31 janvier 2012

Sommaire de janvier 2012

Le château du dragonL'ours et la poupéeBarberousseCabiriaLes compagnons de la NoubaOn a gafféUne exécution ordinaireJe n'ai pas tué Lincoln
Le château du dragon (1946) de Joseph L. Mankiewicz
L’ours et la poupée (1970) de Michel Deville
Barberousse (1965) de Akira Kurosawa
Cabiria (1914) de Giovanni Pastrone
Les compagnons de la Nouba (1933) de William A. Seiter
On a gaffé (1928) de Leo McCarey
Une exécution ordinaire (2010) de Marc Dugain
Je n’ai pas tué Lincoln (1936) de John Ford
Je n'ai rien oubliéEmbrasse-moi, idiot!La rouePollard blagueurUne femme sans amourUne femme disparaîtUne femme a tuéLe journal d'une femme de chambre
Je n’ai rien oublié (2010) de Bruno Chiche
Embrasse-moi, idiot! (1964) de Billy Wilder
La roue (1922) d’ Abel Gance
Pollard blagueur (1921) de Charley Chase
Une femme sans amour (1952) de Luis Buñuel
Une femme disparaît (1938) de Alfred Hitchcock
Une femme a tué (1952) de Vittorio Cottafavi
Le journal d’une femme de chambre (1964) de Luis Buñuel
Frontière chinoiseAnna ChristieJuste avant la nuitLa dame au manteau d'hermineThe AmericanQuai des OrfèvresDocteur FolamourLa proie du vent
Frontière chinoise (1966) de John Ford
Anna Christie (1930) de Clarence Brown
Juste avant la nuit (1971) de Claude Chabrol
La dame au manteau d’hermine (1948) de Ernst Lubitsch
The American (2010) de Anton Corbijn
Quai des Orfèvres (1947) de Henri-Georges Clouzot
Docteur Folamour (1964) de Stanley Kubrick
La proie du vent (1927) de René Clair
Les émotifs anonymesCasanova, un adolescent à VeniseMacadam à deux voiesVive la libertéLaurel et Hardy au Far-WestLes as d'OxfordThe Green Hornet
Les émotifs anonymes (2010) de Jean-Pierre Améris
Casanova, un adolescent à Venise (1969) de Luigi Comencini
Macadam à deux voies (1971) de Monte Hellman
Vive la liberté (1929) de Leo McCarey
Laurel et Hardy au Far-West (1937) de James W. Horne
Les as d’Oxford (1940) de Alfred J. Goulding
The Green Hornet (2011) de Michel Gondry

Nombre de billets : 31

31 janvier 2012

Le château du dragon (1946) de Joseph L. Mankiewicz

Titre original : « Dragonwyck »

Le château du dragonAu milieu du XIXe siècle, une jeune fille de fermier est recrutée par un lointain cousin aristocrate pour être la gouvernante de sa fille. Elle se rend donc dans son vaste château qui domine l’Hudson. Elle est émerveillée mais tout ne se passera pas comme dans ses rêves… Pour sa première réalisation, le brillant scénariste Joseph Mankiewicz hérite d’une adaptation qui ne le tentait guère (1). Il en fait tout de même un film parfaitement maitrisé avec une ambiance très forte, dans le genre « gothique ». De façon étonnante, on trouve dans ce premier film de Mankiewicz des thèmes que l’on retrouvera souvent dans ses œuvres, l’homme aveuglé par son ambition en est un. Gene Tierney apporte tout son charme (2) qui crée un beau contraste avec la rigidité du personnage joué (admirablement) par Vincent Price (3). Bien que ce soit sa première réalisation de Joseph Mankiewicz, Le château du dragon n’est pas moins l’un de ses plus beaux films.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Gene Tierney, Vincent Price, Walter Huston, Jessica Tandy
Voir la fiche du film et la filmographie de Joseph L. Mankiewicz sur le site IMDB.
Voir les autres films de Joseph L. Mankiewicz chroniqués sur ce blog…

Remarques :
(1) Après avoir lu une première fois le roman d’Anya Seton, Joseph Mankiewicz conseilla à la Fox de ne pas acheter les droits. Il trouvait que l’histoire ressemblait trop à Rebecca et manquait de force. Lubitsch montra toutefois son intérêt et insista. Mankiewicz commença donc à travailler dessus en tant que scénariste. Quand Lubitsch eut sa première crise cardiaque, il se retira et Zanuck proposa à Mankiewicz de le réaliser lui-même. Ernst Lubitsch restera producteur et il semble que Mankiewicz l’ait trouvé un peu trop présent sur le plateau.

Le château du dragon (2) Anecdote : Sur le plateau de Dragonwyck, Gene Tierney rencontra John Kennedy venu en curieux. Son sourire et ses yeux bleus la chavirèrent. Ils eurent ensuite une aventure ensemble qui dura quelque temps. Dans son autobiographie, elle raconte longement cett aventure et dit se souvenir du film uniquement pour cette raison. Pour elle, le film en lui-même est « forgettable » (oubliable)… Elle a tort.

(3) A noter qu’en 1946, Vincent Price n’était pas encore spécialisé dans les films d’horreur. Ce sera plutôt à partir des années cinquante.

30 janvier 2012

L’ours et la poupée (1970) de Michel Deville

L'ours et la poupéeL’ours est un violoncelliste rêveur et distrait qui vit simplement à la campagne avec ses enfants. La poupée est une ravissante idiote sophistiquée qui paresse en ville entourée d’une faune de snobs. Tout les oppose et pourtant ils vont se rencontrer quand la 2 CV du premier emboutit la Rolls de la seconde… Nina Companéez et Michel Deville se sont inspirés des comédies américaines des années trente (L’impossible Monsieur Bébé n’est pas loin) pour écrire une comédie divertissante. Le choix des acteurs ne se déroulât pas comme prévu (1) mais Brigitte Bardot fut ravie de pouvoir relancer sa carrière d’actrice qui battait de l’aile. Michel Deville misât tout sur l’actrice qui est ici bien mise en valeur : le scénario nous permet de l’admirer aussi bien en fine robe longue qu’avec une jupette de gamine de 10 ans! Michel Deville a soigneusement minuté chaque plan pour que le rythme accélère progressivement. Hélas, le résultat n’est pas à la hauteur du soin apporté et L’ours et la poupée manque de corps et de dialogues relevés. Le film est rapidement ennuyeux.
Elle:
Lui : 1 étoile

Acteurs: Brigitte Bardot, Jean-Pierre Cassel, Daniel Ceccaldi, Sabine Haudepin
Voir la fiche du film et la filmographie de Michel Deville sur le site IMDB.
Voir les autres films de Michel Deville chroniqués sur ce blog…

Remarques :
(1) Le scénario avait été écrit au départ en pensant à Catherine Deneuve. Maladroitement, Michel Deville proposa le rôle masculin à la fois à Alain Delon et à Jean-Paul Belmondo. Ce dernier fut le premier à refuser mais n’apprécia guère que Deville affirme alors qu’il ne l’avait proposé qu’à Delon. L’affaire devint publique. Résultat : tout le monde refusa, y compris Deneuve.

A lire : un texte intéressant de Philippe Lombard sur l’histoire du tournage

29 janvier 2012

Barberousse (1965) de Akira Kurosawa

Titre original : « Akahige »

BarberousseAux alentours de 1820 à Edo (aujourd’hui Tokyo), un tout jeune médecin est affecté à un dispensaire de quartier pauvre alors qu’il attendait un poste bien plus prestigieux du fait de ses relations. Il se révolte d’abord contre son patron, un docteur entièrement dévoué à sa tâche surnommé Barberousse, avant de s’intéresser peu à peu à certains cas… Barberousse fait partie des grands films humanistes d’Akira Kurosawa. Il s’agit d’une œuvre de grande ampleur à laquelle le cinéaste a consacré deux années. Cette transformation d’un jeune arriviste est admirablement construite puisque plusieurs histoires dans l’histoire nous sont contées. L’idée développée par Kurosawa est de montrer que les maux physiques cachent souvent une tragédie humaine dont la cause profonde est soit la pauvreté, soit la rigidité des codes sociaux. Le docteur Barberousse prouve peu à peu au jeune homme que soigner les maux des autres lui permet aussi de soigner les siens et trouver une paix en lui-même. Kurosawa sait éviter tout misérabilisme et tout sermon, il raconte des histoires qui nous captivent par leur force et qui nous touchent profondément. Barberousse fait partie de ces films qui nous font réfléchir sur notre vision de la vie et nous donnent une sensation d’enrichissement. La mise en scène est parfaite, un grand soin a été porté sur les décors et le format large de l’image est merveilleusement exploité. Barberousse fait partie des plus grands films de Kurosawa.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Toshirô Mifune, Yûzô Kayama, Tsutomu Yamazaki, Reiko Dan, Miyuki Kuwano
Voir la fiche du film et la filmographie de Akira Kurosawa sur le site IMDB.

Voir les autres films de Akira Kurosawa chroniqués sur ce blog…

Remarque :
Barberousse marque la fin de la collaboration entre Akira Kurosawa et son acteur fétiche Toshirô Mifune. Ce dernier se lançait alors dans la production, il était aussi courtisé par Hollywood. Immobilisé par le long tournage de Barberousse, il a commencé à entrer en conflit avec Kurosawa sur l’orientation à donner à son personnage : alors que le réalisateur voulait mettre en avant son altruisme, l’acteur voulait accentuer son côté héros prêt à tout, lointain. Kurosawa déclarera par la suite : « Son interprétation héroïque, granitique, austère, a faussé le personnage. Mifune n’a pas voulu m’écouter. Alors j’ai décidé de ne plus travailler avec lui. Quand un acteur commence à jouer son propre personnage, c’est fini. » Nous pouvons voir la conséquence de ces dissensions dans  la scène du combat, une scène qui paraît assez décalée et inutile.

28 janvier 2012

Cabiria (1914) de Giovanni Pastrone

CabiriaLa victoire dans la Guerre italo-turque en Libye (1911-12) raviva en Italie le désir de récits historiques. C’est ainsi que l’on vit naître les premiers grands péplums au cinéma : ce fut d’abord Quo Vadis en 1913 (le premier long métrage à dépasser les deux heures) mais c’est Cabiria qui frappera les esprits. Il marque un tournant dans l’Histoire du cinéma. Le scénario est extrêmement riche et très prenant. Bien qu’il soit officiellement signé de Gabriele D’Annunzio (écrivain alors très célèbre), c’est Giovanni Pastrone qui l’a écrit, D’Annunzio ayant en réalité seulement réécrit les intertitres (1). Le scénario place des personnes de fiction au sein de faits historiques de la Deuxième Guerre punique (IIIe siècle avant J.C.), l’intrigue étant articulée autour d’une fillette enlevée en Sicile et vendue à Carthage pour être sacrifiée aux dieux. Le sénateur Fulvio et son esclave Maciste sont sur ses traces…

CabiriaLe budget fut colossal. Des décors énormes furent fabriqués, des milliers de figurants engagés. Vu sur grand écran, le film reste impressionnant aujourd’hui. Rien ne paraît faux : par exemple, lorsque le palais s’écroule pendant l’éruption de l’Etna, on ressent la lourdeur des blocs de pierre qui tombent. La traversée des Alpes par Hannibal nous donne froid. Les décors ont toujours une forte présence, ce ne sont jamais des toiles peintes. Les costumes sont riches et très élaborés. Cela donne des scènes fastueuses où la lumière est remarquablement utilisée.

Cabiria Fosco Cabiria est révolutionnaire aussi pour une autre raison : c’est en effet le premier film avec des travellings. On doit certainement à Segundo de Chomón (réalisateur espagnol transfuge de Pathé, ici directeur de la photographie) l’idée de placer la caméra et l’opérateur sur un chariot pour pouvoir les déplacer sans s’arrêter de filmer. Les mouvements sont encore timides, utilisés soit pour donner de l’ampleur à une scène ou à un décor en laissant percevoir ainsi son relief, soit pour focaliser l’attention sur un personnage en se rapprochant de lui (les focales étaient bien évidemment fixes à l’époque, pas question de zoom) ; ils sont timides mais le principe est là. Pendant des années, le terme de « Cabiria movements » sera utilisé dans les studios pour désigner les travellings (2). Le montage est assez élaboré avec des plans de coupe, des gros plans sur des objets, donnant beaucoup de vie à l’ensemble.

Cabiria - affiche française (fin des années 20?) Le jeu des acteurs reste assez théâtral, un peu forcé et manquant souvent de naturel. C’est ce style de jeu qui trahit l’âge du film. Le personnage qui crève l’écran, c’est Maciste interprété par Bartolomeo Pagano, un docker du port de Gênes dont la célébrité sera immédiate. Ce personnage de Maciste, avec sa force herculéenne, sera repris dans des dizaines de films (3). Le film Cabiria eut un succès considérable, en Italie mais aussi aux Etats-Unis. Il a influencé de nombreux cinéastes, notamment D.W. Griffith (4). Souvent tronqué ou montré à une mauvaise vitesse, Cabiria a été restauré dans sa version intégrale de trois heures en 2006. (5)
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Lidia Quaranta, Umberto Mozzato, Bartolomeo Pagano, Italia Almirante-Manzini
Voir la fiche du film et la filmographie de Giovanni Pastrone sur le site IMDB.

Remarque :
(1) D’après les déclarations de Giovanni Pastrone en 1949, Gabriele d’Annunzio a signé une à une les 30 pages de scénario sans les lire. Il n’a réécrit les intertitres qu’en fin de production. C’est tout de même à lui que l’on devrait les noms de Cabiria et de Maciste.
A noter également que Giovanni Pastrone a signé la réalisation sous le nom Piero Fosco.

(2) Pastrone a déposé un brevet de ce principe (filmer en se déplaçant) qu’il a appelé « carello » (= travelling).

Cabiria - affiche française (fin des années 20?) (3) IMDB liste 49 films avec le personnage de Maciste. Tous ne sont pas de grande qualité, loin de là… Bartolomeo Pagano jouera dans près de trente d’entre eux, de 1914 à 1929. Il n’aura d’ailleurs jamais vraiment d’autres rôles au cinéma.

(4) Cabiria a fortement impressionné D.W. Griffith. Ce film l’aurait décidé à transformer The Mother and the Law qu’il était en train de tourner en une vaste fresque : ce sera Intolérance qui reprend des plans très similaires mais qui va encore plus loin dans la grandeur et l’innovation. Les sculptures monumentales d’éléphants sont reprises par Griffith comme par beaucoup d’autres par la suite. Cabiria a inspiré Sergueï Eisenstein pour ses déplacements de caméra du Cuirassé Potemkine. Cabiria a inspiré Fritz Lang pour la scène du Moloch de Metropolis. Fellini a nommé son personnage Cabiria dans son très beau film Les Nuits de Cabiria en référence à celui-ci.

(5) Les meilleures versions :
– Version de 123 minutes transcrite en 1990. Cette version n’est hélas pas disponible en France mais elle existe aux Etats-Unis éditée par Kino en 2000. Le DVD est ‘zone zéro’ donc lisible par tous les lecteurs (les intertitres sont en anglais, pas de sous-titres). L’image est de belle qualité, la vitesse est bonne, la musique est de Jacques Gauthier qui reprend la partition originale de Manilo Mazza.
– Version de 181 minutes, présentée pour la première fois à Cannes en 2006. Criterion avait alors annoncé la sortie ‘imminente’ d’un DVD. N’étant toujours pas sorti à ce jour, on peut se demander s’il sortira un jour (pour le centenaire?). Espérons-le.

27 janvier 2012

Les compagnons de la Nouba (1933) de William A. Seiter

Titre original : « Sons of the Desert »

Les compagnons de la NoubaPour se rendre à un rassemblement des Sons of the Desert à Chicago, Laurel et Hardy doivent user de gros stratagèmes pour mentir à leur femme… Cette histoire présente une bonne continuité dans son déroulement avec de bons gags et une peinture amusante des rapports hommes / femmes. Il y a une escalade bien dosée dans les situations périlleuses et des mensonges de plus en plus extravagants. A noter, le passage avec Charley Chase en joyeux drille, l’acteur comique jouant ici dans un style exubérant, donc très différent du sien. Malgré quelques petites longueurs dans les moments faibles, Sons of the Desert est à classer parmi les meilleurs films de Laurel et Hardy.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Stan Laurel, Oliver Hardy, Charley Chase, Mae Busch, Dorothy Christy
Voir la fiche du film et la filmographie de William A. Seiter sur le site IMDB.

Voir les autres films de William A. Seiter chroniqués sur ce blog…

Remarques :
* Laurel & Hardy avaient tourné une histoire très similaire en court-métrage muet, cinq ans auparavant : We faw down (1928) réalisé par Leo McCarey.
* Plus surprenant : Charley Chase avait tourné avec Mack Swain une histoire elle aussi très similaire en 1914 : Ambrose’s First Falsehood de Dell Henderson (Keystone).

27 janvier 2012

On a gaffé (1928) de Leo McCarey

Titre original : « We Faw Down »

On a gafféLaurel et Hardy sont mariés. Pour aller faire une partie de poker en ville, ils doivent mentir à leurs femmes… We Faw Down (On a gaffé) n’est pas le plus original des courts métrages de Laurel & Hardy. L’histoire est très classique et son développement n’offre guère de surprise. Le plus amusant est sans doute la façon dont Laurel joue avec son visage. Sorti fin 1928, le film n’est pas totalement muet : un disque Vitaphone était joué pendant la projection pour assurer musique et bruitages. Il y a par exemple des effets de musique et le rire des acteurs est parfaitement synchronisé. Le film préfigure le futur Sons of the desert.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Stan Laurel, Oliver Hardy, Vivien Oakland, Bess Flowers, Kay Deslys
Voir la fiche du film et la filmographie de Leo McCarey sur le site IMDB.

Voir les autres films de Leo McCarey chroniqués sur ce blog…

26 janvier 2012

Une exécution ordinaire (2010) de Marc Dugain

Une exécution ordinaireA l’automne 1952, une jeune femme médecin magnétiseur administre des soins dans un hôpital de la banlieue de Moscou. Elle est appelée à soigner secrètement Staline, souffrant alors de nombreuses douleurs… Pour son premier long métrage, Marc Dugain adapte son livre Une exécution ordinaire. Il ne s’agit que de la première des sept parties du livre qui s’étend sur les cinquante dernières années de la Russie. Marc Dugain parvient bien à recréer le climat de suspicion et de délation qui trouve son terreau dans les mesquineries et les jalousies. L’angoisse aussi est omniprésente, celle de l’arrestation pour des motifs que l’on ignore. Il traite de façon assez remarquable des rapports entre le dictateur et sa bienfaitrice ; c’est d’ailleurs le sujet principal du film. André Dussollier, absolument méconnaissable, on ne reconnaît que sa voix, a trouvé le ton juste (et assez inattendu) pour interpréter Staline, un mélange de douceur et de monstruosité froide. Marina Hands est tout aussi remarquable : prise dans un implacable piège qui se referme lentement sur elle, sa marge de manœuvre est effroyablement réduite. Pour un premier long métrage, Une exécution ordinaire est une belle réussite. Cet intense face à face psychologique est assez terrifiant.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: André Dussollier, Marina Hands, Edouard Baer, Denis Podalydès, Tom Novembre
Voir la fiche du film et la filmographie de Marc Dugain sur le site IMDB.

25 janvier 2012

Je n’ai pas tué Lincoln (1936) de John Ford

Titre original : « The prisoner of Shark Island »

Je n'ai pas tué LincolnQuelques heures après l’assassinat du président Abraham Lincoln, le docteur Samuel Mudd soigne la jambe cassée d’un homme qui a frappé à sa porte. Il ne sait pas qu’il s’agit de John Wilkes Booth, l’assassin du président. Mudd est arrêté peu après et jugé comme complice… Basé assez librement sur des faits historiques, Je n’ai pas tué Lincoln est une commande de Darryl Zanuck qui avait fait travailler l’une de ses scénaristes, Nunnally Johnson. Le film prend de façon très partisane le parti du docteur Mudd, le présentant comme un innocent complet (1). Le film est intéressant car il montre un certain tournant dans la carrière de John Ford qui était en train de se forger un vrai style. Alors que son film précédent Steamboat Round the Bend était une comédie somme toute assez légère, Je n’ai pas tué Lincoln est un film empreint de gravité, qui traite du plus grand sujet qui soit : l’Histoire des Etats-Unis. On peut déjà y percevoir nettement cet antagonisme nord/sud qui caractérise nombre de ses films : les grandes valeurs de l’Amérique sont portées par le Nord, tandis que la chaleur et l’humanité sont du côté du Sud. La mise en scène est d’une grande expertise, très efficace par sa simplicité ; Ford se concentre sur l’essentiel et crée des sentiments forts.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Warner Baxter, Gloria Stuart, Harry Carey, John Carradine
Voir la fiche du film et la filmographie de John Ford sur le site IMDB.Voir les autres films de John Ford chroniqués sur ce blog…

Remarques :
C’est le premier film de John Ford avec John Carradine.

(1) La réalité est plus complexe et le cas de Samuel Mudd divise encore les historiens aujourd’hui. Il semble que Mudd avait rencontré Booth à deux reprises auparavant et que Booth aurait passé la nuit chez Mudd et non quelques minutes. Le film contient également plusieurs faits inexacts ou inventés. Samuel Mudd fut gracié mais jamais réhabilité malgré les tentatives de ses descendants.

Remake :
Hellgate de Charles Marquis Warren (1952) avec Sterling Hayden et Joan Leslie.

24 janvier 2012

Je n’ai rien oublié (2010) de Bruno Chiche

Je n'ai rien oubliéLa famille de Thomas, fils d’un riche industriel, a toujours employé son ami d’enfance Conrad, fils d’un domestique enfui. Lorsque celui-ci met accidentellement le feu à la résidence de vacances dont il avait la garde, la famille voit d’un mauvais œil le retour de cet homme qui a maintenant des comportements erratiques. Elvira, matriarche autoritaire, décide néanmoins de l’héberger dans une dépendance du château… Je n’ai rien oublié est adapté d’un roman de l’écrivain suisse Martin Suter. Si l’on est pressé, on peut le définir comme un thriller psychologique mais ce n’est pas vraiment l’intrigue qui fait l’attrait de ce troisième film de Bruno Chiche : le fond de cette histoire est difficilement crédible. En revanche, Bruno Chiche parvient à créer un climat, à entretenir un certain suspense et surtout à traiter avec délicatesse et sans pathos de la maladie d’Alzheimer. Il sait trouver le ton juste, l’équilibre parfait. Il est servi par un excellent plateau d’acteurs : il est toujours étonnant de voir Depardieu, avec sa corpulence démesurée, jouer avec tant de délicatesse et exprimer tant de fragilité. Malgré les défauts de son intrigue (qui ne sont d’ailleurs visibles qu’à la toute fin), Je n’ai rien oublié est un film très réussi.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Gérard Depardieu, Alexandra Maria Lara, Françoise Fabian, Niels Arestrup, Nathalie Baye, Yannick Renier
Voir la fiche du film et la filmographie de Bruno Chiche sur le site IMDB.

Voir les autres films de Bruno Chiche chroniqués sur ce blog…