25 février 2020

Deux jours, une nuit (2014) de Jean-Pierre et Luc Dardenne

Deux jours, une nuitSandra arrive au terme d’un long arrêt de maladie pour dépression. Le patron de l’entreprise a réparti le travail de Sandra sur les seize autres employés et a décidé de soumettre ses employés à un choix : soit Sandra est réintégrée dans son poste, soit ils obtiennent tous une prime de 1 000 euros pour le travail effectué et Sandra est licenciée. Les employés ont voté pour la prime. Une de ses collègues a obtenu de pouvoir faire un nouveau vote à bulletins secrets le lundi matin et Sandra n’a que les deux jours du week-end pour essayer de convaincre ses collègues de voter pour la garder…
Deux jours, une nuit nous raconte une histoire très humaine sur l’exclusion sociale en temps de crise économique. Une fois de plus, les frères Dardenne excellent à nous transmettre une image du réel. Que la situation ne soit pas très crédible et non conforme au Droit du travail n’est pas si important, c’est le combat de cette femme très fragile pour conserver son emploi que nous suivons avec empathie. Marion Cotillard fait une très belle prestation, intense mais sans éclat spectaculaire.
Elle: 4 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Marion Cotillard, Fabrizio Rongione, Catherine Salée
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Deux jours, une nuitFabrizio Rongione et Marion Cotillard dans Deux jours, une nuit de Jean-Pierre et Luc Dardenne.

1 février 2020

Les Voyages de Sullivan (1941) de Preston Sturges

Titre original : « Sullivan’s Travels »

Les voyages de Sullivan (Sullivan's Travels)Un réalisateur à succès veut tourner un film social, ancré dans la réalité, dont le titre est O Brother Where Art Thou. Lorsque le patron du studio lui fait remarquer qu’il n’a aucune idée de ce qu’est la misère, il décide de se déguiser en vagabond et de partir sur les routes avec dix cents en poche…
Les Voyages de Sullivan (Sullivan’s Travels) est une comédie américaine écrite et réalisée par Preston Sturges. C’est une comédie peu banale sous plusieurs aspects. Elle mélange allégrement plusieurs genres, y compris le drame, et son propos n’est pas très facile à cerner : si Sturges semble au final vouloir replacer le rire et la comédie comme fonction essentielle du cinéma (1), son propre film dément cette vision puisqu’il y fait des longues incursions dans le réalisme social (nous ne sommes alors pas loin de I Am a Fugitive from a Chain Gang). Autre exemple, quelques minutes après que son personnage ait raillé « les vieilles poursuites de Mack Sennett », Sturges insère une poursuite un peu stupide, tout à fait dans l’esprit slapstick. Le duo formé par Joel McCrea et Veronica Lake fonctionne à merveille et les dialogues sont remarquables. Malgré d’assez bonnes critiques, Les Voyages de Sullivan n’eut que peu de succès à sa sortie. Ce n’est que bien plus tard, lorsque les cinéphiles redécouvriront le talentueux Preston Sturges (bien après sa mort), que le film sera considéré comme l’un de ses meilleurs.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Joel McCrea, Veronica Lake, Robert Warwick, William Demarest, Franklin Pangborn, Porter Hall, Byron Foulger, Margaret Hayes
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Remarques :
* Le titre du film des frères Coen « O Brother Where Art Thou ? » est un hommage à ce film de Sturges.

(1) En plus de l’épilogue, la dédicace en début de film donne le ton : « À la mémoire de ceux qui nous ont fait rire : (…), les clowns, les bouffons, de tous temps et de tous pays, dont les efforts allégèrent un peu notre fardeau, ce film est dédié. »

Les voyages de Sullivan (Sullivan's Travels)Veronica Lake et Joel McCrea dans Les voyages de Sullivan (Sullivan’s Travels) de Preston Sturges.

26 janvier 2020

Loulou (1980) de Maurice Pialat

LoulouNelly est lassée de sa vie bien rangée auprès d’André. Elle rencontre Loulou, un jeune loubard qui sort de prison, et en fait son amant…
Le scénario de Loulou a été écrit par Arlette Langmann (sœur de Claude Berri) qui a vécu une aventure similaire presque dix ans auparavant : alors qu’elle était en couple avec Maurice Pialat, elle l’a quitté pour un jeune voyou qui sortait de prison, stagiaire sur le tournage d’un téléfilm. Mais que le récit soit partiellement autobiographique n’est pas si important. Le plus remarquable, c’est la façon avec laquelle Maurice Pialat parvient à capter la vie de ses personnages pour nous la restituer en nous plaçant très près d’eux. Que ce soit dans les poussées de violence ou dans la quiétude, la vérité de ton est manifeste. Loulou est aussi une peinture sociale puisque tout oppose le milieu plutôt aisé de Nelly et André et le milieu prolétaire de Loulou. Le fossé semble infranchissable. Le seul point commun est la recherche du plaisir qui vient colmater un grand vide existentiel.
Elle: 4 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Isabelle Huppert, Gérard Depardieu, Guy Marchand
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LoulouIsabelle Huppert et Gérard Depardieu dans Loulou de Maurice Pialat.

Homonyme :
Loulou (Die Büchse der Pandora, 1929) de Georg Wilhelm Pabst avec Louise Brooks.

20 janvier 2020

Marvin ou la belle éducation (2017) de Anne Fontaine

Marvin ou la belle éducationIssu d’un milieu très populaire, Marvin Bijou est un jeune garçon aux allures efféminées qui en font le souffre-douleur de son frère et de ses camarades d’école. Grâce à la principale du collège, Marvin découvre le théâtre et va pouvoir se sortir de son milieu…
Très fortement inspiré du livre En finir avec Eddy Bellegueule d’Édouard Louis, Marvin ou La Belle Éducation raconte la jeunesse d’un garçon maltraité par sa famille et les jeunes de son âge. Le scénario se déroule en parallèle sur deux époques : Marvin à 10 ans dans sa famille ou à l’école dans les Vosges et Marvin à 20 ans à Paris dans un milieu artistique. Le propos dénonce le rejet de la différence et de l’homosexualité, ce qui est louable, mais Anne Fontaine n’évite pas les stéréotypes que ce soit dans la peinture du milieu populaire ou, à l’opposé, celle du milieu très aisé (le personnage joué par Charles Berling notamment). En revanche, la cinéaste parvient à rendre son personnage principal attachant et émouvant, fort bien interprété par Finnegan Oldfield. Le film a reçu un accueil mitigé et n’a pas connu le succès escompté.
Elle: 4 étoiles
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne, Catherine Salée, Jules Porier, Catherine Mouchet, Charles Berling, Isabelle Huppert
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Marvin ou la belle éducationFinnegan Oldfield dans Marvin ou la belle éducation de Anne Fontaine.

Marvin ou la belle éducationJules Porier dans Marvin ou la belle éducation de Anne Fontaine.

29 novembre 2019

Katie Says Goodbye (2016) de Wayne Roberts

Katie Says GoodbyeKatie est une jeune fille de 17 ans qui rêve de quitter son job de serveuse et débuter une nouvelle vie à San Francisco. Elle vit avec sa mère et doit donc gagner de l’argent pour deux. Pour mettre de l’argent de côté, elle se prostitue et couche avec des clients. Jusqu’au jour où elle rencontre le taciturne Bruno dont elle tombe amoureux…
Pour son premier long métrage, Wayne Roberts montre beaucoup de talent. Il réussit à produire un film à la fois puissant et touchant. Le scénario est sans doute déjà vu mais c’est l’approche subtile du réalisateur qui donne au film tout son attrait. L’actrice anglaise Olivia Cooke, plutôt coutumière des films d’horreur ou de science-fiction, est ici lumineuse. L’actrice sait mettre une belle intensité dans son jeu. Avec beaucoup d’innocence, son personnage est doté d’un grand appétit de vivre et d’une foi inébranlable en un avenir meilleur. Il n’y a aucun misérabilisme, seulement un beau portrait ancré dans un environnement social archaïque. La caméra de Wayne Roberts est très mobile, elle suit et tourne autour des personnages. La photographie utilise joliment les vastes étendues vides et arides du Nouveau Mexique. Katie Says Goodbye est un beau film issu du cinéma indépendant américain.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Olivia Cooke, Mary Steenburgen, Christopher Abbott, Jim Belushi
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Katie Says GoodbyeOlivia Cooke et Christopher Abbott dans Katie Says Goodbye de Wayne Roberts.

Katie Says GoodbyeChristopher Abbott et Olivia Cooke dans Katie Says Goodbye de Wayne Roberts.

11 juin 2019

Le Détour (1922) de Cecil B. DeMille

Titre original : « Saturday Night »

Le DétourLes riches héritiers Iris Van Suydam et Richard Prentiss viennent d’annoncer leurs fiançailles, plus par convention sociale que par passion. Mais le sort va en décider autrement : Richard tombe amoureux d’une jeune blanchisseuse et l’épouse. De son côté, Iris se marie avec son chauffeur et, déshéritée par son oncle, part vivre chichement chez son mari. Ces deux couples vont-ils pouvoir surmonter leurs différences sociales ?
Le scénario de Saturday Night a été écrit par l’actrice Jeanie Macpherson dont on retrouve la signature sur bon nombre de films de Cecil B. DeMille. L’histoire met en scène la confrontation de deux classes sociales et développe la théorie que, « tout comme l’huile et l’eau », elles ne peuvent se mélanger. Il ne faut pas sombrer dans la facilité de voir là une théorie plutôt réactionnaire, chacun devant rester dans sa classe sociale, car ce serait oublier que bon nombre des films muets de Cecil B. DeMille (ce sont les moins connus, il est vrai) sont naturalistes avant l’heure. Il décrit avec une relative précision la vie des classes populaires et le film a aujourd’hui une indéniable valeur sociologique, à commencer par le titre (1). De plus, à cette époque, le réalisateur accédait, du fait de sa popularité grandissante, à un autre milieu que le sien et il n’est pas impossible qu’il ressentait lui aussi des difficultés à s’insérer parmi les milieux aisés d’Hollywood. Comme le souligne Luc Moulet dans son étude sur le réalisateur (2), DeMille est l’un des premiers cinéastes à traiter des rapports entre maîtres et serviteurs, thème qui deviendra le sujet favori des plus grands (Murnau, Renoir, Stroheim, Buñuel, Losey, Chabrol, Altman … la liste est longue). Saturday Night est assez admirable par la puissance de son récit, du fait d’une mise en scène précise. Il utilise sans excès des décors parfois spectaculaires (la salle de bains de la riche famille vaut le coup d’œil) et des scènes d’une belle ampleur (l’accident, la soirée Halloween, …) Il est vraiment dommage que ce film soit si mal connu car il nous confirme que Cecil B. DeMille est bien plus qu’un simple faiseur de films historiques.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Leatrice Joy, Conrad Nagel, Edith Roberts, Jack Mower, Julia Faye
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Remarques :
* Lors d’un dîner avec la presse au Club 21 de New York en février 1939, Alfred Hitchcock a fait une liste de ses dix films préférés. Saturday Night y figurait en première position (un autre Cecil B. DeMille était en 4e position : Forbidden Fruit de 1921) (3).
* Edith Roberts évoque Mary Pickford à la fois par son jeu et aussi sa taille : elle est même plus petite que Mary Pickford  (1m52 vs. 1m54).

Saturday NightJack Mower, Edith Roberts et Conrad Nagel dans Saturday Night de Cecil B. DeMille.

Saturday NightJack Mower, Cecil B. DeMille et Leatrice Joy sur le tournage de Saturday Night de Cecil B. DeMille.

 

(1) Dans les milieux populaires, on ne prenait un bain qu’une fois par semaine, le samedi juste avant de sortir pour la soirée alors que dans les milieux plus aisés, on prenait un bain tous les jours.
(2) Cecil B. DeMille, l’empereur du mauve de Luc Moullet (Editions Capricci, 2012)
(3) Liste des 10 films préférés d’Alfred Hitchcock, établie en 1939 :
1. Saturday Night (Le Détour) de Cecil B. DeMille, 1923
2. The Isle of Lost Ships (L’Ile des navires perdus) de Maurice Tourneur, 1923
3. Scaramouche de Rex Ingram, 1923
4. Forbidden Fruit (Le Fruit défendu) de Cecil B. DeMille, 1921
5. Sentimental Tommy de John S. Robertson, 1921
6. The Enchanted Cottage de John S. Robertson, 1924
7. Variétés de E.A. Dupont, 1925
8. The Last Command (Crépuscule de gloire) de Josef von Sternberg, 1928
9. The Gold Rush (La Ruée vers l’or) de Charles Chaplin, 1925
10. I Am a Fugitive from a Chain Gang (Je suis un évadé) de Mervyn LeRoy, 1932
… soit 9 films muets et 1 parlant.

Saturday NightAffiche pour Saturday Night de Cecil B. DeMille.
L’affiche illustre bien les oppositions de classe (regards, vêtements, arrière-plans) et le dessinateur a même ajouté des menottes pour exacerber la confrontation (ou pour symboliser le mariage ?)

13 août 2017

Une nouvelle année (2014) de Oksana Bychkova

Titre original : « Eshche odin god »

Une nouvelle annéeMoscou, hiver 2013. Jeune provincial déraciné, Igor fait le taxi de nuit, clandestinement. Il est marié à la pétillante Zhéna qui vient de trouver un emploi de graphiste dans un magazine en ligne. Igor se sent vite dépassé par cette nouvelle vie et le décalage entre eux grandit… Une nouvelle année est l’adaptation actualisée d’un roman du dramaturge Alexandre Volodine, l’un des disciples de Tchekhov. Il s’agit du cinquième long-métrage de la réalisatrice russe Oxana Bychkova, le premier à sortir en France. Ce couple est bien entendu une métaphore de la Russie contemporaine, tiraillée entre ses traditions et l’ouverture à la modernité. La réalisatrice procède par petites touches, nous fait suivre le couple dans certaines de leurs activités quotidiennes qui montrent leurs différences : quand elle essaie de lui faire acheter un blouson jaune, lui préfère un blouson classique noir qui « le fait ressembler à un vigile ». Certaines scènes paraissent vraiment très longues. Le dénouement est toutefois d’un bel optimisme.
Elle: 2 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Nadya Lumpova, Aleksey Filimonov, Natalya Tereshkova
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Remarque :
* Les deux acteurs principaux sont tombés amoureux l’un de l’autre pendant le tournage.

Une nouvelle année
Aleksey Filimonov et Nadya Lumpova dans Une nouvelle année de Oksana Bychkova.

5 avril 2017

Black Coal (2014) de Diao Yi’nan

Titre original : « Bai ri yan huo »

Black CoalBlessé lors d’une enquête sur un meurtre, l’inspecteur Zhang doit abandonner son poste de policier. Cinq ans plus tard, deux nouveaux meurtres similaires sont commis. Zhang, devenu agent de sécurité et plutôt à la dérive, décide de reprendre l’enquête à son compte en surveillant l’épouse de la première victime… Ecrit et réalisé par Diao Yi’nan, Black Coal est un film noir doté d’une forte substance sociale. Le réalisateur chinois souligne les transformations de son pays qui semble avoir perdu son âme et son passé (seule l’apparition inopinée d’un cheval de trait semble en témoigner). C’est une vision noire et déprimante. L’intrigue policière semble inutilement tortueuse et il faut se forcer pour s’y intéresser. Le titre original signifie « feu d’artifice en plein jour ». Le réalisateur a expliqué qu’il s’agit de l’artifice utilisé pour se préserver de la cruauté du monde. Voilà qui éclaire (un peu) cette étrange scène finale dont on a bien du mal à saisir le sens. Black Coal est un film plutôt inhabituel qui a été bien accueilli par la critique et a remporté plusieurs prix dont l’Ours d’or à Berlin.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Fan Liao, Lun-mei Gwei, Xue-bing Wang, Jing-chun Wang
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Black Coal
Fan Liao et Lun-mei Gwei dans Black Coal de Diao Yi’nan.

28 décembre 2015

La Valse des pantins (1982) de Martin Scorsese

Titre original : « The King of Comedy »

La Valse des pantinsL’apprenti-comique Rupert Pupkin (Robert De Niro) rêve de devenir une star de la télévision, alors qu’il ne s’est encore jamais produit sur scène et vit toujours avec sa mère. Il s’allie avec une fan hystérique pour harceler le présentateur Jerry Langford (Jerry Lewis) qu’il admire au plus haut point afin d’avoir une place dans son show télévisé… La Valse des pantins est une comédie, la seule dans la filmographie de Scorsese, une comédie assez particulière toutefois, qui laisse sourdre un certain malaise en nous. Plus qu’une satire du monde la télévision, il s’agit d’une réflexion sur l’obsession de la célébrité qui se manifeste sous deux formes : pour l’apprenti-comique, la célébrité est l’unique forme de reconnaissance à laquelle il aspire et pour la jeune femme, la célébrité représente un idéal de vie qu’elle veut partager. Parallèlement, Scorsese dépeint une célébrité peu enviable : le personnage interprété par Jerry Lewis est un homme terriblement seul. La fin, un peu étrange, relève sans doute d’une vision très pessimiste (un pessimisme que l’on peut juger justifié avec le recul, hélas). De Niro est absolument parfait dans ce rôle de personnage assez inquiétant, avec ce mélange de suavité et de trouble intérieur, et il faut saluer la prestation de Sandra Bernhard en fan hystérique et incontrôlable. La Valse des pantins est un film plutôt sous-estimé. Bien entendu, le film fut un échec commercial.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Robert De Niro, Jerry Lewis, Diahnne Abbott, Sandra Bernhard
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Remarques :
* Quand Robert De Niro et Sandra Bernhard se disputent en pleine rue, on peut remarquer Mick Jones, Joe Strummer et Paul Simonon (du groupe The Clash) parmi les passants qui se moquent d’eux.
* Diahnne Abbott et Robert De Niro étaient mari et femme dans la vraie vie au moment du tournage.

King of Comedy
Jerry Lewis et Robert De Niro dans La Valse des pantins de Martin Scorsese

La Valse des Pantins
Sandra Bernhard, l’inquiétante fan hystérique de La Valse des pantins de Martin Scorsese.

14 mars 2015

Rue sans issue (1937) de William Wyler

Titre original : Dead End

Dead EndDans le New York des années trente, une rue en cul-de-sac qui se termine sur le fleuve voit un immeuble de standing s’immiscer dans le quartier très pauvre. Une bande de gamins qui traîne toute la journée dans la rue, un architecte sans emploi dont deux femmes sont amoureuses, l’une riche, l’autre pauvre, un gangster qui est revenu dans le quartier pour voir sa mère et son ancien grand amour, tels sont les personnages de cette rue sans issue… Les origines théâtrales de Dead End sont clairement visibles dans cette production de Samuel Goldwyn : le petit nombre de lieux, l’atmosphère de studio, la manière de poser les dialogues les mettent en évidence. La pièce a d’ailleurs été transposée pratiquement sans adaptation. L’ensemble peut sembler un peu artificiel et le jeu de certains acteurs trop affecté. Ce n’est toutefois pas le cas de la bande des Dead End Kids qui jouent grand naturel. Les personnages sont vraiment très typés et le scénario joue de manière un peu exagérée sur les contrastes. Humphrey Bogart est l’élément le plus remarquable de ce film : son personnage est le plus complexe et il parvient parfaitement à le restituer à l’écran. Après La Forêt pétrifiée de l’année précédente, c’est le film qui contribuera à asseoir son personnage de gangster en cette fin des années trente. Dead End sera un très grand succès. Il bénéficie encore aujourd’hui d’une excellente réputation, sans doute un peu excessive.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Sylvia Sidney, Joel McCrea, Humphrey Bogart, Wendy Barrie, Claire Trevor, Allen Jenkins
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Dead End de William Wyler
Joel McCrea, Allen Jenkins et Humphrey Bogart dans Dead End de William Wyler

Remarques :
Dead End* Dead End est adapté d’une pièce à succès de Sidney Kingsley.
* Pour des raisons de censure, le nom de la profession de Francey n’est jamais prononcé. On la devine bien. En revanche, ce que nos yeux modernes comprennent moins, ce sont les marques qu’elle montre à son ancien amant horrifié : ce sont les marques de la syphilis (dont le nom n’est également pas prononcé).
* Toujours à propos de Francey : bien que sa présence à l’écran ne totalise que cinq minutes, Claire Trevor a été nominée pour l’Oscar du meilleur second rôle… Eût-elle gagné, cela aurait certainement constitué un record (un « supporting role » avec dix lignes de texte…)
* Dead End voit la première apparition du groupe d’adolescents qui se sont appelés les Dead End Kids. Ils jouaient les mêmes rôles dans la pièce. Samuel Goldwyn s’est empressé de se débarrasser de cette bande trop turbulente pour les revendre à la Warner. Ils apparaitront ensemble dans six films (soit sept en tout avec celui-ci) et ils feront ensuite une longue carrière  d’acteur, le plus souvent ensemble (sous le nom East Side Kids puis Bowery Boys) mais aussi séparément parfois. La légende propagée par les studios qui affirmait que les Dead End Kids avaient été découverts dans la rue, était bien évidemment fausse… Parmi les six, Billy Halop, Bobby Jordan, Huntz Hall, Leo Gorcey, Gabriel Dell, Bernard Punsly, seul le dernier était un débutant, les autres étaient déjà des acteurs confirmés. Punsly n’a d’ailleurs jamais été totalement intégré dans la bande et c’est le seul qui n’ait pas eu de longue carrière.

Les Dead End Kids dans Dead End de William Wyler
Les Dead End Kids dans Dead End de William Wyler.
(de g. à dr.) Bobby Jordan, Billy Halop, Huntz Hall, Gabriel Dell et Leo Gorcey.