21 septembre 2022

Le Grand Bleu (1988) de Luc Besson

Le Grand BleuLe français Jacques Mayol et l’italien Enzo Molinari sont amis depuis l’enfance mais rivaux dans le sport. Ils vont s’affronter à plusieurs reprises aux championnats du monde de plongée en apnée…
Le Grand Bleu est un film franco-italien coécrit, coproduit et réalisé par Luc Besson. C’est son troisième long métrage. Projet colossal ayant nécessité deux ans d’écriture et neuf mois de tournage, Le Grand Bleu est très librement inspiré des vies de Jacques Mayol et Enzo Maiorca, célèbres champions de plongée en apnée, ainsi que de la propre enfance de Luc Besson. Son immense succès en France, alimenté par l’identification des adolescents au personnage interprété par Jean-Marc Barr, a donné du travail aux sociologues mais le film est plus qu’un simple film générationnel. Luc Besson sait créer des images fortes et surtout, il a su donner une dimension mystique à cette passion de la plongée pour en faire une tentative de communion avec la nature. On peut reprocher au film sa simplicité, son caractère enfantin, mais il s’agit de la simplicité des contes merveilleux. Car c’est bien d’un conte qu’il s’agit. La photographie est très belle. Hormis quelques exceptions notoires, la critique rejeta majoritairement le film, parfois avec véhémence (des sifflets fusèrent lors de sa projection à Cannes). Plus de neuf millions d’entrées en France. La musique d’Eric Serra connut le même succès.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Rosanna Arquette, Jean-Marc Barr, Jean Reno, Paul Shenar, Sergio Castellitto, Jean Bouise, Marc Duret, Griffin Dunne
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Remarques :
* Une version longue, rallongée de 50 mm, est sortie en 1989.
* Le film n’eut pas le même succès à l’étranger. A noter, qu’aux Etats Unis, le film fut distribué avec un happy end rajouté (le dauphin ramène le plongeur à la surface).
* Enzo Maiorca n’apprécia guère le portrait qui était fait de lui. Il déposa une plainte pour diffamation contre Luc Besson qui bloqua la sortie du film en Italie. Le film ne put y être distribué qu’en 2002, dans une version abrégée . Parmi les scènes coupées, on trouve celle dans laquelle Enzo se fait payer pour sauver la vie d’un homme qui est en train de se noyer, la représentation dégradante de la mère d’Enzo, et la caricature d’Enzo en mangeur de pâtes.

Le Grand BleuJean-Marc Barr dans Le Grand Bleu de Luc Besson.
Le Grand BleuRosanna Arquette, Jean Reno et Jean-Marc Barr dans Le Grand Bleu de Luc Besson.

22 décembre 2017

Les Dents de la mer (1975) de Steven Spielberg

Titre original : « Jaws »

Les dents de la merSur la plage de l’île d’Amity au large de la côte Est, une jeune étudiante est retrouvée rejetée par la mer, le corps déchiqueté. Le chef de la police pense à une attaque de requin et veut immédiatement fermer la plage. Mais le maire et les commerçants refusent de peur de voir la saison touristique compromise… Malgré l’échec de son premier long métrage (Sugarland Express), Steven Spielberg réussit à réunir un bon budget pour tourner Jaws, adaptation d’un bestseller dont il ne gardera que ce qui l’intéresse : le combat contre un ennemi invisible. Rien ne se passera comme prévu lors du tournage mais la ténacité du jeune réalisateur de 27 ans finira par l’emporter, certains revers se transformant même en atout : le naufrage de Bruce, le requin à manivelle, dès la première prise força Spielberg à aller encore plus loin dans sa décision de ne pas trop le montrer (il a fallu un mois pour le réparer). Un ennemi invisible, juste suggéré par le passage d’un aileron ou d’un vague corps massif, est bien plus terrifiant : on retrouve ainsi dans la seconde partie, la plus soignée, le même type d’angoisse que dans Duel (1971). La tension est alors très forte, la musique de John Williams venant l’accentuer encore,  le film est indéniablement prenant. Spielberg est bien un magicien quand il s’agit de manier les images. Comme on le sait, le succès fut immense : le film battit tous les records de recettes et fut largement copié, plus souvent pour le pire que pour le meilleur, à commencer par Universal qui produira trois suites… sans Spielberg.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Roy Scheider, Robert Shaw, Richard Dreyfuss
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Jaws

Remarques :
* Jaws est l’un des tous premiers films où les studios utilisèrent une technique commerciale aujourd’hui largement répandue. Auparavant, les films sortaient dans quelques villes et, si les retours étaient positifs, on montait en puissance. Pour Jaws, Universal a tout de suite fait dupliquer un très grand nombre de copies et l’a sorti simultanément dans des centaines de salles tout autour du pays afin de créer une onde de choc massive. De plus, le film est de plus sorti en plein été, devenant ainsi le premier blockbuster de l’été (habituellement, les grosses sorties se faisaient en décembre mais le film eut du retard). Du fait du sujet, le même film sorti dans les froideurs de décembre aurait probablement eu moins d’impact.
* Jaws s’inscrit dans la vogue des films-catastrophe des années 70 (La Tour infernale est sorti l’année précédente).

* Une scène est restée célèbre : lorsque Roy Scheider est témoin de la première attaque sur la plage, Steven Spielberg fait sur son visage un effet de « traveling contrarié » (Dolly zoom en anglais), effet qui consiste à faire un traveling avant ou arrière en le compensant par un zoom inverse. Résultat : la tête du personnage reste à la même dimension mais le décor derrière lui change de taille. Cet effet a été utilisé pour la première fois par Hitchcock dans Vertigo, puis dans Psychose et Marnie.

Jaws
La face cachée de Bruce le Requin qui sème la terreur dans Les dents de la mer de Steven Spielberg (on remarque à l’arrière-plan à gauche, une barge pleine de monde qui semble être l’équipe de tournage).

12 novembre 2016

Lifeboat (1944) de Alfred Hitchcock

LifeboatUn navire américain sombre après avoir été attaqué par un sous-marin allemand. Une poignée de survivants se retrouvent dans une chaloupe de sauvetage. Ils recueillent un allemand, rescapé du sous-marin responsable de l’attaque… Comme on le sait, Alfred Hitchcock aime les challenges : faire un film entier dans un lieu aussi réduit qu’un canot de sauvetage était son idée. John Steinbeck lui a écrit la base de l’histoire qu’il a fait réécrire ensuite par plusieurs scénaristes. Le tournage, en studio dans un large réservoir, fut extrêmement éprouvant pour les acteurs. Hitchcock est resté très rigoureux : la caméra ne sort jamais du canot et il n’y a pas de musique. Réalisé en pleine Seconde Guerre mondiale, Lifeboat se démarque nettement des films de propagande qui ont généralement un ton triomphaliste. Le film fut très critiqué à sa sortie pour le fait qu’il montrait un allemand supérieur aux autres personnages. En fait, l’intention d’Hitchcock était d’alerter du danger que représentait un pays totalitaire, organisé et pragmatique, face à nos démocraties, divisées et indécises. Le message fut le plus souvent mal compris. Lifeboat fait partie des rares films d’Hitchcock qui perdirent de l’argent. Pourtant, il est bien unique en son genre.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Tallulah Bankhead, William Bendix, Walter Slezak, Mary Anderson, John Hodiak, Henry Hull, Heather Angel, Hume Cronyn, Canada Lee
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Lifeboat
(de g. à dr.) Canada Lee, John Hodiak, Henry Hull, Tallulah Bankhead, Hume Cronyn et Mary Anderson dans Lifeboat d’Alfred Hitchcock.

Remarques :
* Liste des scénaristes ayant travaillé sur le scénario (dans l’ordre) : John Steinbeck, Jo Swerling, Alma Reville, MacKinlay Kantor, Patricia Collinge, Albert Mannheimer, Marian Spitzer, Ben Hecht (ce dernier ayant retravaillé la fin).

* Plusieurs acteurs durent être soignés pour pneumonie, Tallulah Bankhead deux fois. Hume Cronyn a failli se noyer pendant une scène de tempête. Dans une autre scène, il eut les côtes fêlées.

* Autant Hitchcock appréciait Tallulah Bankhead, autant il n’aimait guère Mary Anderson. Un jour, alors que l’actrice demandait au réalisateur quel était son meilleur profil, Hitchcock répondit imperturbablement : « Ma chère, vous être assise dessus ! »

* Ne pouvant faire sa classique apparition en tant que passant, Alfred Hitchcock eut une idée brillante pour son cameo : il apparaît sur une feuille de journal trouvé flottant, dans une publicité pour un régime amaigrissant. A noter que le réalisateur était réellement en train de suivre un régime, s’étant fixé comme but de passer de 150 kg à 100 kg. Les photos seraient, dit-on, réelles. Certains spectateurs ont écrit au studio pour demander l’adresse de la société Reduco.

Lifeboat
Alfred Hitchcock apparaît pour son traditionnel cameo, dans Lifeboat (1944). C’est pratiquement devenu son cameo le plus célèbre… William Bendix lit le journal.

Lifeboat
Walter Slezak (le rescapé allemand) et Tallulah Bankhead dans Lifeboat d’Alfred Hitchcock.

Remake :
Lifepod (TV, 1993) de Ron Silver, transposé dans l’espace au 22e siècle.

3 avril 2016

Le Crabe-Tambour (1977) de Pierre Schoendoerffer

Le Crabe-TambourSur un bâtiment de la Marine Nationale chargé de porter assistance aux bateaux de pêche français près de Terre-Neuve, un commandant et son médecin-capitaine évoque un homme qu’ils ont bien connu, surnommé Crabe-Tambour, un officier qu’ils ont connu en Indochine et qui a eu ensuite un parcours trouble… Pour écrire son roman Le Crabe-Tambour qui a servi de base à ce film, Pierre Schoendoerffer s’est inspiré de la vie de Pierre Guillaume, un officier de marine condamné pour avoir participé au putsch d’Alger en 1961 et pour être passé ensuite du côté de l’OAS. Le film se présente comme une suite de discussions, d’évocation de souvenirs illustrés de flashbacks. Le propos de ces officiers est marqué par la désillusion, la nostalgie, mais aussi une froide lucidité qui génère le sentiment d’être mis de côté et dépassé. Pierre Schoendoerffer se montre en totale empathie avec eux et ne porte aucun jugement, aucune condamnation sur leurs dérives. En choisissant le très photogénique Jacques Perrin pour incarner le personnage principal et en lui plaçant comme compagnon inséparable un chat noir, il fait même de son personnage central une figure mythique voire christique, la personnification d’un idéal. Tout cela est un peu gênant et, aussi, un peu ennuyeux. Le plus beau reste les images de mer déchaînée et le réalisme des scènes de vie à bord, c’est toujours ce genre de scènes que Schoendoerffer réussit le mieux, d’autant plus que Raoul Coutard est derrière la caméra. Le film connut un beau succès, salué par trois Césars.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Jean Rochefort, Claude Rich, Jacques Perrin, Aurore Clément, Jacques Dufilho
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Le Crabe-Tambour
Jean Rochefort et Claude Rich dans Le Crabe-Tambour de Pierre Schoendoerffer.

Le crabe-Tambour
Jacques Perrin dans Le Crabe-Tambour de Pierre Schoendoerffer.

9 janvier 2016

La Vengeance aux deux visages (1961) de Marlon Brando

Titre original : « One-Eyed Jacks »

La Vengeance aux deux visagesAprès avoir dévalisé une banque au Mexique, Kid Rio (Marlon Brando) est abandonné lâchement par son complice et ami Dad Longworth (Karl Malden). Lorsqu’il parvient à s’évader du bagne cinq ans plus tard, Rio n’a qu’une idée en tête : retrouver son ancien acolyte pour se venger… One-Eyed Jacks est l’unique réalisation de l’acteur Marlon Brando. Initialement confié à Stanley Kubrick, le film connut une production tumultueuse mais le résultat est un western très personnel, franchement superbe. Les extérieurs sont splendides et le fait qu’une bonne partie se déroule au bord de la mer californienne tumultueuse lui donne un cachet assez unique. Mais c’est surtout les rapports entre les deux personnages principaux qui font toute la richesse du film, des rapports que l’on peut qualifier de multiples façons, oedipiens, avec un symbolique père et fils (les personnages ne sont pas nommés Kid et Dad pour rien), masochistes, etc. Le jeu de Marlon Brandon est joliment complexe, parvenant à faire passer une multitude de sentiments. Bien que le film ne comporte que peu de scènes d’action, la tension reste forte tout au long des quelque 2 heures 20. One-Eyed Jacks est ainsi un western unique en son genre, une réalisation très personnelle de Brando dont on peut regretter qu’il n’ait pas poursuivi en ce sens. Le film fut (et il est toujours) diversement apprécié.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Marlon Brando, Karl Malden, Katy Jurado, Ben Johnson, Slim Pickens
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Remarques :
* Le scénario est l’adaptation d’un roman de Charles Neider, The Authentic Death of Henry Jones, qui s’inspirait lui même de The Authentic Life of Billy le Kid écrit par le shérif Pat Garrett. Rod Serling en débuta l’écriture, suivi par Sam Peckinpah. Lorsque Stanley Kubrick arriva sur le projet, il écarta ce dernier pour le remplacer par Calder Willingham avec lequel il avait travaillé pour Les Sentiers de la Gloire. Le producteur Frank Rosenberg finit par imposer Guy Trosper.

* Prévu pour durer 6 semaines, le tournage dura en réalité 6 mois. Le budget fut triple de ce qui était prévu. Le perfectionnisme de Marlon Brando est le principal responsable de ces dépassements, même si son inexpérience a du également multiplier les prises. On a raconté qu’il pouvait rester des heures assis face à la mer à attendre que les vagues aient la vigueur qu’il souhaitait.

* Le montage fait par Marlon Brando donnait un film de 4h 45. Paramount le réduisit exactement à la moitié.

One-Eyed Jacks
Karl Malden et Marlon Brando dans La Vengeance aux deux visages de Marlon Brando.

One-Eyed Jacks
Marlon Brando et Pina Pellicer dans La Vengeance aux deux visages de Marlon Brando.

15 mars 2015

Moby Dick (1956) de John Huston

Moby DickAttiré par la mer, le jeune Ismaël se rend dans un petit village de pêcheurs avec la ferme intention de partir pour la grande pêche qui soit : la chasse à la baleine. Il s’engage sur le Pequod du capitaine Achab, un capitaine très respecté qui a perdu une jambe dans une précédente expédition… Adapter le roman d’Herman Melville Moby Dick au cinéma n’est pas chose facile car c’est un récit chargé de symbolisme (1). Cette histoire est une allégorie de la lutte du Bien et du Mal, où l’orgueil et le désir de vengeance sont fustigés et où l’on peut déceler de nombreuses références bibliques. Pour John Huston, le thème fort du roman est le blasphème ; il voit dans l’obstination du capitaine un défi à Dieu (2) et c’est ainsi qu’il a voulut son adaptation à l’écran. Il en a écrit le scénario avec Ray Bradbury, l’écrivain bien connu pour ses écrits de science-fiction. Le tournage fut très difficile et éprouvant, « de tous mes films, le plus difficile à mener à son terme » précise John Houston dans son autobiographie (3). L’interprétation de Gregory Peck a été fortement critiquée, comme étant incapable de restituer toutes la dimension du personnage. Elle est pourtant assez juste mais certainement moins spectaculaire que celles de John Barrymore qui amplifiait le caractère halluciné du capitaine. John Huston la défend même s’il avait prévu au départ de prendre son père Walter Huston pour le rôle. Orson Welles, quant à lui, fait une belle prestation lors du sermon avant le départ. Le Moby Dick de John Huston est sans conteste la meilleure adaptation du roman.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Gregory Peck, Richard Basehart, Leo Genn, Orson Welles
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Moby Dick de John Huston
Gregory Peck est le Capitaine Achab du Moby Dick de John Huston (1956)

Remarques :
* La baleine blanche utilisée pour le tournage mesurait trente mètres de long et était trainée par un puissant remorqueur. Du fait des mauvaises conditions météorologiques, ils en perdirent deux. Le bateau utilisé pour le Pequod est un authentique navire racheté à la ville de Scarborough où il servait d’attraction touristique.

* En 1992, Ray Bradbury fait paraître La Baleine de Dublin (Green Shadows, White Whale), une version romancée de sa rencontre avec John Huston et de son séjour en Irlande pendant l’écriture du scénario.

(1) Moby Dick est un roman que l’on lit généralement beaucoup trop jeune (et dans une version courte) pour le comprendre parfaitement. Enfant, on le lit comme un roman d’aventures alors qu’il est bien plus que cela. (Houston va plus loin en déclarant que ceux qui affirment l’avoir lu très jeune sont des menteurs…)
(2) « Achab ne niait pas Dieu mais le considérait comme un assassin : une pensée parfaitement blasphématoire. »
(3) John Huston par John Huston (Pygmalion, 1982 pour l’édition française).

Moby Dick au cinéma :
Jim le harponneur (The Sea Beast) de Millard Webb (1926) avec John Barrymore (muet)
Moby Dick de Llloyd Bacon (1930) avec de nouveau John Barrymore (parlant)
Le Démon des mers (Dämon des Meeres) de Michael Curtiz (1931) avec William Dieterle (version allemande tournée simultanément au film précédent)
Moby Dick de John Huston (1956) avec Gregory Peck

et aussi :
Capitaine Achab de Philippe Ramos (2007) avec Denis Lavant (film centré sur le parcours du Capitaine Achab)

26 juillet 2014

Perfect Mothers (2013) de Anne Fontaine

Titre original : « Adore »

Perfect MothersAmies depuis l’enfance, Roz et Lil vivent dans deux maisons proches face à une grande plage australienne. Elles ont chacune un grand fils, également très amis, qu’elles contemplent avec admiration et satisfaction. Quand l’un des garçons séduit la mère de son copain, l’autre se met naturellement à l’imiter… D’un roman de Doris Lessing, Anne Fontaine a enjolivé à la fois le lieu et les participants. Les mères sont jeunes et belles (un rapide calcul nous laisse supposer qu’elles auraient eu leur fils entre 15 et 17 ans), les garçons sont beaux comme des dieux grecs et le lieu est irréel, paradisiaque, à l’écart de toute civilisation. Tout cela est sans doute un peu trop beau et donne un côté artificiel à l’ensemble. Anne Fontaine semble s’être surtout appliquée à mettre joliment en scène une transgression sociale (incestueuse sans l’être) au détriment de la profondeur : nous avons l’impression de rester en surface, de simplement observer. Pourtant la situation ne manque d’intérêt : nous avons ici une double relation fusionnelle qui, en rejetant toute intrusion extérieure, se transforme en une quadruple relation fusionnelle quasi indestructible. Il est simplement un peu dommage qu’Anne Fontaine ait tant édulcoré son sujet. La photographie de Christophe Beaucarne (qui a filmé en argentique et en anamorphique) est très belle.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Naomi Watts, Robin Wright, Xavier Samuel, James Frecheville
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Remarques :
* Le court roman de Doris Leasing, paru en 2003, a pour titre Les Grand-mères (The Grandmothers). Rappelons que la romancière britannique, décédée fin 2013 à l’âge de 94 ans, s’est vu attribuer le prix Nobel de littérature en 2007.

* Le lieu si paradisiaque où Perfect Mothers a été tourné est Seals Rocks, dans l’état du New South Wales (Nouvelles-Galles du Sud) en Australie, à environ 250 kms au nord de Sydney.
Voici l’emplacement exact du petit chemin qu’ils prennent à partir de la route pour rejoindre la plage sur Google Maps… L’une des deux maisons utilisées pour le tournage est un peu plus haut sur la route, semble t-il. La maison photographiée de loin semble être celle située tout au bout de la baie (la dernière, cadrée de façon à donner l’impression qu’elle est isolée). Le lieu est effectivement paradisiaque…

26 avril 2014

Les Hommes de la mer (1940) de John Ford

Titre original : « The Long Voyage Home »

Les hommes de la merAprès une escale aux Antilles, le cargo Glencairn embarque une cargaison d’explosifs pour leur faire traverser l’Atlantique jusqu’en Angleterre alors en guerre… Les Hommes de la mer est adapté de quatre pièces d’Eugene O’Neill (1) mises presque bout à bout dans un même récit par Dudley Nichols. Assez curieusement pour un film traitant des marins, Les Hommes de la mer se déroule entièrement dans des lieux clos et resserrés, le plus souvent de nuit, avec une atmosphère assez lourde (les amateurs de grands espaces seront donc certainement déçus). Ce n’est pas en effet la mer qui intéresse John Ford mais plutôt la fatalité qu’elle génère pour ces marins qui sont condamnés à errer de vieux rafiots rouillés en vieux rafiots rouillés. On retrouve donc ici ce thème de l’errance que l’on retrouve dans beaucoup des films de John Ford, l’absence ou la perte de port d’attache. Le propos est assez sombre, presque cruel. Ce sentiment est renforcé par la photographie très contrastée et superbe de Gregg Toland qui a utilisé des éclairages très puissants. Dans certains plans, l’utilisation de l’ombre et de la lumière est époustouflante. Les Hommes de la mer ne fait pas partie des films les plus cités de John Ford. Il n’a rien d’un film spectaculaire, il est d’une perception indéniablement moins immédiate que celui qui l’a précédé Les Raisins de la Colère et avec lequel il a nombreux points communs.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: John Wayne, Thomas Mitchell, Ian Hunter, Barry Fitzgerald, Ward Bond
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Remarques :
* Le film est précédé d’un court texte qui résume parfaitement le propos : « Avec leurs haines et leurs appétits, les hommes changent la face de la terre. Ils ne peuvent changer la mer. Les gens de mer ne changent jamais. Ils vivent dans un monde à part, solitaires, passent d’un vieux rafiot rouillé à un autre aussi délabré. »

* John interprète un marin suédois. Pour restituer un accent assez authentique, il a pris des cours avec la (très belle) actrice danoise Osa Massen.

(1) Les quatre pièces d’Eugene O’Neill à la base du scénario de Les Hommes de la mer :
Début du film : The Moon of the Caribees
La mort de Yank : Bound East for Cardiff
Smitty soupçonné de trahison : In the Zone
Fin du film : The Long Voyage Home
Ces quatre pièces ont été écrites et jouées aux alentours de 1916, leur action se situaient donc pendant la Première Guerre mondiale. C’est Dudley Nichols qui les a transposées dans cette Seconde guerre mondiale naissante. A noter que les quatre pièces avaient déjà été réunies sur scène en 1937 pour former One Act Plays of the Sea (Pièces en un acte sur la mer).

12 décembre 2013

In Another Country (2012) de Hong Sang-soo

Titre original : « Da-reun na-ra-e-seo »

In Another CountryCoincée dans une station balnéaire coréenne presque vide hors-saison, une jeune femme écrit trois histoires mettant en scène le personnage d’une femme française qui vient seule y passer quelques jours… Ecrit et réalisé par Hong Sang-soo, tourné avec une équipe réduite dans une atmosphère presque intimiste, In Another Country est un film assez original, qui peut dérouter certes mais qui ne manque pas d’attrait. Sa simplicité (apparente) et la proximité avec les personnages le rendent assez séduisant. Sa construction le rend même assez remarquable car, dans ces trois variations, une femme bien différente (à chaque fois interprétée par Isabelle Huppert) rencontre les même personnes, se rend dans les mêmes lieux. En plus, Hong Sang-soo introduit quelques fausses pistes, de faux départs, variation dans les variations. Le point commun entre ces trois femmes est d’être un peu une âme flottante, en transition. Hong Sang-soo s’attache principalement à décrire les relations qui se nouent entre les personnes, dans un contexte éphémère. C’est en ce sens que la comparaison avec Rohmer a parfois été évoquée. In Another Country ne manque donc pas d’attrait.
Elle: 5 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Isabelle Huppert, Yu Jun-Sang, Yu-mi Jeong
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20 novembre 2013

Le Désert rouge (1964) de Michelangelo Antonioni

Titre original : « Il deserto rosso »

Le désert rougeDans la région industrielle de Ravenne en Italie, Guiliana (Monica Vitti) tente de retrouver un équilibre après une tentative de suicide. Ne pouvant trouver de l’aide auprès de son mari, ingénieur industriel, elle se rapproche de l’un de ses amis Corrado sur le point de partir en Patagonie… Ecrit par Michelangelo Antonioni et Tonino Guerra, Le Désert rouge est le premier film en couleurs du cinéaste. C’est une réflexion sur l’Humain. Guiliana est totalement désemparée devant son impuissance à s’intégrer dans ce monde qui a trop vite évolué. Les machines sont triomphantes, elles semblent avoir pris le pas sur l’homme, elles éructent de grands jets de vapeur ou de fumées toxiques ; elles défigurent le paysage, rendent la terre inhumaine. Dans cet univers froid, les rapports entre les humains se distendent : une tentative de récréer une sociabilité sera vaine (scène de la cabane). Même les activités sexuelles perdent de leur attrait, elles n’apportent pas de réponses à nos questions existentielles. On retrouve donc ici ce thème de l’incommunicabilité commun à de nombreux films du cinéaste.  C’est seulement au pays des contes pour enfants que la Terre idéale existe encore : paradis perdu, paradis à reconquérir ou prospective de « l’après » ? C’est à nous de le dire. Sur la forme, Antonioni utilise largement les flous, les vapeurs ou la brume pour renforcer son propos (désarroi, déshumanisation), il introduit la couleur progressivement : désaturée au début du film, presque monochrome, l’image se teinte parfois par grandes zones pour appuyer sur un état psychologique particulier. Avec ses couleurs éclatantes, la grande scène du conte pour enfants tranche avec le reste du film dont les dominantes restent ternes. Dans cette Italie des années soixante alors en pleine ré-industrialisation, Le Désert rouge proposait une réflexion que l’on peut trouver toujours d’actualité aujourd’hui.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Monica Vitti, Richard Harris, Carlo Chionetti
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Remarque :
Dans Le Désert rouge, il y a un très beau plan qui résume presque tout le film à lui tout seul. C’est celui où le petit groupe part de la cabane (fuyant le bateau en quarantaine) et où Guiliana regarde le groupe. Tous sont écartés les uns des autres, immobiles et silencieux, comme figés, et la une brume s’insinue entre eux pour les faire presque disparaître. La scène est à la fois très belle et puissamment chargée de signification.