29 février 2016

Sommaire de février 2016

BraquagesPauvres mais beauxL'autrePickpocketLa Grande Attaque du train d'orFranticLe Masque d'orLe mort qui marche

Braquages

(2001) de David Mamet

Pauvres mais beaux

(1957) de Dino Risi

L’autre

(1972) de Robert Mulligan

Pickpocket

(1959) de Robert Bresson

La Grande Attaque du train d’or

(1979) de Michael Crichton

Frantic

(1988) de Roman Polanski

Le Masque d’or

(1932) de Charles Brabin

Le mort qui marche

(1936) de Michael Curtiz

La classe ouvrière va au paradisLe Chant du MissouriMalec forgeronL'Évadé du bagneDont Look BackInside Llewyn DavisHonkytonk ManLe Trésor du pendu

La classe ouvrière va au paradis

(1971) de Elio Petri

Le Chant du Missouri

(1944) de Vincente Minnelli

Malec forgeron

(1922) de Buster Keaton et M. St. Clair

L’Évadé du bagne

(1948) de Riccardo Freda

Dont Look Back

(1967) de D.A. Pennebaker

Inside Llewyn Davis

(2013) de Joel Coen et Ethan Coen

Honkytonk Man

(1982) de Clint Eastwood

Le Trésor du pendu

(1958) de John Sturges

Viva Zapata!L'HorlogeAssassins et voleurs

Viva Zapata!

(1952) de Elia Kazan

L’Horloge

(1945) de Vincente Minnelli

Assassins et voleurs

(1957) de Sacha Guitry

Nombre de billets : 19

29 février 2016

Braquages (2001) de David Mamet

Titre original : Heist

BraquagesJoe (Gene Hackman) est un spécialiste du braquage, un vieux briscard qui échafaude des plans assez brillants pour mettre la main sur un butin avec une petite équipe très efficace. Il désire prendre sa retraite mais son commanditaire (Danny DeVito) lui impose de faire un coup supplémentaire… David Mamet écrit et mis en scène Braquages. Le cambriolage d’une bijouterie au début du film évoque les grands films de braquage des années cinquante. La suite déroule un scénario minutieusement écrit avec de très nombreux twists et autres faux-semblants et des dialogues assez relevés. A 70 ans, Gene Hackman est toujours assez séduisant, il peut ainsi convoler avec une femme qui a exactement la moitié de son âge sans que cela paraisse trop improbable. Braquages est un bon divertissement qui nous tient en haleine. Par rapport aux autres films hollywoodiens du même genre, il a l’avantage de paraître moins formaté.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Gene Hackman, Danny DeVito, Delroy Lindo, Sam Rockwell, Rebecca Pidgeon
Voir la fiche du film et la filmographie de David Mamet sur le site IMDB.

Voir les autres films de David Mamet chroniqués sur ce blog…

braquages-large
Gene Hackman suivi par Danny DeVito et Sam Rockwell dans Braquages de David Mamet.

27 février 2016

Pauvres mais beaux (1957) de Dino Risi

Titre original : Poveri ma belli

Pauvres mais beauxRomolo et Salvatore sont voisins et amis depuis toujours. Ils font tout ensemble, y compris draguer les filles après le travail. Mais après avoir fait la connaissance de Giovanna, leur amitié est mise durement à l’épreuve car ils sont tous deux amoureux d’elle… Parmi les premiers films de Dino Risi (il s’agit de son 6e long métrage), Pauvres mais beaux est l’un des plus personnels. Ecrit par une nouvelle génération de scénaristes (le tandem Pasquale Festa Campanile et Massimo Franciosa), il montre un ton nouveau. Avec le recul, on mesure mieux à quel point cette comédie est le reflet d’un profond changement dans la société italienne et annonce la révolution sociale des années soixante. Même s’ils sont pauvres, et le décor pourrait être celui d’un film néoréaliste, ses personnages ne sont pas des victimes des mutations économiques mais bénéficient d’une modernité où l’insouciance retrouve une place prépondérante (1). L’autre élément marquant est le personnage de jeune fille très émancipée et sûre d’elle-même qui, dans un environnement pourtant très machiste, entend choisir son prétendant et n’hésite pas à les mettre en compétition. C’est un personnage de femme très moderne. Mais Pauvres mais beaux est avant tout une comédie avec une bonne dose d’humour. Les dialogues et situations sont savoureux. L’ensemble est très positif. Le film connut un grand succès, à tel point que Dino Risi lui a donné deux suites : Beaux mais pauvres (Belle ma povere, 1957) et Poveri milionari (1959).
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Marisa Allasio, Maurizio Arena, Renato Salvatori
Voir la fiche du film et la filmographie de Dino Risi sur le site IMDB.

Voir les autres films de Dino Risi chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Dino Risi

Remarques :
* Le film a été tourné directement dans les rues de Rome.
* Marisa Allasio, qui montre à la fois beaucoup de charme et beaucoup de présence à l’écran, n’a pas eu une grande carrière au cinéma. Elle n’a que peu tourné après s’être mariée en 1958 à un comte.

(1) On peut ainsi situer ce film dans la lignée de Dimanche d’Août de Luciano Emmer (1950).

Pauvres mais beaux
Renato Salvatori, Marisa Allasio et Maurizio Arena dans Pauvres mais beaux de Dino Risi (photo publicitaire).

26 février 2016

L’autre (1972) de Robert Mulligan

Titre original : The Other

L'autreDans une ferme du Connecticut, en plein été 1935, un jeune garçon joue avec son frère jumeau. Quoi de plus naturel ? Pourtant, sous ce tableau un peu idyllique, se cachent des drames qui ne vont pas tarder à refaire surface… Tiré d’un roman de Tom Tryon qui en a écrit l’adaptation, L’autre démarre lentement, très lentement même, dans une atmosphère bucolique. Un certain malaise s’installe toutefois peu à peu, assez sournoisement, un malaise tout en contraste avec la douceur et la beauté des images (le chef-opérateur est l’excellent Robert Surtees). Le malaise se mue ensuite en terreur car l’histoire est en effet assez épouvantable. Nous sommes loin d’Un été 42 que Mulligan a tourné l’année précédente. Ici, il est plus question de bien et de mal, voire du Mal, des secrets du monde de l’enfance et des troubles de l’identité. N’en disons pas plus : je conseillerais plutôt de lire le moins possible de commentaires sur ce film avant de le voir.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Uta Hagen, Diana Muldaur, Chris Udvarnoky, Martin Udvarnoky
Voir la fiche du film et la filmographie de Robert Mulligan sur le site IMDB.

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Remarque :
* Les acteurs qui interprètent les deux frères jumeaux sont bien évidemment jumeaux dans la vraie vie. Ni l’un ni L’autre n’ont tourné dans d’autres films par la suite.

The Other
Chris Udvarnoky et Uta Hagen dans L’autre de Robert Mulligan.

Homonymes :
L’autre (In Name Only) de John Cromwell (1939) avec Cary Grant et Carole Lombard
L’autre (El Akhar) de Youssef Chahine (1999)
L’autre de Benoît Mariage (2003)
L’autre de Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic (2008)

24 février 2016

Pickpocket (1959) de Robert Bresson

PickpocketUn jeune étudiant désargenté qui se dit écrivain décide de se mettre à voler. Il justifie sa position en affirmant que certains êtres supérieurs ont le droit de s’affranchir des lois. Il travaille sa technique pour avoir le geste parfait et affronte quelques proches qui tentent de le raisonner… Inspiré de Crimes et Châtiments de Dostoïevski, Pickpocket est le premier film entièrement écrit par Bresson lui-même. Il choisit des moyens non conventionnels pour exprimer les tensions internes de ce jeune garçon : « Ce film n’est pas du style policier » nous prévient-il en exergue. Effectivement, il ne cherche pas à créer de suspense (il est toutefois bien présent dans la scène d’ouverture) et nous dévoile le dénouement du film au tout début. Il ne cherche pas non plus à développer un argumentaire : les dialogues sont assez pauvres, les arguments des uns et des autres sont d’une naïveté confondante. En revanche, Bresson cherche (et parvient) à épurer au maximum sa façon de mettre en scène : « Rien de trop, rien qui manque » a-t-il écrit. Cet épurement est manifeste au montage mais aussi sur les mouvements de caméra, le cadrage. Le jeu des acteurs surprend toujours. Bresson ne travaille qu’avec des acteurs non-professionnels auxquels il demande d’être les plus inexpressifs possibles. En écartant tout ce qui est voulu expressif, son but est de faire ainsi émerger l’essence de l’être humain. Y parvient-il ? C’est peut-être à chacun d’y répondre. A mon (humble) avis, pas totalement, mais je comprends aisément que la démarche soit passionnante pour un créateur de cinéma. Pickpocket est ainsi un très beau film sur un plan que l’on peut trivialement qualifier de théorique.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Martin LaSalle, Marika Green, Jean Pélégri
Voir la fiche du film et la filmographie de Robert Bresson sur le site IMDB.

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Voir les livres sur Robert Bresson

Remarque :
La scène d’ouverture de Pickpocket évoque celle de Pick Up on South Street (Le Port de la drogue) de Samuel Fuller (1953). Les deux scènes présentent de grandes similitudes, y compris dans la technique (du cinéaste pas du pickpocket) employée.

Pickpocket
Martin LaSalle et Marika Green dans Pickpocket de Robert Bresson.

23 février 2016

La Grande Attaque du train d’or (1979) de Michael Crichton

Titre original : « The First Great Train Robbery » (UK)
Autre titre : « The Great Train Robbery » (USA)

La Grande attaque du train d'orEn 1855, un chargement d’or part chaque mois en train de Londres à Folkestone sur la côte pour assurer la paye de l’armée pendant la Guerre de Crimée. Toutes les précautions sont prises pour s’assurer qu’il arrive à bon port et aucun hold-up n’a jamais été tenté dans un train en mouvement, mais cela n’empêche pas Edward Pierce de projeter de s’en emparer. Il conçoit pour cela un plan assez sophistiqué… Pour écrire son roman La grande attaque du train d’or, Michael Crichton s’était inspiré librement d’un fait divers réel. Il édulcore encore l’histoire pour l’adaptation cinématographique qu’il réalise lui-même, ajoutant un soupçon de comédie et en typant les personnages pour les singulariser davantage. Le résultat est effectivement un beau divertissement avec son lot de bons mots et de bonnes scènes d’action. La Grande attaque du train d'or Sean Connery incarne parfaitement le cerveau de ce hold-up, avec son mélange de distinction, d’audace et de cynisme. Il s’inscrit dans la lignée des grands bandits sympathiques. L’acteur a accompli lui-même les scènes sur le toit du train roulant à pleine vitesse. Mais le plus remarquable dans ce film est certainement la qualité de la reconstitution, avec notamment de vastes scènes de rue vraiment convaincantes d’authenticité.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Sean Connery, Donald Sutherland, Lesley-Anne Down
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Remarque :
Le titre international est The Great Train Robbery.
L’adjectif first fut ajouté en Angleterre car la presse anglaise avait l’habitude d’appeler The Great Train Robbery un hold-up survenu en 1963.

La grande attaque du train d'or
Donald Sutherland et Sean Connery dans La Grande attaque du train d’or de Michael Crichton.

Homonyme :
The Great Train Robbery d’Ewin S. Porter (1903), grand classique des premières années du cinéma.

22 février 2016

Frantic (1988) de Roman Polanski

FranticUn médecin californien arrive avec sa femme à Paris pour un congrès. Après s’être rendu compte qu’elle s’était trompée de valise à l’aéroport, sa femme disparaît soudainement. Il est rapidement persuadé qu’elle a été enlevée mais peine à se faire prendre au sérieux par la police ou par son ambassade… La base du scénario et sa mise en place sont assez remarquables : un homme en situation périlleuse dans une ville où il ne connaît personne, dans un environnement plutôt hostile. Dès le départ, nous ressentons l’influence d’Hitchcock et, comme pour appuyer cette impression, Polanski place une scène-clé dans une douche. Comme dans les films du maître du suspense, le développement est marqué par une tension croissante que la musique lancinante d’Ennio Morricone vient souligner. Le Paris que Polanski nous montre rappelle celui du Locataire, en plus hostile ; nous somme loin de l’image touristique de la Ville des lumières. Harrison Ford est parfait, le film repose en grande partie sur ses épaules. Polanski a choisi de lui associer une jeune actrice de 19 ans, Emmanuelle Seigner, qui deviendra sa femme l’année suivante.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Harrison Ford, Betty Buckley, Emmanuelle Seigner
Voir la fiche du film et la filmographie de Roman Polanski sur le site IMDB.

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Cameo :
Roman Polanski apparaît très brièvement en chauffeur de taxi (celui qui tend à Harrison Ford ses allumettes en arrivant au Blue Parrot)

Frantic
Harrison Ford et Emmanuelle Seigner dans Frantic de Roman Polanski.

20 février 2016

Le Masque d’or (1932) de Charles Brabin

Titre original : « The Mask of Fu Manchu »
Autre titre français : « La Maison des supplices »

Le Masque d'orLes services secrets britanniques envoient une expédition dans le Désert de Gobi pour retrouver la tombe de Gengis Khan. Ils doivent rapporter son masque et son épée avant que le docteur Fu Manchu ne s’en empare pour prendre la tête d’une armée contre l’occident… Le personnage du docteur Fu Manchu a été créé vers 1912 par le romancier Sax Rohmer. Dérivé en une cinquantaine de romans, ce personnage diabolique reprend toute l’imagerie populaire du péril jaune. Il a été porté de nombreuses fois au cinéma mais The Mask of Fu Manchu est sans aucun doute le meilleur du lot. L’histoire en elle-même est très simple, voire simplette ; manichéenne à l’extrême, elle colporte tous les clichés de l’époque sur les orientaux avec une bonne dose de sadisme dans les tortures infligées par ce génie du mal aux pauvres occidentaux naïfs et une pincée d’érotisme car sa fille est aussi cruelle que sensuelle. Le Masque d'orLes décors de son repère sont superbes, variés, souvent grandioses, à l’éclairage travaillé. Très maquillé (2h30 de préparation chaque matin), Boris Karloff est vraiment convaincant et sa toute première apparition dans un miroir déformant est saisissante. Myrna Loy est alors une grande habituée des rôles de vamps exotiques, un type de rôle dont elle n’arrivera à se débarrasser qu’avec le succès de The Thin Man, deux ans plus tard. The Mask of Fu Manchu fit forte impression à sa sortie. Vu aujourd’hui, le qualificatif de « charme vénéneux » lui semble tout particulièrement approprié…
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Boris Karloff, Lewis Stone, Karen Morley, Charles Starrett, Myrna Loy, Jean Hersholt
Voir la fiche du film et la filmographie de Charles Brabin sur le site IMDB.

 

The Mask of Fu Manchu
Myrna Loy, Charles Starrett et Boris Karloff dans Le Masque d’or de Charles Brabin

The Mask of Fu Manchu
Boris Karloff dans Le Masque d’or de Charles Brabin

The Mask of Fu Manchu
Myrna Loy pose pour Le Masque d’or de Charles Brabin (photo publicitaire).

Remake :
Le masque de Fu-Manchu (The Face of Fu Manchu) de Don Sharp avec Christopher Lee (1965).

19 février 2016

Le mort qui marche (1936) de Michael Curtiz

Titre original : « The Walking Dead »

Le Mort qui marcheUn petit groupe de politiciens escrocs font condamner à mort un innocent pour le meurtre d’un juge. L’homme est ramené à la vie par un médecin-chercheur… Le mort qui marche est une belle tentative de la part de la Warner de mêler le film de gangsters, grande spécialité du studio dans les années trente, et le film fantastique, genre particulièrement en vogue depuis le succès de Frankenstein. D’ailleurs, la scène où l’homme est littéralement ressucité dans le laboratoire n’est pas sans rappeler le célèbre film des studios Universal. Le résultat est assez réussi. Marguerite Churchill n’a pas une grande présence à l’écran mais tel n’est pas le cas de Ricardo Cortez, joliment haïssable en avocat véreux, et bien entendu de Boris Karloff qui fait une très belle prestation, comme d’habitude aurait-on envie d’ajouter. Il sait exprimer une certaine fragilité qui rend son personnage attachant. Sa démarche est absolument sans pareille, autant naturelle que zombie-esque. La réalisation Michael Curtiz, qui tournait dans les années trente quatre à six films par an et dans tous les genres, est de bonne facture. Peu connu, Le mort qui marche mérite d’être découvert.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Boris Karloff, Ricardo Cortez, Edmund Gwenn, Marguerite Churchill, Warren Hull, Barton MacLane
Voir la fiche du film et la filmographie de Michael Curtiz sur le site IMDB.

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Remarque :
Le (superbe) morceau joué par Boris Karloff au piano est Kamennoi-Ostrow d’Anton Rubinstein. Pour le reste, la musique a été composée par Bernhard Kaun, compositeur-arrangeur de la musique de très nombreux films des années trente.

The Walking Dead
Boris Karloff et Marguerite Churchill dans Le Mort qui marche de Michael Curtiz.

18 février 2016

La classe ouvrière va au paradis (1971) de Elio Petri

Titre original : « La classe operaia va in paradiso »

La Classe ouvrière va au paradisLudovico Massa, alias Lulù, est ouvrier dans une usine métallurgique : payé à la pièce, il a développé une telle rapidité que ses chefs le prennent comme exemple pour imposer ses cadences stakhanovistes aux autres ouvriers. Il se jette bestialement dans le travail et n’a plus de vie sociale. Un accident va profondément changer sa vision des choses… Film politique par excellence, Palme d’Or à Cannes en 1972 (1), La classe ouvrière va au paradis d’Elio Petri s’inscrit dans une période riche en remises en question sociales et politiques. Rares sont les films italiens qui mettent ainsi un simple ouvrier au premier plan, le néoréalisme ayant toujours privilégié les paysans, les pêcheurs ou les chômeurs. Elio Petri nous décrit la prise de conscience de cet « ouvrier modèle » qui en arrive à la grève. Politiquement, le propos est délicat à situer car Petri renvoie dos à dos les syndicats qui ne font que réclamer des améliorations de salaires mais enferment les ouvriers dans leur conditions (2) et les étudiants gauchistes qui beuglent des slogans au porte-voix chaque matin et chaque soir aux portes de l’usine mais qui restent sur une ligne théorique, incapables de se soucier du sort d’une personne en particulier. Le propos de Petri est assez noir puisqu’il semble vouloir nous dire (par le rêve final raconté par Lulù) qu’il ne croit pas à un paradis possible pour la classe ouvrière. L’ensemble est un peu confus. Gian Maria Volonte incarne cet ouvrier avec force et un jeu très appuyé, que l’on peut même trouver excessif. Le film est indéniablement marqué par son époque car notre société a évolué entre temps mais les questions les plus profondes, comme notre rapport au travail, restent bien évidemment très actuelles. La musique est signée Ennio Morricone.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Gian Maria Volontè, Mariangela Melato, Salvo Randone
Voir la fiche du film et la filmographie de Elio Petri sur le site IMDB.

Voir les autres films de Elio Petri chroniqués sur ce blog…

(1) Il a partagé la Palme d’Or avec L’Affaire Mattei de Francesco Rosi avec également Gian Maria Volonte dans le rôle principal. Les deux films se complètent, offrant deux développements très différents d’une mise en relief des défauts de la société italienne.
(2) Rappelons que, si Elio Petri a bien été membre du Parti Communiste à une époque, il a rendu sa carte en 1956, à la suite de l’invasion de la Hongrie par l’URSS.

La classe ouvrière va au paradis
La classe ouvrière va au paradis
Gian Maria Volontè dans La classe ouvrière va au paradis de Elio Petri.