Claudia a 22 ans et vit seule dans une grande ville du Mexique. Une nuit, elle atterrit aux urgences pour une crise d’appendicite et se lie d’amitié avec Martha, qui occupe le lit voisin. Martha a 46 ans, 4 enfants, et une inépuisable joie de vivre. A sa sortie de l’hôpital, Martha invite Claudia à habiter chez elle… Les Drôles de poissons-chats est le premier long métrage de la réalisatrice mexicaine Claudia Sainte-Luce, film dans lequel elle raconte sa propre histoire. Le sujet peut rebuter à priori mais le propos n’est pas tant sur les tourments d’une mort annoncée que sur l’étonnante façon dont la jeune femme va s’intégrer à cette famille déséquilibrée par la maladie de la mère. Elle va y trouver ce qu’elle n’a jamais eu. Il n’y a aucune dramatisation, les dialogues sont d’une grande simplicité, très authentiques et l’interprétation est remarquable. A noter que l’affiche est trompeuse : le film n’a rien d’un road-movie. Elle: – Lui :
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Alors qu’elle est sous le coup de l’annonce de la mort d’un ami dramaturge, une comédienne cinquantenaire de renommée internationale se voit proposer de rejouer dans une de ses anciennes pièces… Ecrit et réalisé par Olivier Assayas, Sils Maria nous plonge dans l’univers complexe d’une actrice tourmentée par ses interrogations. Ses deux thèmes de préoccupation peuvent paraître assez classiques : la porosité de la séparation entre sa vie réelle et la vie des personnages qu’elle interprète (l’actrice a avec sa jeune assistante une relation proche de celle du personnage qu’elle s’apprête à jouer) et l’action du temps qui la met en décalage avec son époque. Sa passion pour son métier est un piège qui la maintient dans un tourbillon artificiel d’évènements, une frénésie qui l’empêche de prendre du recul et de réfléchir sur elle-même. On peut sans doute reprocher à Assayas de ne pas surprendre et de rester sur des situations et des réflexions finalement assez classiques. Il nous reste sa très belle façon de filmer et la performance de son duo d’actrices, toutes deux assez remarquables. Elle: Lui :
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Remarques :
* « Sils-Maria est un charmant village alpin, où l’on peut s’adonner à la promenade et au ski, alpin ou nordique, dans un cadre paradisiaque » annonce fièrement le site internet de l’imposant hôtel Waldhaus Sils, dans lequel le film a été tourné en grande partie. Il est en bordure du lac de Sils, dans la région de l’Engadine au sud-est de la Suisse (non loin de Saint-Moritz).
* Le superbe phénomène nuageux décrit et filmé existe réellement. Il a été filmé en 1924 par le réalisateur allemand Arnold Fanck, grand spécialiste des films des hauteurs, dans un documentaire de 10 mn Les Nuages de Maloja (Das Wolkenphänomen von Maloja). C’est ce petit film que Maria Enders montre à son assistante dans le film d’Assayas.
* Juliette Binoche et Olivier Assayas connurent une histoire similaire à celle de la principale protagoniste du film puisque le premier propulsa la seconde. En effet, le réalisateur rencontra la comédienne pour son deuxième rôle au cinéma, alors qu’il écrivait avec André Téchiné le scénario du film, son tout premier, Rendez-vous (1984), qui était déjà une mise en abyme de la carrière d’actrice. Binoche avait alors tout juste vingt ans et tenait la tête d’affiche du film. Elle ne retrouva le scénariste, depuis devenu réalisateur, qu’en 2007, dans L’Heure d’été et a eu, par la suite, l’intuition d’un film, selon Assayas « resté virtuel et qui renverrait pour l’un comme pour l’autre à l’essentiel » qui se baserait sur leur histoire commune. C’est sur ce point de départ qu’il écrivit le scénario de Sils Maria. (Reprise du dossier de presse).
Kristen Stewart et Juliette Binoche dans Sils Maria de Olivier Assayas.
Johnny Flynn et Chloë Grace Moretz dans Sils Maria de Olivier Assayas.
1928. L’anglais Stanley Crawford est un magicien de renom sous les traits de Wei Ling Soo, son personnage de scène. Il s’est fait une spécialité de démasquer les médiums et autres charlatans. L’un de ses amis de longue date, également magicien, vient lui proposer de se rendre sur la Côte d’Azur pour tenter de confondre une jeune femme médium qui a séduit une riche famille… Comme on le sait, Woody Allen est depuis toujours attiré par la magie qu’il a beaucoup pratiquée dès son adolescence. Il le montre nettement dans Magic in the Moonlight où il est question de duperie et d’illusion. Mais pas seulement, son personnage principal passe son temps à distiller sa philosophie de vie. Woody Allen réussit le tour de force de ne pas rendre antipathique ce snob prétentieux, extraordinairement imbu de lui-même. Bien au contraire, son pessimisme chronique nous amuse et le rend finalement attachant. Il donne à cette histoire tout son sel. Woody Allen nous montre là ses talents de conteur. Il montre aussi ses talents de cinéastes car ses plans sont très travaillés, esthétiquement recherchés, et il utilise largement la beauté des décors naturels de la Riviera. Magic in the Moonlight n’est sans doute pas extraordinaire mais c’est un film très plaisant. Elle: Lui :
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Remarque :
* Wei Ling Soo fait indubitablement fait référence à Chung Ling Soo, personnage de scène du magicien anglais William Ellsworth Robinson (1861-1918). Très célèbre en son temps, il s’était donné pour tâche de démasquer les médiums et spirites. Il est mort sur scène dans un dangereux tour de magie qui a mal tourné.
Emma Stone et Colin Firth dans Magic in the Moonlight de Woody Allen.
Colin Firth et Emma Stone dans Magic in the Moonlight de Woody Allen.
Diane, veuve d’une quarantaine d’années habitant la banlieue de Montréal, récupère la garde de son fils Steve, un adolescent difficile souffrant d’un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH), récemment expulsé pour comportement irresponsable et dangereux du centre de rééducation dans lequel il avait été placé peu de temps après la mort de son père… A l’âge de 24 ans, le québécois Xavier Dolan livre son cinquième long métrage, un film qui a enthousiasmé aussi bien la critique que le public et a fini de mettre son auteur au centre de toutes les attentions. Son propos est centré une fois de plus sur la figure maternelle, sujet qui l’inspire inconditionnellement selon ses propres termes. Mommy est étonnamment équilibré, reposant sur trois personnages principaux d’égale importance. La justesse de ton, l’absence d’effets mélodramatiques factices stupéfient le spectateur qui est happé dans un tourbillon d’émotions. Mommy est en outre traversé de fulgurances brillantes. Xavier Dolan a tourné son film en format carré, format courant en photographie mais rarissime au cinéma ; s’il peut réduire les options de composition (notamment pour les très gros plans qui sont de fait toujours centrés), ce format sied particulièrement bien au sujet car il concentre notre attention sur les personnages et nous en rapproche. Et dans une séquence, il élargit le champ pour un très bel effet. Avec ce film, Xavier Dolan est devenu un véritable phénomène, il est vrai qu’il est rare d’assister à l’éclosion d’un jeune réalisateur si talentueux. Elle: Lui :
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Dans le centre de l’Angleterre, trois couples qui se préparent à jouer une pièce de théâtre sont bouleversés lorsqu’ils apprennent que leur ami Georges n’a plus que six mois à vivre. Il a en effet tenu une grande place dans leur vie et va la perturber encore plus… C’est hélas une certitude : Aimer, boire et chanter restera à jamais le dernier film d’Alain Resnais, décédé trois semaines avant la sortie du film en France. Le film est tout à fait représentatif de l’univers du réalisateur, notamment de sa prédilection à mêler cinéma et théâtre. Il s’agit d’une nouvelle adaptation d’une pièce du dramaturge britannique Alan Ayckbourn, après Smoking/No smoking (1993) et Cœurs (2006). Alain Resnais y pratique une épure stylisée sur les décors avec des murs faits de grandes bandes de plastique (?) et une surprenante absence de porte. Encore plus inattendu, il utilise un fond unique pour les quelques très gros plans, un fond toilé gris neutre qui n’a aucun rapport avec le décor. Cette épuration des décors met très joliment en valeur les personnages qui sont ainsi l’objet de toute notre attention. Resnais les filme en longs plans-séquences, de manière très frontale, sans champ-contrechamp. Les caractères sont assez typés mais sans excès, les dialogues sont savoureux. L’ensemble est léger et très plaisant. Aimer, boire et chanter est un beau dernier film pour Alain Resnais. Elle: Lui :
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En 1921, Ewa et sa soeur Magda ont fui leur Pologne natale pour rejoindre leur tante à New York. A leur arrivée à Ellis Island, Magda est placée en quarantaine car elle est atteinte de tuberculose. Ewa tombe entre les mains d’un souteneur mais elle va tout faire pour sauver sa soeur… The Immigrant est le premier film de James Gray à se situer dans le passé. En revanche, nous restons à New York et le réalisateur garde son acteur fétiche Joaquin Phoenix qui est, une fois de plus, excellent. La surprise vient de Marion Cotillard qui, sous la direction de James Gray, révèle des talents insoupçonnés pour la tragédie, sobre dans son interprétation, avec une réelle puissance de jeu. La déception vient de l’étonnante faiblesse du scénario, avec des scènes étirées, notamment d’interminables numéros de cabaret minable totalement inutiles. Et surtout, James Gray n’a su éviter le piège de l’académisme ; la reconstitution est trop appliquée, les effets de filtre sépia beaucoup trop marqués, tous les lieux sont trop travaillés. Bien qu’il soit brillant, tout ce travail sur la forme engendre une impression d’artificialité qui nous laisse à distance d’un récit dont on finit par se désintéresser. Elle: Lui :
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Titre original : « Dawn of the Planet of the Apes »
Dix ans après qu’un virus foudroyant ait exterminé la race humaine, des singes évolués vivent en Californie juste au nord de l’ancienne San Francisco. Un jour, ils se retrouvent nez à nez avec un petit groupe d’humains et découvrent ainsi l’existence d’une colonie humaine à l’emplacement de l’ancienne ville. Pour la plupart, les singes n’ont pas oublié les sévices subis et les expériences menées par les humains mais ils obéissent à leur libérateur, le sage César… La Planète des singes: L’affrontement fait directement suite à La planète des singes: Les origines (2011). Nous sommes donc toujours bien avant le récit original de La Planète de singes imaginé par Pierre Boulle et porté à l’écran par Franklin J. Schaffner en 1968 (1). Comme le titre français le dévoile sans subtilité, l’histoire se résume à un affrontement entre les singes et les humains. Les personnages sont typés de façon très classique avec dans chaque camp des gentils et des méchants, il y a ceux qui réfléchissent avant d’agir et des têtes-brûlées va-t-en-guerre. Le fond du propos repose sur de grandes valeurs humanistes : la compassion, le respect de l’autre même s’il est différent, la transmission des valeurs nobles. Certes, le scénario n’est guère inventif mais la qualité de la réalisation rend le film assez plaisant avec notamment une belle utilisation de la motion-capture (les singes principaux sont joués par des humains bardés de capteurs qui ont été ensuite « habillés » par ordinateur). La fin laisse ouverte la possibilité d’une suite qui est prévue pour 2017. Elle: – Lui :
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(1) Le récit se déroule dans un futur proche, 2030 environ. Celui du film original de Schaffner se déroule en 3978 (la fusée était partie de Cap Canaveral en 1972 et ils avaient voyagé 2000 ans à une vitesse proche de la lumière ce qui donnait pour l’équipage 18 mois de temps relatif).
Jason Clarke et Andy Serkis (sur le cheval) dans La Planète des singes: L’affrontement de Matt Reeves.
Pour avoir réussi à dénicher un mystérieux globe sur une planète abandonnée, l’aventurier Peter Quill alias Star-Lord se retrouve pourchassé par le puissant Ronan, dont les désirs de destruction menacent l’univers tout entier. Quill parvient à s’allier avec quatre aliens disparates : la belle et énigmatique Gamora, Rocket, un raton laveur malin et fin tireur, Groot, un humanoïde semblable à un arbre et Drax le Destructeur qui ne rêve que de vengeance… Les Gardiens de la galaxie est adapté du Marvel Comics du même nom. Pour une fois, ce n’est pas un super-héros qui est au centre de l’histoire mais une petite équipe de personnages aussi loufoques qu’improbables. Le raton laveur est particulièrement réussi avec son humour permanent et une voix qui imite Joe Pesci dans Les Affranchis (sans les gros mots, bien entendu). L’histoire en elle-même est assez simple mais riche en rebondissements. L’ensemble est enlevé, d’un rythme si soutenu que beaucoup de personnages secondaires sont assez peu exploités, ce qui laisse avec une vague impression de scénario un peu bâclé. Production Walt Disney, Les Gardiens de la galaxie est un film très divertissant, qui exhale la bonne humeur. Elle: – Lui :
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Remarques :
* Caméo : Stan Lee, créateur des super-héros de Marvel Comics, fait son traditionnel caméo en la personne d’un homme qui parle à une jeune femme bien plus jeune, il est remarqué par Rocket se moque de lui en demandant où est sa femme.
* La suite est prévue pour 2017.
L’équipe de choc des Gardiens de la galaxie de James Gunn : Zoe Saldana, raton de synthèse (voix = Bradley Cooper), Chris Pratt, arbre de synthèse (voix = Vin Diesel) et Dave Bautista.
Ryoata est un architecte qui s’investit beaucoup dans son travail. Avec sa femme et le fils, ils semblent former la famille idéale et aisée mais tout s’écroule lorsque le couple apprend de la maternité que leur fils n’est pas le leur. Il y a eu échange de nourrissons et leur fils biologique a grandi dans une autre famille, plus modeste… Si la base de départ évoque celle de La vie est un long fleuve tranquille, le développement de Tel père, tel fils est totalement différent : ce n’est nullement une comédie mais plutôt une réflexion sur le sens de la filiation et de la transmission. Hirokazu Koreeda a écrit et mis en scène cette histoire de façon très délicate et épurée, évitant tous les clichés et tout pathos inutile. La différence de milieux sociaux ne l’intéresse pas en tant que telle, il se concentre plutôt sur la différence des rapports parents/enfants et sur la place de l’enfant. Hirokazu Koreeda signe là un film attachant et élégant, une belle source de réflexion. Elle: Lui :
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Voir les autres films de Hirokazu Koreeda chroniqués sur ce blog…
Remarques :
* Masaharu Fukuyama est une très grande star au Japon : c’est un chanteur qui a vendu des millions de singles dans les années 90.
* Un remake américain est en cours de production, il serait dirigé par les frères Weitz, les réalisateurs d’American Pie, Pour un garçon, Mon beau-père et nous, … (si !)
Masaharu Fukuyama et Machiko Ono dans Tel père, tel fils de Hirokazu Koreeda.
Masaharu Fukuyama dans Tel père, tel fils de Hirokazu Koreeda.
Dans un futur proche, la Terre connaît une grave crise alimentaire. Cooper, un ancien pilote de la NASA, devenu agriculteur par nécessité, découvre grâce à l’intervention d’une intelligence extérieure inconnue l’existence d’un centre de recherches secret. Leur but est d’envoyer des humains chercher une planète à coloniser pour assurer la survie de l’espèce humaine… Interstellar est un film de science-fiction où la physique tient une place d’importance. C’est une belle extrapolation de différentes théories et spéculations scientifiques sur la nature de l’espace, du temps et de la gravité. Kip Thorne a été consultant sur le projet. Kip Thorne est un physicien théoricien américain connu pour être non seulement un grand vulgarisateur de la relativité générale mais aussi pour ses recherches. Il est par exemple un grand défenseur de la possibilité d’existence des fameux « trous de vers » (wormholes) imaginés par Einstein et bien connus des amateurs de science-fiction. Sans parler du mysticisme sous-jacent, le film n’est pas sans incohérences qui peuvent même paraître des absurdités. La volonté de pimenter le récit en est certainement la cause ; l’insertion du personnage interprété par Matt Damon relève sans doute de la même démarche (on est là proche du grand guignol…) Mais il y a tout de même suffisamment de bases pour que le film soit à classer dans les films de science-fiction les plus proches de la science, noble famille où 2001 trône en maître. Les représentations (d’un trou de ver, d’un trou noir, d’un espace à plus de trois dimensions) et les réflexions/extrapolations sur la gravitation et le temps qu’il nous propose sont plus qu’intéressantes. Elle: – Lui :
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Anne Hathaway et Matthew McConaughey dans Interstellar de Christopher Nolan.
Il peut sembler assez absurde d’envisager aller vivre sur une planète si proche d’un trou noir (à moins d’être grand amateur de barbecue) …
… mais le plus intéressant ici est la représentation du trou noir : Kip Thorne aurait fourni aux animateurs une série d’équations complexes qui ont été introduites dans le logiciel de modélisation. Selon la production, le résultat aurait sidéré le chercheur. Cette représentation d’un trou noir (plus exactement de la déformation de l’espace qui l’entoure) pourrait en effet être la plus réaliste qui soit. Le physicien Jean-Pierre Luminet a toutefois fait remarquer que cette représentation ne tient pas compte de l’effet Doppler : la partie la plus proche de nous s’éloigne rapidement alors que la partie la plus éloignée se rapproche de nous ce qui devrait donner d’importantes différences de luminosité et de couleur.
Pas facile de représenter un cube à quatre dimensions (on appelle cela un tesseract)… Plutôt que d’utiliser uniquement des images de synthèse, Christopher Nolan a opté pour la construction d’un gigantesque décor, ce qui donne une indéniable « consistance » à l’ensemble. Le résultat est très intéressant, et bien entendu très déroutant. (Photo de tournage)