23 décembre 2019

Salomé (1953) de William Dieterle

Titre original : « Salome »

Salomé (Salome)Bannie de Rome, la princesse Salomé arrive en Galilée où elle rejoint sa mère, la reine Hérodiade et son beau-père le roi Hérode Antipas. Le prophète Jean le Baptiste prêche contre le roi et la reine. Celle-ci souhaite la mort du prêcheur, mais Hérode craint de lui nuire en raison d’une prophétie qui lui promet une mort dans mille tourments s’il venait à lui nuire…
Hollywood a toujours été friand des adaptations bibliques et le personnage de Salomé donne une bonne occasion d’y ajouter une dose de sensualité. Le scénario a ici été écrit pour Rita Hayworth et Columbia n’a pas hésité à modifier assez radicalement les écrits bibliques pour ne pas ternir l’image de leur star. L’ensemble est d’assez bonne facture mais le résultat est un peu gâché par un jeu inégal : Stewart Granger est très terne, Judith Anderson sur-joue, Rita Hayworth minaude un peu trop souvent. Seul Charles Laughton est assez remarquable en roi concupiscent. Le clou du film est la « danse des sept voiles » de Rita Hayworth, empreinte d’un érotisme flamboyant, qui vient clore le récit.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Rita Hayworth, Stewart Granger, Charles Laughton, Judith Anderson, Cedric Hardwicke
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Remarques :
* Rita Hayworth (qui est danseuse) a affirmé qu’il s’agissait de la danse la plus exigeante et la plus difficile de toute sa carrière, et qu’elle avait exigé d’innombrables prises.
* Harry Cohn, le patron de la Columbia, aurait volé l’idée à Cecil B. deMille après que ce dernier lui ait fait une demande d’emprunt de Rita Hayworth pour jouer Salomé. Harry Cohn refusa et décida de tourner son propre film : il convoqua Jesse Lasky Jr. (le fils du grand pionnier Jesse L. Lasky) pour lui dire qu’il avait un week-end pour écrire un scénario ou sinon il était viré. Lasky écrivit effectivement une ébauche de 50 pages en un week-end. Harry Cohn n’est pas réputé pour ses méthodes élégantes…
* Dans le Nouveau Testatment, Salomé n’est nommée que sous le nom « une fille d’Hérodiade ». Seul l’épisode de la danse est relaté en quelques lignes et c’est bien entendu elle qui demande la tête de Jean-Baptiste. Tout le reste (bannissement de Rome, amour avec un centurion converti, etc.) est inventé par les scénaristes.

Salomé (Salome)Rita Hayworth dans Salomé (Salome) de William Dieterle.

Autres adaptations du personnage :
1918 : Salomé (Salome) de J. Gordon Edwards avec Theda Bara
1922 : Salomé de Charles Bryant, scénario d’Oscar Wilde avec Alla Nazimova
1945 : Les Amours de Salomé (Salome, Where She Danced) de Charles Lamont avec Yvonne De Carlo
1986 : Salomè de Claude d’Anna
2002 : Salomé de Carlos Saura avec Aída Gómez
2013 : Salomé de Al Pacino avec Jessica Chastain

7 décembre 2019

My Lady (2017) de Richard Eyre

Titre original : « The Children Act »

My Lady (The Children Act)Fiona Maye est juge aux affaires familiales à la Haute Cour de justice d’Angleterre. Accaparée par son métier, elle délaisse son mari qui lui annonce qu’il va la tromper. Dans le même temps, elle doit décider si elle autorise la réalisation d’une transfusion sanguine à un adolescent de 17 ans hospitalisé pour une grave leucémie. Les parents sont des témoins de Jéhovah farouchement opposés à cette intervention nécessaire pour qu’il ait la vie sauve…
Le romancier anglais Ian McEwan a lui-même écrit l’adaptation de son roman L’Intérêt de l’enfant publié en 2014. Le récit est mené assez délicatement par Richard Eyre sans effets ni dramatisation excessive. Emma Thompson donne au film toute son intensité, exprimant de façon harmonieuse puissance et faculté d’écoute et nous laisse percevoir toute la force d’une éthique sous-jacente. Face à elle, la passion perturbatrice et mal définie du jeune et ardent Fionn Whitehead offre un beau contraste. My Lady est un film qui n’est pas spectaculaire mais qui enchante par la qualité du récit et de l’interprétation.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Emma Thompson, Stanley Tucci, Fionn Whitehead, Jason Watkins
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Remarques :
* Le titre original The Children Act (qui est aussi le titre original du roman) fait référence à la loi de 1989 qui a révolutionné le droit de l’enfance en plaçant l’intérêt de l’enfant au-dessus de toute considération, dans le cas d’un conflit familial.
* La production a eu le droit très rarement accordé de filmer à l’entrée et dans le grand hall de la Cour royale de justice (Royal Courts of Justice), imposant édifice de l’époque victorienne, situé sur le Strand dans la cité de Westminster à Londres.

 My Lady (The Children Act)Fionn Whitehead et Emma Thompson dans My Lady (The Children Act) de Richard Eyre.

 My Lady (The Children Act)Emma Thompson et Stanley Tucci dans My Lady (The Children Act) de Richard Eyre.

6 novembre 2019

Sainte Jeanne (1957) de Otto Preminger

Titre original : « Saint Joan »

Sainte Jeanne (Saint Joan)En 1456, le roi de France Charles VII a le sommeil agité : le fantôme de Jeanne d’Arc lui apparaît pour lui remémorer certains évènements…
Otto Preminger adorait depuis toujours la pièce Saint Joan de l’irlandais George Bernard Shaw (écrite au début des années 1920). Il en confia l’écriture de l’adaptation à Graham Greene. Malgré ce beau pedigree, le film peine à convaincre. La pièce serait une réflexion sur l’influence de la religion sur notre Histoire ; il est bien difficile d’en dire autant du film. Il est difficile d’en dire quoi que ce soit d’ailleurs, à part qu’il est assez statique et repose sur une série de dialogues où Jeanne tente de convaincre le roi, les gens d’église ou les militaires. L’atmosphère est théâtrale. De plus, le récit est encadré par un prologue et un épilogue vraiment ridicules, avec une tentative d’introduction d’un humour qui, au mieux, paraîtra déplacé. Le casting pour trouver l’actrice a duré plusieurs mois et près de dix-huit mille jeunes filles (oui: 18 000 !) ont été auditionnées dans divers pays. C’est finalement une jeune américaine de dix-sept ans sans aucune expérience qui fut choisie : Jean Seberg. Elle s’en tire fort bien, jouant l’innocente illuminée avec beaucoup de naturel. Face à elle, Richard Widmark appuie un peu trop ses mimiques pour personnifier un Charles VII au bord de la folie. La photographie en noir et blanc est assez belle. Le film fut un échec.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Jean Seberg, Richard Widmark, Richard Todd, Anton Walbrook, John Gielgud
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Remarques :
* Le film a été assez mal reçu par la critique qui a, assez injustement, mis la faute sur Jean Seberg. Otto Preminger reconnait lui-même dans ses mémoires que ce fut injuste et qu’il est le seul à blâmer : il estime avoir négligé la difficulté d’adapter la pièce à l’écran et n’a pas su (ou voulu) voir que la pièce elle-même n’avait jamais connu le succès.

Sainte Jeanne (Saint Joan)Jean Seberg et Richard Widmark dans Sainte Jeanne (Saint Joan) de Otto Preminger.

5 septembre 2019

Cherchez la femme (2017) de Sou Abadi

Cherchez la femmeÉtudiants à Science Po, Armand et Leila sont en couple. Mahmoud, le grand frère de Leila, revient d’un long séjour au Yémen qui l’a radicalement transformé. Il s’impose comme chef de famille et maintient sa sœur enfermée. Pour revoir Leila, Armand enfile le voile intégral et se fait passer pour une femme…
Après son très remarqué documentaire SOS Téhran (2002), la réalisatrice d’origine iranienne Sou Abadi n’a pas réussi à tourner d’autres films avant d’écrire cette comédie. Traiter de l’intégrisme islamiste sur le mode de l’humour est une démarche risquée mais elle remporte son pari grâce à une indéniable spontanéité et une absence de malice. Bien entendu, les clichés ne sont pas totalement évités. Les amis intégristes ressemblent à une bande de Pieds Nickelés plus inoffensifs qu’autre chose et il y a un parti-pris de simplicité dans l’approche globale. L’ensemble est amusant, presque bon enfant, en tous cas pétri de bonnes intentions.
Elle: 3 étoiles
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Félix Moati, William Lebghil, Camélia Jordana, Anne Alvaro
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Cherchez la femmeFélix Moati dans Cherchez la femme de Sou Abadi.

Homonymes :
Cherchez la femme (Herzogin Satanella, 1921) film muet autrichien de Michael Kertesz alias Michael Curtiz (film perdu?)
Cherchez la femme (1955) de Raoul André avec Georges Marchal et Geneviève Page (film perdu?)

4 juillet 2019

Les Damnés du coeur (1928) de Cecil B. DeMille

Titre original : « The Godless Girl »

Les damnés du coeurDans une école américaine, un groupe d’adolescents a fondé une société secrète qui prône l’athéisme. Lors d’un affrontement avec un autre groupe qui défend la religion, une jeune fille est tuée accidentellement. Les deux meneurs sont envoyés en maison de correction…
Dernier film muet de Cecil B. DeMille, The Godless Girl est un film vraiment étonnant. Si le début nous laisse présager d’une croisade contre l’athéisme, le film prend très rapidement une toute autre direction : quatre ans avant Mervyn LeRoy et son I Am a Fugitive from a Chain Gang (1932), DeMille dénonce avec une grande vigueur les traitements infligés dans les maisons de correction. Le réalisateur a enquêté plusieurs mois, envoyant même des espions dans les centres de détention (1). Autre surprise : DeMille (qui est un croyant fervent, rappelons-le) ne s’en prend pas vraiment aux athées mais fustige le radicalisme de chacune des deux parties en présence. Sa « morale » finale est explicite : il faut apprendre à tolérer les opinions divergentes des nôtres. Une fois de plus, l’histoire écrite par Jeanie Macpherson a beaucoup de force ; elle nous happe littéralement sans laisser de temps mort. Beaucoup de scènes sont puissantes et DeMille sait être audacieux dans sa façon de les tourner. Sorti quelques mois après l’arrivée du parlant, le film n’eut hélas aucun succès ; même le style ne convenait pas car, dans les premiers temps du parlant, ce sont des films joyeux et chantants qui magnétisaient le public.  Longtemps resté assez rare, The Godless Girl a été restauré en 2007.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Lina Basquette, Marie Prevost, Tom Keene, Noah Beery, Eddie Quillan
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Les damnés du coeurLina Basquette est une Godless Girl dans Les damnés du coeur de Cecil B. DeMille.

Remarques :
* DeMille ayant décliné la proposition de Pathé de tourner deux nouvelles scènes en parlant, la sonorisation d’une version parlante de 90mn fut confiée à l’acteur Fritz Feld.

* Lisa Basquette est alors âgée de 20 ans (mais paraît beaucoup plus). L’actrice avait épousé deux ans auparavant Sam Warner, l’un des frères fondateurs du studio Warner Bros. Sam Warner est crédité pour avoir apporté la technologie qui permit au studio de produire le premier long-métrage parlant de l’industrie du cinéma, Le Chanteur de jazz, dont il ne verra pas la première triomphale en octobre 1927. Il est décédé la veille à l’âge de 40 ans des suites d’une grave maladie du cerveau. Lorsque débute le tournage de The Godless Girl trois mois plus tard, Lisa Basquette était donc toujours en deuil.

* Noah Beery (le garde sadique) est le frère de Wallace Beery.

* Lorsque Cecil B. DeMille s’est rendu en Union Soviétique en 1931, il a découvert qu’il y était très populaire grâce à The Godless Girl. Il ne comprenait pas pourquoi, vue l’importance de la religion à la fin. Il a alors découvert que la dernière bobine n’était tout simplement pas projetée et que le film ainsi amputé était devenu un outil de propagande sur la brutalité des américains envers leur jeunesse.

(1) Dans un encart en début de seconde partie, le réalisateur tient à nous préciser que tout ce qui est décrit est bien réel. Il ajoute toutefois que certains centres accomplissent un travail plus humain pour réinsérer les jeunes délinquants.

Les damnés du coeurMarie Prevost et Lina Basquette dans Les damnés du coeur de Cecil B. DeMille.

Les damnés du coeurPour la scène de l’escalier dans Les damnés du coeur, Cecil B. DeMille a placé sa caméra sur un ascenseur spécialement construit (à l’époque, les grues étaient encore à inventer…) A noter que tout le film a été tourné avec une seule caméra.

Les damnés du coeurPour la scène de la chute dans Les damnés du coeur, la caméra, le chef opérateur J. Peverell Marley et Cecil B. DeMille sont juchés sur une nacelle rudimentaire qui tombe du plafond. La scène est en outre tournée en double exposition (superposition). La vision subjective de la chute fait bien entendu penser à l’ahurissant traveling de Marcel L’Herbier qui utilise à peu près au même moment une méthode encore plus audacieuse dans L’Argent (1928).

The Godless Girl

14 mai 2019

Nazarin (1959) de Luis Buñuel

Titre original : « Nazarín »

NazarinDans le Mexique du début du XXe siècle, le Père Nazario exerce son ministère pastoral dans un esprit très proche des valeurs évangéliques : il aide ses paroissiens très pauvres et leur donne tout ce qu’il possède. Après avoir protégé une prostituée ayant commis un meurtre, il doit fuir…
Adaptation d’un roman de l’espagnol Benito Pérez Galdós, Nazarin de Luis Buñuel a suscité beaucoup de malentendus à sa sortie. Comment un cinéaste reconnu par tous comme anticlérical pouvait-il produire un tel film sur la Foi, film qui fut à deux doigts de recevoir le Prix de l’Office catholique du cinéma ? (1) Ce fut l’incompréhension qui domina parmi ses amis et soutiens. En réalité, son film est une réflexion sur la mise en pratique de grands principes évangéliques : son prêtre est ce que l’on appellerait volontiers « un saint homme », il ne cherche qu’à faire le bien autour de lui et vit dans le dénuement le plus total. Mais son action n’est pas toujours profitable aux autres, elle est même parfois préjudiciable comme dans la scène du chantier de construction. Le cinéaste s’en prend aussi aux institutions : le « saint homme » est en effet rejeté par l’Eglise qui le défroque. Et, au final, le doute finit par le gagner. Il y a certainement d’autres lectures possibles de ce film : Alain Bergala y voit une tentative de « comprendre la circulation du mal dans le monde à travers les expériences et la conscience de son personnage » (2). Dans sa forme, le film est à l’image du propos, épuré, sans artifice avec une photographie sobre mais assez belle.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Francisco Rabal, Marga López, Rita Macedo
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Remarques :
* « Dieu merci, je suis encore athée ». Cette citation de Luis Buñuel figure dans tous les dictionnaires de citations mais, comme bien souvent, vouloir réduire une pensée à six mots est réducteur. En fait, ce n’est ni une pirouette ni juste un trait d’humour. Pour comprendre sa pensée, il faut mieux lire le chapitre « Athée grâce à Dieu » de ses mémoires où il aborde les questions du hasard, de l’existence de Dieu et de l’imaginaire.
En réalité, Buñuel croit fermement dans le hasard et pense que si Dieu existe vraiment, cela ne change rien pour nous : « Dieu ne s’occupe pas de nous. S’il existe, c’est comme s’il n’existait pas. Raisonnement que j’ai résumé jadis dans cette formule : Je suis athée, grâce à Dieu. Une formule qui n’est contradictoire qu’en apparence. » (Luis Buñuel, Mon dernier soupir, éditions Robert Lafon 1982, p 214)

* Le cinéaste poursuivra sa réflexion, notamment en s’attaquant aux dogmes, dans Viridiana (1961), Simon du désert (1965) et dans La Voie lactée (1969).

(1) Buñuel aurait été bien embarrassé de recevoir ce Prix de l’Office catholique. Il refusa plus tard de recevoir d’un prélat américain un diplôme d’honneur pour le film.
(2) Alain Bergala, Luis Buñuel, éditions Le Monde/Les Cahiers du cinéma 2007, p 54.

Nazarin
Marga López et Francisco Rabal dans Nazarin de Luis Buñuel.

12 avril 2019

Silence (2016) de Martin Scorsese

SilenceXVIIe siècle. Deux jeunes jésuites portugais ne veulent croire que leur mentor, le père Ferreira, a abjuré sa foi catholique après avoir été capturé et torturé au Japon. Ils parviennent à débarquer clandestinement et arrivent dans un petit village isolé et très pauvre. Ils y sont chaleureusement accueillis par les habitants qui doivent se cacher pour pratiquer leur religion…
Silence est l’adaptation d’un roman de Shūsaku Endō, déjà porté à l’écran en 1971 dans un film homonyme (et aujourd’hui assez rare) de Masahiro Shinoda. C’est un projet que Martin Scorsese a mûri sur une vingtaine d’années, remettant sans cesse sa concrétisation. On peut le voir comme un prolongement à La Dernière Tentation du Christ (1988) et Kundun (1997). Le thème tourne autour de la spiritualité, dans son expression la plus puissante, celle de la Foi véritable et de son combat avec son plus grand adversaire, le doute. Comment continuer de croire face au silence ? Quel prix peut-on accepter de payer pour répandre sa Foi ? On retrouve également un autre thème cher au cinéaste, la trahison et son pendant, le pardon. La mise en scène est naturellement très posée, solide, exempte d’artifices, ce qui donne une indéniable puissance au récit. Scorsese, toujours un peu fasciné par la violence, ne se complait pas à l’étaler ici par les supplices infligés. On peut juste lui reprocher de rester sur le thème de ces supplices pendant 2h30, ce qui engendre hélas un léger sentiment de répétition. Mais Silence n’en reste pas moins riche et intense.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Andrew Garfield, Adam Driver, Liam Neeson, Tadanobu Asano, Ciarán Hinds, Issei Ogata
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Silence
Tadanobu Asano et Andrew Garfield dans Silence de Martin Scorsese.

Silence
Issei Ogata dans Silence de Martin Scorsese.

Précédente adaptation :
Silence (Chinmoku) de Masahiro Shinoda (1971)

5 mars 2019

Makala (2017) de Emmanuel Gras

MakalaUn jeune congolais se rend dans la brousse au pied d’un arbre monumental. Armé d’une simple hache, il entreprend de l’abattre. Ce n’est que le début de la tâche qu’il s’est assignée afin de pouvoir acheter des tôles ondulées pour renforcer son toit…
Réalisé par le français Emmanuel Gras, Makala est un documentaire scénarisé qui a de quoi frapper nos esprits occidentaux : on ressent un véritable choc de civilisations à sa vision, de ceux qui nous « recadrent ». Le cœur du film est centré sur le périlleux trajet du jeune homme, chargé de façon inimaginable, pour se rendre à la ville vendre sa production. Mais c’est là que le film d’Emmanuel Gras montre ses limites : il crée un suspense très fort autour de cette phase la plus spectaculaire alors qu’il a éclipsé toutes les semaines (mois?) de travail fastidieux qui précèdent. Certes, le réalisateur se situe dans la lignée de l’ethnofiction chère à Jean Rouch mais il pousse la scénarisation peut-être un peu loin. D’autre part, l’absence de tout commentaire rend certaines scènes un peu obscures. Cela ne signifie pas que son film manque d’intérêt, ne serait-ce que par les multiples questions qu’il suscite. Il a d’ailleurs reçu le Grand prix de la semaine de la critique au Festival de Cannes 2017.
Elle: 3 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Kabwita Kasongo
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Makala
Kabwita Kasongo dans Makala de Emmanuel Gras.

13 février 2019

L’insulte (2017) de Ziad Doueiri

L'insulteTony, un Libanais chrétien, vit avec son épouse Shirine dans un appartement à Beyrouth. Il s’oppose à un chef de chantier, Yasser, qui a réparé sa gouttière non conforme dans le cadre de travaux de rénovation du quartier. Le ton monte et Yasser traite Tony de « gros c… » …
Le réalisateur libanais Ziad Doueiri a eu l’idée d’écrire le scénario de L’insulte après une dispute avec son plombier qui a quelque peu dérapé. Il en a amplifié les conséquences pour mieux mettre en relief les fractures et plaies non refermées de son pays : trente ans après la guerre civile, la page n’est pas tournée et les antagonismes entre chrétiens et palestiniens ne demandent qu’à ressurgir. Ziad Doueiri fait preuve d’une grande habilité en mêlant des éléments de comédie à la tragédie, enrichie d’évènements historiques comme le massacre de Damour en 1976. Rares sont les cinéastes qui parviennent à insérer l’humour dans un contexte d’une telle gravité. Démarré comme une farce, le film prend ensuite la forme d’un film de procès, avec dévoilement progressif des motivations profondes de chacun. Plus le film avance et le plus l’intensité du propos s’insinue. Plus admirable encore, Ziad Doueiri ne prend finalement pas parti, non pas en renvoyant dos à dos les protagonistes (ce qui est toujours un peu une facilité) mais en montrant une voie possible vers la réconciliation. Assez justement, son film a connu un certain succès international, il a même été nominé aux Oscars.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Adel Karam, Kamel El Basha, Rita Hayek
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L'insulte
Adel Karam et Kamel El Basha dans L’insulte de Ziad Doueiri.

27 octobre 2018

Téhéran tabou (2017) de Ali Soozandeh

Titre original : « Tehran Taboo »

Téhéran tabouTéhéran, de nos jours. Dans une société dominée par l’homme, des jeunes iraniens et iraniennes vivent leur vie sexuelle en contournant constamment les interdits religieux…
Téhéran tabou est le premier long métrage de l’iranien (allemand d’adoption) Ali Soozandeh. Il ne l’a bien évidemment pas tourné en Iran et a utilisé le subterfuge de la rotoscopie : les acteurs sont filmés sur fond vert, puis redessinés et intégrés dans des décors réels ou dessinés. Le résultat visuel est assez beau, jouant beaucoup sur les couleurs pastel, ce qui permet de mieux mettre en valeur la candeur des personnages principaux. Le propos est assez cru, l’omniprésence des interdits engendrant une vie cachée, parfois très débridée. Mais, le fond est assez noir, dressant un portrait de la société iranienne dominée par les archaïsmes dont les femmes sont les premières victimes. Vu sous ce jour, le film prend presque des allures de documentaire.
Elle: 4 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Elmira Rafizadeh, Zahra Amir Ebrahimi, Alireza Bayram
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Téhéran Tabou
Hasan Ali Mete et Elmira Rafizadeh dans Téhéran tabou de Ali Soozandeh.

Téhéran Tabou
Zahra Amir Ebrahimi dans Téhéran tabou de Ali Soozandeh.