschland), qu’il n’a pas tournée dans l’ordre chronologique :
BRD 1 : Le Mariage de Maria Braun (1979) (‘BRD 1’ non mentionné au générique)
BRD 2 : Le Secret de Veronika Voss (1982)
BRD 3: Lola, une femme allemande (1981).

Lola, une femme allemande (Lola)Armin Mueller-Stahl et Barbara Sukowa dans Lola, une femme allemande (Lola) de Rainer Werner Fassbinder.

Lola, une femme allemande (Lola)Barbara Sukowa et Mario Adorf dans Lola, une femme allemande (Lola) de Rainer Werner Fassbinder.

13 septembre 2021

Divorce à l’italienne (1961) de Pietro Germi

Titre original : « Divorzio all’italiana »

Divorce à l'italienne (Divorzio all'italiana)Le baron Ferdinando Cefalu, un noble sicilien, est amoureux de sa jeune cousine, Angela. Mais il est marié depuis douze ans à Rosalia, une femme insupportable, et le divorce est illégal en Italie. Il va user d’un stratagème pour avoir son divorce… à l’italienne !
Divorce à l’italienne est un film italien de Pietro Germi. C’est une comédie italienne mais une comédie d’humour noir, plus proche de certaines comédies anglaises des années cinquante. Il s’agit surtout d’une charge en règle contre l’interdiction du divorce et un portrait social de la société sicilienne avec le lourd poids des traditions, de l’honneur et de la religion. Au départ, Pietro Germi avait pensé à un film dramatique mais, à l’écriture du scénario, décida de laisser les éléments satiriques et grotesques prendre le dessus car « les délits d’honneur, (…) on ne sait si c’est le ridicule ou la bêtise qui les caractérisent le mieux ». Il raille aussi le machisme et les cercles d’hommes obsédés par les femmes. Marcello Mastroianni compose de façon magistrale un noble blasé, hautain et nonchalant. Il adopte un tic pour imiter Germi lui-même atteint de tics. Tout au long de sa carrière l’acteur a cherché à varier ses personnages et Divorce à l’italienne est l’une de ses meilleures comédies.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Marcello Mastroianni, Daniela Rocca, Stefania Sandrelli, Leopoldo Trieste
Voir la fiche du film et la filmographie de Pietro Germi sur le site IMDB.

Voir les autres films de Pietro Germi chroniqués sur ce blog…
Voir les livres sur Pietro Germi

Remarques :
* Le divorce ne sera autorisé par la loi italienne qu’en 1969. Le parti de la Démocratie chrétienne militera alors activement pendant cinq années pour faire annuler cette loi et, en 1974, un référendum rendra son acceptation définitive (60% de oui). La tolérance pour les « crimes d’honneur » ne sera supprimée de la loi italienne qu’en 1981. (En France, le divorce a été définitivement autorisé par la loi en 1884.)

* La Dolce Vita de Fellini est sorti l’année précédente. L’extrait inséré (projection dans le cinéma) ne montre qu’Anita Ekberg, sans les contre-champs sur Mastroianni, mais on l’entend appeler « Marcello »…

* Pietro Germi poursuivra sur le même thème avec
Séduite et abandonnée (Sedotta e abbandonata) en 1964
Ces messieurs dames (Signore e Signori) en 1966.

Divorce à l'italienne (Divorzio all'italiana)Daniela Rocca et Marcello Mastroianni dans Divorce à l’italienne (Divorzio all’italiana) de Pietro Germi.

16 août 2021

Hôtel Singapura (2015) de Eric Khoo

Titre original : « In the Room »

Hôtel Singapura (In the Room)L’hôtel Singapura est en pleine décrépitude mais il a connu des jours plus prestigieux. Depuis la seconde Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui, des couples s’y sont retrouvés pour parler d’amour et le faire…
Hôtel Singapura (In the Room) est un film singapourien réalisé par Eric Khoo. L’idée de départ est séduisante : placer six histoires (et même un peu plus) étalées à dix ans d’intervalle sur soixante ans (et même un peu plus) dans une unique chambre d’hôtel. L’intention était de traduire l’évolution des mœurs et de la société à travers de scènes intimes où il est question d’amour (un peu) et de sexe (beaucoup). Le résultat n’est pas tout à fait à la hauteur des espérances mais le film d’Eric Khoo ne manque pas de qualités. La principale est certainement d’avoir six histoires très différentes, ce qui, toutefois, n’empêche pas de ressentir une petite sensation de longueurs. Hormis la séquence hilarante des professionnelles des années cinquante, le fond du propos est d’une grande tristesse, l’amour restant inaccessible et laissant la place à des étreintes sexuelles mécanistes. Hôtel Singapura ne manque pas de style et se montre d’une indéniable originalité.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Josie Ho, Ian Tan, Nadia Ar, Shô Nishino, Lawrence Wong, Choi Woo-sik
Voir la fiche du film et la filmographie de Eric Khoo sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Voir les autres films de Eric Khoo chroniqués sur ce blog…

Remarques :
* La distribution réunit plusieurs actrices et acteurs des pays d’extrême-orient : Josie Ho vient de Hong-kong, Shou Nishino est japonaise, Lawrence Wong vient de Malaisie, Netnaphad Pulsavad est thaïlandaise, George Young, Daniel Jenkins et Koh Boon sont basés à Singapour.
* Le tournage a été bouclé en dix jours.

Hôtel Singapura (In the Room)Ian Tan et Nadia Ar dans Hôtel Singapura (In the Room) de Eric Khoo.

30 juillet 2021

Roubaix, une lumière (2019) de Arnaud Desplechin

Roubaix, une lumièreLe commissariat central de Roubaix est dirigé par Daoud, homme au tempérament calme. D’origine nord-africaine, Daoud a grandi dans cette ville qu’il connaît parfaitement mais il a perdu tout contact avec ses proches. Les affaires courantes se succèdent jusqu’à un incendie volontaire qui va révéler plus important que prévu…
Roubaix, une lumière est un film très atypique dans la filmographie d’Arnaud Desplechin. Oubliant pour une fois les intellectuels en crise, il s’inspire ici d’un fait divers survenu à Roubaix en mai 2002 : l’assassinat d’une dame âgée dans une courée. Ce fait divers avait été l’objet d’un documentaire de Mosco Boucault en 2008, Roubaix, commissariat central, affaires courantes. C’est ce documentaire qui avait impressionné durablement Arnaud Desplechin, lui-même originaire de Roubaix. En s’en inspirant, le cinéaste parvient à dresser un très beau quadruple portrait avec une histoire puissante, fortement ancrée dans la réalité mais sans aucun misérabilisme. Roschdy Zem fait une superbe prestation, donnant une force et une profondeur peu communes à son personnage de commissaire. Il faut aussi saluer les interprétations de Léa Seydoux et de Sara Forestier, très justes. Roubaix, une lumière est un film doté d’une belle personnalité.
Elle: 5 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Roschdy Zem, Léa Seydoux, Sara Forestier, Antoine Reinartz
Voir la fiche du film et la filmographie de Arnaud Desplechin sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Voir les autres films de Arnaud Desplechin chroniqués sur ce blog…
Voir les livres sur Arnaud Desplechin

Roubaix, une lumièreLéa Seydoux et Roschdy Zem dans Roubaix, une lumière de Arnaud Desplechin.

12 juillet 2021

Des enfants gâtés (1977) de Bertrand Tavernier

Des enfants gâtésEn panne d’inspiration, un réalisateur décide de s’isoler de sa famille dans un petit appartement pour écrire le scénario de son prochain film. Il fait rapidement la connaissance des voisins, unis dans une lutte contre le propriétaire. Au début réticent, il accepte de se joindre à leur combat et noue une liaison avec sa jeune voisine Anne…
Des enfants gâtés est le quatrième long métrage de Bertrand Tavernier. Le scénario est signé Charlotte Dubreuil et Christine Pascal. L’histoire permet de souligner la déshumanisation des grands ensembles urbains (en l’occurrence Nanterre, alors en pleine construction) et les méthodes abusives des propriétaires. C’est aussi, et même surtout, une critique de l’esprit bien-pensant des intellectuels parisiens coupés de la réalité : au contact de ses voisins, le personnage principal (et Tavernier lui-même) s’interroge sur ses privilèges, sur sa position d’artiste. De plus, la relation amoureuse qui naît est particulièrement déséquilibrée : il ne risque rien contrairement à elle. Fort louable dans ses intentions, le récit manque hélas de force ce qui pousse à le considérer comme plutôt mineur dans la filmographie de Bertrand Tavernier.
Elle: 3 étoiles
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Michel Piccoli, Christine Pascal, Michel Aumont, Gérard Jugnot
Voir la fiche du film et la filmographie de Bertrand Tavernier sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Voir les autres films de Bertrand Tavernier chroniqués sur ce blog…
Voir les livres sur Bertrand Tavernier

Remarques :
* La chanson du générique, composée par Philippe Sarde et écrite par Jean-Roger Caussimon, est interprétée par  Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle (qui n’apparaissent pas dans le film). Elle s’intitule Paris jadis.
* Au début du film, le personnage que joue Piccoli se présente comme un réalisateur qui a fait La Mort en direct, film que Bertrand Tavernier réalisera en 1980, soit trois ans après Des enfants gâtés.

Des enfants gâtésChristine Pascal et Michel Piccoli dans Des enfants gâtés de Bertrand Tavernier.

7 juillet 2021

Les Coeurs verts (1966) de Édouard Luntz

Les Coeurs vertsÀ Nanterre, une bande de jeunes « blousons noirs » désœuvrés et incompris de la société « comme il faut » : petits larcins, drague, jeux encore enfantins. Deux destins parallèles, Zim et Jean-Pierre, à leur sortie de prison, ils retrouvent leur famille et la bande. Ils tentent de se reconstruire une vie « normale » avec plus ou moins de réussite…
De 1959 à 1974, Edouard Luntz a signé une poignée de films sur le thème de la banlieue. Ses films sont très proches du documentaire, des courts métrages le plus souvent mais aussi trois longs métrages. Les Cœurs verts est le premier d’entre eux. Il porte son regard sur la sortie de l’adolescence en donnant la parole à ses personnages ; le film est une véritable étude sociologique. Le plus étonnant aujourd’hui est de voir la persistance de certains problèmes : difficultés économiques, chômage, oisiveté et aussi rivalités entre quartiers. Edouard Luntz n’a pas utilisé d’acteurs professionnels, chacun joue son rôle. Le décor a une grande importance et les images de tours sur la musique style free-jazz renforcent la singularité du lieu : si, à l’époque, les grands ensembles n’étaient pas encore incriminés comme responsables d’un certain mal-être, le réalisateur campe le décor avec force.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Gérard Zimmermann, Eric Penet
Voir la fiche du film et la filmographie de Édouard Luntz sur le site IMDB.

Remarque :
* Serge Gainsbourg reprendra l’une des musiques qu’il a composées pour la scène du bal une année plus tard lorsque Brigitte Bardot lui demandera de lui écrire « la plus belle chanson d’amour qu’il puisse imaginer ». Avec des paroles très suggestives, elle deviendra Je t’aime… moi non plus.
Le disque ne sortira pas car le mari de Bardot menace de poursuites. Gainsbourg la ré-enregistrera fin 1968 avec Jane Birkin, provoquant un grand scandale, une condamnation du Vatican lui offrant une grande notoriété.

Les Coeurs vertsGérard Zimmermann et Eric Penet dans Les Coeurs verts de Édouard Luntz.