Jugé pour agression, le jeune Robbie échappe de peu à la prison : il est condamné à accomplir des travaux d’intérêt général. L’éducateur qui lui est assigné se prend d’intérêt pour lui et le guide. Il lui fait connaitre le monde de la dégustation du whisky dans lequel Robbie montre rapidement une grande aptitude… Ken Loach fait un mélange de film social et de comédie. La Part des anges débute sous haute tension, montrant l’enfermement dans la violence d’un petit groupe de délinquants, avant de s’orienter franchement vers le burlesque. Le parcours de ces quatre Pieds nickelés dévient franchement cocasse et a finalement quelque chose d’attachant. Ken Loach est délibérément optimiste, même si c’est au prix d’une certaine invraisemblance. Elle: Lui :
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1965. Sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre, le jeune Sam fait une fugue du camp scout où il séjournait pour les vacances. Il part avec Suzy dont il est tombé amoureux. Tout le monde se lance à leur recherche… Ecrit par Wes Anderson et Roman Coppola (fils de Francis Ford Coppola), Moonrise Kingdom est une amusante comédie qui joue sur le monde de l’enfance. La logique des comportements est ainsi mise à mal pour créer l’humour, les adultes se comportant comme des enfants et les enfants comme des adultes. Mais c’est surtout par les détails que les auteurs génèrent l’humour et le film en regorge, à tel point que l’on a presque envie de le revoir aussitôt pour ne pas en rater. Il se dégage aussi une certaine poésie de Moonrise Kingdom qui contribue à le rendre attachant. Belle distribution avec des acteurs dans des rôles plutôt inattendus. Elle: – Lui :
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Dans un monde futur, il faut payer pour vivre au-delà de l’âge de 25 ans, âge à partir duquel on ne vieillit plus. Le temps a remplacé l’argent, chacun ayant un compteur du temps restant à vivre dans le bras qui est utilisé pour acheter quoi que ce soit. Alors que les riches ont de longues années en réserve, les plus pauvres n’ont souvent que quelques heures devant eux… Ecrit par Andrew Niccol (dont on connait bien Bienvenue à Gattaca et The Truman Show), le scénario de Time Out repose sur une idée assez originale. Cette allégorie de notre société reposant sur l’argent est toutefois assez limitée dans son développement car elle sert principalement de prétexte à un film d’action avec la course de deux fugitifs poursuivi par un « gardien du temps ». Bien mis en scène, sans effets inutiles, et assez bien équilibré, Time Out se regarde sans déplaisir mais paraît plutôt mineur. Elle: – Lui :
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Apprenant que la construction d’un barrage va entraîner la disparation d’une rivière de montagne, quatre citadins en mal d’aventures décident de la descendre en canoë. C’est à leurs yeux un hommage à la nature sauvage… Délivrance est tiré d’un roman de James Dickey qui en a écrit lui-même l’adaptation. Boorman en fait un film puissant qui met à mal le mythe de la nature bienveillante : ces quatre citadins en quête de nature vont se heurter durement à son caractère hostile et primitif et découvrir, bien malgré eux, sa capacité à révéler les instincts. Nous sommes donc loin de l’image du paradis perdu. En outre, Boorman souligne de manière appuyée l’impossibilité de communication entre le monde urbain et le monde rural, y compris au niveau des hommes. La seule passerelle, bien fugitive, entre les deux mondes ne se fait qu’à un instant, grâce à un dialogue musical (1). Délivrance est un film assez dérangeant par son caractère brut et sa violence bestiale. Il n’y a toutefois aucun excès, le film est admirablement construit et maitrisé. Le budget fut pourtant assez réduit, forçant les acteurs à accomplir eux-mêmes beaucoup des scènes périlleuses et à pagayer longuement… Le film est, au final, d’une force peu commune. Elle: Lui :
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Voir les autres films de John Boorman chroniqués sur ce blog…
Remarques :
* Le roman de James Dickey mettait en avant les méfaits de la civilisation sur la nature. John Boorman en a donc presque retourné le propos.
* Au moment de sa sortie, certains ont vu dans Délivrance une allégorie de la guerre du Vietnam (où les soldats américains se sont heurtés à une nature hostile).
(1) Le célèbre morceau Dueling Banjos est basé sur l’instrumental Feudin’ banjos, composé dans les années cinquante par Arthur « Guitar Boogie » Smith, qui mettait face à face un banjo 4 cordes et un banjo 5 cordes (d’où le titre). Dans le film Délivrance, il est interprété par Eric Weissberg (banjo) et Steve Mandell (guitare). Il est devenu sous cette forme l’un des standards incontournables de la musique Bluegrass.
Seul rescapé d’un naufrage, Robinson Crusoé se retrouve seul sur une île de l’Atlantique. Il s’organise pour y vivre… Les Aventures de Robinson Crusoé est une oeuvre de commande. Luis Buñuel raconte dans ses mémoires avoir été peu enthousiasmé à l’idée d’adapter le roman de Daniel Defoe avant de s’intéresser à l’histoire. Le résultat est assez proche du livre mais on peut déceler la patte du cinéaste dans les scènes qu’il a ajoutées, les éléments de vie sexuelle et le rêve avec le père, et aussi dans certains passages sur la religion. Les Aventures de Robinson Crusoé est une belle réflexion sur la solitude, le besoin de vie en société. Le tournage prit plusieurs mois car la pellicule Pathécolor demandait une lumière particulière et Buñuel dit avoir été pratiquement aux ordres du chef opérateur. Le film eut beaucoup de succès et reste la meilleure adaptation de ce classique bien connu de la littérature. Elle: – Lui :
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Principales autres adaptations en long métrage : L’île du maître (Man Friday) de Jack Gold (1975) avec Peter O’Toole Crusoe de Caleb Deschanel (1988) avec Aidan Quinn Robinson Crusoé de Rod Hardy & John Miller (1997) avec Pierce Brosnan
Sa femme étant tombé dans un coma profond à la suite d’un accident de bateau, Matt doit se rapprocher de ses deux filles, âgées de 10 et 17 ans, tout en gérant la vente d’un grand terrain appartenant à sa famille… Adaptation d’un roman de Kaui Hart Hemmings, The Descendants mêle habilement l’ironie et le drame, avec juste quelques effets faciles pour générer l’émotion, mais sans excès. Alexander Payne traite une nouvelle fois d’une crise existentielle masculine, ici la délicate reconstruction d’une harmonie familiale, et le fait avec une certaine sensibilité. L’histoire se déroule à Hawaï, terre natale de l’auteure du roman qui utilise les différentes iles de l’archipel pour créer une métaphore de l’éclatement de la famille. L’ensemble est assez léger et facile à regarder. Elle: Lui :
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Lorsque Tom Joad rentre chez lui après quatre années d’absence, il trouve la situation bien changée. Après plusieurs récoltes ravagées par les tempêtes de poussière et expulsés sans scrupule par les propriétaires, les fermiers d’Oklahoma quittent leurs terres, attirés par les promesses de travail abondant en Californie… L’adaptation du grand roman de John Steinbeck, Les Raisins de la colère, était au départ un projet de Daryl Zanuck qui en confia la réalisation à John Ford. Touché par cette histoire, le réalisateur y a vu une analogie avec la grande famine de l’Irlande de ses ancêtres. Il la filme avec un grand réalisme, presque documentaire, et une grande honnêteté qui font des Raisins de la colère un film humaniste de grande envergure. C’est sans aucun doute l’un des plus beaux rôles d’Henri Fonda, le plus beau d’après lui, l’acteur contribuant à donner une nature christique à son personnage. Certes, le propos de Steinbeck a été édulcoré, dépolitisé, amoindri mais il reste suffisamment fort, une ode poignante à la dignité humaine. Elle: Lui :
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Voir les autres films de John Ford chroniqués sur ce blog…
Remarques : * L’adaptation a été écrite par Nunnally Johnson.
* Le livre de John Steinbeck et le film de John Ford ont été édités en Belgique sous le titre Grappes d’amertume.
* Les Raisins de la colère comporte deux fins et les copies en circulation montrent l’une ou l’autre. John Ford avait terminé son film avec le départ de Tom après sa superbe profession de foi. A la demande de Daryl Zanuck, il fut ajouté une autre scène (de 4 minutes environ) où l’on voit la famille Joad quitter le camp pour un bon travail de plusieurs semaines et Ma Joad dit à son mari : « Nous durerons toujours car nous sommes le peuple. On ne peut nous effacer. »
* Pour juger du caractère réaliste du film, on peut le rapprocher des travaux des grands photographes qui ont travaillé pour la F.S.A. (Farm Security Administration) à la fin des années trente : Walker Evans et Dorothea Lange sont les plus connus, à juste titre d’ailleurs, mais il y a aussi Russell Lee, Arthur Rothstein, Ben Shahn et John Vachon.
A la tête d’une troupe de théâtre itinérante, The Great McGonigle (W.C. Fields) laisse des notes d’hôtel impayées et doit ruser pour échapper aux hommes de loi qui le poursuivent. Il arrive dans la ville de Bellefontaine qui abrite l’une de ses grandes admiratrices, une riche veuve qui rêve de jouer sur les planches… The Old-Fashioned Way a un petit côté autobiographique puisque W.C. Fields a débuté sa carrière dans le show business en étant jongleur dans une troupe itinérante et le film nous fait revivre les conditions de vie d’une telle petite compagnie au tout début du XXe siècle. W.C. Fields nous gratifie même d’une reprise de son numéro de jonglage avec son numéro avec les boites de cigares où il nous prouve qu’il n’a pas tant perdu la main. Mais les scènes les plus célèbres du film sont certainement celle où il voit son repas perturbé par un jeune bambin espiègle qu’il ne peut réprimander comme il le souhaiterait (il parvient tout de même à lui administrer un gigantesque coup de pied au derrière, ce qui a beaucoup choqué) et celle où il doit auditionner la riche veuve (il n’y a que W.C. Fields pour donner à un personnage le nom de Cleopatra Pepperday !). Même s’il n’est sans doute pas à ranger parmi les meilleurs films de W.C. Fields, The Old-Fashioned Way reste amusant, l’acteur comique montrant beaucoup de subtilité dans son jeu. Elle: – Lui :
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Remarques :
* Le bambin est joué par Baby Leroy qui, à l’âge de deux ans, en était déjà à son 6e film.
* On raconte que W.C. Fields aurait versé du gin dans le biberon de Baby Leroy avant de déclarer, quand le bébé s’est affalé : « Je vous l’avais bien dit qu’il ne tiendrait pas le coup ! » Difficile, toutefois, de savoir si l’anecdote est vraie…
* La pièce jouée par la troupe du Grand McGonigle est The Drunkard, une pièce dramatique ultra-célèbre du milieu du XIXe siècle. Elle fait partie des temperance play, c’est-à-dire des spectacles écrits pour lutter contre l’alcoolisme. Cette pièce sera ultérieurement portée à l’écran sous forme de comédie ou de parodie : The Drunkard (1935) de Albert Herman avec James Murray The villain still pursued her (1940) de Edward F. Cline avec Buster Keaton
Vendeuse dans un magasin de disques, Nana a du mal à boucler ses fins de mois et se fait expulser de son logement. Pour l’argent, elle se prostitue une première fois et continue ensuite… Troisième long métrage de Jean-Luc Godard, Vivre sa vie porte le sous-titre Film en douze tableaux qui annonce sa structure, assez élégante. C’est le portrait d’une jeune femme de 22 ans qui vend son corps sans vendre son âme, et qui tente de garder le contrôle sur sa vie. Ce portrait prend parfois la forme d’une introspection vue de l’extérieur, ce qui est habile de la part de Godard. Il mêle à cette « pensée en marche » quelques éléments de film noir ; pas toujours très réussie, cette intégration est certainement le côté le moins réussi de son film. Anna Karina est le pivot central de Vivre sa vie : Godard filme celle qui est alors sa femme sous tous les angles, de dos, de face, avec même quelques superbes regards-caméra appuyés. Coiffée à la Louise Brooks, elle montre une magnifique présence, empreinte de naïveté et de douceur. Vivre sa vie est remarquablement construit et développé, Godard montrant une grande maîtrise dans sa réalisation. Elle: Lui :
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Voir les autres films de Jean-Luc Godard chroniqués sur ce blog…
Remarques :
* Le texte lu par Godard en voix-off dans le dernier tableau est extrait de la nouvelle d’Edgar Allan Poe, « Le Portrait ovale ».
* Le philosophe qui discute avec Anna Karina dans le café est Brice Parain (c’est un vrai plaisir de l’écouter parler).
* Jean Ferrat apparaît dans une scène, devant un jukebox qui joue l’une de ses chansons, « Ma môme ».
* Le jeune homme taciturne qui joue au billard, puis qui lit Edgar Allan Poe est joué par Peter Kassovitz, père de Matthieu Kassovitz.