19 décembre 2021

Drunk (2020) de Thomas Vinterberg

Titre original : « Druk »

Drunk (Druk)Danemark. Quatre amis, professeurs dans le même lycée, décident de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Avec une rigueur scientifique, chacun relève le défi en espérant que leur vie n’en sera que meilleure…
Drunk est un film danois coécrit et réalisé par Thomas Vinterberg, le réalisateur de Festen, cofondateur avec Lars von Trier du mouvement Dogme95. Le film est plutôt une comédie mais il est assez difficile de cerner les intentions réelles du cinéaste (et ses déclarations à ce sujet restent très vagues). S’il a joué l’équilibre entre apologie et condamnation, c’est principalement parce qu’il n’aborde le sujet de l’alcoolisme que sous un seul plan : il montre que l’alcool est un formidable lubrifiant social et se contente de placer quelques évènements plus dramatiques pour éviter d’être accusé d’en faire l’apologie (1). Malgré ces facilités et le fond un peu simpliste, le film reste amusant et séduit par son côté « ode à la vie ». L’ensemble est très nerveux et Mads Mikkelsen fait une belle prestation. Gros succès critique et public, avec moult récompenses à la clef.
Elle: 3 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Magnus Millang, Lars Ranthe, Maria Bonnevie
Voir la fiche du film et la filmographie de Thomas Vinterberg sur le site IMDB.
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Remarque :
* Le philosophe et psychiatre norvégien Finn Skårderud a démenti avoir écrit que l’homme naît avec un déficit de 0,5g d’alcool dans le sang. Il a écrit une préface au livre « Les Effets psychologiques du vin » de l’Italien Edmondo de Amicis.  « Sur la première page, j’ai écrit qu’après un ou deux verres, oui, tout va plutôt bien, on croit peut-être qu’on est né avec un déficit de 0,5g », a-t-il expliqué au micro de la radio norvégienne NRK. « Mais dans le paragraphe suivant, je démens la thèse dans son intégralité » a-t-il ajouté.
La reprise partielle et trompeuse de ses propos l’a plongé dans l’embarras : « Ça a d’abord été un peu inconfortable parce que je suis tout de même médecin, psychiatre, je traite des gens souffrant d’addictions, je rencontre leurs familles » a-t-il confié à NRK.

(1) Il semble que, culturellement, l’alcool a déjà une très forte acceptation sociale au Danemark, cet encouragement social étant souvent cité comme principal vecteur du problème de l’alcoolisme au Danemark. Donc, finalement, le réalisateur souffle dans le sens du vent.

Drunk (Druk)Thomas Bo Larsen, Lars Ranthe, Mads Mikkelsen et Magnus Millang dans Drunk (Druk) de Thomas Vinterberg.

1 août 2018

Pelle le conquérant (1987) de Bille August

Titre original : « Pelle erobreren »

Pelle le conquérantAu XIXe siècle, le jeune garçon Pelle et son père, âgé et veuf, émigrent par bateau de Suède vers le Danemark. Ils sont embauchés comme vachers dans une grande ferme locale…
Pelle le conquérant est un copieux roman de Martin Andersen Nexø, un grand classique de la littérature danoise. Bille August n’en adapte que la première partie et, de ce fait, le titre parait quelque peu décalé car il faut bien avouer qu’il ne se passe pas grand-chose durant ces 2h30 (1). Le plus intéressant est la peinture sociale du milieu rural danois et surtout la magnifique relation entre un père maladroit et résigné et son fils avide d’une vie meilleure. Il y a là une variation pleine de subtilités de la supériorité paternelle et de la soumission filiale. Max von Sydow est remarquable dans ce rôle d’une grande complexité, il trouve toujours le ton juste et le jeune Pelle Hvenegaard est parfait. La photographie est assez belle. Le film a reçu de nombreuses récompenses dont la Palme d’or au festival de Cannes 1988.
Elle: 3 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Pelle Hvenegaard, Max von Sydow, Björn Granath
Voir la fiche du film et la filmographie de Bille August sur le site IMDB.


(1) Paru de 1906 à 1910, le roman est en quatre volumes : L’Enfance, L’Apprentissage, La Grande Lutte, Le Petit Jour. Les deux derniers volumes se déroulent à Copenhague où Pelle va prendre la tête du mouvement ouvrier. A noter que l’auteur Martin Andersen Nexø (1869-1954) adhérera par la suite au Parti Communiste danois. Son autre roman célèbre est Ditte, enfant des hommes (1917-1921).

Pelle le Conquérant
Max von Sydow et Pelle Hvenegaard dans Pelle le conquérant de Bille August.

4 septembre 2015

Jour de colère (1943) de Carl Theodor Dreyer

Titre original : « Vredens dag »
Autre titre : « Dies Irae »

Dies iraeDans le Danemark de 1623, le pasteur d’un village a recueilli et épousé une très jeune femme, du même âge que son fils issu d’un premier mariage. Celui-ci rentre vivre avec son père au moment où le pasteur fait brûler vive une femme accusée de sorcellerie… Après l’échec commercial de Vampyr, Dreyer reste dix ans sans tourner. Ce n’est qu’en 1943, alors que son pays est occupé, qu’il parvient à réaliser ce Jour de colère, une histoire de sorcellerie et d’amour impossible dans l’austère Danemark du XVIIe siècle. Il s’agit de l’adaptation d’une pièce de Wiers-Jenssen que Dreyer avait vue presque vingt ans auparavant. Le film est remarquable par sa très grande beauté formelle. Les décors sont épurés (mais sans avoir l’abstraction de ceux de Jeanne d’Arc) et les éclairages particulièrement travaillés, avec une superbe répartition  des noirs et des blancs. Le film a souvent été rapproché des peintures de Rembrandt, certains le qualifiant même de « Rembrandt vivant ». L’image évoque la peinture non seulement par l’éclairage mais aussi par le placement des personnages : c’est particulièrement net dans les plans sur les jurés par exemple. Il faut aussi mentionner les panoramiques tournants savamment synchronisés (1). Toute cette beauté plastique peut toutefois nous détacher du récit : la scène de torture de la vieille femme accusée devient ainsi objet d’émerveillement visuel alors qu’elle est bien entendu atroce sur le fond. Cette scène évoque bien entendu les pratiques des occupants nazis. Et pour rester sur le fond, André Bazin a souligné avec justesse que le désespoir final de la jeune femme peut exprimer aussi bien l’aveu que le mensonge. De son côté, Georges Sadoul affirme que Dreyer croit à la sorcellerie, ce qui semble effectivement probable mais pas certain, toutefois. Jour de colère est un très beau film : rarement l’austérité et la beauté formelle n’ont été si harmonieusement accordées.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Lisbeth Movin, Thorkild Roose, Preben Lerdorff Rye, Sigrid Neiiendam, Anna Svierkier
Voir la fiche du film et la filmographie de Carl Theodor Dreyer sur le site IMDB.

Voir les autres films de Carl Theodor Dreyer chroniqués sur ce blog…

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Jour de colère
Lisbeth Movin dans Jour de colère de Carl Theodor Dreyer.

(1) Le panoramique sur les enfants de choeur lors des funérailles est d’une perfection absolue : les enfants tournent autour de la pièce et la camera tourne dans le même sens mais un peu plus lentement, créant ainsi un mouvement apparent inverse dont le décalage rythmé par leurs chants. Du grand art.

5 février 2014

Le Festin de Babette (1987) de Gabriel Axel

Titre original : « Babettes gæstebud »

Le festin de BabetteNous sommes à la fin du XIXe siècle, dans un petit hameau isolé de la côte danoise. La française Babette a fui Paris après la répression qui a suivi la Commune de 1871 et s’est réfugié ici. Elle est servante chez deux soeurs très pieuses, filles d’un défunt pasteur qui avait su unir la petite communauté. Quinze plus tard, grâce à une somme d’argent presque tombée du ciel, Babette va préparer pour le village un repas « à la française »… Le Festin de Babette fait partie de ces films totalement à part, uniques en leur genre, ceux que l’on n’oublie pas. L’histoire est inspirée d’une nouvelle de la danoise Karen Blixen (1). Elle est mise en scène avec beaucoup de retenue et de douceur, et aussi une certaine austérité à l’image de ses personnages qui sont tout à leur dévotion, à la recherche d’un certain ascétisme jusque dans leurs paroles. Les deux soeurs communiquent entre elles presque exclusivement par des regards. Cela n’empêche pas l’humour d’être présent, notamment dans toute la séquence du repas. L’ensemble fait penser à certains films de Dreyer (2). Au-delà du regard porté sur cette petite communauté qui semble hors du monde, Le Festin de Babette est un film sur la grâce, cette grâce indéfinissable mais aussi insaisissable : les deux voyageurs venus du monde extérieur ont bien perçu cette grâce mais, incapables de la saisir pour s’en emparer, ils en sont restés perturbés à jamais. Le Festin de Babette serait ainsi un film plutôt contemplatif : tout comme nous savourons des yeux ce repas unique, cette belle fable pose plus de questions (notamment sur le sens que nous donnons à notre vie) qu’elle ne donne de solutions. Le petit discours du général en fin de repas est représentatif de notre propre confusion : lui qui venait chercher des réponses va repartir encore plus troublé mais comme nourri (!) d’une dimension supplémentaire. L’interprétation est parfaite, sans éclat inutile. Oui, Le Festin de Babette fait bien partie de ces films à nul autre pareil. Il semble, lui aussi, avoir été touché par la grâce.
Elle: 4 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Stéphane Audran, Bodil Kjer, Birgitte Federspiel, Jarl Kulle, Jean-Philippe Lafont, Bibi Andersson
Voir la fiche du film et la filmographie de Gabriel Axel sur le site IMDB.

(1) Karen Blixen (1885-1962) est également l’auteure de Out of Africa (porté à l’écran par Sidney Pollack) et de Une histoire immortelle (porté à l’écran par Orson Welles).
(2) Le visage de l’un des personnages, une femme du village, ressemble vraiment beaucoup à Mathilde Nielsen dans Le Maître du logis (1925) de Carl Dreyer (cliquer pour voir l’affiche). Il s’agit probablement d’un hommage.

15 novembre 2013

Ils attrapèrent le bac (1948) de Carl Theodor Dreyer

Titre original : « De nåede færgen »

Ils attrapèrent le bac(Court métrage de 11 minutes) Un couple arrive par le bac sur une moto. Ils n’ont que 45 minutes pour attraper un second bac à 70 kms de là et doivent donc rouler très vite pour y parvenir…
Après l’échec de Vampyr (1932), Carl Theodor Dreyer retourne au Danemark pour y exercer son ancien métier de journaliste. Ce n’est que dix ans plus tard, en 1942, qu’il recommence à tourner, signant au cours de la décennie deux longs métrages et plusieurs courts métrages documentaires. Ils attrapèrent le bac est une commande de la Sécurité routière dans le cadre d’une campagne contre la vitesse excessive sur la route. C’est tout de même une adaptation, celle d’un court roman de l’écrivain danois Johannes V. Jensen, Prix Nobel de littérature 1944. Ils attrapèrent le bac Nous suivons le couple sur la moto, doublant toutes les autres voitures, prenant souvent de grands risques. Le montage est assez riche et rapide avec de très nombreux plans différents remarquablement bien utilisés. La réalisation est précise. Dreyer apporte une petite touche d’étrangeté avec cette voiture mystérieuse difficile à doubler dont la capote arrière est ornée d’un motif de squelette semblable à une gigantesque araignée. Il apporte aussi une petite note d’humour lorsque la moto se trompe de route : la caméra s’arrête au carrefour, laissant la moto s’éloigner dans la mauvaise direction, attendant patiemment qu’elle revienne. D’une base simple, Dreyer a fait un film assez complet et riche. Ils attrapèrent le bac est considéré comme étant l’un des meilleurs courts métrages de Dreyer.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Joseph Koch
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Remarque :
* L’homme qui conduit la moto est Joseph Koch, un pilote professionnel. C’est son épouse qui est derrière lui.