Mira, 16 ans, mène une vie d’élève modèle dans un pensionnat d’élite au nord de l’Inde. Alors que les examens approchent, sa mère Anila revient s’installer dans la région pour la soutenir et veiller sur elle. Mais la rencontre de Mira avec un nouvel élève, Sri, va semer le trouble dans la relation entre les deux femmes, chacune se retrouvant confrontée à ses propres désirs… Girls Will Be Girls est un film indien écrit et réalisé par Shuchi Talati. Pour son premier long métrage, la réalisatrice indienne s’est en partie inspirée de ses propres expériences d’adolescente et a filmé ce récit d’apprentissage avec une grande délicatesse et une indéniable attention à l’esthétisme. Elle dresse aussi un portrait de son pays et de ses conventions sociales : dans ce pensionnat calqué sur les collèges anglais, les jeunes filles sont plus surveillées que les garçons (les jupes doivent impérativement descendre jusqu’aux genoux et les chaussettes doivent être bien remontées). La jeune actrice Preeti Panigrahi fait une très belle prestation. Girls Will Be Girls a reçu le prix du public au festival Sundance 2024. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
À la mort de son mari, Santosh hérite de son emploi au sein de la police indienne, en vertu de la loi de « recrutement compassionnel » en vigueur dans le pays. Lorsqu’elle est appelée sur le lieu du meurtre d’une jeune fille de caste inférieure, Santosh se retrouve plongée dans une enquête tortueuse aux côtés de la charismatique inspectrice Sharma, qui la prend sous son aile… Santosh est un film indien écrit et réalisé par Sandhya Suri. C’est le premier long métrage de fiction de cette réalisatrice indienne issue du documentaire. Le récit nous immerge dans la société indienne et met en lumière de nombreux sujets : système des castes, place de la femme, tension sur les religions, corruption de la police. Sur tous ces points, la réalisatrice évite la tentation du manichéisme mais porte un regard très lucide sur les rouages qui maintiennent la société indienne. Son expérience dans le documentaire transparaît mais elle a su créer un personnage fort et simple. Cet équilibre quasi parfait annonce l’émergence d’une grande réalisatrice. Elle: Lui :
Lecteurs : (2 note(s), moyenne : 4,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Remarque : De façon plus subtile, la réalisatrice aborde l’influence du cinéma Bollywoodien sur les policiers : « Bollywood et la police ont une relation tellement complexe. Les films policiers de Bollywood font parfois l’apologie de la violence, les officiers de police prenant souvent la loi en main pour le bien de tous. (…) De nombreux policiers à qui j’ai parlé ont été inspirés par l’image héroïque d’un policier de Bollywood. » Elle évoque cet aspect avec des remarques (de sa chef) sur la musique mais son personnage principal s’éloigne de cette idée.
Shahana Goswami dans Santosh de Sandhya Suri.Sunita Rajwar et Shahana Goswami dans Santosh de Sandhya Suri.
Mme Bakshi n’a qu’une seule idée en tête : marier les aînées de ses quatre filles, Jaya et Lalita. Mr. Balraj, leur nouveau voisin fraîchement revenu de Londres, ferait à ce titre un prétendant parfait pour Jaya, l’aînée. Sa sœur Lalita, quant à elle, tient tête à sa mère : elle ne se mariera que par amour… Coup de foudre à Bollywood est un film américano-britanno-indien réalisé par la réalisatrice britannique d’origine indienne Gurinder Chadha. Elle l’a tourné juste après le succès de Joue-la comme Beckham en 2002. Contrairement au titre original, le titre français un peu simplet ne laisse pas deviner qu’il s’agit d’une libre adaptation du roman de Jane Austen, Orgueil et préjugés (Pride and Prejudice). L’histoire est transposée à l’époque moderne en Inde, et le thème n’est plus la rencontre de classes sociales différentes mais le brassage culturel : les indiens accordent une grande importance à la famille, les anglais et américains à l’argent. Le film est tourné en anglais tout en suivant certains des codes de Bollywood : chansons, décors grandioses, costumes colorés et grands sentiments, et on note la présence de plusieurs acteurs indiens de premier plan dont la star indienne Aishwarya Rai Bachchan. Les danses sont toutefois moins longues que dans les productions indiennes et l’ensemble paraît finalement assez hybride. C’est assez plaisant, coloré, léger. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Gurinder Chadha chroniqués sur ce blog…
Martin Henderson et Aishwarya Rai Bachchan dans Coup de foudre à Bollywood (Bride & Prejudice) de Gurinder Chadha.Aishwarya Rai Bachchan dans Coup de foudre à Bollywood (Bride & Prejudice) de Gurinder Chadha.
Calcutta, 1930. Apu rêve de succès littéraires mais, faute d’argent, il doit interrompre ses études et affronter le monde du travail. Un jour, son ami Pulu l’emmène au mariage de sa cousine. Suite à l’accès de folie du jeune marié, Apu, venu en tant que simple invité, accepte d’épouser la jeune femme pour lui éviter le déshonneur… Le Monde d’Apu est un film indien réalisé par Satyajit Ray. Après La Complainte du sentier et L’Invaincu, c’est le troisième et dernier volet de la Trilogie d’Apu inspirée de deux romans de Bibhutibhushan Bandopadhyay. Devenu adulte, Apu poursuit son apprentissage de la vie, il va découvrir l’amour et faire face à de nouveaux drames. L’épilogue vient fermer la boucle. Ce troisième volet a un aspect moins documentaire que les deux précédents mais l’histoire reste très forte. Satyajit Ray a toujours cette mise en scène épurée avec une belle maitrise des mouvements de caméra. La musique de Ravi Shankar et la beauté des images nous émerveillent. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Sharmila Tagore et Soumitra Chatterjee dans Le Monde d’Apu (Apur Sansar) de Satyajit Ray.
Remarque : Alors que Satyajit Ray avait tourné le second volet juste après le premier, il a réalisé deux autres films avant d’achever ce troisième volet, deux films remarquables, La Pierre philosophale (1958) et Le Salon de musique (1958), sur lesquels il avait travaillé avec des acteurs professionnels comme Soumitra Chatterjee.
La famille d’Apu s’est installé à Bénarès. Sur les escaliers qui dominent le Gange, son père gagne désormais sa vie en lisant des textes sacrés mais meurt subitement. Sa mère décide alors de retourner vivre à la campagne. Apu insiste pour aller à l’école qu’il fréquente alors studieusement… L’Invaincu est un film indien écrit et réalisé par Satyajit Ray. Après La complainte du sentier et avant Le Monde d’Apu, c’est le second volet de la Trilogie d’Apu, inspirée des romans Pather Panchali et Aparajito de l’auteur bengali Bibhutibhushan Bandopadhyay. L’environnement est cette fois urbain, donc très différent du précédent volet, et nous voyons Apu passer de l’enfance à l’âge adulte, un récit d’apprentissage avec ses joies et ses drames. Une fois de plus, le personnage de la mère a une grande importance, pilier de la famille bien que peu considérée et sacrifiée ; l’attitude d’Apu lors de épilogue peut surprendre sur ce point. Bien que situé dans une civilisation très différente de la nôtre et un siècle plus tôt, le propos sur la relation parent / enfant reste finalement très actuel. La mise en scène de Satyajit Ray est une fois encore épurée, avec de belles allégories. La musique est toujours signée Ravi Shankar. Lion d’or à Venise en 1957. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Dans un petit village du Bengale, vers 1910, Apu, un garçon de 7 ans, vit pauvrement avec sa famille dans la maison ancestrale. Son père, se réfugiant dans ses ambitions littéraires, laisse sa famille s’enfoncer dans la misère. Apu va alors découvrir le monde, avec ses drames et ses joies… Inspiré d’un classique de la littérature bengali, La Complainte du sentier est un film indien, le premier film du réalisateur bengali Satyajit Ray. C’est également le premier volet de la Trilogie d’Apu qui raconte l’histoire d’un garçon dans l’Inde du début du XXe siècle. Dès son premier long métrage, Satyajit Ray montre une très grande maitrise formelle. Le récit est centré sur une mère qui élève quasiment seule ses deux enfants et le réalisateur les intègre totalement dans un lieu qui est presque un personnage a part entière. La mère reste le plus souvent dans la maison alors que les enfants investissent le sentier qui y mène où les champs à l’entour. Évitant tout misérabilisme, le propos offre un regard lucide sur les conditions de vie très miséreuses sur lesquelles plane un implacable déterminisme : la société indienne repose sur un système de castes. Peuplé de petites joies et de petits et gros drames, Le récit nous captive. La mise en scène est sans artifice, la photographie est par moments vraiment très esthéthique, la caméra est très mobile. La musique, belle et assez présente, est signée Ravi Shankar. Le tournage s’est étalé sur presque trois années, Satyajit Ray ayant beaucoup de mal à réunir les fonds nécessaires pour pouvoir continuer à tourner. Remarqué à Cannes 1956. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Subir Banerjee et Uma Das Gupta dans La Complainte du sentier (Pather Panchali) de Satyajit Ray.Karuna Bannerjee dans La Complainte du sentier (Pather Panchali) de Satyajit Ray.Subir Banerjee et Uma Das Gupta dans La Complainte du sentier (Pather Panchali) de Satyajit Ray.Satyajit Ray sur le tournage de La Complainte du sentier (Pather Panchali) de Satyajit Ray.
Un homme, fils de marchand, doit laisser temporairement son épouse pour aller faire des affaires dans une ville éloignée pendant cinq ans. Un esprit prend malicieusement son apparence, et tombe amoureux de sa femme tout en lui avouant la supercherie. Mais le mari finit par revenir… Duvidha (également sous-titré Le Dilemme) est un film indien réalisé par Mani Kaul. C’est l’adaptation d’une histoire courte du même nom écrite par Vijaydan Detha. Originaire du Rajasthan (nord-ouest de l’Inde), Mani Kaul est un cinéaste indien peu connu en occident (1), que le l’on peut classer dans le « Nouveau Cinéma indien » des années soixante-dix. La sortie récente de quatre de ses films nous permet de le découvrir. Duvidha, son troisième long métrage, est sa première réalisation en couleurs. Il s’agit d’un conte sur le dilemme entre l’amour et l’argent. Mais ce n’est tant l’histoire qui est importante, ce qui enflamme les critiques est plutôt à chercher du côté de la forme, très épurée, avec de nombreux plans fixes, parfois agrémentés d’un lent traveling, des dialogues épars dits en voix off ou par les personnages quand ils sont hors-champ, d’une voix égale et monocorde. Cette recherche de l’épure évoque le cinéma de Robert Bresson. Personnellement, je dois avouer avoir beaucoup de mal avec ce genre de recherches. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
(1) Ne cherchez pas Mani Kaul dans vos dictionnaires de cinéma, vous ne le trouverez pas. Personnellement, je ne l’ai trouvé dans ma bibliothèque que rapidement mentionné dans un ouvrage sur le cinéma indien où il est décrit ainsi : « Le style individualiste de Kaul enchante ceux qui y voient l’abstraction et l’intellectualisme propres aux films dits d’auteur, plutôt rares pour la scène indienne. » (Dictionnaire de 65 cinéastes indiens par Aruna Vasudev et Partha Chatterjee dans Les Cinémas indiens, série CinémAction n°29-30, Editions du Cerf 1984.)
Raisa Padamsee dans Duvidha de Mani Kaul.
Autres longs métrages de Mani Kaul ressorti en 2023 : – Uski Roti (1970) – Un jour avant la saison des pluies (1971) – Nazar (1990), adaptation de La Douce de Dostoïevski, précédemment adapté par Robert Bresson en 1969. (Je n’ai réussi à regarder aucun de ces trois autres films jusqu’au bout (!) donc il me semble inutile de les commenter. Je réessayerai peut-être plus tard…)
Dans un petit village du nord-est de l’Inde, de nos jours, quatre femmes osent s’opposer aux hommes et aux traditions ancestrales qui les asservissent. Portées par leur amitié et leur désir de liberté, elles affrontent leurs démons, et rêvent d’amour et d’ailleurs… La Saison des femmes est un film indien, écrit et réalisé par Leena Yadav. Après les séries et deux réalisations Bollywoodiennes, la réalisatrice indienne se tourne vers le cinéma indépendant pour signer un film plus personnel. Il s’agit d’un récit de fiction qui traduit hélas une réalité, témoignage de la position des femmes dans la société indienne. Le récit est édifiant. La réalisatrice a eu beaucoup de difficultés à tourner (1) et n’a pu trouver d’autres producteurs que son mari. Elle a su ne pas trop alourdir son propos et même placer des notes d’humour. Mais son message passe bien, on ne peut qu’être indigné et consterné devant tant d’archaïsme. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
(1) « Lors de nos repérages pour les scènes en extérieur, nous avons visité une bonne trentaine de villages (…). On nous a interdit d’y tourner, car les villageois n’approuvaient pas qu’une femme (moi, en l’occurrence) dirige une équipe, porte des pantalons, ne se couvre pas la tête et parle ouvertement aux hommes », raconte la réalisatrice. « Contre toute attente, ce sont les hommes de la jeune génération, ceux qui sont aux commandes aujourd’hui, qui ont eu le plus de mal à accepter une femme émancipée comme chef d’équipe ».
Radhika Apte, Surveen Chawla et Tannishtha Chatterjee dans La Saison des femmes (Parched) de Leena Yadav.
Mars 1947. Le Palais du Vice-Roi à Delhi accueille en grande pompe Lord Mountbatten nommé Vice-Roi des Indes. Il sera le dernier car, après 300 ans de domination anglaise, il doit préparer le pays à l’indépendance. Mais la tâche s’avérera bien plus ardue que prévu. Les violents conflits religieux le forcent à entériner la partition des Indes et la création d’un nouvel état musulman, le Pakistan… Le Dernier Vice-Roi des Indes est un film historique réalisé par Gurinder Chadha, réalisatrice britannique d’origine indienne. Aux faits historiques est mêlée une histoire d’amour entre deux jeunes indiens au service du Palais que la religion oppose. Bien que très classique, ce procédé permet de mieux nous faire saisir les tragédies que la Partition a engendrées. A noter que les grands-parents de la réalisatrice ont fait partie des millions de personnes déplacées par la Partition de 1947. Toutefois, elle ne prend pas partie, elle cherche surtout à montrer comment la violence éclatait de toutes parts. Sur le plan historique, le film a été critiqué pour sa présentation de la Partition comme le résultat d’un complot secret de Winston Churchill pour barrer la route aux soviétiques (1). Ce point précis arrive toutefois tardivement dans le récit (et de façon presque anecdotique) et n’ajoute rien au propos. Malgré cela, le film reste intéressant. En Inde, la version doublée en Hindi est sortie sous le simple titre « Partition : 1947 ». Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Gurinder Chadha chroniqués sur ce blog…
(1) La réalisatrice s’est défendue en disant qu’elle s’était inspirée d’un livre de Narendra Singh Sarila, The Shadow of the Great Game: The Untold Story of India’s Partition (paru en 2006), qui se disait basé sur des documents secrets découverts à la British Library. Peu étayée, cette thèse qui tend à dédouaner Lord Mountbatten n’a convaincu aucun historien qui l’ont qualifiée de « conspirationniste ». A noter qu’en 1947, Winston Churchill n’était pas premier ministre (il s’agissait du travailliste Clement Attlee).
Hugh Bonneville et Gillian Anderson dans Le Dernier Vice-Roi des Indes (Viceroy’s House) de Gurinder Chadha.
Manish Dayal et Huma Qureshi dans Le Dernier Vice-Roi des Indes (Viceroy’s House) de Gurinder Chadha.
Dans les années 1920, au Bengale, un aristocrate propriétaire terrien a sacrifié sa fortune et sa famille à sa passion pour la musique, en donnant de coûteuses réceptions de musique et de danse dans son salon de musique. Il n’a que mépris pour son voisin, un nouveau riche aux attitudes grossières qui prétend s’intéresser lui aussi à la musique… Le Salon de musique est un film indien écrit et réalisé par Satyajit Ray, son quatrième long métrage. Rompant avec les accents néo-réalistes de sa précédente trilogie d’Apu, le cinéaste bengali dresse le portrait d’une fin d’époque, la montée d’une nouvelle bourgeoisie au détriment d’une aristocratie qui perd ses pouvoirs et son aura. Satyajit Ray parvient à nous faire ressentir de l’empathie pour cet homme impuissant à empêcher sa déchéance et qui choisira l’auto-destruction. Le cinéaste en fait une tragédie tchékovienne qu’il baigne d’une atmosphère presque irréelle. Les plans sont tous remarquablement éclairés et les lents mouvements de caméra sont particulièrement prégnants. Nous sommes comme envoutés par l’ensemble et les longues improvisations musicales des musiciens finissent par nous pénétrer. Le Salon de musique est à juste titre classé parmi les plus grands films du cinéma. Elle: – Lui :
Lecteurs : (2 note(s), moyenne : 5,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)