Dans une maison de haute-couture à la périphérie de Rome, une jeune femme-mannequin est assassinée alors qu’elle rentrait chez elle à la nuit tombée… Parmi la vingtaine de long métrages réalisés par Mario Bava, 6 Femmes pour l’assassin est incontestablement l’un des plus remarquables. Si le réalisateur italien a surtout la réputation d’être un maître de l’épouvante, il est avant tout l’un des chefs-opérateurs italiens les plus brillants. Il a travaillé pour les plus grands. Même quand il passe derrière la caméra, il continue d’être un grand esthète. Le film est en couleurs mais Bava éclaire ses scènes comme du noir et blanc, notamment sur le plan des contrastes qui sont très marqués. Il faut voir ses superbes contre-jours traversés d’éclats colorés. Il en résulte une atmosphère puissante et, bien entendu, angoissante car l’esthétisme est ici au service de l’histoire. Tout est inquiétant. Presque tous les personnages sont des coupables potentiels, la psychologie reste superficielle, reposant sur des sentiments simples mais une suite de rebondissements nous tient en haleine. Ce 6 Femmes pour l’assassin est donc bien plus intéressant que l’on ne pourrait le croire. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarque :
* 6 Femmes pour l’assassin est considéré comme l’un des films fondateurs du giallo, genre essentiellement italien à la frontière du cinéma policier, du cinéma d’horreur et de l’érotisme, qui eut son heure de gloire dans les années soixante et soixante-dix mais toujours actif aujourd’hui. Certes, le giallo n’a pas engendré que des merveilles, loin de là, mais certains films sont remarquables.
Mary Arden dans le superbe et étrange générique de 6 Femmes pour l’assassin de Mario Bava.
Eva Bartok dans 6 Femmes pour l’assassin de Mario Bava.
L’intérieur de la maison de haute-couture de 6 Femmes pour l’assassin de Mario Bava.
Eva Bartok, Ariana Gorini et Mary Arden dans 6 Femmes pour l’assassin de Mario Bava.
Claude Dantes dans 6 Femmes pour l’assassin de Mario Bava.
A Grimsby en Angleterre, Nobby n’a pas de travail mais vit très heureux avec ses neuf enfants qui l’adorent et ses copains supporters de foot. Il regrette seulement son frère dont il a été séparé quand il était enfant et qu’il n’a jamais revu. Il va le retrouver par hasard : il est devenu agent secret de haut niveau, l’un des meilleurs agents du MI6… Sacha Baron Cohen a confié la réalisation de son cinquième opus au français Louis Leterrier. Comme on le sait, l’humoriste n’a pas pour habitude de faire de la petite dentelle mais il avait toujours su éviter de tomber dans le mauvais goût. Cette fois, il a décidé d’y aller franchement et nous livre un condensé d’humour potache et trash, sous couvert de satire des films d’espionnage. Sacha Baron Cohen ose tout (c’est même à ça qu’on le reconnait…) Il y a des passages très drôles mais, finalement, le plaisir est plus dans le souvenir que l’on garde (on pense « il fallait oser ») qu’au moment du visionnage (pendant lequel on pense sans arrêt « c’est pas vrai… »), visionnage qui est finalement un peu pénible. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarque :
* Grimsby existe bel et bien : cette ville de 80 000 âmes est située sur la côte est de l’Angleterre. Comme on peut s’en douter, ses habitants n’ont pas été franchement ravis de l’image donnée d’eux… Il est vrai que cela ne donne pas envie d’aller y passer ses vacances !
Mark Strong et Sacha Baron Cohen dans Grimsby – Agent trop spécial de Louis Leterrier (admirez l’écriteau sur la porte du pub…)
A court d’argent, Nick Bianco décide de commettre un hold-up dans une bijouterie. Il est arrêté. Croyant en lui car il ne fait pas partie de la pègre, le procureur lui promet la clémence s’il dénonce ses complices. Nick refuse et est condamné à vingt ans de prison… Sur un scénario écrit par Ben Hecht, Henry Hathaway réalise un film noir à forte connotation sociale. En effet, son personnage principal est présentée d’emblée comme une victime de la société. De plus, comme souvent pour ces films de la Fox, le tournage a eu lieu à New York dans des lieux réels (1). Le film est souvent cité pour être la meilleure interprétation de Victor Mature qui montre, il est vrai, une belle présence. Mais la grande révélation fut Richard Widmark qui se retrouva nominé aux Oscars pour sa première apparition à l’écran. Son petit rire inquiétant, qui n’était pas prévu au scénario (2), transforme son personnage et donne une force décuplée à la scène ultra-célèbre où il jette une femme paraplégique dans l’escalier. Il allait ainsi être abonné aux rôles de tueur sadique et imprévisible mais fait partie de ces acteurs que l’on n’oublie pas. Le scénario montre ses faiblesses dans les passages plutôt sentimentaux, avec la seconde femme de Nick notamment mais cela n’empêche pas Le Carrefour de la mort d’être un film noir assez remarquable. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 4,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Henry Hathaway chroniqués sur ce blog…
Remarques :
* La fin du film n’est pas celle de Ben Hecht. Elle a été réécrite par Philip Dunne. Hathaway n’aimait pas celle de Hecht où Nick Bianco se cachait.
* Une scène a été coupée par la censure, une scène qui montre la femme de Nick Bianco abusée par le fameux Rizzo avant de se suicider. Voilà pourquoi ce passage est assez nébuleux : on ne comprend pas bien pourquoi Nick tient Rizzo responsable de la mort de sa femme. Le nom de l’actrice Patricia Morison qui interprétait la première femme de Nick apparaît ainsi sur l’affiche alors qu’elle n’apparait pas dans le film.
(1) Toute la scène d’ouverture se déroule par exemple à l’intérieur du Chrysler Building. Même l’ascenseur est réel où Hathaway a tourné en 16 mm (gonflé ensuite en 35mm). Les scènes de prison sont dans une vraie prison, etc.
(2) Richard Widmark raconte : « J’avais un trac épouvantable. Quand je ne savais pas quoi faire, je riais. Et le hasard veut que j’aie un rire bizarre. » (Anecdote rapportée par Gene Tierney dans son autobiographie Self Portrait – Mademoiselle, vous devriez faire du cinéma. Gene Tierney tournera avec Widmark dans le très beau Night and the City – Les Forbans de la nuit de Jules Dassin en 1950)
Brian Donlevy, Richard Widmark et Victor Mature dans Le Carrefour de la mort de Henry Hathaway.
Richard Widmark dans Le Carrefour de la mort de Henry Hathaway.
Brian Donlevy, Karl Malden, Millard Mitchell, Victor Mature + 2 figurants dans Le Carrefour de la mort de Henry Hathaway.
A la fin de la guerre, Domenico fait la connaissance d’une très jeune prostituée Filumena. Elle devient sa maitresse. Même s’il va jusqu’à l’installer chez lui, Domenico n’a nullement l’intention de l’épouser … Adapté d’une pièce d’Eduardo De Filippo, Mariage à l’italienne est une comédie teintée d’une petite pointe de néoréalisme. Il met en relief les rapports hommes-femmes dans cette Italie en pleine reconstruction. Les personnages sont un peu typés pour mieux faire ressortir les travers de certains comportements. Mastroianni est assez brillant dans son rôle de dandy égoïste et hypocrite mais ce n’est rien à côté de Sophia Loren, d’une présence charnelle assez ahurissante. Aussi à l’aise en jeune femme de vingt ans aguichante qu’en femme mûre ayant passé la quarantaine (l’actrice avait trente ans au moment du tournage), Sophia Loren montre toute une palette de sentiments avec un jeu certes appuyé (ce sont le genre et l’époque qui veulent cela) mais d’une belle profondeur. La réalisation de De Sica est adéquate même si elle est en deçà de ses films les plus remarquables. Elle: Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 4,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Passionné de théâtre, un jeune instituteur timide a une liaison avec l’actrice de théâtre qu’il admire le plus. Il est sur un petit nuage lorsqu’ils emménagent ensemble. Mais tout se complique lorsqu’il rencontre une jeune femme un peu débordante qui s’éprend de lui… Ecrit, réalisé et interprété par Emmanuel Mouret, Caprice est une comédie romantique qui débute gentiment avec un petit parfum d’irréel. Cette sensation de conte de fées laisse ensuite la place à une impression de répétitivité. Emmanuel Mouret appuie trop sur le côté timide / lunaire / gauche / dominé par les évènements de son personnage et l’empathie qu’il génère s’efface rapidement du fait de la multiplication de ses maladresses. Le scénario reste un peu trop simple. Les films d’Emmanuel Mouret ont néanmoins toujours un petit côté attachant. On aimerait tant les aimer plus… Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Qu’un réalisateur athée et marxiste comme Pasolini porte la vie du Christ à l’écran peut étonner. Le cinéaste venait d’écoper de quatre mois de prison avec sursis pour outrage à la religion pour son moyen métrage Rogopag (La Ricotta) l’année précédente. Que son film reçoive cette fois le Grand prix de l’Office Catholique International du Cinéma (OCIC) surprend encore plus. En revanche, les foudres sont venus des milieux intellectuels parisiens. Pasolini reste en effet très proche des textes. Bien entendu, on pourrait dire qu’il en fait une interprétation politique : il donne le rôle du Christ à un syndicaliste espagnol et ne manque pas d’appuyer les différences de classes entre le peuple et les pharisiens. Mais le propos va beaucoup plus loin que cela : bien qu’il soit athée, Pasolini réédifie/reconstruit le « sacré ». Il faut être un très grand cinéaste pour parvenir à surmonter ce qui serait une contradiction pour beaucoup. Son film acquiert en outre une dimension poétique et philosophique qui naît en partie de son esthétique. Pasolini imprime en nous une forte sensation d’humilité et de dénuement. Les décors en sont les premiers artisans (nous sommes loin des spectacles hollywoodiens) mais cela passe aussi par les corps qui ont une présence étonnante. La musique est superbe et omniprésente, un cocktail inattendu composé d’une bonne dose de Bach (La Passion selon Saint Matthieu, bien-sûr) avec un soupçon de Mozart, de Prokofiev, de Webern, et aussi de blues et de Missa Luba congolais. Aussi étonnant que cela puisse paraître, L’Évangile selon saint Matthieu est l’un des films les plus aboutis de Pasolini, qui démontre ainsi qu’il n’est pas un cinéaste à ranger dans une petite case. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 5,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* Pasolini a en outre réalisé un petit documentaire de 40 mn Repérages en Palestine pour « L’Évangile selon saint Matthieu ». On le voit visiter la Palestine accompagné d’un jésuite progressiste, Don Andrea Carraro. Le réalisateur se désole de ne trouver aucun lieu qui ne soit pas marqué par la modernité mais il s’imprègne des lieux. Ses discussions avec Don Andrea sont intéressantes : bien qu’ils soient fondamentalement opposés, il y a une grande convergence.
* Au final, Pasolini a tout tourné en Italie du Sud où il a trouvé les lieux vierges de toute civilisation qu’il désirait.
* La mère du Christ âgée est interprétée par Susanna Pasolini, la mère du cinéaste.
Enrique Irazoqui dans L’Évangile selon saint Matthieu de Pier Paolo Pasolini.
Un quartier semi-troglodytique de la ville italienne de Matera sert de cadre pour le village de Nazareth dans L’Évangile selon saint Matthieu de Pier Paolo Pasolini (lire le commentaire de Jacques C. ci-dessous pour plus d’explications).
Alléluia ! Après des années d’attente, le chef d’œuvre muet d’Abel Gance, Napoléon, est enfin disponible dans une version digne de ce nom. L’historien Kevin Brownlow s’est attaché sa vie durant à ressusciter ce film mythique, visible ici dans une version de 5h30. Le résultat est à la hauteur des attentes : le spectacle est grandiose !
Ce qui frappe en premier, c’est la modernité et le dynamisme de l’ensemble. Aucun cinéaste, y compris dans l’Avant-garde des années vingt, n’a été aussi loin dans l’inventivité qu’Abel Gance. Cela passe en premier par les mouvements de caméra. Abel Gance veut libérer la caméra de son trépied : il invente une cuirasse pour accrocher la caméra (ancêtre de la steadycam), il fabrique une caméra sous-marine, attache la caméra sur tout ce qui bouge, la suspend à des câbles, l’accroche à un pendulier géant, lui attache des têtes gyroscopiques pour accomplir des mouvements complexes. C’est stupéfiant. Mais le dynamisme vient aussi de l’importante figuration, particulièrement crédible et toujours en mouvement. Tous les récits rapportent qu’Abel Gance avait un charisme et un talent pour mener une foule de figurants, y compris lorsque les conditions étaient difficiles (la prise de Toulon a nécessité quarante jours de tournage sous une pluie battante). Tous semblent pris d’une grande ferveur dans un large mouvement collectif. Et cette ferveur est contagieuse.
Mais le plus spectaculaire est bien entendu le fameux triptyque : trente minutes avant la fin, l’image s’élargit et couvre trois écrans juxtaposés pour un final d’un lyrisme inégalé. L’image finale en bleu, blanc et rouge est d’une puissance indescriptible. Sur le fond, Abel Gance insiste sur la grandeur de Napoléon, ses capacités presque surnaturelles de meneur d’hommes. Il arrange la réalité historique pour renforcer la légende. Gance paraît moins à son aise lorsqu’il s’agit d’évoquer des sentiments personnels : les scènes où Napoléon fait la cour à Joséphine sont les plus faibles. L’interprétation est puissante, d’une grande présence. La musique symphonique de Carl Davis est absolument superbe, une merveille : elle colle à l’image avec une justesse étonnante et vient appuyer avec panache les envolées lyriques.
Six mois après la sortie de Napoléon, l’arrivée du parlant balaya tout sur son passage et toute l’inventivité et la créativité d’Abel Gance tombèrent aux oubliettes. Et bizarrement, après avoir créé trois immenses films muets (J’accuse, La Roue et Napoléon), Abel Gance ne tournera plus que des films plus communs. Ce Napoléon est en tous cas vraiment enthousiasmant, d’un lyrisme époustouflant. Assurément, c’est l’un des plus grands films de tous les temps. (film muet) Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques : * Le coffret DVD est édité par BFI (British Film Institute). Les droits sur le film et sur sa musique sont assez disputés entre BFI (musique Carl Davis), Francis Ford Coppola (musique de Carmine Coppola, son père) et la Cinémathèque Française (musique de Marius Constant). On ne le trouve guère en France. Il faut donc le commander directement sur le site internet de BFI ou sur un site de vente anglais comme Amazon UK. A noter que les intertitres sont bien entendu en anglais et n’ont pas de sous-titres. Les suppléments non plus.
* Ce coffret DVD est sorti fin décembre 2016. Les DVD disponibles avant cette date étaient au mieux la version américaine de Coppola de 220 minutes ou autres versions incomplètes, au pire un assemblage de différentes versions.
* La Cinémathèque Française promet sa propre version pour 2018. Lire un article à ce sujet sur le site de la Cinémathèque, article qui liste bien les différentes versions et promet une version avec de nouveaux éléments. A noter que la musique de Marius Constant n’a pas reçu de très bons échos (voir un exemple avec dans les commentaires la réaction du chef d’orchestre) ; cette partition est basée en partie sur l’originale d’Arthur Honegger. Faire mieux que Carl Davis paraît en tous cas bien difficile mais comme le dit Napoléon, « impossible n’est pas français! » (1)
Le triptyque est utilisé par Abel Gance soit pour créer une image très large offrant ici une vue sur ses 3000 figurants… … soit pour placer trois images différentes.
* Ce Napoléon d’Abel Gance était prévu pour être le premier d’une série de six films sur Napoléon. Il couvre la période de sa jeunesse et de la Révolution française jusqu’au début de la Campagne d’Italie en 1796.
* Napoléon apparaît dans près d’un millier de films (cinéma et télévision). C’est le personnage le plus traité, deux fois plus que Jésus Christ. L’historien Hervé Dumont analyse ce phénomène dans un livre : Napoléon, l’épopée en 1000 films.
Le ténor russe Alexandre Koubitzky fait un Danton très imposant dans Napoléon de Abel Gance.
Edmond Van Daële est un inquiétant Robespierre dont la seule vision fait froid dans le dos dans Napoléon de Abel Gance.
On ne pourra accuser Abel Gance de s’être réservé le meilleur rôle puisqu’il interprète le sinistre Saint-Just dans son Napoléon.
* Abel Gance fera une version sonore en 1935 sous le titre Napoléon Bonaparte. Ce n’est pas toutefois une sonorisation du film de 1927 : la structure narrative est totalement différente, de nombreuses nouvelles scènes sont tournées. Cette version de 1935 servira de base au Bonaparte et la Révolution produit par Claude Lelouch en 1971.
La caméra Debrie sur cette photo est motorisée. Elle est placée sur une luge qui va dévaler une pente (scène de la bataille de boules de neige). (De g. à d.) Simon Feldman (directeur technique qui veille sur les batteries de la caméra), Jules Kruger (directeur de la photo), Alexander Volkoff (assistant-réalisateur), Abel Gance (lunettes de soleil) et un assistant. Photo de tournage de Napoléon de Abel Gance.
Cette photo montre le harnais/cuirasse porté par Jules Kruger. Un cable relie la caméra Debrie motorisée aux lourdes batteries situées plus ou moins loin en arrière, ce cable pouvant être très long. Photo de tournage de Napoléon de Abel Gance.
Le directeur technique Simon Feldman (à droite) contrôle l’installation périlleuse d’une caméra sur un cheval pour la séquence corse, des mécanismes complexes servant à la stabiliser (un peu). Photo de tournage de Napoléon de Abel Gance.
Pour le triptyque de la Campagne d’Italie, trois caméras Debrie motorisées (motorisation synchronisée) étaient montées sur le même trépied. Parallèlement, les images étaient également tournées en couleurs pour un effet 3D (visible avec des lunettes spéciales). Abel Gance a trouvé l’effet saisissant mais a préféré ne pas retenir les images de ces essais de peur que cela distraie les spectateurs du contenu. Photo de tournage de Napoléon de Abel Gance.
Pour cette difficile image de la maison natale de Napoléon (en réalité cette ruelle d’Ajaccio fait à peine 3 mètres de large, le recul est très limité), Abel Gance et son directeur de la photographie Jules Kruger ont inventé un objectif grand angle 14mm, le Brachyscope. « C’est comme un télescope que l’on prendrait par le mauvais bout » expliquait Gance. On remarque la déformation des lignes sur les bords (« effet de barillet ») caractéristique des grands angles. Marcel L’Herbier utilisera cette invention pour certaines scènes de L’Argent.
(1) A ce sujet, dans les suppléments du DVD, Carl Davis raconte dans son long interview une anecdote amusante : lors des projections-concerts à Londres, lorsque Napoléon dit « Impossible n’est pas français! », le public ricanait et riait… En revanche, lors d’une projection-concert à Paris, quelle ne fut pas sa surprise de voir que la réplique était accueillie par une ovation du public !
Carmelita et Dennis sont de retour de leur voyage de noces. Encouragée par la tante de Dennis, l’ex-fiancée Elizabeth a la ferme intention de reconquérir celui qu’elle a perdu… The Mexican Spitfire débute exactement là où The Girl from Mexico s’est terminé. Le ressort de cette comédie est à nouveau le décalage entre l’exubérante mexicaine et le monde guindé new-yorkais agrémenté de la rivalité entre deux femmes. Assez étonnamment, Lupe Velez s’est quelque peu calmée. C’est l’australien Leon Errol, dans le rôle de l’oncle, qui est nettement le vrai pilier du film : dans un double rôle, il fait un beau numéro, même si le scénario ne tire pas tout le potentiel des différents quiproquos. Le scénario est en effet assez pauvre et une impression de précipitation se dégage de l’ensemble. Une fois encore, le succès fut au rendez-vous et six autres suites s’enchaineront en trois ans. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Titre original : « A Personal Journey with Martin Scorsese Through American Movies »
Grand cinéphile, Martin Scorsese cherche à nous transmettre sa passion pour le cinéma américain avec cette série de trois documentaires de 75 minutes, produits par le British Film Institute (BFI). Il démarre à toute allure avec quelques éléments autobiographiques (il a vu son premier film à l’âge de quatre ans et c’était…Duel in the Sun de King Vidor !) Il poursuit avec la présentation des grands genres (western, film noir, comédie musicale). Cela va très vite, on est submergé par le flot d’informations. Ce premier volet est assez fatiguant avec des extraits courts et bruyants mais, heureusement, le rythme devient plus calme dans les deux volets suivants. Scorsese choisit de regrouper les metteurs en scène selon trois caractéristiques : illusionniste (ou raconteur d’histoire), contrebandier (introduire un élément sous-jacent) et iconoclaste (sur le plan des conventions sociales, pas sur celui de la technique). Les extraits de films sont alors plus généreux et agrémentés de quelques interviews de cinéastes (courts et peu nombreux toutefois). Scorsese s’arrête logiquement aux années soixante-dix puisque c’est alors qu’il a commencé à réaliser. Par rapport au Voyage à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier, l’ensemble est plus froid, moins passionné : Scorsese commente d’une voix monocorde au débit rapide, il est filmé en gros plan dans un style carcéral… L’ensemble reste très intéressant pour tous les amoureux du cinéma. Elle: Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 5,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* Le film vient tout juste de ressortir en DVD chez Arte (qui a co-produit) : 225 minutes sur un seul disque, ce qui engendre une perte de qualité mais permet un tarif très abordable.
* Il existe également Un Voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma italien en DVD toujours chez Arte (2002) : le cinéaste présente le travail de Roberto Rossellini, Vittorio De Sica, Luchino Visconti, Federico Fellini, Michelangelo Antonioni.