3 novembre 2020

Vice (2018) de Adam McKay

ViceL’histoire de Dick Cheney qui a réussi, sans faire de bruit, à se faire élire vice-président aux côtés de George W. Bush. Devenu l’homme le plus puissant du pays, il a largement contribué façonner un nouvel ordre mondial, notamment en poussant son pays à faire la guerre en Irak…
Après The Big Short en 2015 sur la crise financière de 2008, Adam McKay s désiré traiter une nouvelle fois d’un de ces moments-clés qui ont modifié l’histoire de son pays et du monde. Le scénario qu’il a lui-même écrit, couvre toute la vie de Dick Cheney mais le point central est de montrer comment cet homme politique, pourtant initialement peu ambitieux, a su se frayer un chemin dans les arcanes du pouvoir et s’arroger ensuite des pouvoirs bien au-delà de sa fonction. Le propos est toutefois loin d’être étayé et il est bien entendu difficile de qualifier le film d’enquête. Le ton est plutôt celui de la satire tous azimuts. Le personnage apparaît assez outré, avec une voix rave et trainante digne d’un parrain de la mafia et une grande vulgarité. Sur le plan cinématographique, Adam McKay a une approche originale et pleine d’idées de déroulement, s’appuyant sur un montage haletant qui multiplie les ruptures, bombardant le spectateur d’information, ne lui laissant aucun répit ni de place à la réflexion. Malgré ses aspects novateurs, le film nous apparaît très classique et formaté. Il n’a rencontré qu’un succès très mitigé, que ce soit aux Etats-Unis ou dans les autres pays.
Elle: 3 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Christian Bale, Amy Adams, Steve Carell, Sam Rockwell
Voir la fiche du film et la filmographie de Adam McKay sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Voir les autres films de Adam McKay chroniqués sur ce blog…

ViceChristian Bale et Sam Rockwell dans Vice de Adam McKay.

5 août 2019

Nocturnal Animals (2016) de Tom Ford

Nocturnal AnimalsSusan est galeriste d’art à Los Angeles. Un jour, elle reçoit de son premier mari le manuscrit de son roman, juste avant publication. Restée seule lors d’un week-end, elle entreprend de le lire : c’est le récit d’un homme qui, avec sa femme et sa fille, se fait attaquer par trois voyous sur une route isolée du Texas…
Nocturnal Animals est adapté du roman Tony and Susan d’Austin Wright, publié en 1993. Tom Ford est un styliste de mode qui réalise ici son second long métrage après A Single Man (2010). On ne sera donc pas étonné qu’il ait soigné la photographie et l’aspect graphique de son film. L’histoire se déroule dans trois dimensions temporelles : le présent, le passé et le fictionnel. Les allers-retours deviennent vite répétitifs, même agaçants par leur lourdeur. Les allégories et parallèles sont insistants. Tom Ford semble avoir un compte à régler avec l’art moderne, un monde qu’il présente de façon caricaturale, froid, sans âme, sans vie. Le contraste entre cet univers aseptisé et le sordide de l’enquête au Texas est poussé à son maximum. Personnellement, j’ai trouvé le film assez vide et plutôt déplaisant. Ce ne fut pas le cas de tout le monde puisqu’il a été bien reçu aux Etats-Unis, moins bien en France toutefois.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon, Aaron Taylor-Johnson, Armie Hammer
Voir la fiche du film et la filmographie de Tom Ford sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Lire une analyse plus complète sur le film sur le site Courte-focale.fr.

Nocturnal AnimalsAmy Adams dans Nocturnal Animals de Tom Ford.

Nocturnal AnimalsJake Gyllenhaal et Michael Shannon dans Nocturnal Animals de Tom Ford.

12 juin 2019

Big Eyes (2014) de Tim Burton

Big EyesA la fin des années cinquante, Margaret vient de quitter son mari et arrive à San Francisco avec sa fille. Elle peint des enfants au regard profond et triste, avec de grands yeux, et fait la rencontre d’un peintre du dimanche, peu talentueux mais beau parleur qui l’épouse. Pour mieux vendre les toiles de sa femme, il se fait passer pour leur auteur…

Big Eyes nous raconte l’histoire vraie d’une des plus grandes impostures dans le domaine de l’art. Au début des années soixante, Walter Keane a connu un succès phénoménal et révolutionné le commerce de l’art grâce à ses énigmatiques tableaux représentant des enfants malheureux aux yeux immenses. La vérité n’a éclaté que des années plus tard : toutes ces toiles avaient été peintes par sa femme Margaret. Tim Burton possède une belle collection de ces œuvres dont on peut détecter l’influence sur certains personnages de ses films précédents. Son film nous raconte comment cette femme s’est retrouvée enfermée dans le mensonge de Walter Keane. Le réalisateur souligne la dépendance de Margaret vis-à-vis de son mari, non seulement parce qu’il était un excellent vendeur mais aussi du fait de la position de la femme dans la société de l’époque. Le budget du film fut très réduit (il fut tourné en numérique) mais le résultat est sans faille, parfaitement maitrisé. Côté interprétation, Amy Adams et Christoph Waltz apportent beaucoup de crédibilité à l’ensemble. Bien qu’il se retrouvera certainement classé parmi les œuvres mineures de Tim Burton, voilà un film qui sait éveiller notre intérêt.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston, Krysten Ritter, Jason Schwartzman, Terence Stamp
Voir la fiche du film et la filmographie de Tim Burton sur le site IMDB.

Voir les autres films de Tim Burton chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Tim Burton

 

Big Eyes
Amy Adams et Madeleine Arthur dans Big Eyes de Tim Burton.

Big Eyes
Christoph Waltz et Fiona Vroom dans Big Eyes de Tim Burton.

Remarque :
* Cameo : La véritable Margaret Keane (87 ans au moment du tournage) fait une apparition dans Big Eyes. Elle est assise sur un banc en arrière-plan, en pleine lecture de la Bible, lors de la scène du Palace of Fine Arts.

Big Eyes
Amy Adams, avec Margaret Keane à l’arrière-plan, dans Big Eyes de Tim Burton.

25 octobre 2017

Premier contact (2016) de Denis Villeneuve

Titre original : « Arrival »

Premier contactAlors que douze mystérieux vaisseaux extraterrestres apparaissent à douze endroits différents du globe, l’experte en linguistique comparée Louise Banks est recrutée par l’armée américaine pour entrer en contact avec leurs occupants… Sachant que les comparaisons ne manqueront pas, marcher sur les traces d’un film comme Rencontres du troisième type est une entreprise périlleuse. Denis Villeneuve y parvient brillamment. Basée sur une nouvelle de Ted Chiang scénarisée par Eric Heisserer, Arrival est une belle histoire de communication qui met en avant l’importance du langage et sur ses liens avec notre perception du monde. Denis Villeneuve sait rester à l’écart des nombreux travers de la science-fiction moderne : aucune surenchère dans le spectaculaire ici. En revanche, le film est très inventif sur les extraterrestres, à la fois sur leur forme et sur leur langage. En outre, la construction est élégamment intégrée au scénario dont elle devient un élément-clé. Cinématographiquement, le cinéaste québécois montre une fois de plus de son habileté, sa mise en scène est efficace et maitrisée. Un très beau film.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker
Voir la fiche du film et la filmographie de Denis Villeneuve sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Voir les autres films de Denis Villeneuve chroniqués sur ce blog…

Arrival
Amy Adams dans Premier contact de Denis Villeneuve.

Remarques :
* Le mot « guerre » peut effectivement être traduit en sanskrit par un mot signifiant « désir de plus de vaches » (la vache ayant en Inde une symbolique bien particulière, notamment de pureté, de la mère, de la non-violence) mais cette interprétation dépend beaucoup du contexte. Lire… (en anglais)
* Le film d’apprendre (du moins en ce qui me concerne) l’existence de l’hypothèse de Sapir-Whorf… Wikipedia

Arrival
Amy Adams dans Premier contact de Denis Villeneuve.

9 février 2017

Her (2013) de Spike Jonze

HerDans un futur proche, Theodore est un trentenaire légèrement dépressif après la séparation de sa femme. Il se laisse convaincre par une publicité pour un nouveau système d’exploitation de son ordinateur, un système décrit comme « intelligent »… Pourra-t-on un jour tomber amoureux d’une intelligence artificielle ? La question est loin d’être anodine et Spike Jonze l’aborde de façon très pertinente. Contrairement à ce que l’on lire un peu partout, son Theodore ne tombe pas amoureux d’une voix (ce qui donnerait au mieux un film puéril), il tombe amoureux d’une intelligence auto-évolutive, qui va s’adapter à sa situation particulière, à son caractère. Théodore lui demande en premier de mettre de l’ordre dans ses emails mais, au final, elle va remettre de l’ordre dans sa vie et au passage lui faire découvrir le véritable sens de l’amour. Rien de moins! Bien entendu, on pourra relever des incohérences techniques ici et là mais cela n’a pas d’importance, Spike Jonze aborde la question sous le bon angle. En plus d’être séduisant sur le fond, le film est séduisant dans sa forme par la douceur de la photographie aux couleurs chaudes (le bleu a été banni par le directeur de la photographie Hoyte Van Hoytema) et par ses superbes gros plans à faible profondeur de champ. L’environnement futuriste est assez sobre mais très bien rendu. L’interprétation est au niveau de l’ensemble : Joaquim Phoenix excelle pour exprimer toutes les nuances de son personnage. Her est un merveilleux film.
Elle: 4 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson, Amy Adams, Rooney Mara
Voir la fiche du film et la filmographie de Spike Jonze sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Voir les autres films de Spike Jonze chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Spike Jonze

Remarques :
* Spike Jonze dit avoir été inspiré par les films de Woody Allen, notamment Crimes et Délits.
* Steven Soderbergh a aidé Spike Jonze en lui proposant un montage fait en une nuit. certaines idées de coupe ont été gardées.
* La voix du « gamin » malpoli holographique est celle de Spike Jonze.
* Her n’est que le quatrième long métrage de Spike Jonze qui est prolixe en matière de courts métrages (IMDB lui attribue 48 réalisations).

her-large
Joaquin Phoenix et Amy Adams dans Her de Spike Jonze.

Her
Joaquin Phoenix, heureux d’être sur la plage avec Samantha dans la poche, dans Her de Spike Jonze.