30 septembre 2015

Sommaire de septembre 2015

Il importe d'être constantTu m'as sauvé la vieCamouflageLe CriL'Auberge rougeSalomon et la reine de SabaL'Indésirable

Il importe d’être constant

(1952) de Anthony Asquith

Tu m’as sauvé la vie

(1950) de Sacha Guitry

Camouflage

(1977) de Krzysztof Zanussi

Le Cri

(1957) de Michelangelo Antonioni

L’Auberge rouge

(1951) de Claude Autant-Lara

Salomon et la reine de Saba

(1959) de King Vidor

L’Indésirable

(1914) de Michael Curtiz

Une vierge sur canapéL'Homme de l'OuestLa Chronique de GrieshuusLa Guerre des cerveauxMessalineGertrudOrdet

Une vierge sur canapé

(1964) de Richard Quine

L’Homme de l’Ouest

(1958) d’Anthony Mann

La Chronique de Grieshuus

(1925) de Arthur von Gerlach

La Guerre des cerveaux

(1968) de Byron Haskin

Messaline

(1960) de Vittorio Cottafavi

Gertrud

(1964) de Carl Theodor Dreyer

Ordet

(1955) de Carl Theodor Dreyer

Jour de colèreOblivion

Jour de colère

(1943) de Carl Theodor Dreyer

Oblivion

(2013) de Joseph Kosinski

Nombre de billets : 16

28 septembre 2015

Il importe d’être constant (1952) de Anthony Asquith

Titre original : « The Importance of Being Earnest »

Il importe d'être constantA la toute fin du XIXe siècle, John Worthing s’est inventé un frère Constant (Ernest dans la version anglaise) pour pouvoir aller à Londres courtiser sous cette identité la jeune Gwendoline. Son stratagème est découvert par le cousin de la jeune fille qui s’est inventé, lui aussi, un cousin souffreteux pour s’échapper à la campagne. Lorsque John fait sa déclaration à Gwendoline, celle-ci lui répond positivement et affirme qu’elle a toujours rêvé d’épouser un homme prénommé Ernest (1)… Grand classique de l’humour britannique à son meilleur, Il importe d’être constant est une pièce brillante créée par Oscar Wilde en 1895. Cette comédie qui se moque des moeurs corsetés de la haute société victorienne est portée par des dialogues savoureux. L’humour y est tout en retenue mais assez… constant. Dans son adaptation au grand écran, Anthony Asquith reste très proche de la pièce que ce soit dans le texte ou sur la forme, filmant en longs plans-séquences avec des focales longues. Les performances d’acteurs, tous issus du théâtre, sont excellentes, très britanniques dans leur style, même si on peut trouver que Michael Redgrave et Michael Denison sont trop âgés pour leur rôle. La plus remarquable est probablement Edith Evans dont l’interprétation de Lady Bracknell a vraiment marqué.  Il importe d’être constant est une perle du cinéma britannique des années cinquante. Il pourra bien entendu rebuter le spectateur moderne par sa forme proche du théâtre filmé… mais, quand la pièce est si brillante en elle-même, est-il vraiment nécessaire d’y ajouter quelque chose ?
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Michael Redgrave, Michael Denison, Edith Evans, Joan Greenwood, Dorothy Tutin, Margaret Rutherford
Voir la fiche du film et la filmographie de Anthony Asquith sur le site IMDB.

Voir les autres films de Anthony Asquith chroniqués sur ce blog…

(1) « Ernest » est en anglais phonétiquement quasiment identique au mot « earnest » qui signifie « sérieux ». Le jeu de mots est encore meilleur en français puisque Constant est un prénom.

Il importe d'être constant
Michael Denison et Michael Redgrave dans Il importe d’être constant de Anthony Asquith

Il importe d'être constant
Dorothy Tutin et Joan Greenwood dans Il importe d’être constant de Anthony Asquith

Il importe d'être constant
Edith Evans dans Il importe d’être constant de Anthony Asquith

Autres adaptations :
L’importance d’être constant (The Importance of Being Earnest) par l’anglais Oliver Parker (2002)
The Importance of Being Earnest de l’américain Brian Bedford (2011), en réalité une représentation filmée de la pièce à Broadway
+ de nombreuses adaptations au petit écran, notamment britannique.

27 septembre 2015

Tu m’as sauvé la vie (1950) de Sacha Guitry

Tu m'as sauvé la vieUn baron, aigri à la suite d’une incapacité sexuelle et déçu par ses semblables, évite toutes les rencontres. Il semble n’avoir d’affection que pour ses employés de maison. Mais lorsqu’un clochard lui évite d’être piétiné par un cheval, il se prend d’amitié pour lui… Quelques mois après créé la pièce Tu m’as sauvé la vie au Théâtre des Variétés, Sacha Guitry décide de la porter sur grand écran. Les acteurs reprennent leur rôle (à part Pauline Carton qui ne figure pas dans le film). Le propos est fortement marqué par l’amertume de Guitry après avoir été injustement accusé de collaboration à la Libération, emprisonné brièvement et mis à l’opprobre. La misanthropie du personnage et la noirceur du propos sont l’écho de son fort ressentiment. Personne n’est épargné, tous les personnages ont des rapports intéressés, le mensonge et l’hypocrisie règlent les rapports humains. La seule échappatoire est la solitude. C’est donc un constat désabusé sur la nature humaine mais cela reste toutefois une comédie. Les bons mots sont souvent acerbes, toutefois. La forme est celle du théâtre filmé, tout se passe dans une seule et même pièce, la caméra restant à distance avec de rares gros plans. C’est la première collaboration de Guitry avec Fernandel pour qui il écrira Adhémar peu après. Tu m’as sauvé la vie est une pièce assez mineure de Sacha Guitry.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Sacha Guitry, Fernandel, Lana Marconi, René Génin, Luce Fabiole, Jeanne Fusier-Gir
Voir la fiche du film et la filmographie de Sacha Guitry sur le site IMDB.

Voir les autres films de Sacha Guitry chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Sacha Guitry

Tu m'as sauvé la vie
Fernadel, Sacha Guitry et Lana Marconi dans Tu m’as sauvé la vie de Sacha Guitry

Remarque de Guitry voyant Fernandel sourire : « Ah, voilà, je savais bien que j’avais vu un deuxième cheval… »

26 septembre 2015

Nouveautés livres au 25 septembre 2015

Livres sur le cinéma – Les sorties des 3 dernières semaines :


Leni Riefenstahl:La cinéaste d'HitlerTITRE : Leni Riefenstahl
… La cinéaste d’Hitler
AUTEUR : Jérôme Bimbenet
EDITEUR : Tallandier
SORTIE : 24 septembre 2015
SUJET : Réalisateur > Leni Riefenstahl
Danseuse, actrice fétiche des films de montagne, cinéaste révolutionnaire, photographe remarquable, plongeuse hors pair, Leni Riefenstahl (1902-2003) est, aux yeux du monde, la cinéaste qui s’est fourvoyée en se mettant au service du nazisme…


Le Cinéma de Roland Barthes : Suivi d'un entretien avec Jacques RancièreTITRE : Le Cinéma de Roland Barthes
… Suivi d’un entretien avec Jacques Rancière
AUTEUR : Philip Watts
EDITEUR : De l’incidence
SORTIE : 24 septembre 2015
SUJET : Théorie
C’est un lieu commun qu’il a entretenu lui-même : Roland Barthes n’aimait guère le cinéma. Ce livre – le premier consacré à la question – ne nie pas cette résistance, mais il en montre les ambivalences et les enjeux plus profonds…


Napoléon, l'épopée en 1 000 filmsTITRE : Napoléon, l’épopée en 1 000 films
AUTEUR : Hervé Dumont
EDITEUR : Ides et Calendes
SORTIE : 24 septembre 2015
SUJET : Genre > Historique
Dans la mesure où il analyse pour la première fois l’ensemble de la production mondiale sur Napoléon et son temps, cet ouvrage encyclopédique est unique à ce jour, tant par ses informations sans fards que par sa très rare iconographie…


Star Wars, la philo contre attaque: La saga décryptéeTITRE : Star Wars, la philo contre-attaque
… La saga décryptée
AUTEUR : Gilles Vervisch
EDITEUR : Le Passeur
SORTIE : 24 septembre 2015
SUJET : Un Film > Star Wars
Aimer Star Wars, est-ce aussi se montrer philosophe ? La saga de George Lucas a tout du mythe contemporain…


Notre caméra analytique : Mise en catalogue des images et objetsTITRE : Notre caméra analytique
… Mise en catalogue des images et objets
AUTEUR : Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi
EDITEUR : Post-Editions
SORTIE : 23 septembre 2015
SUJET : Histoire du cinéma
Depuis plus de quarante ans, les artistes italiens Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi traversent le monde et embrassent le xxe siècle depuis leur atelier milanais qui a tout d’un laboratoire d’alchimiste…


Manoel de Oliveira : L'invention cinématographique à l'épreuve de la littératureTITRE : Manoel de Oliveira
… L’invention cinématographique à l’épreuve de la littérature
AUTEUR : Collectif dir. Claude Murcia et Régis Salado
EDITEUR : Hermann
SORTIE : 21 septembre 2015
SUJET : Réalisateur > Manoel de Oliveira
D’une exceptionnelle longévité, la carrière de Manoel de Oliveira (né en 1908) s’est déployée dans une constante confrontation de son cinéma aux œuvres littéraires…


Politique des zombies:L'Amérique selon George A.RomeroTITRE : Politique des zombies
… L’Amérique selon George A.Romero
AUTEUR : Collectif dir. Jean-Baptiste Thoret
EDITEUR : Ellipses
SORTIE : 17 septembre 2015
SUJET : Réalisateur > George A. Romero
George R. Romero a réinventé le genre du film d’horreur, en transformant ce style en véritable métaphore politique. Le zombie devient le symbole d’une nation obsédée par la question de l’Autre et la définition du Mal…


Star Wars, une saga, un mythe, un universTITRE : Star Wars, une saga, un mythe, un univers
AUTEUR : Laurent Aknin
EDITEUR : Vendémiaire
SORTIE : 17 septembre 2015
SUJET : Un Film > Star Wars
Star Wars, ce sont d’abord deux trilogies, bientôt trois, qui figurent parmi les plus grands succès de l’histoire du cinéma…


Architecture et cinémaTITRE : Architecture et cinéma
AUTEUR : Collectif
EDITEUR : Infolio
SORTIE : 17 septembre 2015
SUJET : Technique > Décors
Parce que le cinéma comme l’architecture participent d’une expérience esthétique collective, l’école nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais revient sur quelques-unes des correspondances qui peuvent rapprocher ces deux arts…


Le documentaire, un autre cinéma:Histoire et créationTITRE : Le documentaire, un autre cinéma
… Histoire et création
AUTEUR : Guy Gauthier
EDITEUR : Armand Colin
SORTIE : 16 septembre 2015
SUJET : Genre > Documentaire
Le documentaire est un style à part, né loin des studios avec le développement des caméras légères…


Révolutions russes au cinéma:Naissance d'une nation : URSS, 1917-1985TITRE : Révolutions russes au cinéma
… Naissance d’une nation : URSS, 1917-1985
AUTEUR : Alexandre Sumpf
EDITEUR : Armand Colin
SORTIE : 16 septembre 2015
SUJET : Pays > Russie / URSS
Avant même d’avoir accompli leur conquête du pouvoir, les acteurs des révolutions russes de Février et Octobre 1917 ont compris la nécessité d’expliquer et de justifier, d’écrire et de réécrire l’histoire récente en usant de tous les moyens médiatiques…


The Beatles: Photographs from the Set of Help!TITRE : The Beatles
… Photographs from the Set of Help!
AUTEUR : Emilio Lari
EDITEUR : Rizzoli
SORTIE : 15 septembre 2015
SUJET : Un Film > Help!
An extraordinary collection of mostly unseen photographs of the Beatles during the making of Help!…


Pier Paolo Pasolini : Le geste d'un rebelleTITRE : Pier Paolo Pasolini
… Le geste d’un rebelle
AUTEUR : Laurent Lasne
EDITEUR : Le Tiers Livre
SORTIE : 15 septembre 2015
SUJET : Réalisateur > Pier Paolo Pasolini
Poète, peintre, romancier, scénariste, chroniqueur et cinéaste, Pier Paolo Pasolini (1922-1975) fut un créateur protéiforme et un esprit libre, une sorte de Socrate enragé contre la perte du sacré de la société de consommation, Marxiste hérétique, ailier gauche d’instinct, il fut aussi un enfiévré de football qu’il pratiqua tout au long de sa vie…


La Préhistoire du cinéma: Origines paléolithiques de la narration graphique et du cinématographeTITRE : La Préhistoire du cinéma
… Origines paléolithiques de la narration graphique et du cinématographe
AUTEUR : Marc Azéma
EDITEUR : Errance
SORTIE : 02 septembre 2015
SUJET : Histoire du cinéma
Depuis les origines, l’homme « fait son cinéma »… L’homme « rêve » ; il partage cette faculté avec bon nombre d’animaux…


La face cachée d'Hollywood : Au-delà des films, un siècle de cupidité, de scandales et de corruptionTITRE : La face cachée d’Hollywood
… Au-delà des films, un siècle de cupidité, de scandales et de corruption
AUTEUR : Kieron Connolly
EDITEUR : Modus Vivendi
SORTIE : 07 septembre 2015
SUJET : Studio > Hollywood
En un siècle d’existence, Hollywood est devenu le phare de l’industrie cinématographique mondiale, et les films qui y sont produits connaissent un succès considérable aux quatre coins de la planète…


24 septembre 2015

Camouflage (1977) de Krzysztof Zanussi

Titre original : « Barwy ochronne »

CamouflagePologne, années soixante-dix. Lors d’une université d’été, en marge d’un concours d’exposés de linguistique, un jeune professeur enthousiaste et idéaliste s’oppose à un de ses collègues plus âgés à propos des pressions et compromissions… Plutôt mal connu en France, le réalisateur polonais Krzysztof Zanussi est l’un des grands représentants de la nouvelle vague polonaise (« Nowa fala ») qui a débuté à la toute fin des années soixante. Il a écrit lui-même cette réflexion à la fois psychologique, philosophique et politique. Elle explore de nombreux sujets, notamment le conformisme et la corruption, et de façon plus générale, l’éthique. L’essentiel du film réside dans les discussions vives et acerbes de ces deux professeurs et si le début du film peut laisser craindre une situation plutôt manichéenne, la suite nous emmène dans des réflexions plus profondes : le personnage le plus riche est le professeur plus âgé, d’abord présenté comme arriviste et soumis aux autorités mais qui se montre ensuite bien plus complexe, manipulateur, rusé mais finalement extrêmement désillusionné comme en témoigne sa toute dernière phrase qui vient clore le film de façon assez noire. Les questions soulevées sont intéressantes et, si les sous-entendus politiques sont évidents (nous sommes là en pleine période de la Pologne communiste, trois ans avant la création-même de Solidarność), ces réflexions sur l’éthique de vie sont suffisamment générales pour s’appliquer en dehors de ce contexte si particulier (en remplaçant aujourd’hui le politique par l’économique par exemple). Les deux acteurs sont merveilleux. Camouflage est un film brillant.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Piotr Garlicki, Zbigniew Zapasiewicz
Voir la fiche du film et la filmographie de Krzysztof Zanussi sur le site IMDB.

Camouflage de Zanussi
Zbigniew Zapasiewicz et Piotr Garlicki sont les deux professeurs du film de Krzysztof Zanussi Camouflage.

23 septembre 2015

Le Cri (1957) de Michelangelo Antonioni

Titre original : « Il grido »

Le CriAldo, un simple ouvrier, est dévasté lorsque la femme avec laquelle il vit depuis sept ans lui annonce qu’elle va le quitter pour un autre homme. Désemparé, il part sans but précis avec la petite fille qu’ils ont eu ensemble… Le Cri est un film charnière dans la filmographie d’Antonioni, entre quatre premiers films plus conventionnels et L’Avventura qui marque vraiment l’éclosion d’un style nouveau. On trouve en effet les prémices de ce style dans cette histoire d’errance où Antonioni s’attache plus à décrire un environnement peuplé de petites choses qu’à dérouler une histoire de façon classique. Son but est nous faire ainsi mieux entrer dans l’âme du personnage principal. Antonioni prend comme décor les rives du Pô (qu’il connait bien pour y avoir passé son enfance), fleuve que suit son personnage pour échouer dans le no man’s land du delta dont les brumes et la désolation prennent une valeur symbolique. C’est l’un des rares films d’Antonioni où le personnage principal est un homme. Cet homme a une certaine incapacité d’adaptation qui lui sera fatale : il devra finalement accepter la vérité qu’il a tenté de fuir. Les héroïnes antonioniennes n’ont généralement pas cette rigidité. Le Cri fut remarqué à sa sortie par la critique mais c’est avec son film suivant que le réalisateur confirmera sa rupture avec le cinéma traditionnel et sera vraiment vu comme le créateur d’un nouveau style.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Steve Cochran, Alida Valli, Betsy Blair, Dorian Gray
Voir la fiche du film et la filmographie de Michelangelo Antonioni sur le site IMDB.

Voir les autres films de Michelangelo Antonioni chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Michelangelo Antonioni

Remarques :
* On remarquera l’hommage à Chaplin : lors de la petite bagarre dans la rue, une affiche de The Kid est visible en arrière-plan, Antonioni soulignant ainsi le parallèle entre les deux situations (homme seul + enfant).

* Le Cri étant une production en partie américaine, l’acteur principal Steve Cochran est américain, c’est un acteur de films de série B dont la participation précédente la plus prestigieuse est un second rôle dans White Heat de Raoul Walsh.

Le Cri
Alida Valli et Steve Cochran dans Le Cri de Michelangelo Antonioni

22 septembre 2015

L’Auberge rouge (1951) de Claude Autant-Lara

L'auberge rougeAux alentours de 1830, les tenanciers d’une auberge isolée de montagne assassinent leurs clients pour les voler. Alors que le couple n’a pas encore caché le cadavre de leur précédente victime, les voyageurs d’une diligence font une halte forcée à l’auberge bientôt suivis par un moine bon vivant et son moinillon… L’Auberge rouge est basé sur un fait divers authentique qui avait déjà inspiré Balzac pour son roman L’Auberge des Adrets. Le scénario est signé par Jean Aurenche et Pierre Bost. Si le film oscille entre plusieurs genres, c’est celui de la comédie d’humour noir qui est nettement le plus marqué. La situation devient en effet rapidement croquignole et le jeu de Fernandel apporte un petit côté pagnolesque à l’ensemble. Julien Carette, qui appuie fortement sur les traits de son personnage, est tout aussi remarquable. Le propos est assez irrévérencieux et les milieux catholiques se sont dressés à l’époque contre le film qui se moque, selon eux, de la confession et des sacrements. Cette opposition et les railleries des critiques n’ont pas empêché à L’Auberge rouge de connaitre les faveurs du public.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Fernandel, Julien Carette, Françoise Rosay, Marie-Claire Olivia, Jean-Roger Caussimon
Voir la fiche du film et la filmographie de Claude Autant-Lara sur le site IMDB.

Voir les autres films de Claude Autant-Lara chroniqués sur ce blog…

L'auberge rouge
Françoise Rosay, Julien Carette, Marie-Claire Olivia, Fernandel et Lud Germain dans L’auberge rouge de Claude Autant-Lara.

Remake (raté) :
L’auberge rouge (2007) de Gérard Krawczyk en 2007 avec Gérard Jugnot (le moine), Christian Clavier et Josiane Balasko (le couple d’aubergistes).

20 septembre 2015

Salomon et la reine de Saba (1959) de King Vidor

Titre original : « Solomon and Sheba »

Salomon et la reine de SabaFils de David, le pacifique Salomon hérite de la gouvernance de la Terre d’Israël au grand dam de son frère, le guerrier Adonias. Grand ennemi d’Israël, le pharaon d’Egypte accepte la proposition de la reine de Saba : celle-ci se propose d’aller séduire Salomon pour mieux connaitre ses faiblesses et permettre ainsi de l’anéantir… Salomon et la reine de Saba est un grand péplum qui puise son inspiration dans des évènements décrits dans la Bible. Le tournage, effectué en Espagne, fut marqué par le décès prématuré de Tyrone Power (44 ans), acteur principal et coproducteur, qui succomba à la suite d’une crise cardiaque sur le plateau. La production imposa pour le remplacer Yul Brynner qui était alors considéré comme le grand spécialiste des rôles de roi. King Vidor affirme lui-même que Brynner n’a pas compris la complexité du personnage et ses rapports avec l’acteur furent tendus. Le retournage des scènes fut donc difficile. Yul Brynner a effectivement une froideur et rigidité dans son jeu qui ne conviennent pas. Malgré cela, Salomon et la reine de Saba reste un beau spectacle, à classer parmi les grands péplums des années cinquante et soixante. Les scènes d’extérieurs et de batailles sont assez spectaculaires et la grande sensualité de Gina Lollobrigida, dans des robes particulièrement ajustées qui la mettent si bien en valeur, marque le film. On retrouve ici cet érotisme latent si particulier aux péplums. Malgré un mauvais accueil critique, Salomon et la reine de Saba connut un beau succès populaire. Ce sera le dernier long métrage de King Vidor.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Yul Brynner, Gina Lollobrigida, George Sanders, Marisa Pavan, David Farrar
Voir la fiche du film et la filmographie de King Vidor sur le site IMDB.

Voir les autres films de King Vidor chroniqués sur ce blog…

Salomon et la reine de Saba
Marisa Pavan (debout), Yul Brynner et Gina Lollobrigida dans Salomon et la reine de Saba de King Vidor.

Salomon et la reine de Saba
George Sanders et Gina Lollobrigida dans Salomon et la reine de Saba de King Vidor.

Salomon et la reine de Saba
Belle illustration de l’érotisme latent aux limites de la permissivité de l’époque : Gina Lollobrigida dans Salomon et la reine de Saba de King Vidor.

Salomon et la reine de Saba
Photo de la version avec Tyrone Power : Salomon et la reine de Saba de King Vidor.

Salomon et la reine de Saba
La même scène telle qu’elle figure dans le film, tournée à nouveau avec Yul Brynner : Salomon et la reine de Saba de King Vidor.

Remarque :
* King Vidor explique dans ses mémoires qu’il a voulu refaire la célèbre scène de la barque de son Bardelys Le Magnifique (1926) : la reine et Salomon glissent en barque sous les branches d’un saule pleureur qui tombent jusqu’à toucher l’eau. Il n’a pas tout a fait réussi car la perruque de Gina Lollobrigida et la fausse barbe de Yul Brynner s’accrochaient dans les branches qui durent finalement être coupées ! (King Vidor, La Grande Parade, éditions J.C. Lattès 1981, page 236)
Il est amusant de revoir la scène en sachant cela : alors que dans le film de 1926, les branches venaient caresser langoureusement le visage des deux amants, ici ils passent leur temps à écarter les branches qui arrivent sur eux…

Salomon et la reine de Saba
Gina Lollobrigida et Yul Brynner dans Salomon et la reine de Saba de King Vidor.

19 septembre 2015

L’Indésirable (1914) de Michael Curtiz

Titre original : « A tolonc »

L'indésirableDans un petit village des Carpates, une jeune femme a été élevée par son oncle qu’elle prenait pour son père. Sur son lit de mort, celui-ci lui apprend que sa mère n’est pas morte. Se retrouvant seule, elle doit aller à la ville proche se faire engager comme servante dans une maison bourgeoise. Le fils de la famille tombe amoureux d’elle… Le réalisateur Michael Curtiz, bien connu pour ses grands succès hollywoodiens comme Robin des Bois ou Casablanca, n’a émigré aux Etats-Unis qu’en 1926. Avant cela, il a tourné plusieurs dizaines de films à partir de 1912 dans sa Hongrie natale puis en Autriche. Récemment restauré, L’indésirable est le dixième et le seul survivant de sa période hongroise. A ce titre, sa valeur historique est bien entendu immense car il nous permet de voir un bel exemple de la production cinématographique d’Europe centrale à cette époque. L’indésirable est l’adaptation d’une pièce de théâtre célèbre, il est interprété par des comédiens très connus sur les planches. Il s’agit d’un mélodrame que l’on trouvera aujourd’hui très banal et sans grand intérêt, mais ce n’était certainement pas le cas des spectateurs de l’époque. Comme pour tous les films de cette époque, le jeu des acteurs est assez théâtral mais sans excès, aucune grandiloquence ni rigidité ici, et tout est filmé en plans moyens avec de très rares plans rapprochés. Il n’y a rien de franchement notable si ce n’est que l’ensemble est de bonne facture pour un jeune réalisateur de 28 ans, à l’aube d’une longue et prolifique carrière (172 réalisations entre 1912 et 1961).
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Lili Berky, Victor Varconi
Voir la fiche du film et la filmographie de Michael Curtiz sur le site IMDB.

Voir les autres films de Michael Curtiz chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Michael Curtiz

L'indésirable
Victor Varconi et Lili Berky dans L’indésirable de Michael Curtiz.

L'indésirable
L’un des très rares plans rapprochés, pour mieux montrer aux spectateurs l’action de verser la poudre dans la bouteille  : Lili Berky dans L’indésirable de Michael Curtiz.

17 septembre 2015

Une vierge sur canapé (1964) de Richard Quine

Titre original : « Sex and the Single Girl »

Une vierge sur canapéLe magazine à scandales Stop vient de ridiculiser la jeune doctoresse sexologue Helen Brown (Natalie Wood), auteur d’un livre à succès de conseils aux femmes célibataires. Le journaliste phallocrate Bob Weston (Tony Curtis) veut aller plus loin : il est prêt à toutes les bassesses pour prouver qu’elle n’a aucune expérience et qu’elle est encore vierge. Il va la consulter en se faisant passer pour son voisin (Henry Fonda) qui a une relation tumultueuse avec sa femme (Lauren Bacall)… Bien qu’il en ait gardé le titre, le film de Richard Quine Sex and the Single Girl n’est aucunement l’adaptation du best-seller planétaire d’Helen Gurley Brown qui a joué un rôle certain dans la révolution sexuelle des années soixante (1). Il s’agit d’une variation autour du succès du livre, une comédie qui tente de retrouver la brillance des comédies américaines screwball sans y parvenir. Le scénario est sans originalité, les dialogues sont assez plats, quelques remarques polissonnes ont juste été glissées ici et là pour pimenter l’ensemble. L’humour reste assez mou sauf dans les dix dernières minutes où le film change brutalement (et sans raison) de registre pour jouer sur l’humour nonsense avec une poursuite automobile assez délirante (2). En réalité, le principal atout du film réside dans le charme de ses deux acteurs principaux ; Tony Curtis est ici dans un rôle qui lui va comme un gant (3)(4). Créée pour surfer sur la naissante libéralisation des moeurs, Une vierge sur canapé est une comédie sans éclat. Le film a connu un certain succès public et aussi, ce qui est plus étonnant, critique.
Elle:
Lui : 1 étoiles

Acteurs: Tony Curtis, Natalie Wood, Henry Fonda, Lauren Bacall, Mel Ferrer, Edward Everett Horton
Voir la fiche du film et la filmographie de Richard Quine sur le site IMDB.

Voir les autres films de Richard Quine chroniqués sur ce blog…

Une vierge sur canapé
A défaut d’être crédible en psychologue, Natalie Wood fait montre de ses charmes dans Une vierge sur canapé de Richard Quine.

(1) Helen Gurley Brown, future rédactrice en chef du magazine Cosmopolitan, a écrit en 1962 un livre Sex and the Single Girl (= « La femme seule et l’amour », le titre anglais n’est pas si scabreux qu’il ne paraît à nos yeux français), rempli de conseils aux jeunes femmes pour prendre en main leur vie amoureuse. Il s’en est vendu deux millions dans les trois premières semaines et a été édité dans 35 pays. Warner Bros en a acheté les droits pour une petite fortune.

(2) On doit sans doute l’insertion de cette poursuite finale au grand succès du film de Stanley Kramer It’s a Mad, Mad, Mad, Mad World (1963) qui jouait sur l’humour nonsense.

(3) On peut, en revanche, se demander pourquoi Henry Fonda est venu se perdre dans cette galère. L’acteur a déclaré plus tard que c’était le film qu’il aimait le moins de toute sa carrière. Même question pour Lauren Bacall et Mel Ferrer…

(4) A propos de Tony Curtis, on ne peut que remarquer les clins d’oeil lourdement appuyés à Certains l’aiment chaud (Some like it hot). On mesure à cette occasion le fossé énorme qui sépare les deux films.