18 février 2021

Les 7 mercenaires (1960) de John Sturges

Titre original : « The Magnificent Seven »

Les 7 mercenaires (The Magnificent Seven)Fréquemment attaqués par une troupe de bandits qui les rançonnent, les habitants d’un petit village du Mexique embauchent des tireurs professionnels pour les repousser…
Les Sept Mercenaires est un western de John Sturges grandement inspiré du grand film japonais Les Sept Samouraïs réalisé par Akira Kurosawa en 1954. L’histoire est simplifiée : le code des samouraïs a laissé la place à une sorte d’humanisme désintéressé, les caractères des différents personnages sont en partie effacés. La première moitié, le recrutement des mercenaires, est la plus intéressante, la seconde étant plus centrée sur l’action. Avec sa faible quantité de dialogues et l’accent mis sur les affrontements silencieux, c’est un western assez moderne qui inspirera les westerns italiens de la décennie à venir. Le casting réunit des stars établies comme Yul Brynner et des étoiles montantes comme Steve McQueen (qui a utilisé un subterfuge pour s’extraire temporairement du tournage de la série Au nom de la Loi). Ce dernier a constamment cherché à voler la vedette à Yul Brynner par de petits mouvements divers pour attirer l’attention ce qui provoquera une brouille durable entre les deux acteurs. A sa sortie, le film fut un petit succès aux Etats-Unis mais un très grand succès en Europe et dans le reste du monde. Il est aujourd’hui considéré comme un classique et même parfois qualifié de chef d’œuvre.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Yul Brynner, Eli Wallach, Steve McQueen, Horst Buchholz, Charles Bronson, Robert Vaughn, Brad Dexter, James Coburn
Voir la fiche du film et la filmographie de John Sturges sur le site IMDB.

Voir les autres films de John Sturges chroniqués sur ce blog…

Remarques :
* Akira Kurosawa a été très satisfait du résultat. Il a fait cadeau d’un superbe sabre de samuraï à John Sturges.

Les 7 mercenaires (The Magnificent Seven)Vladimir Sokoloff, Yul Brynner, Horst Buchholz et Steve McQueen dans Les 7 mercenaires (The Magnificent Seven) de John Sturges.

* Suites (de moindre intérêt) :
1966 : Le Retour des sept (Return of the Seven) de Burt Kennedy avec Yul Brynner
1969 : Les Colts des sept mercenaires (Guns of The Magnificent Seven) de Paul Wendkos
1972 : La Chevauchée des sept mercenaires (The Magnificent Seven Rides) de George McCowan
Série télévisée :
1998-2000 : Les Sept Mercenaires (The Magnificent Seven)
Remake
2016 : Les Sept Mercenaires (The Magnificent Seven) d’Antoine Fuqua

Les 7 mercenaires (The Magnificent Seven)Yul Brynner, Steve McQueen, Horst Buchholz, Charles Bronson, Robert Vaughn, Brad Dexter et James Coburn.
Photo posée publicitaire pour Les 7 mercenaires (The Magnificent Seven) de John Sturges.

Une réflexion sur « Les 7 mercenaires (1960) de John Sturges »

  1. Les facéties de Steve McQueen pour voler la vedette à Yul Brynner sont flagrantes lorsque l’on revoit le film en connaissant leur existence. En fait, une fois qu’on y accorde attention, McQueen est même un peu horripilant (et je comprends qu’il ait énervé Brynner).

    Si j’ai bien compris les témoignages des auteurs, Yul Brynner portait ce film (dont il était même producteur, non ?) et avait une idée très précise de ce qu’il voulait en faire, mais il a été parfois débordé par les personnalités de ses acolytes, et John Sturges a eu la lucidité et la fermeté de choisir au montage des scènes qui n’avaient pas l’aval de Yul Brynner lorsqu’elles enrichissaient le film. C’est le cas pour une scène de traversée d’une rivière lors du trajet des (à ce moment-là 6) mercenaires vers le village : chevauchant en tête, Brynner n’a pas vu la pitrerie de McQueen se penchant pour prendre de l’eau dans son chapeau, suivie (en pure improvisation) par des gestes divers de chacun des cavaliers suivants. C’est un exemple archétypal, où la pitrerie de l’un entraîne des improvisations des autres… dans le dos d’un Yul Brynner rigide et austère. Je suppose que l’approche rigide de Yul Brynner se voulait fidèle aux Sept Samouraïs, et si le film s’éloigne du modèle c’est en partie à cause des personnalités des autres interprètes — et des contingences obligeant Sturges à gérer des contraintes techniques et politiques autant qu’humaines.

    Parmi les contingences, le blanc immaculé des vêtements des paysans mexicains a été imposé par l’État mexicain, qui était vexé et blessé des précédents westerns tournés sur son sol (présentant une image dégradante des Mexicains), et qui n’a accepté d’accueillir ce tournage qu’à la condition que les Mexicains soient présentés de façon positive et propre, et que les villageois soient des modèles et pas des péquenauds secondaires.
    Cette info m’avait sidéré, car ainsi ce sont des exigences socio-politiques qui ont conduit à ce qui est, pour moi, l’un des points admirables du film : démystifier les aventuriers et valoriser les petites gens *.

    Car sans doute, sans cette pression mexicaine, nous n’aurions pas la scène formidable où Charles Bronson, adulé par les gamins qui le regardent comme un héros, leur répond que les vrais héros sont leurs parents, qui se crèvent tous les jours à la tâche sans aucune reconnaissance ni gloire. Ce renversement, cette revalorisation de l’héroïsme quotidien des paysans pauvres, qui fait pendant au désabusement explicite de plusieurs mercenaires à l’égard de leur gloire factice et de la vacuité de leur vie, a toujours été pour moi le cœur de ce film.

    * Cela étant, ce que vous dites des Sept Samouraïs (que je n’ai hélas pas encore vu) laisse penser que cette dimension était présente dans l’original. Peut-être n’est-elle donc pas seulement une conséquence des exigences mexicaines.

    —————

    Je trouve qu’il faut aussi dire un mot sur le rôle formidable d’Eli Wallach en chef des pillards. Apparemment, lui et sa bande formaient réellement bande à part pendant le tournage, créant entre eux une complicité et un sentiment de « décalage » par rapport aux autres acteurs, ce qui a renforcé leur jeu.

    À l’inverse, un rôle est vraiment bizarre voire raté, celui d’Horst Buchholz. Tout le rôle est écrit pour un Mexicain : le personnage est censé être fils de paysans mexicains, cherchant la gloire dans les armes (et changeant d’avis à la fin du film par amour et par compréhension du message humaniste dont j’ai parlé plus haut). Or qui peut croire une seule seconde que Buchholz soit mexicain ? Qui peut croire une seule seconde que ce jeune bellâtre propre sur lui et aux mains lisses soit fils de paysans ? Le choix de cet acteur est assez incompréhensible, et comme il est explicitement en contradiction constante avec le personnage qu’il joue, il affaiblit régulièrement le film (car vraiment, certains dialogues où il est question de son enfance paysanne et du fait qu’il est Mexicain sont risibles au moment où ils sont prononcés, en tout cas vraiment malaisants et difficiles à comprendre, ça paraît presque grotesque par moments).

    ————–

    Notons que, indépendamment de tout le reste, la séquence d’ouverture constitue un « film dans le film » et exprime un militantisme anti-raciste rare dans les westerns. Et comme elle est remarquablement filmée, jouée et rythmée, elle mérite le détour à elle seule.

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