21 septembre 2022

Le Grand Bleu (1988) de Luc Besson

Le Grand BleuLe français Jacques Mayol et l’italien Enzo Molinari sont amis depuis l’enfance mais rivaux dans le sport. Ils vont s’affronter à plusieurs reprises aux championnats du monde de plongée en apnée…
Le Grand Bleu est un film franco-italien coécrit, coproduit et réalisé par Luc Besson. C’est son troisième long métrage. Projet colossal ayant nécessité deux ans d’écriture et neuf mois de tournage, Le Grand Bleu est très librement inspiré des vies de Jacques Mayol et Enzo Maiorca, célèbres champions de plongée en apnée, ainsi que de la propre enfance de Luc Besson. Son immense succès en France, alimenté par l’identification des adolescents au personnage interprété par Jean-Marc Barr, a donné du travail aux sociologues mais le film est plus qu’un simple film générationnel. Luc Besson sait créer des images fortes et surtout, il a su donner une dimension mystique à cette passion de la plongée pour en faire une tentative de communion avec la nature. On peut reprocher au film sa simplicité, son caractère enfantin, mais il s’agit de la simplicité des contes merveilleux. Car c’est bien d’un conte qu’il s’agit. La photographie est très belle. Hormis quelques exceptions notoires, la critique rejeta majoritairement le film, parfois avec véhémence (des sifflets fusèrent lors de sa projection à Cannes). Plus de neuf millions d’entrées en France. La musique d’Eric Serra connut le même succès.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Rosanna Arquette, Jean-Marc Barr, Jean Reno, Paul Shenar, Sergio Castellitto, Jean Bouise, Marc Duret, Griffin Dunne
Voir la fiche du film et la filmographie de Luc Besson sur le site IMDB.

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Remarques :
* Une version longue, rallongée de 50 mm, est sortie en 1989.
* Le film n’eut pas le même succès à l’étranger. A noter, qu’aux Etats Unis, le film fut distribué avec un happy end rajouté (le dauphin ramène le plongeur à la surface).
* Enzo Maiorca n’apprécia guère le portrait qui était fait de lui. Il déposa une plainte pour diffamation contre Luc Besson qui bloqua la sortie du film en Italie. Le film ne put y être distribué qu’en 2002, dans une version abrégée . Parmi les scènes coupées, on trouve celle dans laquelle Enzo se fait payer pour sauver la vie d’un homme qui est en train de se noyer, la représentation dégradante de la mère d’Enzo, et la caricature d’Enzo en mangeur de pâtes.

Le Grand BleuJean-Marc Barr dans Le Grand Bleu de Luc Besson.
Le Grand BleuRosanna Arquette, Jean Reno et Jean-Marc Barr dans Le Grand Bleu de Luc Besson.

9 mars 2020

Asako I & II (2018) de Ryûsuke Hamaguchi

Titre original : « Netemo sametemo »

Asako I & II (Netemo sametemo)Lorsque son premier grand amour disparaît du jour au lendemain sans prévenir, Asako est abasourdie et quitte Osaka pour changer de vie. Deux ans plus tard à Tokyo, elle rencontre un homme qui ressemble trait pour trait à son premier amour. D’abord réticente, elle finit par en tomber amoureuse…
Basé sur un roman de l’écrivaine japonaise Tomoka Shibasaki, Asako I & II nous raconte une grande passion amoureuse de façon posée et très délicate. La force des sentiments ne génère pas ici d’éclats spectaculaires, les tourments restent intérieurs mais n’en sont pas moins profonds. Il se dégage même une impression de grand calme, renforcée par la douceur des traits des deux personnages principaux. Quelle est la réelle nature de l’amour ? Est-il transposable ? Ryūsuke Hamaguchi fait preuve d’une grande sensibilité en explorant ces thèmes particulièrement insondables.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Masahiro Higashide, Erika Karata
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Remarques :
* Ryūsuke Hamaguchi est un réalisateur japonais très peu connu en France. La présentation de Asako I & II en compétition à Cannes en 2018 a permis de le découvrir.

Asako I & II (Netemo sametemo)Erika Karata et Masahiro Higashide dans Asako I & II (Netemo sametemo) de Ryûsuke Hamaguchi.

1 août 2012

The Moon and Sixpence (1942) de Albert Lewin

Titre original : « The moon and sixpence »

The Moon and SixpenceCharles Strickland abandonne sa vie bien rangée, sa femme et ses enfants pour s’installer à Paris afin d’assouvir sa passion jusque là secrète, la peinture… The Moon and Sixpence est fidèlement adapté du roman homonyme de William Somerset Maugham. Le personnage du roman évoque Gauguin par certains aspects (1) mais ce n’est en aucun cas une biographie de Paul Gauguin. Non, le sujet est tout autre : il s’agit de la confrontation entre une passion qui élève avec un réalisme qui abaisse (2). Strickland se forge une carapace de cynisme et devient même asocial pour se protéger et éviter de retourner à sa morne vie antérieure. De même, sa méfiance envers les femmes (il refuse l’amour car il sent que c’est un piège) se transforme en profonde misogynie. Le film est élégant dans sa forme et ses dialogues, très anglais, George Sanders apportant cette dose d’intelligence et de raffinement qui empêche son personnage d’être odieux. Cette élégance est certes coutumière à Albert Lewin mais il s’agit ici de son premier film. Le réalisateur américain traite déjà de son sujet favori : la peinture.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: George Sanders, Herbert Marshall, Steven Geray, Eric Blore, Albert Bassermann, Florence Bates
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Remarque :
Le film n’a été restauré dans sa forme originale que très récemment : la partie à Paris est en noir et blanc, la partie à Tahiti est teintée en sépia avec un court passage en couleurs pour nous montrer les peintures murales.

(1) Il y a des similitudes : le changement de vie, Paris, Tahiti. Mais si Charles Strickland rencontre bien un peintre hollandais à Paris, ce dernier est sans talent, il n’a rien à voir avec Van Gogh. Et ensuite, Gauguin n’était pas cynique ou malveillant comme peut l’être Strickland.

(2) La signification du titre The Moon and Sixpence n’est donnée ni dans le roman ni dans le film. On peut la trouver dans une lettre de Somerset Maugham datée de 1956 : « If you look on the ground in search of a sixpence, you don’t look up, and so miss the moon. » (« Si vos yeux sont tournés vers le sol pour chercher une pièce de 6 pences, vous ne pourrez voir la lune. ») Le titre illustre ainsi parfaitement le fond du propos.

18 août 2011

Martin Roumagnac (1946) de Georges Lacombe

Martin RoumagnacDans une petite ville de province, une belle et élégante veuve fait tourner les têtes. Un jeune entrepreneur en maçonnerie en tombe éperdument amoureux… Martin Roumagnac est le seul film que Marlene Dietrich et Jean Gabin, alors amants, ont tourné ensemble. Alors que Les Portes de la Nuit (Marcel Carné) avait été écrit spécialement pour eux, Gabin préféra tourner cette histoire de passion fatale. Il faut bien avouer que le résultat n’est pas à la hauteur des attentes, surtout du fait de la diction trop guindée de Marlene Dietrich en français (1). Certes, cela crée un décalage intéressant entre les deux personnages, décalage qui comporte des points communs avec leur relation dans la vie réelle (2) mais cela ne suffit pas, d’autant plus qu’il n’y a pas l’étincelle qui aurait pu porter le film (3). Martin Roumagnac reste donc une simple curiosité, hélas. Le film est souvent cité comme charnière dans la carrière de Gabin entre ses rôles populaires et tragiques de l’avant-guerre et ses rôles de gangsters et de grands bourgeois qu’il affectionnera ensuite.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Marlene Dietrich, Jean Gabin, Jean d’Yd, Daniel Gélin
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(1) Dans son livre sur sa mère, Maria Riva, la fille de Marlene Dietrich, raconte que Gabin essayait de travailler avec Marlene sur les dialogues : « Arrête de parler aussi parfaitement. Enchaîne les syllabes, ce n’est pas un rôle de baronne. »
(2) Jean Gabin et Marlene Dietrich se quitteront d’ailleurs peu après la fin du tournage. Gabin en sera très affecté.
(3) Explication donnée par Maria Riva : « Ils étaient amants depuis trop longtemps pour faire passer à l’écran une sensualité qui aurait pu sauver le film ».