18 septembre 2020

Neruda (2016) de Pablo Larraín

NerudaChili, 1948. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda, membre du parti communiste, critique ouvertement le gouvernement populiste en place. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder son arrestation. Le poète doit alors se cacher…
Contrairement aux apparences, Neruda de Pablo Larrain n’est pas un biopic. Il est en effet bien éloigné du format de ce genre très codifié. Les faits sont globalement réels, Pablo Neruda a été bien été longuement recherché par la police chilienne en 1948-49, mais le déroulement de cette traque est aménagé pour s’inscrire dans l’univers poétique de l’écrivain. Cette approche, bien plus créatrice qu’un biopic classique, nous permet de mieux le connaitre en approchant son imaginaire, son processus de création. Le policier est à la fois inquiétant et apitoyant, cocktail difficile à réaliser ; il est autant fantasmé que réel. Avec Neruda, Pablo Lorrain signe un très beau film, digne de son sujet.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Luis Gnecco, Gael García Bernal, Mercedes Morán
Voir la fiche du film et la filmographie de Pablo Larraín sur le site IMDB.

Voir les autres films de Pablo Larraín chroniqués sur ce blog…

NerudaLuis Gnecco dans Neruda de Pablo Larraín.

Homonyme :
Neruda du chilien Manuel Basoalto (2014) avec José Secall.

5 septembre 2020

Alice et le maire (2019) de Nicolas Pariser

Alice et le maireAprès 30 ans dans la vie politique, le maire de Lyon Paul Théraneau est un homme fatigué. Il dit n’avoir plus aucune idée, il sent en manque d’inspiration. Son équipe lui adjoint alors une jeune philosophe, Alice Heimann, pour le stimuler intellectuellement…
Alice et le maire est un film écrit et réalisé par Nicolas Pariser, son second long métrage après Le Grand Jeu (2015) dont l’histoire se déroulait déjà dans le monde politique. Le réalisateur se défend de s’être inspiré de Gérard Colomb pour son personnage principal mais cite plutôt le roman inachevé de l’écrivain autrichien Robert Musil, L’Homme sans qualités publié en 1930-1932 comme principale source d’inspiration. Certes, le propos met en relief les difficultés actuelles de positionnement de la gauche française mais, plus généralement, il offre une réflexion sur l’opposition entre action et pensée. Il s’agit donc plus d’un film de réflexion que d’un film politique. Alice et le maire est très abordable et plaisant grâce à la fluidité de ses dialogues et le jeu parfait de ses deux acteurs principaux.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Fabrice Luchini, Anaïs Demoustier, Léonie Simaga, Maud Wyler, Alexandre Steiger
Voir la fiche du film et la filmographie de Nicolas Pariser sur le site IMDB.
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Remarques :
* Par crainte d’une identification trop forte à la veille d’élections, le maire de Lyon Gérard Colomb a finalement refusé l’accès aux salons de salons de l’Hôtel de Ville de Lyon à l’équipe de tournage. De plus, le réalisateur dit avoir été la cible de plusieurs moyens de pression pour l’inciter à aller tourner son film dans une autre ville.
* Théraneau est une anagramme de Rathenau, l’homme politique allemand du roman de Paul Musil.

Alice et le maireFabrice Luchini et Anaïs Demoustier dans Alice et le maire de Nicolas Pariser.

18 août 2020

Tout ce qu’il me reste de la révolution (2018) de Judith Davis

Tout ce qu'il me reste de la révolutionAngèle avait 8 ans quand s’ouvrait le premier McDonald’s de Berlin-Est… Depuis, elle se bat contre la malédiction de sa génération : être né « trop tard », à l’heure de la déprime politique mondiale. Elle vient d’une famille de militants, mais sa mère a abandonné du jour au lendemain son combat politique, pour déménager, seule, à la campagne et sa sœur a choisi le monde de l’entreprise. Seul son père, ancien maoïste chez qui elle retourne vivre, est resté fidèle à ses idéaux. En colère, déterminée, Angèle s’applique autant à essayer de changer le monde qu’à fuir les rencontres amoureuses…
Tout ce qu’il me reste de la révolution est la première réalisation de Judith Davis. C’est une extension au spectacle qu’elle a créé avec sa troupe, L’Avantage du doute, en 2008 : « le film n’est pas une adaptation du spectacle, mais il en prolonge l’esprit ». Les acteurs sont les membres de sa troupe et la réalisatrice tient le rôle principal, un personnage qui, selon ses propres mots, très proche d’elle-même. Certes, il s’agit d’une comédie mais les personnages paraissent typés à l’extrême, à commencer par le personnage principal, toujours en colère contre tout, vindicative, brusque. Tout paraît excessif. Les scènes les plus amusantes et les plus intéressantes sont celles du petit « groupe de parole », témoins de la difficulté à se trouver des idéaux.
Elle: 3 étoiles
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Judith Davis, Malik Zidi, Claire Dumas
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Tout ce qu'il me reste de la révolutionClaire Dumas, Pat Belland et Judith Davis dans Tout ce qu’il me reste de la révolution de Judith Davis.

3 mai 2020

The Party (2017) de Sally Potter

The PartyA Londres, Janet (Kristin Scott Thomas) vient d’être nommée ministre de la santé, l’aboutissement de toute une carrière. Elle réunit avec son époux Bill quelques amis proches. Mais la soirée va prendre un tournant inattendu…
Ecrit et réalisée par Sally Potter, The Party est une comédie grinçante où la politique tient une place d’importance. La politique a, directement ou indirectement, modelé la vie des personnages à des degrés divers et également leurs relations entre eux. Très ancrés dans leurs convictions, ils ont souvent accordé moins d’importance à leurs vies personnelles qui vont remonter brutalement à la surface. La situation ne cesse d’empirer au cours de la soirée, personne ne sortira indemne. Très british dans son esprit, l’humour est particulièrement mordant. Au passage, Sally Potter se livre à une critique acide de l’Angleterre travailliste (sauf un, tous ses personnages se situent très à gauche). L’image est en noir et blanc pour se placer dans l’héritage du cinéma britannique des années 1960. L’ensemble est enlevé, court (71 minutes) et très amusant.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Timothy Spall, Kristin Scott Thomas, Patricia Clarkson, Bruno Ganz, Cherry Jones, Emily Mortimer, Cillian Murphy
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The PartyDès la première image (qui nous montre l’épilogue), nous savons que tout cela va mal se terminer…
Kristin Scott Thomas dans The Party de Sally Potter.

The PartyTimothy Spall, Cillian Murphy, Emily Mortimer et Patricia Clarkson dans The Party de Sally Potter.

The PartyBruno Ganz dans The Party de Sally Potter.

Remarque :
* Hormis le titre, le film n’a rien en commun avec le film de Blake Edwards de 1968.

16 février 2019

Le Redoutable (2017) de Michel Hazanavicius

Le RedoutableParis 1967. Jean-Luc Godard, le réalisateur le plus en vue de sa génération, vient de rencontrer, Anne Wiazemsky, jeune étudiante en philosophie. Le cinéaste est alors en pleine radicalisation politique…
Le Redoutable est inspiré de deux livres (passionnants à lire, soit dit en passant) d’Anne Wiazemsky : Une année studieuse et surtout Un an après. Le film débute au moment où Godard tourne La Chinoise. Le film de Michel Hazanavicius n’est pas un biopic, ni un film sur le travail de Godard ; à aucun moment, on ne le voit tourner. C’est plutôt une histoire d’amour, vu par les yeux de la jeune Anne, ponctuée par la radicalisation maoïste croissante de Godard qui ira jusqu’à « s’autodissoudre » comme auteur avec le groupe Vertov. Michel Hazanavicius sait trouver le juste équilibre pour dresser le portrait du cinéaste, qui certes, apparaît rigide et cassant, mais le jeu subtil de Louis Garrel l’humanise merveilleusement. L’acteur fait une remarquable prestation, on croit parfois entendre Godard parler. Les scènes recréées de Mai 68 sont assez étonnantes. Et il y a aussi beaucoup d’humour.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Louis Garrel, Stacy Martin, Bérénice Bejo, Micha Lescot
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Voir les autres films de Michel Hazanavicius chroniqués sur ce blog…

Voir les livres d’Anne Wiazemsky
Voir les livres sur Jean-Luc Godard

Remarque :
* Michel Hazanavicius a envoyé le scénario à Jean-Luc Godard qui n’a pas réagi. Il a déclaré plus tard qu’il ne souhaitait pas voir le film.

Le Redoutable
Louis Garrel et Stacy Martin dans Le Redoutable de Michel Hazanavicius.

Jean-Luc Godard
Les véritables Jean-Luc Godard et Anne Wiazemsky en mai 1968. Anne Wiazemsky est décédée un mois après la sortie du film.

8 août 2017

La fièvre monte à El Pao (1959) de Luis Buñuel

La Fièvre monte à El PaoUne île, appartenant à une dictature (fictive) d’Amérique Centrale, reçoit tous les prisonniers politiques et de droit-commun du pays. Le gouverneur est assassiné en plein discours. Ramón Vázquez, son secrétaire, aux idées libérales, le remplace temporairement… C’est Gérard Philipe qui a prié Buñuel d’accepter d’adapter ce roman d’Henri Castillou, La fièvre monte à El Pao. L’histoire de cet homme en proie aux contradictions entre ses convictions et l’exercice du pouvoir avait tout pour séduire l’acteur (qui, rappelons-le, était proche du Parti Communiste). Buñuel semble avoir été moins motivé : sa réalisation est certes sans défaut, mais sans fulgurances non plus (1). La critique des dictatures qui fleurissaient alors, ces libérateurs qui se transforment en despotes, se retrouve mêlée avec une histoire sentimentale, relevée par la sensualité de María Félix. Mais, l’atout du film reste la performance de Gérard Philipe : il apparaît tout d’abord peu crédible physiquement dans son rôle mais, en grand acteur qu’il est, nous fait rapidement oublier cette sensation. Sa prestation est remarquable. La fièvre monte à El Pao sera hélas son dernier film : quelques mois après la fin du tournage, il sera emporté par un cancer fulgurant du foie, à l’âge de 36 ans.
Elle: 3 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Gérard Philipe, María Félix, Jean Servais
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Voir les autres films de Luis Buñuel chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Luis Buñuel
Voir les livres sur Gérard Philipe

(1) Bunuel a déclaré par la suite qu’il n’aimait pas La fièvre monte à El Pao et, depuis, le film traîne une mauvaise réputation. Elle est assez injustifiée ou, du moins, excessive.

La fièvre monte à El Pao
Gérard Philipe et María Félix dans La Fièvre monte à El Pao de Luis Buñuel.

La Fièvre monte à El Pao
Jean Servais et María Félix dans La Fièvre monte à El Pao de Luis Buñuel.

25 juillet 2017

Achtung! Banditi! (1951) de Carlo Lizzani

Achtung! Banditi!En Ligurie (nord de l’Italie), vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, un groupe de partisans doit rejoindre Gênes pour s’emparer d’un stock d’armes destinées aux allemands… Inspiré de faits réels, Achtung! Banditi! est le premier long métrage de Carlo Lizzani, alors âgé de 29 ans. Il y montre déjà l’engagement qui le caractérisera, à la fois en tant qu’intellectuel de gauche et défenseur du néoréalisme. Le financement du film ayant été refusé par le gouvernement de l’époque, l’ex-résistant Giuliani G. De Negri en deviendra le producteur en ayant l’idée de lancer une souscription populaire. Ce système permet à Carlo Lizzani d’avoir une très grande liberté de tournage. Plus que des faits de bravoure, le film décrit l’état d’esprit des partisans, leurs difficultés, leurs questionnements et le déroulé du scénario met l’accent sur la fraternisation avec les ouvriers et une bonne partie des chasseurs alpins. L’interprétation est assez passionnée, avec parfois une maladresse qui renforce le sentiment d’authenticité. Gina Lollobrigida, dont la popularité allait exploser quelques mois plus tard, se retrouve en tête d’affiche bien qu’elle ne tienne qu’un rôle plutôt secondaire.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Gina Lollobrigida, Andrea Checchi, Vittorio Duse, Lamberto Maggiorani
Voir la fiche du film et la filmographie de Carlo Lizzani sur le site IMDB.

Remarques :
* Le titre Attention! Bandits! a été utilisé comme titre international de la version anglaise (mais pas en France).
* Le film de Carlo Lizzani n’a absolument aucun lien avec le film Attention bandits! de Claude Lelouch (1986).

Achtung Banditi
Giuliano Montaldo, Gina Lollobrigida et Bruno Berellini dans Achtung! Banditi! de Carlo Lizzani.

Achtung Banditi!
Gina Lollobrigida et Lamberto Maggiorani dans Achtung! Banditi! de Carlo Lizzani.

18 mai 2017

Within Our Gates (1920) de Oscar Micheaux

Within Our GatesUne institutrice, délaissée par son fiancé, décide de sauver une école rurale accueillant des enfants noirs pauvres… Within Our Gates, dont on a récemment retrouvé une copie en Espagne, est à ce jour le plus ancien film connu réalisé par un réalisateur noir. Fils d’esclaves affranchis, Oscar Micheaux réalisait ici son deuxième long métrage, produit bien entendu de façon totalement indépendante. Ses acteurs sont de vrais acteurs noirs (et non des acteurs blancs grimés). Il a écrit une histoire qui met en avant les vertus de l’éducation, montre les effets néfastes de la ségrégation et témoigne des lynchages, prend parti pour le vote des noirs. Within Our Gates fait ainsi écho aux émeutes raciales qui secouaient le pays en 1919. On peut aussi le voir comme une tentative de réponse au Naissance d’une nation de Griffith (1915) dont le propos était indiscutablement raciste. Within Our Gates est moins manichéen, il pointe même les défauts de certains afro-américains (criminels ou laquais des blancs) ce qui traduit des intentions pédagogiques en plus de militantes. Oscar MicheauxOn notera également la multiplicité des thèmes abordés : l’émancipation des femmes et leur rôle comme facteur de progrès, les différences nord-sud ou encore le rôle de la religion. Le scénario n’a pas l’efficacité (assez effrayante) du film de Griffith, il s’empêtre dans des aspects sentimentaux secondaires et abuse des flashbacks. Sur le plan cinématographique pur, Within Our Gates n’a sans doute pas de grandes qualités esthétiques ; en revanche, sa valeur historique est immense. (Film muet)
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Evelyn Preer, Flo Clements, Jack Chenault
Voir la fiche du film et la filmographie de Oscar Micheaux sur le site IMDB.

Remarques :
* La version vue (sur Arte) bénéficie d’une excellente nouvelle musique composée par DJ Spooky, avec une guitare proéminente.
* Oscar Micheaux a réalisé 42 films entre 1919 et 1948.
* Ne bénéficiant que d’un budget très limité, Oscar Micheaux empruntait costumes et accessoires. Il n’avait pas la possibilité de faire des secondes prises.
* L’actrice Evelyn Preer était surnommée « The First Lady of the screen » par les spectateurs noirs. Elle tournera dix films avec Micheaux.
* Le film eut bien entendu beaucoup de mal à passer la censure et ne put être projeté dans certaines villes qu’après coupes de certaines scènes (comme celle de la tentative de viol d’un homme blanc sur une femme noire).
* L’école, Piney Woods, existe toujours et est probablement la meilleure école secondaire privée pour Afro-Américains de l’État du Mississippi (lu sur Wikipedia).

Lire aussi une analyse particulièrement intéressante du film sur le site du Journal for Multimedia History (en anglais)…

Within our Gates
Jack Chenault et Evelyn Preer dans Within Our Gates de Oscar Micheaux.

17 avril 2017

Mishima – une vie en quatre chapitres (1985) de Paul Schrader

Titre original : « Mishima: A Life in Four Chapters »

Mishima - une vie en quatre chapitresYukio Mishima est un célèbre écrivain japonais qui, au nom d’un nationalisme radical et meurtri, s’est donné la mort par seppuku, après avoir pris en otage un général et donné un discours aux soldats d’une caserne pour les exhorter à se soulever, le 25 novembre 1970. Ce film de Paul Schrader, issu des studios Zoetrope de Coppola et de LucasFilm de George Lucas, nous retrace son parcours pour tenter d’expliquer son geste dont la signification reste assez obscure et ouverte à interprétations. Il est, en tous cas, plus complexe que l’œuvre d’un simple illuminé d’extrême-droite. S’agit-il d’un geste purement artistique ? Quelle est l’influence de son homosexualité et de son masochisme ? D’où lui viennent ce désir obsessionnel d’agir et cette aspiration à harmoniser action et beauté ? Il faut bien avouer que, en tant qu’occidentaux, certains aspects nous échappent quelque peu (1). Le film offre seulement des pistes. Si l’on peut être déçu de l’absence d’explication, le film est indéniablement enthousiasmant par sa forme. La construction, tout d’abord : quatre chapitres explorant un thème précis, et largement constitués par la mise en scène de trois de ses livres les plus marquants. La photographie ensuite, notamment dans les passages littéraires qui jouissent d’une mise en scène épurée avec de magnifiques décors stylisés créés par Eiko Ishioka. Toute l’équipe artistique est en effet japonaise. Et enfin la musique de Philip Glass, très belle, envoutante dès les premières notes du générique de début. Tous ces éléments contribuent à faire de Mishima – une vie en quatre chapitres un film assez unique en son genre.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Ken Ogata
Voir la fiche du film et la filmographie de Paul Schrader sur le site IMDB.
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Remarques :
* Palettes de couleurs :
– Les scènes de 1970 sont en couleurs faiblement saturées.
– Les flashbacks réels sont en noir et blanc.
– Les mises en scène des livres sont en couleurs vives :
– – dominante vert et or pour Temple of the Golden Pavilion
– – dominante rose et grise pour Koko’s House
– – dominante orange/rouge et noir pour Runaway Horses
* La musique :
– Scènes de 1970 : cordes et percussions
– Flashbacks réels : cordes
– Mise en scène des livres : orchestre
* Le film a ouvert le Festival de Cannes 1985 où il fut récompensé du Prix de la meilleure contribution artistique. Malgré ce prix, le film fut un échec commercial.

Mishima
Ken Ogata dans Mishima – une vie en quatre chapitres de Paul Schrader.

Mishima
Le Temple du Pavillon d’or : l’un des décors créés Eiko Ishioka pour dans Mishima – une vie en quatre chapitres de Paul Schrader.

Mishima
Chishû Ryû dans Mishima – une vie en quatre chapitres de Paul Schrader. La courte scène avec l’acteur fétiche d’Ozu avait été coupée de la version distribuée en 1985. Elle a été rétablie dans la version « director’s cut » apparue en 2008.

* Quelques éléments historiques :
– L’empereur Hirohito a renoncé à sa « nature divine » en 1946, au lendemain de la défaite du Japon.
– Depuis 1945, le Japon n’a officiellement plus d’armée mais des « forces d’autodéfense » (il faudra attendre les années 2000 pour voir des militaires japonais engagés dans des actions offensives internationales).
– L’organisation paramilitaire créée par Mishima en 1968, le Takenokai (Société du Bouclier), aspirait au rétablissement de l’empereur et de l’armée. Sa milice a compté jusqu’à 300 hommes, essentiellement des étudiants nationalistes (aujourd’hui, on dit « souverainistes »…) De façon totalement inhabituelle, ils ont pu bénéficier des facilités des forces officielles pour s’entraîner.

* Autre film sur le même sujet :
25 novembre 1970: Le jour où Mishima choisit son destin (2012) de Kôji Wakamatsu. Le cinéaste (plutôt sympathisant des mouvements d’extrême-gauche) analyse le geste de Mishima essentiellement sur le plan de l’engagement politique.

(1) La rapport de Mishima à la beauté est notamment très étrange : le héros de son livre Le Temple du Pavillon d’or veut détruire la beauté car elle le rabaisse, il est incapable de s’élever. Pour Mishima, la beauté est en effet une élévation. Il la mêle avec l’action, pour former l’aspiration ultime. D’où cette étrange fascination pour les corps et pour le sang versé. Faut-il avoir des ancêtres samouraï pour appréhender pleinement cette harmonie entre beauté et action ?

18 mars 2016

Allonsanfàn (1974) de Paolo Taviani et Vittorio Taviani

AllonsanfànAux premières heures de la Restauration en Italie (1816 environ), Fulvio, un aristocrate lombard tête pensante du groupe révolutionnaire Les Frères Sublimes, est relâché par la police. Désillusionné, il veut se ranger et retrouver l’affection de sa famille. Ses compagnons ne se rendent pas compte de ce changement et continuent de l’impliquer dans leurs actions… Avec Allonsanfàn, Les frères Taviani utilise l’Histoire pour traiter des sujets actuels (de 1975) : en cinéastes politiquement engagés, ils se désolent de constater le reflux d’après-68 et la perte des idéaux qui l’ont tendu et nous montrent une période similaire de l’Histoire. Pour leur démonstration, ils suivent deux lignes principales : celle d’un homme qui se replie sur lui-même et qui perd son rapport aux autres (que ce soit à ses anciens compagnons, aux femmes qu’il aime ou à ses proches) et celle de l’aveuglement d’un groupuscule/secte révolutionnaire enfermé dans ses schémas et ses rites un peu carnavalesques, incapable de réaliser la totale inefficacité ou inutilité de sa lutte. Le propos des Taviani est donc de mettre en évidence l’échec de ces deux attitudes pour remettre en valeur l’utopie comme moteur créatif de l’homme. Et au-delà de toute considération politique (car, 40 ans plus tard, les questions ne se posent plus dans les mêmes termes), c’est sur la question de l’utopie que le film revêt un aspect philosophique intéressant car l’utopie est, elle, toujours d’actualité, elle est même multiforme. Le film provoque ainsi des réflexions intéressantes. Sur la forme, Allonsanfàn a une esthétique assez travaillée bien qu’empreinte d’une certaine austérité, certaines scènes sont très belles. La musique d’Ennio Morricone est très présente, elle structure le film.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Marcello Mastroianni, Lea Massari, Mimsy Farmer, Laura Betti, Claudio Cassinelli
Voir la fiche du film et la filmographie de Paolo Taviani et Vittorio Taviani sur le site IMDB.

Voir les autres films de Paolo Taviani et Vittorio Taviani chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur les frères Taviani

Remarque :
* Allonsanfàn est le prénom donné par l’un des membres de la secte à son fils, reprenant phonétiquement les premières syllabes de La Marseillaise.

Allonsanfan
Marcello Mastroianni dans Allonsanfàn de Paolo et Vittorio Taviani.