28 décembre 2014

Harry dans tous ses états (1997) de Woody Allen

Titre original : « Deconstructing Harry »

Harry dans tous ses étatsHarry dans tous ses états (Deconstructing Harry) est une comédie qui a parfois été jugée comme étant un peu plus sombre que les précédentes immédiates mais elle est aussi plus profonde. Le Harry dont il est question est un écrivain qui s’inspire directement de sa vie et des gens qui l’entourent pour écrire des romans à succès, ne faisant plus très bien la différence entre les personnages qu’il invente et ceux de la vie réelle. Ces derniers sont furieux de voir ainsi leur vie privée exposée et leurs secrets dévoilés. Pour ne rien arranger, l’écrivain doit pour la première fois faire face à une panne d’inspiration (1). On retrouve donc ici des thèmes chers à Woody Allen : les affres de la création et la séparation entre réel et fiction : N’est-il pas plus simple pour l’écrivain de vivre dans la fiction ? Harry dans tous ses états est assez ambitieux car les situations sont nombreuses et les personnages le sont encore plus puisque souvent interprétés par deux acteurs différents (un pour le réel et un pour la fiction). L’humour est toujours présent, par petites touches, parfaitement intégré à l’ensemble. Le montage est assez particulier, décousu en apparence pour signifier que la réalité est intrinsèquement décousue, relative (ce que nous croyons être la réalité devient la réalité pour nous), indéterminée, une approche qui favorise la déconstruction de Harry Block (alias Woody Allen ?)
Elle: 4 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Judy Davis, Julia Louis-Dreyfus, Woody Allen, Robin Williams, Kirstie Alley, Demi Moore, Stanley Tucci, Elisabeth Shue, Billy Crystal
Voir la fiche du film et la filmographie de Woody Allen sur le site IMDB.
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Le scénario (bilingue) de Deconstructing Harry est sorti en 2000 dans la Petite Bibliothèque des Cahiers du cinéma… Voir le livre

Remarques :
* Harry dans tous ses états évoque Les Fraises sauvages de Bergman (le voyage pour recevoir un hommage), Le Septième Sceau du même réalisateur (la Mort qui vient frapper) et 8 ½ de Fellini (le créateur en panne sur un projet du fait de ses problèmes personnels).

* Le titre original Deconstructing Harry est une référence à la déconstruction, pratique philosophique assez complexe d’analyse textuelle introduite par Heidegger et développée par Derrida. Cet attrait de Woody Allen pour la philosophie européenne moderne était déjà visible dans Une autre femme et dans Crimes et délits.

* Certaines personnes ont reconnu dans le personnage de Harry Block non pas Woody Allen lui-même mais l’écrivain Philip Roth.

Deconstructing Harry
(g. à d.) Woody Allen, Elisabeth Shue et Billy Crystal.

Deconstructing Harry
Mel, un ami acteur, n’est pas dans son assiette : il est flou, comme s’il était en équilibre instable entre réel et fiction (g. à d. : Judy Bauerlein et Robin Williams).

(1) Panne d’inspiration = « writer’s block » en anglais… et l’écrivain s’appelle Harry Block.

8 octobre 2014

Une nuit inoubliable (1942) de Richard Wallace

Titre original : « A Night to Remember »

Une nuit inoubliableRécemment marié, Nancy et Jeff arrivent dans l’appartement qu’ils ont loué au rez de jardin d’un petit immeuble de Greenwich Village. Le propriétaire et les autres locataires ont un comportement étrange, comme s’ils craignaient quelque chose. De plus, l’appartement plongé dans le noir car temporairement sans électricité est un peu inquiétant. Mais le pire est à venir…
A Night to Remember est une comédie policière avec de nombreux éléments de screwball car une bonne part des ressorts de l’humour repose sur les différences entre mari et femme. Le film n’est pas franchement inoubliable (malgré le titre !) mais il se révèle assez plaisant. La prestation de Brian Aherne est excellente et sauve le film car le jeu de Loretta Young est plutôt sans éclat.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Loretta Young, Brian Aherne, Jeff Donnell, Sidney Toler, Gale Sondergaard, Donald MacBride
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Remarque :
L’appartement du jeune couple est situé 13, Gay Street à New York. Il fait vraiment penser à celui de My Sister Eileen d’Alexander Hall (1942) qui, lui, était situé… 14, Gay Street ! En prenant le même environnement, Columbia espérait certainement profiter quelque peu des retombées du succès de ce film.

Une nuit inoubliable (A Night to Remember)Loretta Young et Brian Aherne dans Une nuit inoubliable (A Night to Remember) de Richard Wallace.

26 août 2014

La Femme aux bottes rouges (1974) de Juan Luis Buñuel

La femme aux bottes rougesUn homme très riche rencontre une jeune femme écrivain aux pouvoirs étranges qui vit avec un peintre tout en étant attirée par un jeune éditeur. L’homme riche met en scène un stratagème pour qu’ils se rencontrent et les manipuler… Juan Luis Buñuel est le fils de Luis Buñuel. Il a réalisé quatre longs métrages (beaucoup plus pour la télévision) et La Femme aux bottes rouges est certainement le plus remarquable d’entre eux. Il est bien difficile de ne pas comparer le fils et le père du fait de nombreux points communs : les acteurs (Fernando Rey, Catherine Deneuve), la présence de Jean-Claude Carrière à l’écriture des dialogues et surtout l’univers. La différence majeure est que Juan Luis introduit une composante fantastique. Hélas, par sa nature même, elle a tendance à réduire le propos, à le simplifier, à écarter tout onirisme, tout fantasme. Si l’atmosphère créée est assez prenante et attirante, le développement de l’histoire se révèle plutôt décevant ; est-ce parce que nous en attendions un peu trop ? La Femme aux bottes rouges se regarde toutefois sans déplaisir, le charme de Catherine Deneuve, ici particulièrement belle, n’y étant pas étranger.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Catherine Deneuve, Fernando Rey, Jacques Weber
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25 juin 2014

Théodora devient folle (1936) de Richard Boleslawski

Titre original : « Theodora Goes Wild »

Théodora devient folleLa petite ville de Lynnfield est en émoi après que le journal local ait publié des extraits d’un best-seller un peu osé. Les gardiennes de la bonne morale obtiennent que la publication soit suspendue. Personne ne soupçonne que l’auteur est la jeune Theodora qui vit avec ses deux vieilles tantes et joue de l’orge à la messe tous les dimanches… Theodora Goes Wild fait partie des premières (1) et des plus marquantes comédies  screwball. C’est la première pour l’actrice Irene Dunne qui deviendra un des piliers du genre. Le scénario a été écrit par le brillant scénariste Sidney Buchman. Le ton est assez libre, la pudibonderie et l’étroitesse d’esprit y sont fustigées et le personnage fort est celui de la femme. Irene Dunne semble très à l’aise dans ce rôle à plusieurs facettes, capable de passer très rapidement d’un style à l’autre. L’histoire est assez plausible (ce qui n’est pas toujours le cas avec les screwball) et l’humour est bien distillé, de façon continue, y compris dans les passages de pure romance. Theodora Goes Wild mériterait d’être plus connu.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Irene Dunne, Melvyn Douglas, Thomas Mitchell
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(1) En 1936, nous ne sommes que 2 ans après It Happened One Night (1934) de Frank Capra qui marque le début du genre screwball.

3 février 2014

Piège mortel (1982) de Sidney Lumet

Titre original : « Deathtrap »

Piège mortelSidney Bruhl est un auteur de pièces policières qui a du mal à renouer avec le succès qui l’a rendu célèbre. Alors qu’il vient d’essuyer un quatrième échec, il reçoit un scénario brillant écrit par l’un de ses anciens élèves. Sa femme le pousse à l’appeler pour lui proposer une collaboration… Piège mortel est l’adaptation cinématographique d’une pièce écrite par Ira Levin qui détient le record de longévité à Broadway. Elle repose sur un scénario assez brillant qui enchaîne les rebondissements inattendus. L’histoire peut montrer un petit air de famille avec l’excellent Le Limier de Mankiewicz (sorti dix ans plus tôt, également avec Michael Caine) mais sans être aussi remarquable. Pour Sidney Lumet, il s’est agi d’une commande et, sans montrer de défaut, sa mise en scène n’est pas remarquable en soi. Le réalisateur semble en effet avoir du mal à s’extirper du cadre du théâtre filmé, le fait que 95% de l’histoire se déroule dans une même pièce ne lui facilitant pas la tâche, il est vrai. Piège mortel est néanmoins fort plaisant, assez intense, surprenant par ses revirements. Michael Caine est l’acteur idéal pour ce type de rôle et Christopher Reeves fait une belle prestation, lui qui voulait alors prouver qu’il pouvait jouer autre chose que Superman 1, 2 et 3…
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Michael Caine, Christopher Reeve, Dyan Cannon, Irene Worth
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Remarques :
* Ira Levin est également connu des cinéphiles pour avoir écrit le scénario de Rosemary’s baby.
* La scène finale est extraite d’une réelle représentation de la pièce au Music Box Theatre à Broadway. La pièce était en effet toujours jouée au moment du tournage. La pièce d’Ira Levin fut représentée pas moins de 1793 fois à Broadway de 1978 à 1982, établissant ainsi un record (qui reste inégalé) de longévité.
* Attention à ne pas lire trop de commentaires sur le film avant de le visionner pour profiter pleinement des effets de surprise.
* Une certaine scène de baiser (impossible de la décrire plus sans déflorer en partie l’histoire mais, si vous avez vu le film, vous saurez laquelle) fit grand scandale à l’époque. Elle n’était pas dans la pièce originale. Elle fut enlevée des versions pour la télévision américaine.

21 décembre 2013

Dans la maison (2012) de François Ozon

Dans la maisonAu milieu de copies uniformément navrantes, un professeur de français remarque une dissertation étonnante par la qualité de son écriture et qui se termine par les mots « à suivre ». Il va aider son jeune auteur à poursuivre … Librement adapté de la pièce espagnole de Juan Mayorga, Le Garçon du dernier rang, Dans la maison est une belle variation sur le processus de création. Au travers de l’apprentissage d’un jeune élève par son professeur, François Ozon en décrit habilement le processus, les tâtonnements, les tentations. Il souligne aussi, bien entendu, cette frontière mouvante entre réalité et invention qui ballote selon les désirs, cette tentation de fantasmer le réel. Il joue aussi avec la notion de normalité et de son image par le regard porté par l’adolescent sur la famille d’un de ses amis. C’est également, dans une certaine mesure, une réflexion sur le cinéma. Un peu moins intéressante, car finalement assez commune, est sa vision très critique de l’art conceptuel qu’il place en à-côté, pour apporter une note d’humour. L’interprétation est parfaite. Pour une fois, Luchini ne fait pas du Luchini et joue avec une retenue qui lui va bien. La prestation du jeune Ernst Umhauer est, elle aussi, assez remarquable. Dans la maison est un film élégamment tourné, très satisfaisant.
Elle: 5 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Fabrice Luchini, Ernst Umhauer, Kristin Scott Thomas, Emmanuelle Seigner, Denis Ménochet, Bastien Ughetto
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7 août 2013

Impardonnables (2011) de André Téchiné

ImpardonnablesEcrivain renommé, Francis arrive à Venise pour y écrire son nouveau livre. Il demande à un agent immobilier, Judith, de lui trouver une maison à louer. Quand elle lui en fait visiter une sur l’île de Sant’Erasmo, il lui fait une proposition : il signe tout de suite si elle accepte d’y vivre avec lui… Impardonnables est l’adaptation du roman homonyme de Philippe Djian. Il s’agit d’un mélodrame dans lequel André Téchiné a choisi de réduire l’importance des deux personnages principaux et de développer plusieurs histoires impliquant des personnages secondaires, le plus souvent trop typés. Le résultat paraît plutôt confus et l’on finit, hélas, par se désintéresser ; tout est survolé, rien n’est vraiment approfondi. André Dussollier et Carole Bouquet (avec ses cheveux courts) font une prestation honorable sans toutefois parvenir à faire ressortir leur personnage de l’ensemble. Les décors naturels de Venise et de ses îles forment un bel écrin.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: André Dussollier, Carole Bouquet, Mélanie Thierry, Adriana Asti, Mauro Conte
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11 juillet 2013

La femme du Vème (2011) de Pawel Pawlikowski

La femme du VèmeEcrivain américain en panne d’inspiration après son premier livre, Tom Ricks arrive à Paris pour essayer de voir sa fille malgré l’interdiction du tribunal. Il se fait fermement éconduire par son ex-femme et échoue dans un hôtel miteux après s’être fait voler tout ce qu’il avait… La femme du Vème est l’adaptation d’un roman fantastique de Douglas Kennedy. C’est une plongée dans l’inconscient d’un auteur fragilisé qui perd le contact avec la réalité et qui idéalise l’existence d’une muse. Le film de Pawel Pawlikowski ne fonctionne pas bien du tout. Le réalisateur polonais embrouille les pistes sans donner de direction à son film et semble plus intéressé par l’approche esthétique de l’univers tendance glauque de l’inconscient. Kristin Scott Thomas a beau faire une belle prestation, on se désintéresse hélas trop rapidement de cette histoire.
Elle:
Lui : 1 étoile

Acteurs: Ethan Hawke, Kristin Scott Thomas, Joanna Kulig, Samir Guesmi
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24 mars 2013

Pour le pire et pour le meilleur (1997) de James L. Brooks

Titre original : « As Good as It Gets »

Pour le pire et pour le meilleurMelvin est un écrivain new yorkais, solitaire, souffrant de troubles obsessionnels compulsifs. Sa vie va être bouleversée par son voisin, un artiste homosexuel, et par la serveuse du restaurant où il a ses habitudes… Pour le pire et pour le meilleur est surtout un film d’acteur : Jack Nicholson y est magnifique, toujours proche du cabotinage mais sans jamais franchir la ligne jaune. Il crée ainsi un personnage totalement hors du commun, à la limite de l’asociabilité, difficile à cerner. C’est du grand art et quand les dialogues sont à la hauteur, comme c’est le cas dans la première moitié du film, le résultat est un régal. Face à lui, Helen Hunt est assez remarquable, parvenant par moment à faire jeu égal avec Nicholson. Hélas, comme c’est souvent le cas avec les films qui reposent sur des numéros d’acteurs, il est difficile de tenir la longueur : la première heure passée, le film s’enlise dans le conventionnel, devient très long et même ennuyeux.
Elle: 2 étoiles
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Jack Nicholson, Helen Hunt, Greg Kinnear, Cuba Gooding Jr, Skeet Ulrich, Shirley Knight
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Remarque :
Jack Nicholson et Helen Hunt ont reçu tous deux un Oscar pour leur rôle dans As Good as It Gets.

21 novembre 2012

La loi du désir (1987) de Pedro Almodóvar

Titre original : « La ley del deseo »

La loi du désirPablo est un cinéaste en vogue qui ne cache pas son homosexualité. Il a de nombreuses aventures sans vouloir s’attacher vraiment. Il écrit le scénario de son prochain film pour sa sœur Tina, une femme plutôt exubérante… La loi du désir étant produit par la compagnie de production qu’il a montée avec son frère, Pedro Almodovar bénéficie vraiment pour la première fois d’une grande liberté pour écrire et tourner son film. Ainsi, on y trouve déjà beaucoup de thèmes chers au cinéaste qui n’hésite pas à briser les derniers tabous de l’Espagne postfranquiste. Sous une légèreté qui n’est qu’apparente, c’est un film assez riche, à plusieurs facettes. Bien entendu, le plus visible est cette mise en avant d’une sexualité très libre, d’une homosexualité assumée et de la transsexualité. Mais il y a aussi cette analyse de l’importance du désir, la passion qui peut nous porter trop loin, ce désir qui ici transforme un film d’étude de caractères en un film policier. Et enfin, il y a une certaine réflexion sur le rapport du metteur en scène à la vie, Almodovar mettant certainement dans son personnage un certaine part de lui-même, ce metteur en scène qui cherche parfois à écrire sa propre vie comme l’un de ses scénarios. Souvent drôle, parfois exubérant et pas toujours de très bon goût, La loi du désir est un film empreint d’un désir de liberté, d’un cinéma sans entrave ; il préfigure plusieurs des films ultérieurs du cinéaste.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Eusebio Poncela, Carmen Maura, Antonio Banderas
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