13 juin 2019

Rodin (2017) de Jacques Doillon

RodinAuguste Rodin reçoit enfin à 40 ans sa première commande de l’Etat pour la porte d’entrée du musée des arts décoratifs qui devait ouvrir en 1882. Il vient d’accepter une nouvelle élève, la jeune Camille Claudel, qui devient vite son assistante, puis sa maîtresse…
Il eut été décevant que Jacques Doillon se plie au format moderne du biopic, genre aujourd’hui extrêmement codifié et sans originalité. Heureusement, ce n’est pas le cas, il fait fi de ces ennuyeuses conventions et cherche plutôt à nous faire entrer dans la tête du sculpteur grâce à un scénario qu’il a écrit. Il ne suit pas une trame narrative continue mais décrit des moments sans se soucier de toujours les lier entre eux : les ellipses sont parfois aussi importantes que soudaines. Il s’attache plus particulièrement à suivre la relation tumultueuse de Rodin avec Camille Claudel, sa relation avec les femmes en général et imagine (1) son cheminement créatif pour La Porte de l’Enfer et pour la « dérangeante » statue de Balzac qu’il ne parviendrait jamais à faire vraiment accepter. Le tournage a été réalisé en partie dans la demeure de Rodin à Meudon. Vincent Lindon s’est beaucoup investi dans son personnage et le rend très crédible. La photographie est un peu terne, marquée par un éclairage faible. Le son est assez mauvais (sous-titres fortement recommandés). Le film de Jacques Doillon a été très bien reçu par la critique mais très mal par le public qui a été probablement désarçonné par son caractère atypique.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele, Bernard Verley
Voir la fiche du film et la filmographie de Jacques Doillon sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Voir les autres films de Jacques Doillon chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Jacques Doillon

(1) Il n’existe pas de témoignages directs sur la façon dont Rodin créait et travaillait. Jacques Doillon reprend toutefois certaines théories : par exemple, la légende veut que Camille Claudel ait modelé les mains de Pierre de Wissant pour la sculpture Les Bourgeois de Calais.

Rodin
Vincent Lindon et Izïa Higelin dans Rodin de Jacques Doillon.

Rodin
Vincent Lindon dans Rodin de Jacques Doillon.

Rodin
Vincent Lindon et Anne Cécile Quivogne (… et Balzac) dans Rodin de Jacques Doillon (Rodin aurait fait poser une femme enceinte pour l’une de ses études sur Balzac).

 

Précédente évocation de la relation entre Camille Claudel et Auguste Rodin :
Camille Claudel de Bruno Nuytten (1988) avec Isabelle Adjani et Gérard Depardieu

et sur la fin de vie de Camille Claudel :
Camille Claudel 1915 de Bruno Dumont avec Juliette Binoche

12 juin 2019

Big Eyes (2014) de Tim Burton

Big EyesA la fin des années cinquante, Margaret vient de quitter son mari et arrive à San Francisco avec sa fille. Elle peint des enfants au regard profond et triste, avec de grands yeux, et fait la rencontre d’un peintre du dimanche, peu talentueux mais beau parleur qui l’épouse. Pour mieux vendre les toiles de sa femme, il se fait passer pour leur auteur…

Big Eyes nous raconte l’histoire vraie d’une des plus grandes impostures dans le domaine de l’art. Au début des années soixante, Walter Keane a connu un succès phénoménal et révolutionné le commerce de l’art grâce à ses énigmatiques tableaux représentant des enfants malheureux aux yeux immenses. La vérité n’a éclaté que des années plus tard : toutes ces toiles avaient été peintes par sa femme Margaret. Tim Burton possède une belle collection de ces œuvres dont on peut détecter l’influence sur certains personnages de ses films précédents. Son film nous raconte comment cette femme s’est retrouvée enfermée dans le mensonge de Walter Keane. Le réalisateur souligne la dépendance de Margaret vis-à-vis de son mari, non seulement parce qu’il était un excellent vendeur mais aussi du fait de la position de la femme dans la société de l’époque. Le budget du film fut très réduit (il fut tourné en numérique) mais le résultat est sans faille, parfaitement maitrisé. Côté interprétation, Amy Adams et Christoph Waltz apportent beaucoup de crédibilité à l’ensemble. Bien qu’il se retrouvera certainement classé parmi les œuvres mineures de Tim Burton, voilà un film qui sait éveiller notre intérêt.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston, Krysten Ritter, Jason Schwartzman, Terence Stamp
Voir la fiche du film et la filmographie de Tim Burton sur le site IMDB.

Voir les autres films de Tim Burton chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Tim Burton

 

Big Eyes
Amy Adams et Madeleine Arthur dans Big Eyes de Tim Burton.

Big Eyes
Christoph Waltz et Fiona Vroom dans Big Eyes de Tim Burton.

Remarque :
* Cameo : La véritable Margaret Keane (87 ans au moment du tournage) fait une apparition dans Big Eyes. Elle est assise sur un banc en arrière-plan, en pleine lecture de la Bible, lors de la scène du Palace of Fine Arts.

Big Eyes
Amy Adams, avec Margaret Keane à l’arrière-plan, dans Big Eyes de Tim Burton.

18 juillet 2018

Le Secret de la chambre noire (2016) de Kiyoshi Kurosawa

Le Secret de la chambre noireLe jeune Jean devient l’assistant d’un ancien photographe de mode veuf, qui vit seul avec sa fille dans une grande maison de banlieue. Perfectionniste, il cherche à recréer le daguerréotype parfait en utilisant sa fille comme modèle… Sur une histoire qu’il a lui-même écrite, Kiyoshi Kurosawa (qui, rappelons-le, n’a aucun lien de parenté avec Akira Kurosawa) réalise son premier film hors du Japon, en France avec une équipe entièrement française. Le Secret de la chambre noire mêle avec beaucoup de subtilité le mélodrame et le fantastique qui se manifeste par petites touches, sans esbroufe, tout en étant très présent. L’atmosphère est à la fois très particulière et très prégnante et le jeune Tahir Rahim apporte une touche de charme et de légèreté face à un Olivier Gourmet toujours aussi puissant, tandis que Constance Rousseau contribue à donner cette sensation d’être hors du temps. Le plus enthousiasmant dans le film est sa beauté formelle : l’image est très belle, jouant le plus souvent sur la pénombre d’intérieurs sombres et la musique est absolument merveilleuse, elle nous transporte et donne une grande dimension à l’ensemble. Le film n’a pourtant pas enthousiasmé publics et critiques.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Tahar Rahim, Constance Rousseau, Olivier Gourmet, Mathieu Amalric, Malik Zidi
Voir la fiche du film et la filmographie de Kiyoshi Kurosawa sur le site IMDB.

Voir les livres sur Kiyoshi Kurosawa

Remarques :
* Procédé inventé par Louis Daguerre en 1837, le daguerréotype produit une image sans négatif sur une surface d’argent pur, polie comme un miroir et exposée directement à la lumière au moyen d’une chambre photographique. Le développement de l’image s’effectue à la vapeur de mercure. Le grand avantage du procédé était d’obtenir une image assez stable dans le temps. Les temps de pose étaient d’une ou plusieurs dizaines de minutes ce qui exigeait une immobilité parfaite des modèles. Comme le montre le film, des systèmes plus ou moins élaborés de maintien permettaient de garder la pose.

Le secret de la chambre noire
Olivier Gourmet et Tahir Rahim dans Le Secret de la chambre noire de Kiyoshi Kurosawa.

Le secret de la chambre noire
Constance Rousseau et Tahir Rahim dans Le Secret de la chambre noire de Kiyoshi Kurosawa.

29 mai 2018

À la française (1963) de Robert Parrish

Titre original : « In the French Style »

À la françaiseUne jeune américaine qui aspire à devenir peintre s’installe à Paris. Elle fait rapidement la rencontre avec un jeune français…
Sur un scénario d’Irwin Shaw, In the French Style nous fait partager l’attirance d’une jeune femme pour la liberté de la vie parisienne dans le monde des arts. Il est difficile de ne pas sourire devant tous ces clichés sur la France et ses mœurs libres (inutile de préciser qu’au final c’est l’American style qui triomphera). Le plus original dans cette histoire est qu’elle est racontée d’un point de vue féminin. C’est Jean Seberg qui sauve le film avec une interprétation délicate et pleine de sensibilité. Robert Parrish, visiblement sous le charme, la filme avec une profusion de gros plans. Le choix de Stanley Baker est plus étonnant, l’acteur gallois à la carrure de rugbyman se prêtant difficilement aux rôles sentimentaux. L’ensemble est, il faut bien l’avouer, un peu ennuyeux. À noter, la musique de Joseph Kosma.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Jean Seberg, Stanley Baker, Philippe Forquet
Voir la fiche du film et la filmographie de Robert Parrish sur le site IMDB.

Voir les autres films de Robert Parrish chroniqués sur ce blog…

Remarque :
* Né en 1916, Robert Parrish fut un enfant-acteur (dans L’Aurore de Murnau ou Les Lumières de la ville de Chaplin notamment) avant d’être monteur puis réalisateur. Son livre de mémoires J’ai grandi à Hollywood est l’un des meilleurs témoignages sur cette grande époque hollywoodienne, et l’un des plus passionnants à lire.

In the french style
Philippe Forquet et Jean Seberg dans À la française de Robert Parrish.

In the french style
Jean Seberg, James Leo Herlihy et Stanley Baker dans À la française de Robert Parrish.

7 novembre 2014

New York Stories (1989) de Woody Allen, Martin Scorsese et Francis Ford Coppola

Trois sketches :
1) Apprentissages (Life lessons) de Martin Scorsese avec Nick Nolte et Rosanna Arquette
2) La Vie sans Zoé (Life without Zoe) de Francis Ford Coppola avec Giancarlo Giannini et Talia Shire
3) Le Complot d’Oedipe (Oedipus Wrecks) de Woody Allen avec Woody Allen, Mia Farrow et Mae Questel

New York StoriesNew York Stories réunit trois grands réalisateurs sur un même thème : la ville de New York. Des trois sketches d’environ 40 minutes chacun, c’est celui de Coppola qui paraît le moins réussi. Ecrit conjointement avec sa fille Sofia, cette histoire assez ennuyeuse préfigure Lost in translation, c’est encore le mieux que l’on puisse en dire. Le court métrage de Scorsese est bien plus intéressant, superbement filmé avec un beau casting. Le sketch le plus original et le plus réussi est celui de Woody Allen qui revient ici à la comédie pure avec une idée assez surprenante où son ancienne passion pour la magie refait surface. Dégagé de la pression du long métrage, il s’en donne à coeur joie et nous livre une histoire farfelue et très amusante sur le thème de la mère envahissante.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Woody Allen, Mia Farrow, Nick Nolte, Rosanna Arquette, Giancarlo Giannini
Voir la fiche du film sur le site IMDB.
Voir les autres films de Woody Allen chroniqués sur ce blog…

Remarques :
* Initialement, le projet prévoyait de réunir Woody Allen, Scorsese et Spielberg mais ce dernier n’a pu se libérer et a été remplacé par Coppola (qui, notons-le, n’est pas vraiment new-yorkais).

* Dans le sketch de Woody Allen, la petite fille de Mia Farrow n’est autre que Kirsten Dunst, alors âgée de 6 ans. C’est son premier rôle au cinéma.

26 août 2014

La Femme aux bottes rouges (1974) de Juan Luis Buñuel

La femme aux bottes rougesUn homme très riche rencontre une jeune femme écrivain aux pouvoirs étranges qui vit avec un peintre tout en étant attirée par un jeune éditeur. L’homme riche met en scène un stratagème pour qu’ils se rencontrent et les manipuler… Juan Luis Buñuel est le fils de Luis Buñuel. Il a réalisé quatre longs métrages (beaucoup plus pour la télévision) et La Femme aux bottes rouges est certainement le plus remarquable d’entre eux. Il est bien difficile de ne pas comparer le fils et le père du fait de nombreux points communs : les acteurs (Fernando Rey, Catherine Deneuve), la présence de Jean-Claude Carrière à l’écriture des dialogues et surtout l’univers. La différence majeure est que Juan Luis introduit une composante fantastique. Hélas, par sa nature même, elle a tendance à réduire le propos, à le simplifier, à écarter tout onirisme, tout fantasme. Si l’atmosphère créée est assez prenante et attirante, le développement de l’histoire se révèle plutôt décevant ; est-ce parce que nous en attendions un peu trop ? La Femme aux bottes rouges se regarde toutefois sans déplaisir, le charme de Catherine Deneuve, ici particulièrement belle, n’y étant pas étranger.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Catherine Deneuve, Fernando Rey, Jacques Weber
Voir la fiche du film et la filmographie de Juan Luis Buñuel sur le site IMDB.

16 juin 2012

Minuit à Paris (2011) de Woody Allen

Titre original : « Midnight in Paris »

Minuit à ParisDe passage à Paris avec ses futurs beaux-parents, un scénariste de séries télé américain rêve de revivre le foisonnement artistique des années folles. Il va en avoir l’occasion d’une étrange façon… Avec Minuit à Paris, Woody Allen fait un bel hommage à cette ville qu’il aime tout particulièrement. En remontant le temps, son personnage va rencontrer Hemingway, Picasso, Scott Fitzgerald, Dali, Buñuel, Man-Ray et beaucoup d’autres. Woody Allen n’est pas tendre avec ses compatriotes (contemporains) qui sont particulièrement détestables. En revanche, les français sont tous charmants ! Le mimétisme de la diction d’Owen Wilson sur celle de Woody Allen est amusant. En revanche, le parti-pris photographique est surprenant : des couleurs hyper-saturées qui rendent l’image artificielle et assez laide. Le film est plaisant. Certes, on peut reprocher les nombreux clichés et une certaine vacuité mais il faut prendre Minuit à Paris comme un divertissement avant tout.
Elle: 2 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Owen Wilson, Marion Cotillard, Rachel McAdams, Corey Stoll, Léa Seydoux, Michael Sheen, Kathy Bates, Carla Bruni, Adrien Brody
Voir la fiche du film et la filmographie de Woody Allen sur le site IMDB.

Voir les autres films de Woody Allen chroniqués sur ce blog…

26 avril 2012

La vie de bohème (1945) de Marcel L’Herbier

La vie de bohèmeDans le Quartier Latin des années 1840, quatre jeunes artistes sans le sou vivent difficilement mais gaiment. Ils se nomment « les mousquetaires de la bohème ». Rodolphe, le poète, fait la rencontre de Mimi… La vie de bohème est adapté du roman autobiographique d’Henry Murger (Rodolphe dans le film), roman mis en opéra par Puccini en 1896 (« La Bohème »). Marcel L’Herbier a tourné cette grande production en 1942 sous l’Occupation mais la lenteur du montage ne permettra de ne le sortir qu’en 1945. Malgré toutes les restrictions, le film bénéficie de décors soignés et d’une certaine ampleur. Le film commence de façon tourbillonnante (tonitruante même), sur le registre de la fantaisie et devient de plus en plus grave ensuite. Le déroulement de la narration est loin d’être parfait même si le découpage en quatre saisons est assez séduisant. Louis Jourdan est parfait, Maria Denis sans doute un peu trop âgée pour le rôle. Marcel L’Herbier adopte une réalisation très classique, sans doute un peu trop, et ce grand mélodrame parait hélas un peu désuet aujourd’hui.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: María Denis, Louis Jourdan, Giselle Pascal, Suzy Delair, Alfred Adam, Louis Salou
Voir la fiche du film et la filmographie de Marcel L’Herbier sur le site IMDB.

Voir les autres films de Marcel L’Herbier chroniqués sur ce blog…

Autres adaptations :
La vie de bohème d’Albert Capellani (1916)
La bohème de King Vidor (1926) avec Lilian Gish et John Gilbert
Mimi de Paul L. Stein (1935) avec Douglas Fairbanks Jr
La Bohème de Luigi Comencini (1988) avec Barbara Hendricks (opéra)
La vie de bohème d’Aki Kaurismäki (1992)