19 février 2026

Carmen (1918) de Ernst Lubitsch

CarmenDon José est un sergent de dragons à Séville. Il tombe éperdument amoureux de Carmen, une belle gitane…
Carmen est un film muet allemand réalisé par Ernst Lubitsch. Il s’agit d’une adaptation de la nouvelle de Prosper Mérimée, ou plus exactement de l’opéra de Bizet qu’elle inspira. Quand Lubitsch se voit confier ce grand projet par la toute nouvelle UFA créée dans une Allemagne au bord de la défaite, Carmen a déjà été porté plusieurs fois à l’écran. Les versions plus notables furent les moyens métrages des jeunes Cecil B. DeMille et Raoul Walsh, tous deux sortis en 1915 avec grand succès (plus une satire des deux réalisée par Chaplin l’année suivante). Ernst Lubitsch avait surtout tourné des comédies avant ce grand drame. Pola Negri, fraichement arrivée de Hongrie pour faire carrière à Berlin, campe une Carmen plus naturelle et sauvage que ses homologues américaines. Elle apporte une spontanéité et une fraicheur à une époque qui en avait bien besoin : ce film (son deuxième avec Lubitsch) finit de la propulser au rang de star. Le jeu de Harry Liedtke est plus théâtral et rend l’ensemble daté à nos yeux modernes. L’adaptation est bien réalisée, certaines scènes de foule ou de montagnes sont même impressionnantes pour l’époque, mais il est difficile d’y déceler la patte de Lubitsch. Le film ne manque toutefois pas d’intérêt et il a été récemment restauré à partir de plusieurs négatifs pour approcher le plus possible de la version initiale. Le film sortit trois ans plus tard aux Etats-Unis sous le titre Gypsy Blood.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Pola Negri, Harry Liedtke
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Harry Liedtke et Pola Negri dans Carmen de Ernst Lubitsch.

Carmen au cinéma :
1907 : Carmen, film anglais muet d’Arthur Gilbert
1909 : Carmen, film italien muet de Gerolamo Lo Savio
1911 : Carmen, film français muet de Jean Durand, avec Gaston Modot
1912 : Carmen, film anglais muet de Theo Frenkel
1915 : Carmen, film muet de Cecil B. DeMille, avec Geraldine Farrar
1915 : Carmen, film muet de Raoul Walsh, avec Theda Bara
1916 : Charlot joue Carmen (Burlesque on Carmen), film muet de Charlie Chaplin, avec Charles Chaplin et Edna Purviance
1918 : Carmen, film allemand muet d’Ernst Lubitsch, avec Pola Negri
1926 : Carmen, film français muet de Jacques Feyder, avec Raquel Meller
1927 : The Loves of Carmen, film muet de Raoul Walsh, avec Dolores del Río
1945 : Carmen, film français de Christian-Jaque, avec Jean Marais et Viviane Romance
1948 : Les Amours de Carmen (The Loves of Carmen), film de Charles Vidor, avec Rita Hayworth et Glenn Ford
1954 : Carmen Jones film américain d’Otto Preminger
1963 : Carmen 63 film franco-italien de Carmine Gallone
1968 : L’Homme, l’Orgueil et la Vengeance film italien de Luigi Bazzoni
1983 : Carmen, adaptation flamenco de Carlos Saura
1983 : Prénom Carmen de Jean-Luc Godard
1984 : Carmen, film d’opéra de Francesco Rosi, avec Julia Migenes et Plácido Domingo
1984 : La Tragédie de Carmen, trois films de Peter Brook
1985 : Carmen nue d’Albert Lopez
2004 : Carmen de Khayelitsha (U-Carmen e-Khayelitsha), film sud-africain de Mark Dornford-May
2001 : Karmen Geï de Joseph Gaï Ramaka, adaptation sénégalaise en français et en wolof.
2003 : Carmen, film espagnol de Vicente Aranda, avec Paz Vega et Leonardo Sbaraglia.
2022 : Carmen, film franco-australien de Benjamin Millepied, avec Paul Mescal, Melissa Barrera et Rossy de Palma.

22 mars 2023

Les Deux Amis (2015) de Louis Garrel

Les deux amisClément, figurant de cinéma, est fou amoureux de Mona, vendeuse dans une sandwicherie de la gare du Nord sans savoir qu’elle doit impérativement rentrer tous les soirs dans la prison où elle est détenue. Clément désespère de ne pas parvenir à lui donner un rendez-vous. Son meilleur (et seul) ami, Abel, vient l’aider à conquérir Mona…
Les deux amis est un film français réalisé par Louis Garrel. Il en a co-écrit le scénario avec Christophe Honoré, une adaptation très libre de la pièce  Les Caprices de Marianne d’Alfred de Musset. Il s’agit de son premier long métrage. Il y a de bonnes choses, Louis Garrel multiplie les incursions dans différents genres et trouve un ton qui lui est particulier : l’assemblage comprend un triangle amoureux, du burlesque et de l’humour potache, des personnages volubiles et insouciants parfois jusqu’à l’idiotie. Alors on se demande pourquoi le film est plutôt ennuyeux. Sans doute, ce ton si particulier est-il trop parisien, trop intellectualisé ; l’ensemble ne parvient à se détacher d’une certaine artificialité. L’insistance des deux amis finit par exaspérer.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Golshifteh Farahani, Vincent Macaigne, Louis Garrel
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Les deux amisLouis Garrel, Vincent Macaigne et Golshifteh Farahani dans Les deux amis de Louis Garrel.

27 novembre 2022

Manon 70 (1968) de Jean Aurel

Manon 70Jeune journaliste à Europe 1, Des Grieux rencontre Manon à l’aéroport de Tokyo et en tombe instantanément amoureux. A Paris, commence alors une relation passionnée mais ambigüe, perturbée par les intrigues intéressées de son frère Jean-Paul et les infidélités de Manon…
Manon 70 est un film français réalisé par Jean Aurel, d’après le roman Manon Lescaut de l’abbé Prévost. L’adaptation est signée Jean Aurel et Jacques Laurent (alias Cecil Saint-Laurent). Il s’agit d’une transposition dans le monde moderne du roman qui a connu de nombreuses adaptations, que ce soit au cinéma, à la télévision ou en opéra. Malgré les qualités de ses trois interprètes principaux, le film n’est pas franchement une réussite. Cet amour fou finit même par être ennuyeux. Catherine Deneuve y est toutefois resplendissante dans les robes d’Emanuel Ungaro. La musique est de Serge Gainsbourg.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Catherine Deneuve, Sami Frey, Jean-Claude Brialy, Elsa Martinelli
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Manon 70Catherine Deneuve et Sami Frey dans Manon 70 de Jean Aurel.

Manon 70Catherine Deneuve et Jean-Claude Brialy dans Manon 70 de Jean Aurel.

Adaptations au cinéma :
1912 – Manon Lescaut, film français d’Albert Capellani
1914 – Manon Lescaut, film américain de Herbert Hall Winslow (en)
1918 – Manon Lescaut, film italien de Mario Gargiulo (it)
1926 – Manon Lescaut, film allemand de Arthur Robison
1927 – Le Roman de Manon, film américain d’Alan Crosland
1940 – Manon Lescaut, film italien de Carmine Gallone avec Alida Valli et Vittorio De Sica
1949 – Manon, film d’Henri-Georges Clouzot
1954 – Les Amours de Manon Lescaut (Gli amori di Manon Lescaut), film italien de Mario Costa
1968 – Manon 70, film français de Jean Aurel avec Catherine Deneuve
1981 – Manon, film japonais de Yōichi Higashi
2013 – Manon Lescaut, film français de Gabriel Aghion

8 juin 2022

L’amour à mort (1984) de Alain Resnais

L'amour à mortElisabeth (Sabine Azéma) et Simon (Pierre Arditi) s’aiment profondément depuis quelques mois seulement. Soudainement, Simon meurt. La mort est constatée par un médecin. Pourtant il revient à la vie quelques minutes plus tard…
L’amour à mort est un film français réalisé par Alain Resnais d’après un scénario écrit par Jean Gruault. C’est un film particulièrement riche dans son propos. Le thème en est-il l’Amour, ou bien la mort, ou encore, comme le proposent certains analystes, la séparation ? De toute évidence, tout cela à la fois. Alain Resnais explore la confrontation du sentiment humain le plus fort, l’amour, avec la mort. Il propose plusieurs variations sur la façon dont nous envisageons ou conceptualisons la mort : Elisabeth et Simon, tous deux non-croyants, sont amis avec un couple de pasteurs (Fanny Ardant et André Dussolier) qui apportent des visions bien différentes. Quelques personnages secondaires l’abordent sous un angle encore différent. La forme du film est surprenante : Alain Resnais insère des plans musicaux non figuratifs, noirs avec quelques flocons épars. Polytonale et polyrythmique, la musique d’Hans Werner Henze sur ces plans démarre sur la note où le personnage du plan précédent a fini de parler. Ces plans laissent au spectateur le loisir d’imaginer ce que ne « diraient ni le dialogue, ni les gestes des personnages, ni les images » précise le cinéaste. Cela lui permet également de se libérer du carcan d’un déroulement classique du récit : il ne nous donne que l’essentiel (le « noir musical » peut survenir après un plan de quelques secondes seulement). Coté couleurs, le rouge symbolise l’amour et le noir la mort. Cette forme pourra toutefois rebuter certains spectateurs mais elle est très originale et personnelle, tout en étant au service de son contenu philosophique.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Sabine Azéma, Pierre Arditi, Fanny Ardant, André Dussollier, Jean Dasté
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Remarque :
* Jean Gruault était coscénariste avec François Truffaut pour La Chambre verte (1978) qui traitait également de la mort face à l’amour.

L'amour à mortSabine Azéma et Pierre Arditi dans L’amour à mort de Alain Resnais.

L'amour à mortAndré Dussolier et Fanny Ardant dans L’amour à mort de Alain Resnais.

1 octobre 2019

Mademoiselle de Joncquières (2018) de Emmanuel Mouret

Mademoiselle de JoncquièresLe marquis des Arcies fait une cour délicate mais persistante à Madame de la Pommeraye, une sage jeune veuve qui n’est guère prête à succomber car elle connait sa réputation de libertin aux multiples conquêtes…
« Aimer, séduire, manipuler, intriguer, se venger »… voilà le programme que nous promet l’affiche de Mademoiselle de Joncquières, première incursion d’Emmanuel Mouret dans le film en costumes. L’histoire, du style Liaisons dangereuses, est basée sur un récit conté par l’aubergiste du roman Jacques le Fataliste et son maître de Diderot, un récit qui avait déjà été porté à l’écran et modernisé par Robert Bresson avec l’aide de Jean Cocteau sous le titre Les Dames du Bois de Boulogne (1945). Emmanuel Mouret a choisi de le laisser dans son époque, le XVIIIe siècle, tout en laissant éclore son étonnante modernité. Il en a écrit les dialogues qui jouent admirablement avec la langue pour extérioriser les sentiments. La mise en place peut paraître un peu longue mais l’histoire tient ensuite toutes ses promesses et nous réserve un lot de surprises. Edouard Baer paraît un peu désinvolte dans son jeu mais Cécile de France est admirable et sonne toujours très juste. La photographie est très belle, avec de très beaux plans de forêt. Mademoiselle de Joncquières est un film plaisant et délicieux.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Cécile de France, Edouard Baer, Alice Isaaz, Natalia Dontcheva
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Remarque :
* Le superbe château de Madame de la Pommeraye est le château de Sourches à Saint-Symphorien dans la Sarthe. Les scènes dites du « Jardin du Roi » sont tournées dans le Parc de Marly-le-Roi dans les Yvelines.

Mademoiselle de JoncquièresEdouard Baer et Cécile de France dans Mademoiselle de Joncquières d’Emmanuel Mouret (photo de tournage).

Mademoiselle de JoncquièresAlice Isaaz, Edouard Baer, Natalia Dontcheva et Cécile de France dans Mademoiselle de Joncquières d’Emmanuel Mouret (photo de tournage).

24 juillet 2019

Le Lieu du crime (1986) de André Téchiné

Le Lieu du crimeDans un petit village du Sud-Ouest de la France, Thomas est un adolescent très renfermé. Il vit avec sa mère, Lili, qu’il aime plus que tout, et ses grands-parents. Un jour, Thomas rencontre Martin, jeune homme apparemment traqué, qui lui demande de lui rapporter de l’argent…
Le scénario de Le Lieu du crime a été écrit par Pascal Bonitzer, Olivier Assayas et André Téchiné. Il y a dans ce scénario presque deux histoires juxtaposées. L’adolescent est d’abord au centre du récit. Il est présenté comme un garçon très complexe et, il faut bien l’avouer, un peu antipathique. Il est issu d’une situation de rupture(s). Vient ensuite une histoire d’amour fou, assez improbable (mais n’est-ce pas le lot de toutes les histoires d’amour fou ?) qui tourne en mélodrame appuyé bien peu convaincant. La plupart des acteurs déçoivent, plus ternes qu’à l’accoutumée. Malgré toute la délicatesse dont fait preuve André Téchiné, cette histoire nous a, hélas, laissés plutôt indifférents.
Elle: 2 étoiles
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Catherine Deneuve, Danielle Darrieux, Victor Lanoux, Wadeck Stanczak, Nicolas Giraudi, Claire Nebout
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Le Lieu du crimeCatherine Deneuve et Nicolas Giraudi dans Le Lieu du crime de André Téchiné.

24 janvier 2019

Scott Pilgrim (2010) de Edgar Wright

Titre original : « Scott Pilgrim vs. the World »

Scott PilgrimScott Pilgrim a 22 ans, vit à Toronto, et joue dans le groupe de rock amateur Sex Bob-omb. Un jour, il rencontre la fille de ses rêves, Ramona Flowers. Mais Scott ne pourra conquérir le cœur de Ramona qu’après avoir vaincu ses sept ex maléfiques…
Ce film de l’anglais Edgar Wright est l’adaptation d’une bande dessinée canadienne créée par Bryan Lee O’Malley, plus précisément du deuxième des six volumes, intitulé Scott Pilgrim vs. the World. Son originalité est de faire appel à l’imagerie de la BD et du jeu vidéo pour exprimer les sentiments des personnages. Le film reprend très bien cette particularité, que ce soit visuellement ou dans l’univers sonore : par exemple,  les onomatopées s’affichent à l’écran et on assiste ainsi à des combats délirants et particulièrement inventifs. Tout cela ne serait qu’un exercice de style sans des personnages réellement attachants : l’histoire est simplette mais le jeune Scott est désarmant de candeur et Ramona est adorable. Ajoutez une bonne dose d’humour et vous avez un résultat très complet. On s’amuse beaucoup et on ne s’ennuie pas une seconde.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Michael Cera, Mary Elizabeth Winstead, Kieran Culkin, Anna Kendrick, Jason Schwartzman, Ellen Wong, Chris Evans
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Scott Pilgrim
Michael Cera et Mary Elizabeth Winstead dans Scott Pilgrim de Edgar Wright.

Scott Pilgrim
Michael Cera dans Scott Pilgrim de Edgar Wright.

20 janvier 2019

La Valse dans l’ombre (1940) de Mervyn LeRoy

Titre original : « Waterloo Bridge »

La Valse dans l'ombre
Un officier britannique se remémore sa rencontre avec une jeune ballerine lors de la Première Guerre mondiale, sur le pont de Waterloo. Ce fut un véritable coup de foudre…
Waterloo Bridge est l’adaptation de la pièce du même nom de Robert E. Sherwood, écrite en 1930. Elle avait déjà été adaptée dix ans plus tôt et le sera de nouveau en 1956. Cette version est la seule en couleurs. Archétype du mélodrame parfait, le film de Mervyn LeRoy est équilibré et soutenu par une très belle interprétation, retenue et délicate. L’histoire reste simple ce qui ne la rend que plus forte. La plus belle scène est incontestablement celle de la danse sur l’air de Auld Lang Syne (Ce n’est qu’un au revoir) éclairée seulement par des bougies qui sont éteintes une à une. Le titre français vient de cette scène. Le film fut un énorme succès pour la MGM.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Vivien Leigh, Robert Taylor, Lucile Watson, Virginia Field, C. Aubrey Smith
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Waterloo Bridge
Vivien Leigh et Robert Taylor dans La Valse dans l’ombre de Mervyn LeRoy.

Remarques :
* C’est le premier film de Vivien Leigh après l’énorme succès de Autant en emporte le vent.
* Le fait de placer tout le film en flashback a été ajouté au dernier moment du fait de l’imminence de la guerre.
* Bizarrement, les costumes et coiffures sont celles de 1935 et non de 1915, ce qui perturbe un peu les idées pour situer l’histoire dans le temps. On peut supposer que cet anachronisme est volontaire, pour mieux toucher les spectateurs. Autre bizarrerie (moins gênante), Robert Taylor a un accent bien américain pour un fils de la bonne société anglaise victorienne !
* Waterloo Bridge est le film préféré à la fois de Vivien Leigh et de Robert Taylor.

Waterloo Bridge
Vivien Leigh, Robert Taylor et C. Aubrey Smith dans La Valse dans l’ombre de Mervyn LeRoy.

Autres versions :
1) Waterloo Bridge de James Whale (1931) avec Mae Clarke et Douglass Montgomery (et Bette Davis dans l’un de ses tout premiers rôles, celui de la jeune sœur du héros)
2) Gaby de Curtis Bernhardt (1956) avec Leslie Caron et John Kerr.

17 avril 2018

Falbalas (1945) de Jacques Becker

FalbalasCouturier parisien en vue, Philippe Clarence (Raymond Rouleau) multiplie les aventures avec les femmes pour maintenir son inspiration créatrice. Lorsque son fournisseur et ami lui présente Micheline (Micheline Presle), une jeune provinciale qui a accepté de l’épouser, il est instantanément séduit et en tombe amoureux… Tourné non sans difficultés dans les derniers mois de l’Occupation, Falbalas met en scène une histoire qui paraît loin des préoccupations de cette époque. Jacques Becker a puisé dans ses propres souvenirs puisque sa mère avait dirigé une maison de couture. On peut aussi y voir une métaphore du monde du cinéma, le couturier étant comme le cinéaste un créateur oscillant entre enthousiasme et abattement. L’ensemble n’est pas dénué d’élégance. Le déroulement du scénario est assez subtil : d’une part, Becker nous montre dès le début un dénouement tragique et d’autre part, les personnages ne montrent leur sentiments que très progressivement, avec des allers-retours permanents, laissant le spectateur toujours dans l’expectative. Cette construction subtile rend Falbalas vraiment remarquable mais a dérouté les spectateurs à sa sortie, qui eut lieu juste après la Libération ; en outre, son dénouement assez sombre est sans doute en décalage avec cette période d’euphorie. Toujours est-il que Falbalas n’eut aucun succès, ni critique ni public. Assez injustement.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Raymond Rouleau, Micheline Presle, Jean Chevrier, Gabrielle Dorziat, Jeanne Fusier-Gir, Françoise Lugagne
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Remarques :
* Initialement prévu pour 1943, le tournage a dû être reporté de plusieurs mois à cause des restrictions d’électricité. Le tournage s’est déroulé finalement à partir de mars 1944, le plus souvent de nuit à cause des coupures électriques.
* Toutes les robes sont du couturier Marcel Rochas.

Falbalas
Raymond Rouleau dans Falbalas de Jacques Becker.

Falbalas
Micheline Presle dans Falbalas de Jacques Becker.

Falbalas
Françoise Lugagne et Raymond Rouleau dans Falbalas de Jacques Becker.

24 février 2018

La Maison du Maltais (1938) de Pierre Chenal

La Maison du MaltaisA Sfax en Tunisie, Safia est une prostituée au grand cœur qui mène une vie difficile. Matteo, dit « le Maltais », un vagabond un peu poète, s’éprend d’elle. Safia consent à aller vivre dans sa maison paternelle…
La Maison du Maltais de Pierre Chenal est la seconde adaptation du roman homonyme de Jean Vignaud. Ce mélodrame colonial qui se déroule pour moitié en Tunisie et pour moitié à Paris permet à Pierre Chenal de créer une atmosphère trouble comme il les aime. Comme toujours, il s’entoure de comédiens de premier ordre et d’une excellente équipe technique. La photographie de Curt Courant est remarquable, notamment dans le souk, même si la qualité de la copie ne nous permet pas toujours d’en profiter pleinement. La partie tunisienne évoque tout naturellement Pépé le Moko sorti l’année précédente. Tout comme ce dernier, La Maison du Maltais mérite sa place parmi les classiques du cinéma français.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Viviane Romance, Marcel Dalio, Pierre Renoir, Louis Jouvet, Jany Holt
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Voir les autres films de Pierre Chenal chroniqués sur ce blog…
Voir les livres sur Pierre Chenal

Voir aussi la chronique du film sur le blog Mon cinéma à moi qui rapporte des informations intéressantes sur la genèse du film, tirées du livre de souvenirs de Pierre Chenal et de l’autobiographie de Marcel Dalio.

Précédente adaptation :
La Maison du Maltais (1928) de Henri Fescourt avec Tina Meller et Sylvio de Pedrelli (film perdu).

La Maison du Maltais
Marcel Dalio dans La Maison du Maltais de Pierre Chenal. Cette scène de la première rencontre entre Safia et Matteo est un petit bijou…

la Maison du Maltais
Viviane Romance, Pierre Renoir et Louis Jouvet dans La Maison du Maltais de Pierre Chenal.