21 février 2015

Le Salaire de la peur (1953) de Henri-Georges Clouzot

Le salaire de la peurDans une petite bourgade d’Amérique latine écrasée par le soleil, végètent des aventuriers qui ont échoué là sans pouvoir en repartir. Lorsqu’arrive un ancien gangster de petite envergure, Jo, il se lie immédiatement d’amitié avec Mario, ancien parisien comme lui. Une opportunité se présente à eux : une compagnie pétrolière offre une grosse somme pour transporter un chargement de nitroglycérine sur quelques centaines de kilomètres. Le mauvais état des routes risque de faire exploser le chargement à tout moment… Adapté du roman semi-autobiographique de l’aventurier Georges Arnaud (1), Le salaire de la peur est un grand classique du cinéma français. Il fait partie de ces films qui ne s’oublient jamais. Henri-Georges Clouzot a bénéficié d’une grande liberté pour le réaliser. Ainsi il n’hésite pas à camper ses personnages par une longue introduction, des personnages en proie à l’inaction et à l’immobilisme. Après le départ des camions, Clouzot parvient à maintenir un équilibre entre action et étude psychologique, la proximité du danger faisant ressortir la vraie nature de chacun. Et surtout, il maintient une tension très forte qui capte toute notre attention. Charles Vanel, dont la carrière avait tendance à s’effilocher, a pu revenir au premier plan grâce à son interprétation complexe et Yves Montand est ici dans l’un de ses meilleurs rôles au cinéma.
Elle: 4 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Yves Montand, Charles Vanel, Folco Lulli, Peter van Eyck, Véra Clouzot
Voir la fiche du film et la filmographie de Henri-Georges Clouzot sur le site IMDB.

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Le Salaire de la peur
Charles Vanel et Yves Montand (au volant) dans Le Salaire de la Peur de H.-G. Clouzot

Remarques :
* Le salaire de la peur a été tourné entièrement en France en Camargue (près de Saint-Gilles) et dans les montagnes provençales. Le tournage était initialement prévu en Espagne mais Yves Montand avait catégoriquement refusé d’aller travailler dans ce pays tant qu’il serait dirigé par le dictateur Franco.
* Le tournage, ayant pris du retard en 1951 pour cause de maladie, fut interrompu car l’hiver approchait. Il ne put reprendre qu’à l’été 1952.
* Le salaire de la peur est le premier des trois films tournés par Véra Clouzot avec son mari. Etant d’origine brésilienne, elle était tout à fait indiquée pour le rôle de la belle Linda.
* Palme d’Or au festival de Cannes 1953.

Remake américain :
Le Convoi de la peur (Wages of fear ou Sorcerer) de William Friedkin (1977) avec Roy Sheider

Film très proche :
Violent Road de Howard W. Koch (1958) avec Brian Keith. Ce n’est pas officiellement un remake mais l’histoire est vraiment très proche : il s’agit ici de transporter un carburant de fusée sur des routes venteuses de montagne. Le film est très peu connu.

(1) Fils de bonne famille, Georges Arnaud (de son vrai nom Henri Girard) avait été au premier plan de l’actualité sept ans plus tôt : Accusé à 24 ans du triple meurtre de son père, de sa tante et de leur domestique, il a été acquitté après un long procès retentissant. Exilé en Amérique du Sud, il y a exercé plusieurs métiers dont celui de camionneur et écrit plusieurs livres. Par la suite, il deviendra journaliste et prendra parti pour le F.L.N. lors de la Guerre d’Algérie.

5 réflexions sur « Le Salaire de la peur (1953) de Henri-Georges Clouzot »

  1. Il existe un autre remake américain qui a précédé celui de William Friedkin : « Violent Road », réalisé en 1958 par Howard W. Koch, avec Brian Keith, Dick Foran, Efrem Zimbalist Jr. et Merry Anders.

  2. J’ai beaucoup aimé ce film, mais je dois dire que le remake de William Friedkin est absolument extraordinaire. La traversée du pont est un grand moment de cinéma.

  3. @Rogiest: Merci pour cette information. Je ne connaissais pas du tout l’existence de ce film. Je le mentionne maintenant dans mon billet.

    @Antoine : je viens de voir le remake… j’ai bien peur de ne pas partager votre enthousiasme mais il est vrai que la scène du pont est impressionnante.

  4. UN FILM QUI TIENT LA ROUTE…
    70 ans après son tournage mouvementé et après de multi rediffusions tv (encore hier soir sur arte, d’où mon petit billet), le classique de Clouzot tient toujours la corde
    Il en a totalement éclipsé le roman de Georges Arnaud dont il s’inspire et qui inspira à son tour à William Friedkin une nouvelle adaptation-remake en 76 sans parvenir à dépasser « l’original » (malgré la séquence extraordinaire du pont, j’en conviens également)
    Avec une question subsidiaire : pourquoi s’obstiner à refaire ce qui a été si bien réussi la première fois?
    Originalité de la construction narrative : le film s’ouvre par le luxe d’une sorte de prologue (d’une heure!) campant le décor, les personnages, les situations, l’évènement déclencheur et l’objectif qui vont, pour une poignée de dollars, démarrer la machine, en l’occcurence les deux camions vedettes et leurs chargements explosifs à tous points de vue
    La seconde parie (1H20), road movie à cargaison dangereuse devant arriver, selon le contrat passé, à terme et à bien, malgré les difficultés nombreuses et imprévues rencontrées, et certaines séquences semblent avoir donné du fil à retordre autant aux techniciens qu’aux interprètes
    C’est donc un film à suspense dont la tension s’accroit au fil des nombreuses minutes que Clouzot conduit de main de maître (rythmes, cadrages, montage) battant le cinéma américain sur son propre terrain; le film est loué par bon nombre de cinéastes étrangers
    Il joue sur un double portrait masculin très élaboré avec inversion des rapports complexes entre le jeune Mario (Yves Montand) et le vieux Jo (Charles Vanel), couple aux relents sado-maso de cruauté humiliante qui nous transmettent leurs peurs aux tripes et mouillent leurs maillots
    La musique n’intervient (à dessein) que dans le bref épilogue de 5′. C’est à ce moment que nous rendons compte combien son absence a mis en valeur une bande son assez extraordinaire (Hitchcock fera de même avec ses Oiseaux)
    Quand Jean-Pierre Melville tournera en 63 L’ainé des Ferchaux d’après Simenon, ne s’inscrit il pas dans une démarche non avouée de reprendre un chemin de similitudes? : un road movie de fuite dans un pays étranger, en voiture, entre un jeune (Belmondo, d’abord soumis, puis dominateur, à la place de Montand) et un vieux (Vanel, à la même place, de dominant à humilié, encore plus vieux, fatigué, et mourant) avec le fric à la clé, en pure perte). Contrairement à Clouzot, le film a mal tourné pour Melville dont les rapports très particuliers avec ses deux interprètes (qui le lâchèrent) le contraignirent à se débrouiller comme il put pour le terminer (on croit rejouer le film!)

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