Le parisien Martin est revenu dans sa Normandie natale pour reprendre la boulangerie paternelle d’un petit village, non loin de l’endroit où a vécu son auteur préféré Gustave Flaubert. Lorsqu’il voit arriver de nouveaux voisins anglais prénommés Gemma et Charles Bovery, il les voient tout de suite comme l’incarnation des héros du roman de Flaubert… Gemma Bovery est adapté du roman graphique (en l’occurrence une bande dessinée avec beaucoup de texte) de l’auteure anglaise Posy Simmonds (1). C’est une comédie délicieuse et intelligente dont le rôle principal semble taillé sur mesure pour Fabrice Luchini. L’acteur reste très sobre dans son jeu tout en distillant un indéniable humour. Gemma Arterton joue très juste et montre une belle présence. A noter également Elsa Zylberstein qui est assez savoureuse dans un second rôle de nouveau riche. L’ensemble pourra paraître un peu superficiel à certains mais il constitue un divertissement bien plaisant. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
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(1) Posy Simmonds est également l’auteure de Tamara Drewe, brillamment adapté sur grand écran en 2010 par Stephen Frears avec… Gemma Arterton dans le rôle principal.
Gemma Arterton et Fabrice Luchini dans Gemma Bovery de Anne Fontaine.
Angleterre, 15 juillet 1988. Après une soirée de fin d’études bien arrosée, Emma et Dexter font plus ample connaissance et finissent par dormir dans le même lit sans qu’il y ait de relation sexuelle. Ils décident ensuite de rester amis…
Réalisé par la danoise Lone Scherfig, Un jour (One Day) est un film américain adapté du roman homonyme de l’anglais David Nicholls. Nous retrouvons les deux personnages principaux chaque année le 15 juillet pendant plus de dix-huit années pour suivre l’évolution de leur relation. Si l’on peut penser tout d’abord à une variation de Quand Harry rencontre Sally, le propos est différent car cette histoire explore plutôt le thème des occasions manquées : Emma et Dexter ne sont jamais en phase. Le scénario n’utilise pas les ficelles traditionnelles pour nous émouvoir et les personnages deviennent rapidement assez attachants essentiellement par leur belle présence. Le film est également rendu plaisant par son équilibre entre drame et comédie, l’humour passant par des dialogues bien ciselés. Le film a été très critiqué à cause du mauvais accent anglais de l’américaine Anne Hathaway, ce qui, pour nous francophones, est peu perceptible. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Argentine, années soixante. Après l’accident qui a coûté la vie à son frère et à son mari, Luisa peine à retrouver le goût de vivre et se consacre entièrement à ses deux très jeunes filles. Dans une réception où elle n’a pas envie d’être, elle fait connaissance d’Ernesto qui tombe aussitôt amoureux d’elle…
Ecrit et réalisé par l’argentin Arien Rotter, Un homme charmant (traduction littérale du titre original = la lumière incidente) est un film qui décrit les tourments intimes d’une femme fragilisée, anéantie par la tragédie qui l’a frappée. Elle se replie sur elle-même et ses deux filles sans fermer la porte à cet élément extérieur qui peut lui redonner le goût de vivre. L’homme fait preuve de beaucoup de délicatesse dans ses approches, prévenant, attentif mais aussi d’une ténacité presqu’improbable. Sous certains aspects, il s’agit d’une forme de « dictature douce » et, dès lors, on peut s’interroger sur le sens du propos. Le réalisateur évoque son passé familial comme source d’inspiration. Il a filmé cette histoire en un beau noir et blanc et nous gratifie de belles envolées esthétiques (1). Les deux acteurs principaux font une très belle prestation. Erica Rivas est une actrice connue en Argentine pour son rôle dans une série télévisée à succès. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
(1) Le plan final est très beau : un traveling arrière avec perte de profondeur de champ pour que le flou vienne littéralement effacer les personnages.
Erica Rivas et Marcelo Subiotto dans Un homme charmant de Ariel Rotter.
Adepte des jeux de hasard, un célèbre virtuose du violon fait le pari, un soir de beuverie, d’épouser avant deux mois la dixième jeune fille qui franchira la porte du Conservatoire de musique le lendemain matin. Il parie son unique et inestimable Stradivarius…
Ce n’est que récemment que l’on sait avec une quasi-certitude que Accord final a été en réalité dirigé par Douglas Sirk (1). En revanche, on ne sait si Ignacy Rosenkranz (ou I.R. Bay), crédité comme auteur du scénario et réalisateur, a vraiment existé ou s’il s’agit d’un pseudonyme du cinéaste allemand. Le film est une fantaisie sur le thème de l’amour. On y retrouve une belle brochette d’acteurs français qui donne beaucoup de solidité dans les seconds rôles. Tout cela est charmant mais, il faut bien l’avouer, plutôt anodin. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
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(1) Fin 1937, Douglas Sirk (Hans Detlef Sierck) a réussi à quitter l’Allemagne sous le prétexte d’aller en Afrique du Sud effectuer les repérages d’un film qui ne verra jamais le jour. Après un bref séjour à Rome, il gagne la Suisse où Sirk supervise Accord final pour un producteur indépendant admirateur de son film Schlussakkord (La neuvième symphonie, 1936). Sierck a rompu unilatéralement son contrat avec la UFA et tient à éviter toute poursuite judiciaire ; il réussit à garder l’anonymat sur ce film qui sera signé Ignacy Rosenkranz, alias I.R. Bay.
Dans sa présentation du film au Cinéma de Minuit, Patrick Brion signale que c’est le livre d’Hervé Dumont Histoire du cinéma suisse qui a levé le voile sur son identité.
Josette Day dans Accord final de Ignacy Rosenkranz (I.R. Bay) et Douglas Sirk.
Après dix-huit ans de mariage, Gérard Favier, un célèbre compositeur, est toujours aussi épris de Sylvia, son épouse. Le couple fait fortuitement la connaissance d’une jeune pianiste prometteuse, Monelle, que le compositeur décide de prendre sous son aile… Les amoureux sont seuls au monde ne fait pas partie des films les plus connus d’Henri Decoin et pourtant il ne manque pas d’atouts. Le premier est la qualité de l’écriture d’Henri Jeanson qui sait montrer de la profondeur tout en restant assez délicat avec ses personnages. Il y a aussi la qualité de l’interprétation, Louis Jouvet en tête avec un jeu qui paraît très simple tout en étant complexe, la qualité de la musique d’Henri Sauguet, surtout, de la réalisation d’Henri Decoin qui filme tout cela avec une grande sensibilité. Les amoureux sont seuls au monde est un film subtil, à la fois drôle et dramatique. Le réalisateur a pu le mettre en scène avec toute la latitude qu’il souhaitait et n’a même pas dû céder face aux producteurs qui exigeaient une fin heureuse : il tourna en fait deux fins différentes, une version (visionnée ici) comportant les deux fins pour laisser le spectateur choisir. Le film n’eut que peu de succès. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 3,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Immobilisée dans un centre de rééducation après une grave chute de ski, Toni se remémore l’histoire tumultueuse qu’elle a vécue avec le séduisant Georgio…
Ecrit par Maïwenn et Etienne Comar, Mon roi nous raconte l’histoire d’une passion destructrice. Il ne faut pas attendre une exploration profonde des personnages car nous restons plutôt en surface et les mystères de l’addiction amoureuse restent entiers. En revanche, l’interprétation donne au film un certain attrait : celle d’Emmanuelle Bercot est très naturelle et Vincent Cassell est la séduction incarnée, charmeur, absolument irrésistible. Mais c’est peut-être de là que le film trouve ses limites : on voit difficilement comment la pauvre Toni aurait pu rester insensible à son charme et cela limite fortement l’étude de caractères. On compatit pour elle, c’est tout… La réalisation de Maïwenn est parfaitement maitrisée. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Une jeune américaine qui aspire à devenir peintre s’installe à Paris. Elle fait rapidement la rencontre d’un jeune français…
Sur un scénario d’Irwin Shaw, In the French Style nous fait partager l’attirance d’une jeune femme pour la liberté de la vie parisienne dans le monde des arts. Il est difficile de ne pas sourire devant tous ces clichés sur la France et ses mœurs libres (inutile de préciser qu’au final c’est l’American style qui triomphera). Le plus original dans cette histoire est qu’elle est racontée d’un point de vue féminin. C’est Jean Seberg qui sauve le film avec une interprétation délicate et pleine de sensibilité. Robert Parrish, visiblement sous le charme, la filme avec une profusion de gros plans. Le choix de Stanley Baker est plus étonnant, l’acteur gallois à la carrure de rugbyman se prêtant difficilement aux rôles sentimentaux. L’ensemble est, il faut bien l’avouer, un peu ennuyeux. À noter, la musique de Joseph Kosma. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
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Remarque :
* Né en 1916, Robert Parrish fut un enfant-acteur (dans L’Aurore de Murnau ou Les Lumières de la ville de Chaplin notamment) avant d’être monteur puis réalisateur. Son livre de mémoires J’ai grandi à Hollywood est l’un des meilleurs témoignages sur cette grande époque hollywoodienne, et l’un des plus passionnants à lire.
Philippe Forquet et Jean Seberg dans À la française de Robert Parrish.
Jean Seberg, James Leo Herlihy et Stanley Baker dans À la française de Robert Parrish.
À New York en 1952, la jeune et timide Thérèse, passionnée de photo et vendeuse dans un grand magasin, fait la connaissance d’une riche et séduisante cliente, Carol, mère d’une petite fille et en instance de divorce. Une amitié se noue entre les deux femmes et elles passent de plus en plus de temps ensemble… Carol est adapté du roman semi-autobiographique The Price of Salt que Patricia Highsmith publia en 1952 sous le pseudonyme Claire Morgan. L’auteure a pris un pseudonyme à la fois pour se protéger et parce qu’il s’agit d’un mélodrame et non d’un roman policier (1). Soixante ans plus tard, l’adaptation a été écrite par son amie Phyllis Nagy. Todd Haynes met en scène cette histoire de façon délicate, élégante, évitant les clichés et sans victimisation excessive. Au delà de la mise en évidence des pesanteurs de la société vis-à-vis de l’homosexualité féminine, il parvient à donner à cette histoire simple une dimension atemporelle et une indéniable beauté. Pour mieux restituer l’atmosphère du début des années cinquante, le film a été tourné en 16 mm. La recherche esthétique est sans doute parfois un peu voyante mais elle est réussie ; les couleurs, notamment, sont très belles. Le film est d’un très beau classicisme. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
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Cate Blanchett dans Carol de Todd Haynes.
Rooney Mara dans Carol de Todd Haynes. L’appareil-photo est un Argus C3 (marque américaine peu connue en Europe), un appareil assez bon marché à mise au point télémétrique (séparée de l’objectif, ajusté avec les grosses molettes) commercialisé entre 1939 et 1966.
Cate Blanchett et Rooney Mara dans Carol de Todd Haynes.
(1) Le roman connu un grand succès, notamment lors de son édition en livre de poche à la fin des années soixante : près d’un million d’exemplaires furent au final vendus. Patricia Highsmith a nié en être l’auteur pendant 38 ans avant de donner la permission pour une réédition sous son nom avec le titre Carol en 1990.
Aux alentours de 1900, l’avocat Frederik Egerman a épousé en secondes noces la jeune Anne, qui a l’âge de son fils Henrik, étudiant en théologie. Il apprend que son ancienne maîtresse, la célèbre comédienne Désirée Armfeldt, vient se produire dans sa ville et ne peut résister à l’envie de la revoir… Sourires d’une nuit d’été est assez inattendu de la part d’Ingmar Bergman car c’est une comédie légère, un marivaudage baigné de belles répliques et de traits d’humour. On peut le voir comme un prolongement du style des comédies américaines screwball, genre que le cinéaste suédois admirait mais dans lequel il n’a jamais pleinement réussi. C’est en tous cas pour lui un moyen d’espérer obtenir un succès commercial qui lui donnerait plus de libertés. Le film est parfois rapproché de la Règle du Jeu de Renoir ; personnellement je le verrais plutôt dans le style de L’importance d’être constant d’Oscar Wilde. Si Bergman montre un talent certain pour écrire des répliques relevées d’un humour parfois cinglant, celles-ci ne tombent pas toujours très bien. Il montre aussi de la maladresse pour ajouter une dimension tragi-comique : le personnage du fils évolue fort mal et devient pesant. L’ensemble est toutefois très amusant et, fort heureusement, ce fut un succès. Sourires d’une nuit d’été fut remarqué à Cannes où il reçut le Prix de l’humour poétique. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 3,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* « Sommarnattens leende » (en réalité Les sourires de la nuit d’été et non Sourires d’une nuit d’été) désigne les sourires de la nuit de la Saint-Jean en Scandinavie, où le soleil ne se couche guère (et cela explique qu’à 1 heure du matin, il fasse encore jour).
* Le Svensk Filmindustri avait annoncé à Bergman qu’il ne financerait plus ses films si celui-ci ne rentrait pas dans ses frais.
* La légende veut que Bergman ne fût pas au courant de la présentation de son film à Cannes et qu’il apprit la nouvelle de sa récompense en lisant son journal dans les toilettes.
* Woody Allen fait des références répétées au film dans Comédie érotique d’une nuit d’été (1982).
Eva Dahlbeck et Jarl Kulle dans Sourires d’une nuit d’été de Ingmar Bergman.
Margit Carlqvist, Gunnar Björnstrand, Ulla Jacobsson et Björn Bjelfvenstam dans Sourires d’une nuit d’été de Ingmar Bergman.
Titre original : « Sommaren med Monika »
Autres titres français : « Un été avec Monika », « Monika et le désir »
Peu après s’être rencontrés, Harry, garçon livreur, et Monika, ouvrière dans un magasin d’alimentation, décident de quitter la ville de Stockholm. Ils se rendent sur l’île d’Ornö où ils mènent une vie libre et idyllique…
Ingmar Bergman a tourné Monika avec très peu de moyens alors qu’il traversait une période délicate (qui l’avait contraint à tourner des films publicitaires). L’histoire, adaptée d’un roman de Per Anders Fogelström, est très simple mais ce qui rend le film si remarquable est la façon dont Bergman l’aborde en privilégiant les personnages sur le récit. Sa caméra nous place au milieu d’eux, elle semble vouloir nous placer en troisième personnage comme en témoigne le long et célèbre regard-caméra. Avec le recul, il est étonnant de voir à quel point le film est précurseur de la Nouvelle Vague. Il est si en avance que les « jeunes turcs » des Cahiers du cinéma ne le remarqueront pas tout de suite : Rohmer et Godard ne le verront sous cet angle qu’en 1958, lors d’une rediffusion à la Cinémathèque. Il faut dire qu’à sa sortie ses aspects érotiques avaient pris le dessus et occulté tout le reste (érotisme qui ne saute plus vraiment aux yeux aujourd’hui mais bien réel en 1953). C’est Godard qui pointera sa valeur subversive sur le plan moral, avec une remise en cause du schéma traditionnel de la famille, et le déclarera comme étant une source d’inspiration pour le « jeune cinéma moderne ». Monika a ainsi acquis le statut de mythe… Elle: – Lui :
Lecteurs : (2 note(s), moyenne : 4,50 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Harriet Andersson et Lars Ekborg dans Monika de Ingmar Bergman.
Le célèbre regard-caméra d’Harriet Andersson dans Monika de Ingmar Bergman.
En 1958, Godard dit de ce plan : « Il faut avoir vu Monika rien que pour ces extraordinaires minutes où Harriet Andersson, avant de recoucher avec un type qu’elle avait plaqué, regarde fixement la caméra, ses yeux rieurs embués de désarroi, prenant le spectateur à témoin du mépris qu’elle a d’elle-même d’opter volontairement pour l’enfer contre le ciel. C’est le plan le plus triste de l’histoire du cinéma. »
On peut aussi y voir autre chose, un regard de défi, Bergman nous mettant à la place d’Harry. C’est un regard soutenu pendant de nombreuses secondes, assez inexpressif, comme vidé de tout sentiment. Monika sait ce qu’elle va faire mais ses désillusions la rendent indifférente.
Ces deux façons de voir l’héroïne ont partagé (et partagent toujours) les cinéphiles : Monika est-elle une victime qui se libère d’un cadre trop étroit ou fait-elle preuve d’un égoïsme aussi extrême que blâmable ?
Lars Ekborg et Harriet Andersson dans Monika de Ingmar Bergman.