2 décembre 2019

Le Canardeur (1974) de Michael Cimino

Titre original : « Thunderbolt and Lightfoot »

Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot)(Ne pas se fier au titre français qui n’est qu’une tentative grossière de profiter du succès des Inspecteur Harry … et l’affiche américaine ci-contre ne vaut guère mieux.)
Poursuivi par un tueur, John Thunderbolt (Clint Eastwood) parvient à s’échapper grâce à l’intervention de Lightfoot (Jeff Bridges), un jeune aventurier fonceur, qui lui sauve la vie involontairement. Une amitié naît entre les deux hommes…
Thunderbolt and Lightfoot est le premier film de Michael Cimino. C’est Clint Eastwood, acteur et producteur, ravi de son travail de ré-écriture sur Magnum Force, qui lui a ainsi permis de débuter sa carrière de réalisateur. Point de canardeur à l’horizon, le thème général est plutôt celui de l’amitié. Cimino aime déjà mélanger les genres : le film débute comme un road-movie sur le ton de la comédie et bascule ensuite dans le film policier plus classique. Il montre aussi son attrait pour les grands espaces, utilisant merveilleusement les grandes étendues du Montana. Jeff Bridges fait une superbe prestation, riche et tout en nuances, éclipsant celle de Clint Eastwood, plus fade. L’ensemble manque un peu de force mais la première partie est assez attachante. Le succès du film permit à Cimino d’avoir un gros budget pour Voyage au bout de l’enfer.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Clint Eastwood, Jeff Bridges, George Kennedy, Geoffrey Lewis
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Remarque :
* Les noms des deux personnages sont repris d’un film de Douglas Sirk : Captain Lightfoot (Capitaine Mystère en français, 1955) avec Rock Hudson, Barbara Rush et Jeff Morrow.

Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot)Jeff Bridges et Clint Eastwood dans Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot) de Michael Cimino.

Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot)Jeff Bridges et Clint Eastwood dans Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot) de Michael Cimino.

25 octobre 2019

Le Cavalier électrique (1979) de Sydney Pollack

Titre original : « The Electric Horseman »

Le Cavalier électrique (The Electric Horseman)Après avoir été cinq fois champion du monde de rodéo, Sonny Steele s’est retiré de la compétition. Il a accepté d’être la mascotte d’une marque de céréales et se produit dans des shows avec un costume de lumières. Acceptant mal cette déchéance, il sombre dans l’alcool. Un show à Las Vegas va être le gala de trop…
Le Cavalier électrique est un film qui ne doit son existence qu’à un concours de circonstances. Alors que Sydney Pollack est forcé d’abandonner un projet qui lui tient à cœur (1), il doit trouver en catastrophe un nouveau sujet pour éviter de renvoyer toute son équipe. Il s’empare d’un projet qui trainait dans les tiroirs, un roman de Shelly Burton qui intéressait un peu tout le monde sans convaincre vraiment aucun réalisateur. Après une demi-douzaine de tentatives d’écritures, il finit par transformer totalement l’histoire pour en faire une comédie portée par certains de ses thèmes favoris : l’homme en rupture, l’opposition nature/modernité. De plus, il en profite pour porter un regard très critique sur le monde du show-business et de la publicité. Le récit traîne un peu en longueur dans son dernier tiers. Le couple formé par Jane Fonda et Robert Redford fonctionne très bien à l’écran (l’affiche du film ci-contre met en avant le rapprochement de ces deux stars). Robert Redford a fait lui-même les cascades à cheval. Dans les seconds rôles, le chanteur country Willie Nelson fait sa première apparition à l’écran et signe plusieurs morceaux de la bande sonore. Le film connut un franc succès à sa sortie.
Elle: 4 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Robert Redford, Jane Fonda, Valerie Perrine, Willie Nelson, John Saxon
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(1) Le projet initial de Sydney Pollack était de tourner l’adaptation d’un gros roman de Robert Penn Warren A Place to Come To. Le cinéaste dut finalement renoncer face aux difficultés d’écriture et de préparation du tournage qui s’amoncelèrent. Cette adaptation ne verra jamais le jour.

Le Cavalier électrique (The Electric Horseman)Robert Redford dans Le Cavalier électrique (The Electric Horseman) de Sydney Pollack.

Le Cavalier électrique (The Electric Horseman)Jane Fonda et Robert Redford dans Le Cavalier électrique (The Electric Horseman) de Sydney Pollack.

5 octobre 2019

Dunkerque (2017) de Christopher Nolan

Titre original : « Dunkirk »

Dunkerque (Dunkirk)Mai 1940. Un jeune soldat anglais isolé arrive sur la plage de Dunkerque et utilise divers stratagèmes pour se faire embarquer au plus vite. Parallèlement, une flottille de petits bateaux anglais est réquisitionnée en catastrophe pour traverser la Manche et aider au rapatriement…
Le film de Christopher Nolan fait revivre l’Opération Dynamo, mise en place pour évacuer le Corps Expéditionnaire britannique vers l’Angleterre alors que 400 000 soldats britanniques, canadiens, français et belges se retrouvaient encerclés par les troupes allemandes dans la poche de Dunkerque. Son film n’est pas à proprement parler un film historique : c’est un film qui nous immerge dans l’action et, sur ce point, il se montre terriblement efficace, au point d’être très stressant. Par un montage alterné rapide, il nous fait suivre plusieurs actions et ne laisse aucun répit au spectateur. En revanche, rien n’est dit sur le contexte de cette évacuation titanesque, ni sur le sort et le rôle des soldats autres qu’anglais. Le réalisateur a choisi de limiter l’usage des images de synthèse ce qui crée des anachronismes (assumés par la production). Ce film d’action a connu un très grand succès en salles et a remporté trois Oscars.
Elle: 3 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Fionn Whitehead, Kenneth Branagh, Mark Rylance, Tom Hardy
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Remarques :
* L’un des principaux reproches faits au film (surtout en France), a été de ne rien dire sur les quelque 40 000 soldats français laissés seuls pour contenir l’avancée de l’armée allemande afin de permettre l’évacuation. Ils se sont battus jusqu’à la fin contre un ennemi en surnombre et les survivants seront faits prisonniers et envoyés en Allemagne à coups de marches forcées. Les autres sujets de polémique sont mentionnés sur la page Wikipédia très complète sur le film.
* Le film nous fait suivre trois avions anglais qui semblent isolés. Dans la réalité, la RAF a fait plus de 4 000 sorties pendant les quelques jours de l’évacuation.
* Au début du film, les bâtiments et habitations en front de mer paraissent bien trop modernes. La production assume cet anachronisme en affirmant avoir voulu donner une connotation plus actuelle au récit. Le film comporte d’autres anachronismes du même ordre.

Dunkerque (Dunkirk)Fionn Whitehead dans Dunkerque (Dunkirk) de Christopher Nolan.

Dunkerque (Dunkirk)1500 figurants ont été recrutés, dont cet étudiant en médecine lillois scrutant le ciel qui s’est retrouvé sur d’innombrables affiches et même sur la couverture du magazine Time.

Autres films ayant mis en scène l’Opération Dynamo :
Dunkerque de l’anglais Leslie Norman (1958) avec Richard Attenborough et John Mills.
Week-end à Zuydcoote d’Henri Verneuil (1964) avec Jean-Paul Belmondo et Jean-Pierre Marielle.

14 novembre 2018

Calmos (1976) de Bertrand Blier

CalmosDeux hommes quittent tout pour aller s’installer dans un village perdu où ils s’adonnent aux plaisirs de la bonne chère et de la paresse…
Bertrand Blier nous propose sa propre version de l’an 01… C’est une vision bien différente où le réalisateur chamboule tout, pratique les retournements et pousse l’humour jusqu’aux limites du bon goût. Sa liberté de ton a profondément choqué à sa sortie et, encore aujourd’hui, beaucoup se cantonnent à n’y voir qu’une fable antiféministe. En réalité, plus que les femmes, ce que les deux compères veulent fuir, c’est surtout la dictature du sexe qui est réduit ici à un simple acte technique sans attrait ou à un puits de vulgarité. Ils fuient également la dictature hygiéniste, toutes les règles pour rester « en bonne santé », et toute forme de règle sociale voire toute forme de règle tout court. Mais Calmos est avant tout une belle et grosse farce, incongrue, surréaliste, où l’humour n’a pas de limites. Tout n’est pas réussi (le final n’est pas du meilleur goût…) mais le film regorge de scènes savoureuses et de dialogues truculents.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Bernard Blier, Brigitte Fossey, Claude Piéplu
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Calmos
Pierre Bertin, Bernard Blier, Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle dans Calmos de Bertrand Blier.

10 janvier 2018

Les Maudits (1947) de René Clément

Les mauditsOslo, 1945. Alors que l’issue de la guerre parait inéluctable, un petit groupe hétéroclite de nazis et de sympathisants embarquent dans un sous-marin à destination de l’Amérique du Sud. Passant au large des côtes françaises, ils enlèvent un médecin à Royan pour soigner l’un d’entre eux…
René Clément a tourné peu après la Libération plusieurs films sur la guerre (La Bataille du rail, Le Père tranquille, Jeux interdits,…) nous offrant à chaque fois une vision différente des hommes. Cette fois, il est plus question de vils perdants que de héros. On retrouve dans cet huis clos un aréopage des ennemis de la France : un chef nazi, un général, un industriel italien, une militante nazie, un scientifique contraint, un journaliste collaborationniste. L’inquiétude et l’écroulement des idéaux aidant, la lâcheté et la veulerie de chacun vont peu à peu s’étaler au grand jour. Les caractères sont très typés et l’ensemble est assez manichéen mais le récit fait ressortir certaines composantes de la nature humaine. Tourné dans un décor fermé (reconstitué), le film baigne d’une atmosphère très présente. L’image est signée par le grand Henri Alekan, les éclairages sont superbes. Bien qu’il soit en tête d’affiche, Dalio n’a qu’un rôle épisodique dans l’histoire. L’interprétation est excellente avec des acteurs souvent de la nationalité de leurs personnages. Les Maudits est un film  puissant.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Marcel Dalio, Henri Vidal, Florence Marly, Jo Dest, Michel Auclair, Paul Bernard
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Les Maudits
(de g. à d.) Lucien Hector (le savant norvégien), Anne Campion (de dos, sa fille), Florence Marly (nazie convaincue, épouse de l’industriel italien), Jo Dest (chef SS), Michel Auclair (son homme de main, un voyou berlinois), Paul Bernard (au premier plan, journaliste français collaborationniste), Kurt Kronefeld (debout, le général allemand) et Fosco Giachetti (industriel italien) dans Les Maudits de René Clément.

Les Maudits
Henri Vidal (le médecin français enlevé)  dans Les Maudits de René Clément.

Les Maudits
Jean Lozach (radio-opérateur) et Jean Didier (commandant du sous-marin) dans Les Maudits de René Clément. Henri Alekan est directeur de la photographie (et maître des éclairages).

Remarque :
* Basé sur une histoire originale de Victor Alexandrov et Jacques Companéez, le scénario de Les maudits a été écrit par René Clément, Jacques Rémy et Henri Jeanson pour les dialogues.

 

Les Maudits
Kurt Kronefeld et Jo Dest dans Les Maudits de René Clément.

Les Maudits

21 septembre 2017

Le Sauvage (1975) de Jean-Paul Rappeneau

Le SauvageA Caracas, Nelly rompt ses fiançailles avec l’envahissant Vittorio. Elle se réfugie dans un hôtel et débarque en ouragan dans la vie de Martin qui vit en solitaire sur une île isolée… Jean-Paul Rappeneau, aidé de sa sœur Elisabeth et de Jean-Loup Dabadie pour les dialogues, a écrit cette comédie trépidante qui démarre sur les chapeaux de roue et nous laisse bien peu de temps pour souffler par la suite. Outre le rythme, le charme et la qualité de deux comédiens principaux nous font entrer de plein pied dans cette histoire. Le dépaysement est garanti puisque tout a été tourné sur les lieux de l’action (1). Basée sur la cohabitation forcée de deux caractères opposés, cette cavalcade puise ses sources dans la comédie américaine, on peut penser à Hawks notamment. Catherine Deneuve se donne entièrement pour interpréter ce personnage volcanique. Belle photographie de Pierre Lhomme et la musique est de Michel Legrand. C’est une grosse production, du cinéma commercial et populaire de la meilleure veine. Gros succès. Le Sauvage a été récemment restauré.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Yves Montand, Catherine Deneuve, Luigi Vannucchi, Tony Roberts
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(1) Sauf le potager de l’île qui est en réalité tourné dans des jardins ouvriers parisiens.

Le Sauvage
Yves Montand et Catherine Deneuve dans Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau.

Le Sauvage
Catherine Deneuve dans Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau.

14 juin 2017

Sylvia Scarlett (1935) de George Cukor

Sylvia ScarlettDu fait des malversations de son père, une jeune femme française doit se déguiser en garçon pour le suivre dans fuite vers l’Angleterre. En chemin, ils sympathisent avec un petit escroc et font équipe tous les trois… La notoriété actuelle de cette comédie de George Cukor repose en grande partie sur le travestissement de Katharine Hepburn. Il faut bien avouer que le scénario (adapté d’un roman de Compton MacKenzie paru en 1918) n’est guère vraisemblable et part un peu dans tous les sens. Sylvia Scarlett est finalement un film assez étrange du fait du travestissement de Katharine Hepburn, bien entendu, mais aussi parce que l’actrice parle un peu en français avec une voix haut perchée et le bostonien Cary Grant tente (sans grand résultat, semble t-il) de prendre l’accent cockney londonien. Et il y a ce curieux mélange entre comédie, aventure romantique et tragédie (le père qui sombre peu à peu dans la folie) sans qu’aucun aspect ne prévale vraiment. A sa sortie, le film fut très mal reçu par la critique et par le public, choqué par le travestissement. L’image de Katharine Hepburn en pâtit, l’actrice allait enchaîner ensuite les échecs qui lui vaudraient le surnom de « box-office poison » quelques années plus tard. Elle fait pourtant une belle performance. Seul Cary Grant s’en tira sans dommage, montrant au contraire qu’il avait des talents pour la comédie. Vu aujourd’hui, Sylvia Scarlett apparaît comme une belle curiosité, certainement en avance sur son temps sur le plan de la sexualité et qui explore la frontière entre réalité et illusion.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Katharine Hepburn, Cary Grant, Brian Aherne, Edmund Gwenn
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Remarques :
* Il s’agit d’une nouvelle vision de ce film pour ce blog, la présentation précédente (10 ans auparavant) était bien plus négative, assez sévère même. Lire…
* La scène d’ouverture située à Marseille fut rajoutée après les premières projections-tests pour bien montrer Katharine Hepburn habillée en fille avec des nattes.

Sylvia Scarlett
Katharine Hepburn dans Sylvia Scarlett de George Cukor.

Sylvia Scarlett
Edmund Gwenn, Katharine Hepburn et Cary Grant dans Sylvia Scarlett de George Cukor.

Sylvia Scarlett
Katharine Hepburn et Brian Aherne dans Sylvia Scarlett de George Cukor.

Sylvia Scarlett
Katharine Hepburn sur le tournage Sylvia Scarlett de George Cukor. Le photographe de cette superbe photo de tournage s’est baissé pour être dans le champ (ce qu’il tient est le trépied de son appareil, au dessus de lui). Cette photo figure dans le très beau livre Tournages 1910-1939 (ed. Le Passage/La Cinémathèque).

2 avril 2017

Manon (1949) de Henri-Georges Clouzot

ManonEn juin 1944 en Normandie, le jeune FFI Robert Desgrieux tombe amoureux de Manon, condamnée par la rumeur publique. Ils fuient ensemble à Paris pour retrouver le frère de Manon qui fait des petits trafics sur le marché noir… Ce Manon d’Henri-Georges Clouzot n’est pas la première adaptation au cinéma du roman de l’Abbé Prévost Manon Lescaut (7 volumes rédigés entre 1727 et 1731) mais, avec l’aide de Jean Ferry, il l’a transposé pour la première fois à l’époque moderne, en l’occurrence la période de l’après-guerre. Cela reste une histoire d’amour fou mais témoigne aussi des troubles de son époque et de l’amoralisme des trafics. Il y a ainsi un contraste appuyé entre les ignominies du monde et la naïveté (ou l’aveuglement) de l’amour : « Rien n’est sale quand on s’aime » croit Manon. Le parallèle a souvent été fait avec Loulou de Pabst : c’est vrai sur le plan de l’amour fou qui peut nous conduire à faire des choses contraires à notre volonté, vrai aussi sur le petit scandale créé par l’amoralité du film, mais plutôt moins sur le personnage de la jeune femme, celui incarné par Louise Brooks paraissait plus réfléchi. Cela ne l’empêche pas d’être assez complexe. L’écrivain de cinéma Ado Kyrou a bien décrit Manon : « Dans une totale ignorance du mal, dans une instinctive négation du « péché », elle cherche désespérément à être femme tout en réalisant l’amour fou avec l’homme qu’elle aime. » A peine âgée de 20 ans, Cécile Aubry incarne son personnage avec beaucoup de candeur. Elle ne fera pas une grande carrière par la suite : son nom est probablement aujourd’hui plus connu de tous comme auteur de Belle et Sébastien. Manon est le premier grand rôle pour Michel Auclair, assez brillant dans son interprétation, un acteur que l’on posait alors en rival potentiel de Gérard Philipe. Le film d’Henri-Georges Clouzot est admirablement mis en scène. Le cinéaste alterne des moments de grande virtuosité (la scène du train bondé par exemple) avec des scènes à la fois tragiques et lyriques, et même audacieuses : cette scène finale où Desgrieux transporte sa Manon d’une façon si particulière dans le désert est assez inouïe, presque christique.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Serge Reggiani, Michel Auclair, Cécile Aubry, Andrex, Raymond Souplex, André Valmy, Henri Vilbert
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Manon
Michel Auclair et Cécile Aubry dans Manon de Henri-Georges Clouzot.

Remarques :
* Le second du navire est interprété par le jeune Michel Bouquet (sa 3e apparition à l’écran).
* Première apparition à l’écran pour Rosy Varte : elle est la maitresse de Serge Reggiani.

Principales adaptations :
1912 – Manon Lescaut, film français d’Albert Capellani
1926 – Manon Lescaut, film allemand de Arthur Robison avec Lya De Putti
1927 – Le Roman de Manon (When a Man Loves), film d’Alan Crosland avec John Barrymore et Dolores Costello
1940 : Manon Lescaut, film italien de Carmine Gallone avec Alida Valli et Vittorio De Sica
1949 – Manon, film d’Henri-Georges Clouzot
1954 – Les amours de Manon Lescaut, film italien de Mario Costa
1968 – Manon 70, film français de Jean Aurel avec Catherine Deneuve et Sami Frey
+ plusieurs adaptations pour la télévision dont une mini-série française (1978) avec Fanny Cottençon,
et Manon est également un opéra-comique de Jules Massenet.

6 décembre 2016

La Chaîne (1958) de Stanley Kramer

Titre original : « The Defiant Ones »

La ChaîneDeux prisonniers parviennent à s’évader lors de l’accident du fourgon cellulaire qui les transportait. Ils sont enchainés l’un à l’autre mais ne s’estiment guère : le premier, un blanc du Sud venait de traiter l’autre de « nègre » juste avant l’accident et ils s’apprêtaient à en venir aux mains… Dix ans avant Devine qui vient dîner ?, Stanley Kramer s’attaque déjà au fléau du racisme. Qu’un acteur noir se retrouve en tête d’affiche n’a rien d’extraordinaire aujourd’hui mais, en 1958, c’était plus difficile à faire accepter. C’est ainsi une première pour Sidney Poitier : l’acteur était certes très connu alors, mais c’était toujours pour des seconds rôles. The Defiant Ones est un film puissamment antiraciste et humaniste : les deux hommes vont apprendre à s’estimer. Le film sait éviter tout manichéisme et cela le rend remarquable : par exemple, le shérif qui mène la poursuite est un humaniste qui a bien du mal à contrôler les pulsions sanguinaires de ses troupes, ou encore, l’un des personnages qui semble tout d’abord si compréhensif se révélera être le pire de tous. La présence de Tony Curtis peut surprendre. L’acteur cherchait à briser le carcan qui le cantonnait aux rôles de gentils et beaux garçons. S’il est vrai qu’il a du mal à passer pour un bagnard endurci, il a certainement donné au film une portée plus grande en permettant à beaucoup de s’identifier à lui. Les deux acteurs contribuent ainsi à rendre le film assez unique.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Tony Curtis, Sidney Poitier, Theodore Bikel, Charles McGraw, Lon Chaney Jr., Cara Williams
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Remarques :
* La chanson Long Gone (From Bowling Green), un blues de Chris Smith et William C. Handy, est chantée trois fois a cappella par Sidney Poitier lui-même.
* Sydney Poitier et Tony Curtis furent tous deux nominés pour les Oscars. Ni l’un ni l’autre ne l’emportèrent toutefois. Sidney Poitier ne recevra un Oscar qu’en 1964 pour Le Lys des Champs de Ralph Nelson et Tony Curtis n’en recevra jamais.
* The Defiant Ones reçut deux Oscars : l’un pour la photographie de Sam Levitt, l’autre pour l’écriture du scénario, ce dernier revenant à Harold Jacob Smith et à un certain Nathan E. Douglas qui n’était autre que Nedrick Young, alors sur la liste noire d’Hollywood issue du maccarthysme. Son nom ne sera rétabli qu’en… 1993 (soit 25 ans après sa mort).
* Le bruit selon lequel Robert Mitchum aurait refusé le rôle car il ne voulait pas être enchaîné avec un noir est une déformation de la réalité. Robert Mitchum, qui a une expérience personnelle de la vie de bagnard, a refusé le rôle disant qu’il n’était pas crédible qu’un blanc soit enchaîné à un noir dans le Sud ségrégationniste. C’est certainement vrai. D’ailleurs, le scénario utilise une pirouette pour le justifier : lorsque le journaliste demande « Comment un blanc peut-il se retrouver enchaîné avec un noir ? », le shérif répond : « Le directeur de la prison a un sens de l’humour très particulier ».

The Defiant Ones
Tony Curtis et Sidney Poitier dans La Chaîne de Stanley Kramer.

The Defiant Ones
Tony Curtis, Cara Williams et Sidney Poitier dans La Chaîne de Stanley Kramer.

12 avril 2016

Hombre (1967) de Martin Ritt

HombreDans une diligence, affrétée à la hâte à la demande d’un riche passager et de sa femme, prennent place des personnes très différentes dont John Russell qui a été élevé dès son plus jeune âge par des indiens Apaches… Hombre est l’adaptation d’un roman d’Elmore Leonard, un scénariste auquel on doit des films aussi différents que 3h10 pour Yuma et Jackie Brown. La situation de départ tel que décrite ci-dessus peut sembler proche de celle de Stagecoach mais le développement en est différent. Le fond du propos est nous faire porter un regard sur « l’homme blanc » à travers les yeux d’un Apache (ou d’un demi-Apache). Ce parti-pris pro-indien et la critique du racisme traduisaient dans les années soixante une évolution déjà bien avancée et, en ce sens, le film se situe à une charnière, préfigurant certains westerns très modernes de la décennie suivante. Aujourd’hui, il est de bon ton de railler ce genre de film en le déclarant « rempli de bons sentiments » … Mais Hombre est un film de fort belle facture et il le doit à son scénario, avec de très bons dialogues et des échanges acérés, à sa superbe photographie de Wong Howe (il suffit de regarder la scène d’ouverture avec les chevaux sauvages pour s’en convaincre) et surtout à la prestation puissante de Paul Newman, qui donne beaucoup de force et de superbe à son personnage taciturne. Il faut aussi mentionner Richard Boone, également d’une remarquable présence et qui apporte une certaine truculence à son imposant personnage. Le dénouement est assez inhabituel.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Paul Newman, Fredric March, Richard Boone, Diane Cilento, Cameron Mitchell, Barbara Rush, Martin Balsam
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Hombre
Paul Newman en Apache dans la scène d’ouverture de Hombre de Martin Ritt.

Hombre
Paul Newman dans Hombre de Martin Ritt.