8 avril 2026

Malmkrog (2020) de Cristi Puiu

MalmkrogEn 1900, dans un manoir encerclé par la neige en Transylvanie, Nikolai, grand propriétaire terrien, accueille le temps des fêtes de Noël quelques amis aristocrates, de nationalités différentes. Entre les repas et les jeux de société, leur activité principale consiste à partager leurs visions du monde…
Malmkrog est un film roumain réalisé par Cristi Puiu. C’est l’adaptation de l’essai Trois entretiens sur la guerre, la morale et la religion de Vladimir Soloviev. Ce poète et philosophe russe fut l’ami de Dostoïevski. Comme ce dernier, il explore la sempiternelle question philosophique : comment justifier l’existence du mal ? Comment Dieu, s’il existe, peut-il laisser prospérer le mal ? Le réalisateur roumain met en scène ces réflexions sous une forme théâtrale, tout se déroule dans deux ou trois pièces du manoir avec quelques courtes scènes intercalées (dont on ne comprend pas toujours le sens ni le but, ceci dit). Les dialogues sont en français, qui était la langue utilisée à l’époque par l’aristocratie, deux des acteurs ont visiblement un peu de mal à avoir un jeu naturel dans cette langue. Certains choix du réalisateur sont étonnants (1). Je ne serai pas aussi enthousiaste que certains critiques sur la mise en scène que je trouve très minimaliste, tantôt plombée par la volonté de faire absolument des plans séquences, tantôt cantonnée à un seul plan fixe loin des personnages. Avec une durée de 3h20, Cristi Puiu n’a visiblement pas cherché à séduire, l’ensemble est très froid et statique mais, en revanche, le contenu philosophique des discussions le rend séduisant.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Agathe Bosch, Ugo Broussot, Frédéric Schulz-Richard, Diana Sakalauskaité, Marina Palii, István Téglás
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(1) L’essai de Soloviev se présentait également sous la forme de dialogues entre plusieurs personnages. L’un d’eux était un général qui a été remplacé ici par sa femme. Certaines phrases paraissent bizarres dans sa bouche par exemple lorsqu’elle dit « quand je commande à mes troupes… » L’autre personnage remplacé par une femme passe mieux (le prince qui figurait le discours de Tolstoï est devenu Olga) sauf qu’elle semble être la femme de Nikolai puisqu’elle surveille les tâches domestiques.

Lire une excellente analyse du film, comportant des informations sur l’essai de Soloviev, par Jean-Luc Lacuve sur le site du Ciné Club de Caen

Malmkrog de Cristi Puiu.
Frédéric Schulz-Richard dans Malmkrog de Cristi Puiu.

4 avril 2026

Le Destin (1997) de Youssef Chahine

Titre original : « Al-massir »

Le Destin (Al-massir)Au XIIe siècle, en Andalousie arabe, le philosophe Averroès exerce les fonctions de juge suprême et de premier conseiller du sultan. Il va être la cible de fanatiques religieux et d’un cheikh ambitieux et manipulateur à la tête d’une secte…
Le Destin est un film égyptien réalisé par Youssef Chahine, son 33e long-métrage. Il en a écrit le scénario avec Khaled Youssef, assistant-réalisateur sur ce film et futur réalisateur. Le récit met en relief les méfaits des intégrismes religieux et met en valeur la force de la pensée : « les idées ont des ailes, nul ne peut arrêter leur vol ». Youssef Chahine a voulu éviter de faire un film trop austère. La pensée d’Averroès est finalement assez peu énoncée et, le philosophe passant tout son temps chez des gitans, l’histoire est égayée par des scènes de chants et de danses. Cela n’enlève rien à la force du propos. Le début du film peut paraître un peu confus du fait de la difficulté à bien reconnaitre les personnages. L’ensemble est intéressant par la reconstitution de l’Espagne sous domination arabe et par l’éclairage sur la (fin de) vie d’Averroès et son bannissement. L’ambition de contrer les fanatismes religieux est hélas toujours un sujet d’actualité aujourd’hui.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Nour El-Sherif, Laila Eloui, Mahmoud Hemida, Safia El Emari, Khaled Nabawy
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Nour El-Sherif est Averroès dans Le Destin (Al-massir) de Youssef Chahine.
Le Destin (Al-massir) de Youssef Chahine.

14 mars 2026

La Trilogie d’Oslo: Désir (2024) de Dag Johan Haugerud

Titre original : Sex

La Trilogie d'Oslo: DésirUn ramoneur, heureux père de famille, en couple avec son épouse depuis des années, a une aventure inattendue avec un client. Il ne la considère ni comme l’expression d’une homosexualité latente, ni comme une infidélité, juste comme une expérience enrichissante. Il s’en ouvre à son épouse, qui le prend mal, puis à son patron, marié comme lui, qui lui avoue faire toutes les nuits des rêves dans lesquels il est une femme objet du désir de David Bowie…
Désir est un film norvégien écrit et réalisé par Dag Johan Haugerud. Il s’agit du premier volet (troisième en France) de la Trilogie d’Oslo, avec Rêves (2024) et Amour (2024), trilogie qui a pour thème principal les structures sociales. Le film prend la forme de discussions entre principalement deux personnages. C’est la profondeur de ces discussions qui surprend agréablement, donnant au film une indéniable portée philosophique. Le cinéaste aborde les thèmes de la perception de la sexualité, de l’influence du regard des autres sur notre identité, du couple, de la liberté, de la vie en société et son approche de ces thèmes est aux antipodes de la manière démonstrative si répandue de nos jours. Il parvient même à glisser des notes d’humour dans son récit. L’ensemble peut évoquer Rohmer (en plus profond même), Kieslowski (le cinéaste dit s’être inspiré de sa trilogie Trois couleurs, mais on peut aussi penser au Décalogue). Dans sa forme, le film m’a fait penser à Ozu avec cette façon d’intercaler des plans fixes urbains entre les scènes. L’ensemble suscite la réflexion.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Thorbjørn Harr, Jan Gunnar Røise, Siri Forberg, Birgitte Larsen
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Thorbjørn Harr et Jan Gunnar Røise dans La Trilogie d’Oslo: Désir de Dag Johan Haugerud.
Thorbjørn Harr et Birgitte Larsen dans La Trilogie d’Oslo: Désir de Dag Johan Haugerud.

11 août 2025

L’Étrange Histoire du coupeur de bois (2022) de Mikko Myllylahti

Titre original : « Metsurin tarina »

L'étrange histoire du coupeur de bois (Metsurin tarina)Pepe est un bûcheron qui vit dans un village finlandais idyllique. En l’espace de quelques jours, une suite d’événements tragiques va détruire sa calme et paisible vie, mais Pepe ne semble pas s’en soucier. C’est comme s’il détenait un secret à l’existence presque insaisissable…
L’Étrange Histoire du coupeur de bois est un film finlandais écrit et réalisé par Mikko Myllylahti. C’est le premier long métrage de ce cinéaste également poète. Il s’agit d’un conte centré sur un personnage que les difficultés et tragédies ne semblent pas toucher : il continue d’avancer avec un indéfectible allant. L’histoire se déroule dans un petit village de Laponie, recouvert en permanence de cinquante centimètres de neige, avec des personnages taciturnes et placides. Le réalisateur introduit quelques petites notes surréalistes ou poétiques ici et là, et de nombreuses touches d’humour, du genre loufoque et souvent pince-sans-rire. Tout n’est pas parfait, les incursions vers le surnaturel ou la religion sont un peu moins convaincants et la seconde partie paraît un peu longue parfois mais le réalisateur a du style, c’est certain. Les appréciations et critiques sont partagées ce qui est normal pour ce genre de film. A mes yeux, c’est une réussite.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Jarkko Lahti, Iivo Tuuri, Hannu-Pekka Björkman
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Hannu-Pekka Björkman, Jarkko Lahti et Iivo Tuuri dans L’étrange histoire du coupeur de bois (Metsurin tarina) de Mikko Myllylahti.
Jarkko Lahti et Hannu-Pekka Björkman dans L’étrange histoire du coupeur de bois (Metsurin tarina) de Mikko Myllylahti.

20 juin 2025

Perfect Days (2023) de Wim Wenders

Perfect DaysHirayama travaille à l’entretien des toilettes publiques de Tokyo. Il s’épanouit dans une vie simple et un quotidien très structuré. Il entretient une passion pour la musique, les livres, et les arbres qu’il aime photographier…
Perfect Days est un film germano-japonais réalisé par Wim Wenders. Il en a coécrit le scénario avec Takuma Takasaki et l’a tourné en japonais à Tokyo. C’est un film très étonnant. Alors que le sujet n’est à priori pas très attirant, Wim Wenders parvient à offrir un film d’une indéniable profondeur. Le récit a un petit côté documentaire puisque nous voyons le quotidien de cet employé des toilettes publiques, sa routine structure le film. On devine très rapidement que cet homme a un passé où il était un homme prospère et qu’il a choisi volontairement cette voie d’une vie plus simple où il peut s’émerveiller du spectacle de la nature, photographier la lumière perçant le feuillage des arbres, s’adonner à sa passion pour la musique ou la littérature. Il tire même satisfaction de faire très consciencieusement son travail, avec une attention pour les objets et les petites choses. Nous retrouvons avec plaisir un Wim Wenders philosophe qui nous étonne par l’intérêt qu’il sait éveiller en nous par un dosage très mesuré du récit, influencé (c’est lui-même qui le dit) par le minimalisme d’Ozu. Excellente musique, dont le morceau de Lou Reed qui a donné son titre au film. L’acteur Kôji Yakusho est vraiment remarquable, il parvient à exprimer avec justesse une certaine légèreté de l’être qui est tout le sujet du film.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Kôji Yakusho, Tokio Emoto, Arisa Nakano, Aoi Yamada, Sayuri Ishikawa
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Remarque :
• Ces toilettes publiques sont celles du quartier Shibuya à Tokyo, une série de toilettes conçues par des créateurs (il y en a en réalité 17).

Kôji Yakusho et Arisa Nakano dans Perfect Days de Wim Wenders.

24 février 2025

Sur les chemins noirs (2023) de Denis Imbert

Sur les chemins noirsA peine remis d’une très grave chute qui l’avait laissé avec de multiples fractures, Pierre, écrivain célèbre, décide de traverser la France à pied, du Mercantour au Contentin, en n’empruntant que de petits sentiers (les « chemins noirs » indiqués sur les cartes IGN). Ce voyage est l’occasion pour lui de replonger dans son passé dissolu et de s’interroger sur le sens de la vie…
Sur les chemins noirs est un film français réalisé par Denis Imbert, adaptation du récit autobiographique de Sylvain Tesson, paru en 2016. Son périple est l’occasion de se remémorer certains épisodes de sa vie, en pratique sous la forme d’innombrables courts flashbacks, et aussi de se réapproprier son corps qu’il ne ménage guère. Ses réflexions plus philosophiques sont hélas trop souvent empreintes d’amertume, voire de dégoût du monde actuel qu’il appelle « l’âge du flux ». Il est la plupart du temps seul, très rarement accompagné par un ami. En tant que spectateur, on se laisse envelopper par la nature et la beauté des paysages montagneux. Le rythme est bien entendu calme. Jean Dujardin est vraiment crédible dans son interprétation.
Elle: 4 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Jean Dujardin, Joséphine Japy, Izïa Higelin, Anny Duperey, Dylan Robert, Jonathan Zaccaï
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Jean Dujardin et Joséphine Japy et Izïa Higelin dans Sur les chemins noirs de Denis Imbert.

17 août 2024

Les Herbes sèches (2023) de Nuri Bilge Ceylan

Titre original : « Kuru Otlar Üstüne »

Les herbes sèches (Kuru Otlar Üstüne)Samet est un jeune enseignant dans un village reculé d’Anatolie. Alors qu’il attend depuis plusieurs années sa mutation à Istanbul, une série d’événements lui fait perdre tout espoir. Jusqu’au jour où il rencontre Nuray, jeune professeure comme lui…
Les Herbes sèches est un film turc réalisé par Nuri Bilge Ceylan, son neuvième long métrage. Une nouvelle fois, il en a écrit le scénario avec son épouse Ebru et Akın Aksu. D’une durée de plus de trois heures, son film aborde plusieurs thèmes en profondeur par de longues discussions qui ne sont jamais lassantes, et à travers la vie morne d’un jeune professeur désillusionné : ses propres convictions sont ébranlées quand il rencontre une jeune collègue qui a gardé une forte pulsion d’engagement, alimentée d’espérances utopiques. Le lieu et le climat tiennent une grande place dans le récit, ils enferment et réduisent les volontés. La photographie est belle en extérieurs, parfois même très belle, plus sombre en intérieurs. La mise en scène est assez dépouillée. Le film séduit par sa portée philosophique (surtout dans sa seconde moitié) même s’il peut paraître globalement un peu long.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Deniz Celiloglu, Merve Dizdar, Musab Ekici, Ece Bagci
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Deniz Celiloglu et Musab Ekici dans Les herbes sèches (Kuru Otlar Üstüne) de Nuri Bilge Ceylan.
Merve Dizdar, Deniz Celiloglu et Musab Ekici dans Les herbes sèches (Kuru Otlar Üstüne) de Nuri Bilge Ceylan.

8 juillet 2024

Simple comme Sylvain (2023) de Monia Chokri

Simple comme SylvainSophia, professeure d’université à la vie confortable et vivant une relation stable mais peu excitante avec Xavier depuis une dizaine d’années, voit sa vie bouleversée lorsqu’elle rencontre Sylvain, un ouvrier du bâtiment que le couple engage pour rénover leur chalet d’été…
Simple comme Sylvain est un film québécois écrit et réalisé par Monia Chokri, actrice devenue réalisatrice. Elle signe là son troisième long métrage après La Femme de mon frère (2019) et Babysitter (2022). Sur le thème du « heurt » de deux milieux différents, le scénario n’est pas franchement original mais il a un certain charme québécois. Que le personnage principal soit un professeur de philosophie est une idée amusante : en effet, Sophia expose les différentes conceptions de l’amour à son auditoire tandis qu’elle-même est emportée dans une histoire irraisonnée d’amour physique. Hélas, Monia Chokri ne parvient pas à donner de l’ampleur à son récit qui reste une simple opposition sous de multiples visages. L’histoire tourne rapidement en rond et la fin est bâclée. L’humour semble pointer de temps à autre sans s’installer durablement. Magalie Lépine Blondeau fait montre de beaucoup de naturel dans son interprétation. Un film que j’aurais aimé plus apprécier car il a un certain charme. Heureusement pour lui, il a été mieux reçu par la critique et le public.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Magalie Lépine Blondeau, Pierre-Yves Cardinal, Francis-William Rhéaume, Monia Chokri
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Monia Chokri et Magalie Lépine Blondeau dans Simple comme Sylvain de Monia Chokri.

2 janvier 2024

Hostiles (2017) de Scott Cooper

HostilesEn 1892, le capitaine Joseph J. Blocker, légende de l’armée américaine, est chargé d’une mission qu’il n’accepte qu’à contrecœur : malgré sa grande haine envers les indiens qu’il a combattu pendant presque vingt ans, il doit escorter Yellow Hawk, un chef de guerre cheyenne mourant, ainsi que sa famille, pour retourner sur leurs terres tribales…
Hostiles est un western américain coécrit, coproduit et réalisé par Scott Cooper. Le scénario a pour base une histoire de Donald E. Stewart (scénariste oscarisé pour Missing). C’est l’apanage des plus grands westerns d’offrir une réflexion sur l’âme humaine et Hostiles en fait partie. Comme nous l’annoncent le titre et la citation en exergue (1), le propos en effet interroge les fondements de l’hostilité et expose certaines des façons dont l’homme y réagit. Il expose plus qu’il ne professe, et il le fait sans manichéisme. Il est assez rare de constater une telle profondeur dans un film, une approche si philosophique. Et la forme est loin d’être austère : s’il n’y a que peu de dialogues et un rythme lent et posé, on ne s’ennuie pas une seconde pendant les 2h10 du film. L’image est magnifique, avec même des plans de toute beauté, nous sommes comme envoutés par son atmosphère. Le personnage principal interprété par Christian Bale exprime une grande force paisible et sa superbe voix grave et posée (en VO du moins) participe à cette impression. Il fait montre aussi d’une grande délicatesse et de justesse dans ses rapports humains. Malgré son passé de soldat chargé de nombreux morts, il reste doté d’une grande humanité. Un film vraiment superbe.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi, Jesse Plemons, Adam Beach, Ben Foster
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(1) « The essential American soul is hard, isolate, stoic, and a killer. It has never yet melted. » D. H. Lawrence, Studies in Classic American Literature (publié en 1923),
« L’âme fondamentale de l’Amérique est dure, isolée, stoïque et meurtrière. Elle ne s’est encore jamais adoucie. »

Comme on ne le sait que trop, hélas, cette citation s’applique aussi à l’Homme en général et elle reste pertinente aujourd’hui, un siècle après avoir été écrite.

Wes Studi et Christian Bale dans Hostiles de Scott Cooper.
Hostiles de Scott Cooper.
Christian Bale et Rosamund Pike dans Hostiles de Scott Cooper.
Hostiles
Hostiles de Scott Cooper.

1 octobre 2023

After Yang (2021) de Kogonada

After YangDans un futur proche, Kyra et Jake ont une petite fille adoptive d’origine chinoise. Pour qu’elle puisse être éduquée sans perdre contact avec ses origines, ils ont fait l’acquisition d’un androïde domestique chinois appelé Yang, qui tient le rôle de tuteur, d’ami, de confident. Mais un jour, il s’éteint brutalement…
After Yang est un film de science-fiction américain écrit, produit et réalisé par Kogonada, c’est le second long métrage de ce cinéaste américain d’origine coréenne. Il s’agit de l’adaptation d’une nouvelle du new-yorkais Alexander Weinstein. C’est un film assez étonnant, une réflexion philosophique sur plusieurs thèmes et non des moindres : Qu’est-ce que la vie ? Qu’est ce qui définit et constitue une existence ? Il ouvre également des réflexions sur les liens et l’attachement, sur le bonheur, sur la mort et le néant. Le contenu est donc ambitieux. Il ne faut pas toutefois attendre un exposé lumineux : Kogonada nous propose essentiellement des pistes de réflexion par une mise en perspective inhabituelle (un être non humain)… et cela fonctionne bien. L’atmosphère est elle aussi très originale, intimiste et feutrée, avec des dialogues chuchotés, des éclairages doux et sombres. Les personnages sont mélancoliques à l’extrême, c’est un futur plutôt confortable mais triste, où les joies semblent éteintes. La mise en scène est soignée. After Yang est film plutôt exigeant tout en restant facile d’abord. Il fait partie de ces films que l’on apprécie encore plus en y repensant les jours suivants.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Colin Farrell, Jodie Turner-Smith, Malea Emma Tjandrawidjaja, Justin H. Min, Haley Lu Richardson
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Remarque :
Le cinéaste américain d’origine coréenne Kogonada, de son vrai nom E. Joong-eun Park, n’a aucun lien avec le scénariste japonais Kōgo Noda (1893-1968) qui a signé de nombreux scénarios pour Yasujirō Ozu. Le cinéaste a juste pris ce pseudonyme en hommage à ce scénariste.

Jodie Turner-Smith et Colin Farrell et Malea Emma Tjandrawidjaja dans After Yang de Kogonada.
Justin H. Min et Malea Emma Tjandrawidjaja dans After Yang de Kogonada.