Antoine connaît ses premiers émois amoureux dans le fauteuil du salon de coiffure de la plantureuse madame Sheaffer. Il se promet d’épouser une coiffeuse. Plus grand, il rencontre en Mathilde la coiffeuse de ses rêves. Le coup de foudre est réciproque ; ils se marient et vivent quotidiennement un amour simple et fusionnel, charnel et spirituel… Le Mari de la coiffeuse a été écrit par Claude Klotz (Patrick Cauvin) et Patrice Leconte. L’histoire est assez réduite, c’est un film qui veut mettre en avant les sensations et la sensualité. Le début est assez amusant mais ensuite le film tourne en rond avec des scènes étirées en longueur qui paraissent aussi vides que répétitives. Le format du court-métrage aurait été mieux adapté. La sensualité promise est bien triste quand elle n’est pas ridicule. Tout cela est filmé de façon terne et, si certains éclairages sont de toute évidence travaillés, ce sont les mêmes d’un bout à l’autre. Jean Rochefort est bien trop âgé pour le rôle et malgré tout son talent ne peut racheter l’ensemble. Toutefois, le film ne manque pas d’adeptes, il bénéficie d’une excellente réputation. Elle: Lui :
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Tunisie, septembre 2011, peu après après le départ du dictateur Ben Ali et quelques mois avant la fin de Kadhafi, le leader de la Libye voisine. Lors d’une escapade dans le sud du pays, un couple de Tunisiens aisés et leur fils se retrouvent à proximité d’une embuscade terroriste. Le jeune garçon est touché par une balle perdue. Seule une greffe du foie peut le sauver… Un Fils est le premier long métrage du tunisien Mehdi Barsaoui. Il en a écrit le scénario. Il s’agit d’un drame familial où la tension est forte et dont l’intensité ne connait aucun relâchement. Le drame de ce couple prend une tournure particulière du fait de lois et d’usages qui nous paraissent archaïques : le don d’organes est possible mais reste mal accepté, l’adultère est passible de cinq ans de prison, les mentalités restent profondément machistes, les trafics profitent des carences du système. L’art du réalisateur est de mêler habilement un drame personnel avec le portrait d’une société en besoin de modernité. Superbe prestation de Sami Bouajila. Elle: Lui :
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Jean, universitaire réputé, se retrouve ministre de la Famille, alors même qu’il est perdu dans les événements qui secouent la sienne : le déménagement et la mort de sa grand-mère, les exigences de sa mère, la grossesse inattendue de sa femme, le désarroi sentimental de son frère, son attirance pour sa cousine… La Sainte Famille est le deuxième long-métrage réalisé par Louis-Do de Lencquesaing que l’on connaît surtout en tant qu’acteur. Il en a écrit lui-même le scénario avec Jérôme Beaujour et tient le premier rôle. Le film peut être considéré comme une comédie désirant dresser le portrait d’une certaine haute bourgeoisie et probablement aborder certains thèmes actuels liés à la famille. Hélas, l’ensemble est très confus, il y a manifestement un défaut d’écriture dans la mise en place des personnages. De plus, on se désintéresse rapidement de leurs petits soucis car il semble impossible de ressentir de la sympathie (et, encore moins, de l’empathie) pour un seul d’entre eux. Malgré un joli casting, l’interprétation est plutôt terne. Une partie de la critique a toutefois apprécié le ton sans pathos et sans éclat de ce portrait. Elle: Lui :
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Thierry Godard et Louis-Do de Lencquesaing dans La Sainte Famille de Louis-Do de Lencquesaing.
Homonymes : La Sainte Famille de Pierre Koralnik (1973) avec Ingrid Thulin et Michel Bouquet La Sainte Famille de Marion Sarraut (2017) avecc Stanley Weber et Mathilde Ollivier
Salamanque, été 1936. Lorsqu’éclate l’insurrection de la junte militaire, le prestigieux écrivain, philosophe et recteur de l’Université Miguel de Unamuno s’exprime en faveur du coup d’État. Il pense qu’il ramènera l’ordre dans un pays dirigé par des socialistes et des communistes. Mais peu à peu, l’insurrection devient la guerre civile espagnole, et la république tend à être supprimée…
L’espagnol Alejandro Amenábar évoque l’une des pages les plus sombres de l’histoire de son pays et, pour ce faire, il choisit de nous faire suivre le cheminement de la pensée de Miguel de Unamuno face à la montée de Franco. En ce sens, il met en relief les difficultés de certains intellectuels à déceler l’arrivée de l’autoritarisme et leurs difficultés à prendre position. Le cinéaste veut aussi faire un parallèle avec la résurgence actuelle de mouvements fascistes (1). Le portrait de Franco est assez inhabituel : il nous montre un homme qui avance timidement, prudemment, anxieux à l’idée de faire un faux pas qui le mettrait en mauvaise posture. Nous sommes loin de l’image classique du dictateur, son arrivée au pouvoir se fait finalement de façon presque sournoise. Le film a donc le mérite de nous apprendre beaucoup sur cette période de l’Histoire mais hélas le résultat ne convainc pas vraiment. Et, bizarrement, il est difficile de pointer exactement quels sont les défauts qui le rendent quelque peu ennuyeux. Elle: Lui :
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(1) Le titre original signifie « Tant que durera la guerre ». Comme expliqué dans le film, cette expression était incluse dans le document signé par les généraux mais Franco est parvenu à la faire disparaître avant la publication de ce document qui lui donnait tous les pouvoirs. Le réalisateur a choisi ce titre pour s’adresser aux spectateurs européens d’aujourd’hui, pour affirmer que l’état de guerre est permanent : « le film parle autant du présent que passé ».
Karra Elejalde dans Lettre à Franco (Mientras dure la guerra) de Alejandro Amenábar.
Maud Crayon est architecte, mère de deux enfants, et remporte à la suite d’un formidable malentendu un grand concours lancé par la mairie de Paris pour réaménager le parvis de Notre-Dame. Entre cette nouvelle responsabilité, un amour de jeunesse qui ressurgit subitement et le père de ses enfants qu’elle n’arrive pas à quitter complètement, Maud Crayon va vivre une tempête…
Avec Notre Dame, Valérie Donzelli signe sa cinquième réalisation. Pour en écrire le scénario avec Benjamin Charbit, elle s’est inspirée de sa propre vie. A l’instar de son personnage principal, le film part un peu dans tous les sens, il y un peu du tout : de la comédie bien entendu mais aussi de l’onirisme, du fantastique, de la comédie musicale, de la danse. Valérie Donzelli multiplie les idées, les suit un instant et semble s’en désintéresser ensuite. Ce fourmillement peut déplaire car l’ensemble manque vraiment de cohérence mais il peut aussi amuser car il donne un côté fantasque et sympathique au film. Elle: Lui :
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Voir les autres films de Valérie Donzelli chroniqués sur ce blog…
Remarque :
* Le film a été tourné juste avant l’incendie de Notre-Dame de Paris en avril 2019. Il est sorti bien après, en décembre 2019.
Pierre Deladonchamps et Valérie Donzelli dans Notre Dame de Valérie Donzelli.
Souffrant d’un mal de dos persistant, le réalisateur Salvador Mallo n’a plus le désir de se lancer dans un nouveau projet. C’est pour lui l’occasion d’une introspection et de porter un regard nouveau sur certaines périodes de sa vie. En outre, le hasard lui permettra de renouer avec certaines personnes qui ont beaucoup compté pour lui…
Ce réalisateur, personnage principal de Douleur et gloire, est bien entendu Pedro Almodóvar lui-même qui a nourri son film de ses propres réflexions. Il est même allé jusqu’à reproduire son propre appartement pour y placer son alter ego. Le résultat est très riche, abordant de nombreux thèmes sans étalage ni lourdeur : les souvenirs d’enfance, la relation à la mère, l’apprentissage, le désir et surtout la relation d’un créateur à son œuvre, son appropriation par d’autres ou encore la maturité de jugement, sans oublier l’inévitable corollaire de l’âge que sont les dérèglements physiques. Il nous livre toutes ces réflexions de façon non ostentatoire, très finement. L’autofiction est un genre rarement aussi riche et aussi nourrissant. Elle: Lui :
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Remarque :
* Douleur et gloire peut se placer dans la lignée de La Loi du désir (1987) et La Mauvaise Éducation (2004), deux films personnels où le personnage principal est un réalisateur. Parler de « trilogie » est certainement inapproprié mais, comme disait Bergman, les journalistes raffolent des trilogies…!
Antonio Banderas et Leonardo Sbaraglia dans Douleur et gloire (Dolor y gloria) de Pedro Almodóvar.
le réalisateur et son alter ego :
Pedro Almodóvar et Antonio Banderas sur le tournage de Douleur et gloire (Dolor y gloria) de Pedro Almodóvar.
À Détroit, dans les années 1980, Richard n’est encore qu’adolescent mais traîne avec les plus gros trafiquants de crack de la ville. Dans ce milieu dirigé par les Afro-Américains, le jeune homme est rapidement surnommé « White Boy Rick ». Il est alors recruté comme informateur par une unité anti-drogue du FBI alors qu’il n’a que quatorze ans…
Ce film américain réalisé par le français Yann Demange s’inspire de la vie réelle de Richard Wershe Jr. qui a passé trente ans en prison et n’en est sorti qu’en 2017. Cette histoire prend place dans un contexte d’explosion de la criminalité dans la ville de Détroit au milieu des années quatre-vingt. Yann Demange a su éviter les travers traditionnels des films de gangs ou de gangsters pour donner de l’épaisseur à son récit en donnant de l’importance au drame intime et personnel. Son film prend ainsi une indéniable dimension sociale mais sans aucun misérabilisme ou facilité. Jeune lycéen sans expérience d’acteur, Richie Merritt fait une belle prestation. Le film est un peu passé inaperçu en France. Elle: – Lui :
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Peppino Lo Cicero, ex-tueur à gages de la Camorra est fier de son fils qui gravit les échelons du crime organisé. Mais quand celui-ci est froidement tué dans un guet-apens, il reprend du service accompagné de son ami Toto le boucher. Leur quête de vérité va déclencher une spirale de vengeances et de trahisons dans les clans mafieux du Naples des années 70…
L’italien Igort (Igor Tuveri) travaille depuis la fin des années 1970 comme auteur de bande dessinée, illustrateur, essayiste et musicien. Ici, il porte lui-même à l’écran son roman graphique 5 est le numéro parfait publié en 2002 et qui a été (dixit le dossier de presse) un phénomène d’édition, publié dans vingt pays. L’histoire en elle-même est très classique, le thème du tueur à gages que l’on croyait en retraite mais qui se réveille avec fureur et panache, mais cette adaptation est vraiment réussie dans la forme. Igort parvient à créer une atmosphère très particulière, originale. Ses décors sont très graphiques, vidés de tout personnage étranger à l’action, sombres le plus souvent. Ils semblent sortis d’une bande dessinée et donnent un petit côté irréel à l’ensemble. Belle prestation de Toni Servillo, méconnaissable sous son déguisement. Le film a hélas été mal accueilli par la critique et par le public. 5 est le numéro parfait est pourtant une belle curiosité. Elle: – Lui :
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Une année de la vie d’une famille dans une Chine en pleine mutation. Parmi les quatre frères, deux ont un enfant sur le point de se marier. La grand-mère ne peut plus vivre seule et doit être prise en charge…
Gu Xiaogang est un jeune réalisateur chinois de 29 ans. Séjour dans les Monts Fuchun est son premier film. Il dit avoir reçu un choc en retrouvant sa ville natale Fuyang totalement transformée en peu de temps, avant les Jeux olympiques de 2008. Il nous montre cette mutation à travers une famille elle-aussi en plein bouleversement. Il n’y a aucune dramatisation ni autre effet de scénario, il nous la montre de façon assez neutre, presque ethnographique. Nous ressentons le poids de la famille avec son lot de conventions et d’usages, les mariages arrangés qui tendent à disparaître mais ont encore de beaux restes. Le film est un enchainement de petits évènements que l’on suit avec intérêt, un peu handicapé toutefois par la difficulté que nous avons (nous occidentaux) à reconnaitre rapidement les personnages. La forme est enthousiasmante. Gu Xiaogang a un œil photographique et ses plans extérieurs sont de toute beauté. La nature est très présente, le récit se déroule sur une année et les quatre saisons sont bien là. Le réalisateur semble affectionner les déclinaisons de teintes plutôt que les couleurs saturées ou ensoleillées. Il a également une façon originale d’utiliser le son, cadrant sur d’autres personnages et nous devons fouiller l’image pour trouver ceux dont on entend les dialogues. Ses mouvements de caméra sont extrêmement doux et, en outre, il nous gratifie d’un superbe et étonnant plan-séquence de quinze minutes (nage dans le fleuve). Le résultat est vraiment admirable pour un premier film. Séjour dans les Monts Fuchun est aussi intéressant que beau à regarder. Elle: Lui :
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Séjour dans les Monts Fuchun (Chun Jiang Shui Nuan) de Gu Xiaogang.
Séjour dans les Monts Fuchun (Chun Jiang Shui Nuan) de Gu Xiaogang.
Remarques :
* Comme nous l’indique une insertion à la fin du film, Séjour dans les Monts Fuchun est le premier film d’une trilogie. Pour la suite, le réalisateur compte changer de décor pour s’installer le long du fleuve Yangtsé. Les films suivants raconteront de nouvelles histoires.
* Séjour dans les Monts Fuchun tire son titre d’un tableau du même nom peint entre 1348 et 1350 par l’artiste chinois Huang Gongwang. Les parents du réalisateur possédaient un restaurant à l’endroit où fut peint ce rouleau horizontal de près de 7m de long. À son sujet, le réalisateur raconte que le peintre ajustait constamment le point central de son tableau et construisait divers angles afin de créer une expérience visuelle complète et unifiée : « Parfois ses points de vue se situent dans le ciel, parfois sur la terre, parfois dans la forêt. Il est totalement affranchi des chaînes de la peinture bidimensionnelle ». (Extrait du dossier de presse)
Voir la page Wikipédia sur ce tableau…
Fragment du tableau Séjour dans les Monts Fuchun de Huang Gongwang.