12 novembre 2013

Holy Motors (2012) de Leos Carax

Holy MotorsUn homme est conduit dans une immense limousine à différents endroits de Paris pour une dizaine de « rendez-vous » où il tient un rôle à chaque fois différent… En préambule, Leos Carax se met en scène en dormeur qui se réveille, sort de sa chambre pour se retrouver dans une immense salle de spectacle où des spectateurs figés attendent. Holy Motors est en effet le premier long métrage depuis Pola X (1999). Le film a été qualifié de chef d’oeuvre par la critique avec une unanimité dont elle a le secret. On peut être un peu plus nuancé face à cet OVNI cinématographique. Certes, il montre de belles fulgurances et des moments d’une beauté envoutante. Certes, il sait nous surprendre, nous déstabiliser, casser nos repères, questionner sur les rapports entre spectacle et réalité et, par là même, sur notre vie (qui pourrait n’être qu’une succession de rôles)… mais ces réflexions ne sont finalement qu’effleurées. Holy Motors donne parfois l’impression d’être plus un film de performance (celle de Denis Lavant est évidente), une performance hélas assez froide et même déshumanisée. Holy Motors reste toutefois très intéressant, ne serait-ce que par le foisonnement d’idées cinématographiques de Leos Carax.
Elle: 2 étoiles
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Denis Lavant, Edith Scob, Eva Mendes, Kylie Minogue, Michel Piccoli
Voir la fiche du film et la filmographie de Leos Carax sur le site IMDB.
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10 novembre 2013

Antoine et Antoinette (1947) de Jacques Becker

Antoine et AntoinetteNous sommes à Paris au lendemain de la guerre. Antoine travaille dans une imprimerie et Antoinette est vendeuse dans un grand magasin. Mariés, ils vivent dans un petit appartement. Un jour, la chance leur sourit par le moyen d’un billet gagnant à la loterie… Ecrit par Jacques Becker avec l’aide de Maurice Griffe et de Françoise Giroud, Antoine et Antoinette dresse un portrait très réaliste de ce jeune couple avec des ressources limitées mais plutôt heureux de vivre. Avec une précision et aussi une certaine tendresse, Jacques Becker nous les montre dans leur vie de tous les jours. C’est une histoire simple que l’on pourrait rattacher au néoréalisme si le genre avait vraiment fait école dans le cinéma français de l’Après-guerre. L’ensemble est illuminé par le charme de Claire Mafféi qui apporte une fraîcheur mêlé d’une bienfaitrice insouciance. L’histoire du billet de loterie est là pour donner un peu de corps à l’histoire mais le film aurait certainement gardé tout son attrait et son charme sans cela. Antoine et Antoinette est avant tout une ode à la jeunesse et à l’amour.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Roger Pigaut, Claire Mafféi, Noël Roquevert
Voir la fiche du film et la filmographie de Jacques Becker sur le site IMDB.

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Remarques :
* Louis de Funès fait ici l’une des ses premières apparitions à l’écran, dans un double rôle : c’est l’un des garçons-épiciers qui déchargent le camion. Plus tard, c’est l’un des invités à la noce : il est alors plus difficilement reconnaissable, avec une moustache (voir un montage vidéo de ces scènes). On remarque aussi la présence de Gérard Oury en client entreprenant.
– Claire Mafféi n’a que peu tourné ensuite. Antoine et Antoinette est, de loin, son film le plus important.

8 novembre 2013

L.627 (1992) de Bertrand Tavernier

L.627Lucien est enquêteur de police, un policier de terrain qui fait son métier avec passion. Muté à la suite d’une insubordination, il est affecté à une petite brigade chargé d’arrêter les dealers de drogue en flagrant délit… L.627 est un film étonnant, à la fois très proche du documentaire mais également solidement écrit, joué et interprété. Bertrand Tavernier en a écrit le scénario avec Michel Alexandre, lui-même ancien policier. Le film dresse ainsi un portrait très réaliste des conditions de travail vraiment précaires dans lesquelles les policiers doivent travailler, les astuces dont ils doivent faire preuve, leurs rapports avec les indics. S’il montre essentiellement les scènes vues du côté des policiers, L.627 laisse entrevoir l’environnement social des petits trafiquants. L’interprétation de Didier Bezace est très solide dans son jeu, bien soutenu par les seconds rôles, Philippe Torreton en tête. Tavernier a volontairement écarté tous les clichés du film policier, tant sur le fond que sur la forme, et trouvé ainsi un style nouveau qui est propre au film, empreint de réalisme, tout en énergie.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Didier Bezace, Philippe Torreton, Jean-Paul Comart, Charlotte Kady, Jean-Roger Milo
Voir la fiche du film et la filmographie de Bertrand Tavernier sur le site IMDB.

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Remarques :
* L.627 désigne un article du Code de la Santé publique français qui prévoit les sanctions pénales liées à la drogue.
* Si L.627 a été son premier scénario, Michel Alexandre a ensuite continué dans ce domaine pour faire une belle carrière de scénariste, réalisateur et maintenant producteur.

7 novembre 2013

La Nuit de Varennes (1982) d’Ettore Scola

La nuit de VarennesEn juin 1791, l’écrivain libertin et chroniqueur de la Révolution Restif de La Bretonne est le témoin involontaire du départ du Palais Royal en pleine nuit d’un carrosse dans lequel a pris place l’une des dames de compagnie de la reine. Intrigué, il décide de le rattraper et découvre que leurs occupants tentent de rejoindre la famille royale en fuite… En s’inspirant d’un roman de Catherine Rihoit, Ettore Scola et son scénariste ont inventé ce trajet de Restif de La Bretonne (Jean-Louis Barrault) de Paris à Varennes en compagnie de l’intellectuel américain Thomas Paine (Harvey Keitel), d’une dame de la cour (Hanna Schygulla), et quelques autres personnages auxquels vient s’adjoindre Casanova (Marcello Mastroianni). C’est un petit microcosme de la société et le temps du trajet est l’occasion de discussions et d’échanges d’idées assez intéressants sur ce monde en pleine transformation. Hélas, le film est gâché par une bande son épouvantable que doublages et bruitages de studio bien trop présents rendent assez agressive. Ettore Scola ne porte pas de jugement tranché même s’il donne l’impression de s’être identifié à ce Casanova vieillissant qui regrette l’insouciance et une certaine douceur de vivre. Très belle fin.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Jean-Louis Barrault, Marcello Mastroianni, Hanna Schygulla, Harvey Keitel, Jean-Claude Brialy, Andréa Ferréol, Michel Vitold, Laura Betti, Daniel Gélin, Jean-Louis Trintignant
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Remarque :
La version initiale de La Nuit de Varennes dure 150 minutes. Il existe également une version réduite à 135 minutes et une autre à 122 minutes (c’est cette dernière qui était visionnée ici).

6 novembre 2013

Contes immoraux (1974) de Walerian Borowczyk

Contes immorauxContes immoraux met en scène quatre contes érotiques situés à des époques différentes, remontant ainsi le temps depuis notre époque jusqu’au XVe siècle de Lucrèce Borgia. A l’époque de sa sortie en 1974, le film fit scandale et fut très remarqué. Une pré-publicité habile et une interdiction de la censure contribuèrent à le rendre particulièrement attirant. Il fut alors paré de nombreuses qualités notamment celle de « redonner à l’érotisme ses lettres de noblesse ». Avec le recul, tous ces corps nus féminins mis en scène avec un excès de théâtralité précieuse n’a bien entendu plus le même effet libérateur. L’ensemble paraît même plutôt ennuyeux mais on peut s’amuser au spectacle du jeune Fabrice Luchini qui utilise les marées pour initier sa jeune amie aux plaisirs de la fellation ou encore s’étonner de l’audace de certaines scènes ouvertement iconoclastes. Borowczyk alterne les plans larges avec de très gros plans et, dans les meilleurs moments, esthétise ses plans de façon quasi picturale.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Lise Danvers, Fabrice Luchini, Charlotte Alexandra, Paloma Picasso
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Remarque :
La diffusion du film était à l’époque précédée d’un court métrage Une collection particulière où Borowczyk montre sa collection très fournie d’objets érotiques. On retrouve cet attrait du cinéaste pour les objets dans le deuxième sketch, Thérèse philosophe, variation étonnante autour d’un corps et de nombreux objets et vêtements.

2 novembre 2013

Montparnasse 19 (1958) de Jacques Becker

Autre titre : « Les amants de Montparnasse »

Les amants de Montparnasse Paris, 1919. Le peintre Modigliani est alcoolique et miséreux. Deux femmes s’intéressent à lui : une riche anglaise excentrique et Jeanne Hébuterne, une fille de bonne famille qui va tout quitter pour vivre avec lui… Montparnasse 19 retrace de façon romancée la dernière année de la vie de Modigliani (1). Le film a certainement beaucoup souffert de sa gestation tourmentée : le projet était initialement celui de Max Ophüls, inspiré d’un roman de Michel-Georges Michel avec des dialogues d’Henri Jeanson. A peine débuté, le tournage fut interrompu par la mort de Max Ophüls et le projet fut confié à Jacques Becker qui commença par réécrire en partie les dialogues. Henri Jeanson quitta alors la production. Le résultat laisse bien dubitatif. A aucun moment, Gérard Philipe n’est vraiment Modigliani, on peut d’ailleurs se demander s’il était vraiment l’acteur idéal pour ce rôle. L’ensemble paraît hélas bien terne.
Elle:
Lui : 1 étoile

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Gérard Philipe, Anouk Aimée, Lilli Palmer, Gérard Séty, Lino Ventura
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Lire une analyse plus complète (et d’un avis différent) sur le site DVDClassik

(1) Modigliani est mort en janvier 1920 à l’âge de 35 ans.

15 octobre 2013

Que la fête commence… (1975) de Bertrand Tavernier

Que la fête commence...En 1719, la France est gouvernée par le Régent Philippe d’Orléans, libéral et réformiste. Son ministre l’abbé Dubois l’incite à sévir contre le marquis de Poncallec, un noble sans le sou qui tente d’organiser un soulèvement en Bretagne contre les impôts et les déportations forcée vers la Louisiane… Pour son deuxième long métrage, Bertrand Tavernier choisit une période de transition de l’Histoire de France. Il dépoussière le « film à costumes » : Que la fête commence… est un film très vivant qui foisonne de détails, d’intrigues et de personnages. C’est un portrait très réaliste de la France de cette époque. L’interprétation est parfaite : Philippe Noiret en régent lucide, désabusé, également libertin et organisateur d’orgies, Jean Rochefort en ministre cynique, avide d’honneurs, incapable de la moindre compassion, Jean-Pierre Marielle en idéaliste plein de fougue. Les seconds rôles sont très nombreux et tout aussi bien tenus. La caméra de Tavernier est mobile, elle participe à ce bouillonnement. Que la fête commence…est une belle réussite.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Philippe Noiret, Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Christine Pascal, Marina Vlady, Nicole Garcia
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Remarque :
On note la présence dans des petits rôles de Thierry Lhermitte (le comte de Horn), de Christian Clavier (le valet de l’auberge), de Gérard Jugnot (un homme à pied), de Michel Blanc (le valet de chambre de Louis XV), de Jean-Roger Caussimon (Le cardinal), de Marcel Dalio (un noble suffocant au repas), de Jean-Jacques Moreau (paysan dans la scène finale), de Brigitte Roüan (une prostituée) et également de Daniel Duval (mirebalais dans les orgies) qui nous a quitté il y a quelques jours.

10 octobre 2013

Quatorze Juillet (1933) de René Clair

Quatorze JuilletA Paris, Jean, jeune chauffeur de taxi, et la vendeuse de fleurs Anna sont voisins. Ils sont attirés l’un vers l’autre. La veille du 14 juillet, ils se font des promesses. Mais c’est alors que l’ancien amour de Jean réapparaît… Ecrit et réalisé par René Clair, Quatorze Juillet ne manque pas d’attraits. Le réalisme poétique qui marque cette période du cinéma français se manifeste ici grâce à la belle présence d’Annabella qui apporte beaucoup de fraîcheur, de douceur et de poésie au film, et grâce aussi aux décors, simples mais évocateurs. René Clair y ajoute une forte dose d’humour par les personnages secondaires (le mondain ivre, vraiment hilarant, l’autre chauffeur, la concierge, etc.) et par les disputes sans méchanceté. Cet humour préfigure ce que fera Jacques Tati plus tard. Du côté des maladresses, on peut citer l’insertion d’une histoire de petits malfrats, aussi improbable qu’inutile. D’autre part, Georges Rigaud a un beau physique de jeune premier mais son jeu reste un peu fade face à une Annabella plus rayonnante. Mais cela n’empêche pas à ce Quatorze Juillet de garder un certain charme.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Annabella, George Rigaud, Raymond Cordy, Paul Ollivier, Pola Illéry
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Remarque :
La musique est signée Maurice Jaubert et le chef opérateur est Louis Page. Tous deux travailleront ensuite avec Marcel Carné, notamment sur Quai des Brumes.

8 octobre 2013

Le Million (1931) de René Clair

Le millionDeux amis artistes vivent dans un grand loft sous les toits, menacés de saisie par leurs créanciers. Mais tout va changer puisqu’ils s’aperçoivent qu’ils ont gagné un million à la loterie. Encore faut-il qu’ils retrouvent le billet… Le Million est adapté d’un vaudeville de Berr et Guillemaud. L’histoire avait séduit René Clair car elle lui rappelait celle d’Un chapeau de paille d’Italie qu’il avait tourné trois ans plus tôt en muet. Cette fois, il y avait le son. Après les errements ou expérimentations de son premier film parlant, René Clair opte pour le film musical, genre qui réussissait si bien à Lubitsch de l’autre côté de l’Atlantique. Mais ce n’est pas une opérette, René Clair a un style bien à lui qui mêle humour, inventivité et une grande fraîcheur. Le son est, cette fois, parfaitement intégré et René Clair se permet quelques fantaisies amusantes (comme mettre une bande sonore d’un match de rugby lorsque l’action tourne à la bagarre). Grâce à son ton unique, son humour et à sa grande fraîcheur, Le Million a pu traverser le temps.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Annabella, René Lefèvre, Jean-Louis Allibert, Paul Ollivier, Constantin Siroesco, Raymond Cordy
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Remarques :
* Le Million est le premier film musical français.
* On remarquera le personnage du fripier gangster à la tête d’une petite organisation de malfrats : il est difficile de ne pas penser au Docteur Mabuse et on peut supposer que c’est un clin d’oeil de René Clair à Fritz Lang.

7 octobre 2013

Sous les toits de Paris (1930) de René Clair

Sous les toits de ParisDans les quartiers populaires de Paris, un chanteur des rues rencontre et tombe amoureux d’une jeune femme roumaine. Hélas, celle-ci fréquente un petit truand qui va tout faire pour l’écarter… Sous les toits de Paris est le premier film parlant de René Clair. Pour éviter de régresser vers une forme de théâtre filmé, René Clair choisit de ne pas donner une grande place aux dialogues : il préfère donner la première place à la musique et de nombreux dialogues sont en réalité muets (avec diverses astuces pour que cela paraisse naturel, comme de filmer derrière une vitrine). Le film a ainsi un côté expérimental, apparaissant comme un entre-deux, muet et parlant à la fois. Cet aspect est le seul intérêt du film car l’histoire est très pauvre, molle et mièvre. On a souvent loué la poésie populiste des premiers films parlants de René Clair (ce fameux « réalisme poétique »), de façon plutôt exagérée en ce qui concerne Sous les toits de Paris qui paraît aujourd’hui comme ayant terriblement vieilli. A l’époque, c’est à l’étranger que le film eut le plus de succès, notamment en Allemagne et au Japon, renforçant ainsi l’image séduisante d’un Paris populaire et artistique.
Elle:
Lui : 1 étoile

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Albert Préjean, Pola Illéry, Edmond T. Gréville, Bill Bocket
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