23 janvier 2016

Furie (1936) de Fritz Lang

Titre original : « Fury »

FurieEn route pour rejoindre sa fiancée, Joe Wilson est arrêté sur une route secondaire. A cause d’un détail, il est soupçonné de faire partie d’un gang qui a enlevé une petit fille. Rapidement, la petite ville est en émoi, excitée par quelques meneurs qui accusent les autorités de protéger un meurtrier. Une foule hystérique attaque la prison et la brûle… Fury est le premier film américain de Fritz Lang. Le cinéaste allemand avait été appelé à Hollywood par David Selznick pour faire un remake de Docteur Mabuse mais le projet n’avait abouti. C’est le jeune (27 ans) producteur Joseph L. Mankiewicz (qui fut producteur avant d’être réalisateur) qui a insisté auprès de Louis B. Mayer pour que la réalisation de Fury lui soit confiée. L’histoire s’inspire d’un authentique fait divers, un lynchage en Caroline du Nord, un sujet qui fut difficile à faire accepter. Le tournage fut tout aussi difficile, le très exigeant Fritz Lang ayant un peu du mal à se plier aux règles syndicales américaines, Spencer Tracy prenant souvent le parti des techniciens et des acteurs contre lui. Le résultat n’en est pas moins un film d’une belle puissance, qui aborde de façon frontale deux thèmes forts : d’une part la violence collective de la foule, l’effet d’entrainement, le populisme, l’absence d’intelligence des mouvements de foule et d’autre part le désir de vengeance qui transforme ici la victime en bête sauvage. Le film fut très bien reçu par la critique mais n’eut, on s’en doute, que peu de succès auprès du public. Il met, en effet, en relief certains défauts du comportement humain. Toutefois, le film n’est en aucune façon austère et la mise en scène est parfaitement maitrisée.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Sylvia Sidney, Spencer Tracy, Walter Abel, Bruce Cabot, Walter Brennan
Voir la fiche du film et la filmographie de Fritz Lang sur le site IMDB.

Voir les autres films de Fritz Lang chroniqués sur ce blog…
Voir les livres sur Fritz Lang

Fury
Sylvia Sidney et Spencer Tracy dans Furie de Fritz Lang.

Fury
L’image la plus célèbre de Furie de Fritz Lang : Specer Tracy regardant avec effroi par la fenêtre de sa prison une foule venue pour le lyncher.

Homonyme :
Furie (The Fury) de Brian de Palma (1978) avec Kirk Douglas, John Cassavetes.

24 novembre 2015

Je suis un évadé (1932) de Mervyn LeRoy

Titre original : « I Am a Fugitive from a Chain Gang »

Je suis un évadéA son retour de la guerre (la Première Guerre mondiale), James Allen a de nouvelles ambitions : à l’armée, il s’est passionné pour la construction de ponts et veut faire carrière dans le Génie civil. Il se met à chercher du travail dans le secteur, ne se décourageant pas face aux refus. Hélas, il est impliqué, bien malgré lui, dans un vol à main armée. Il est envoyé au bagne pour dix ans… Basé sur le récit autobiographique de Robert E. Burns, I Am a Fugitive from a Chain Gang est un des grands films sociaux de la Warner, un film qui a secoué son époque. Il s’agit en effet d’un puissant réquisitoire contre les mauvais traitements dans les bagnes du Sud des Etats-Unis, une attaque d’autant plus forte que cette politique coercitive est montrée comme un obstacle au rêve américain de réussite. Le propos est direct et la démonstration particulièrement édifiante, montrant là un engagement totalement inhabituel à Hollywood. Le déroulement du scénario est très efficace. Paul Muni est ici dans l’un de ses plus beaux rôles, qui tranche avec son personnage classique de gangster. Le film connut un grand succès, provoquant une prise de conscience sur la nécessité d’humaniser ces centres de détention. Il n’est toutefois pas certain que ce fut suivi d’effets. Quoiqu’il en soit, I Am a Fugitive from a Chain Gang (Je suis un évadé) est un film assez unique à Hollywood.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Paul Muni, Glenda Farrell, Helen Vinson, Noel Francis, Preston Foster, Allen Jenkins
Voir la fiche du film et la filmographie de Mervyn LeRoy sur le site IMDB.

Voir les autres films de Mervyn LeRoy chroniqués sur ce blog…

Je suis un évadé
Paul Muni (au centre) dans Je suis un évadé de Mervyn LeRoy

Remarques :
* Robert E. Burns a travaillé quelque temps comme conseiller sur le film mais a préféré ne pas s’attarder à Hollywood où il risquait d’être repris et renvoyé en prison. Il est rapidement revenu dans le New Jersey qui lui avait offert l’immunité. Il sera finalement gracié partiellement par la Géorgie en 1945.

* Bien que le nom de l’état ne soit jamais mentionné, la Géorgie a interdit le film et attaqué la Warner en justice (elle sera déboutée en 1939). La presse locale multiplia les éditoriaux pour dénigrer le film.

* Longtemps considéré comme un coup de génie de Mervyn LeRoy, le fait de filmer la dernière scène dans la pénombre serait en fait dû à un fusible qui avait sauté dans le studio. Jugé réussi, l’effet fut gardé.

23 novembre 2015

L’Esclave blanche (1939) de Marc Sorkin

L'esclave blancheJeune femme émancipée, Mireille vient d’épouser un diplomate turc et rentre avec lui dans son pays. Elle découvre alors les règles sociales et la place de la femme qui doit vivre soumise et cachée. Elle va tout faire pour les bousculer… L’Esclave blanche est presque l’unique réalisation de Marc Sorkin (1) qui fut précédemment, et depuis 1924, l’assistant de G.W. Pabst que l’on retrouve ici superviseur artistique. S’inscrivant dans la vogue de l’exotisme des années trente, l’histoire joue sur le choc des cultures mais reste très conventionnelle, très simple et sans subtilité, truffée de clichés. Viviane Romance est à la fois très belle et très crédible ; on ne peut hélas en dire autant de John Lodge, assez gauche dans son interprétation. Marcel Dalio, en sultan, force sans doute un peu trop le côté blasé de son personnage, semblant toujours à la limite de verser dans le comique, mais son interprétation finalement assez riche constitue l’aspect le plus réjouissant de l’ensemble. Les éclairages sont assez travaillés. Film assez rare, L’Esclave blanche est une curiosité.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Viviane Romance, John Lodge, Marcel Dalio, Sylvie, Mila Parély, Roger Blin, Saturnin Fabre
Voir la fiche du film et la filmographie de Marc Sorkin sur le site IMDB.

L'esclave blanche
John Lodge et Viviane Romance dans L’esclave blanche de Marc Sorkin
(non, la photo n’est pas à l’envers… le logo de la SNCF est ainsi dans le film)

(1) Il faut mentionner aussi Cette nuit-là (1933) qu’il a co-réalisé avec Pabst.

3 novembre 2015

Volga en flammes (1934) de Viktor Tourjansky

Volga en flammesDans la Russie tzariste du XIXe siècle, le jeune lieutenant Orloff est nommé dans une lointaine garnison sur les bords de la Volga. En route, il sauve la vie d’un homme lors d’une tempête de neige. Arrivé à destination, il tombe instantanément amoureux de la fille du colonel, ce qui lui vaut l’inimitié durable du lieutenant Schalin, son ancien prétendant. Mais une menace bien plus importante pèse sur la garnison… Avec la vogue de l’exotisme dans le cinéma des années trente, il était logique que Victor Tourjansky, l’un des pionniers du cinéma russe venu se réfugier en France à la Révolution, réalise quelques films nous plongeant au coeur de la Russie. Il a effectivement tous les atouts pour bien en restituer toute l’atmosphère. Il adapte en premier la célèbre nouvelle de Pouchkine, La Fille du Capitaine, assez fidèlement même si le déroulement du scénario paraît quelque peu perfectible. De belles scènes d’extérieurs dans la neige, les chants mélancoliques donnent effectivement une belle atmosphère très russe (du moins à nos yeux d’occidentaux). Les acteurs principaux français sont nettement moins crédibles mais font une adéquate prestation. Danielle Darrieux (à 17 ans, déjà dans son septième film) est encore assez insignifiante ; elle n’a pas cette présence à l’écran qu’elle saura développer ensuite. Volga en flammes était un film assez rare mais a été récemment brillamment restauré.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Albert Préjean, Valéry Inkijinoff, Danielle Darrieux, Raymond Rouleau, Henri Marchand
Voir la fiche du film et la filmographie de Viktor Tourjansky sur le site IMDB.

Volga en flammes
La scène d’ouverture de Volga en flammes de Viktor Tourjansky.

Volga en flammes
Danielle Darrieux et Albert Préjean dans Volga en flammes de Viktor Tourjansky.

1 novembre 2015

Mister Flow (1936) de Robert Siodmak

Mister FlowUn jeune avocat sans clients se voit confier la défense d’un domestique emprisonné pour avoir volé une épingle de cravate à son patron. Le domestique lui demande d’aller chercher une valise pour la remettre à la femme de son patron… Adaptation d’un roman de Gaston Leroux, le film Mister Flow réunit de grands talents et pourtant le résultat se révèle plutôt décevant. On peut même l’impression que chacun a tiré la couverture à lui : l’excellent dialoguiste Henri Jeanson fait du Jeanson et l’on a bien du mal à reconnaitre la paternité de Gaston Leroux dans cette histoire plutôt banale et qui est plus marquée par la comédie que par le mystère. Louis Jouvet, dans ses rares apparitions, a une fâcheuse tendance à rechercher la connivence avec le spectateur. En fait, si le film se regarde sans déplaisir, c’est surtout grâce à Fernand Gravey et Edwige Feuillère, tous deux charmants et surtout qui prennent visiblement plaisir à jouer. Mais l’ensemble est loin d’être remarquable.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Fernand Gravey, Edwige Feuillère, Jean Périer, Vladimir Sokoloff, Louis Jouvet
Voir la fiche du film et la filmographie de Robert Siodmak sur le site IMDB.

Voir les autres films de Robert Siodmak chroniqués sur ce blog…

Mister Flow
Edwige Feuillère et Fernand Gravey dans Mister Flow de Robert Siodmak.

Remarques :
* Parcours de Robert Siodmak : il tourne ses premiers films en Allemagne au tout début des années trente. Lorsque les nazis prennent le pouvoir, il se réfugie en France où il réalise plusieurs longs métrages, avant d’émigrer en 1940 aux Etats-Unis où il réalise de grands films noirs, tel The Killers avec Ava Gardner. Au milieu des années cinquante, il revient en Allemagne où il finira sa carrière.

11 octobre 2015

Chotard et Cie (1933) de Jean Renoir

Chotard et CieMonsieur Chotard (Fernand Charpin) est à la tête d’un commerce prospère d’alimentation et de nombreux employés. Sa fille a deux prétendants qui ne lui plaisent guère : un adjudant de gendarmerie et un poète sans le sou. Ce dernier ayant été vu seul avec sa fille lors d’un bal costumé, il est contraint de l’accepter comme gendre… Film assez rare de Jean Renoir, Chotard et Cie est tiré d’une pièce de Roger Ferdinand, qui en a écrit lui-même l’adaptation. Il s’agit d’une satire d’une certaine bourgeoisie étriquée qui rejette les artistes mais change totalement d’attitude s’ils parviennent à la célébrité. C’est assez maladroit et platement écrit. Sans surprise, Charpin fait un beau numéro dans son personnage de bourgeois ignare et tyrannique, engoncé dans ses principes, il nous gratifie de répliques savoureuses. Hélas, face à lui, Georges Pomiès est bien terne en poète lunaire, il ne fait que mettre en évidence l’aspect caricatural du propos, et Jeanne Boitel n’a aucune consistance. Chotard et Cie est semble t-il un film de commande, ce qui expliquerait que Renoir se soit finalement peu investi.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Jeanne Boitel, Fernand Charpin, Georges Pomiès
Voir la fiche du film et la filmographie de Jean Renoir sur le site IMDB.

Voir les autres films de Jean Renoir chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Jean Renoir

Chotard et Cie
Fernand Charpin et Jeanne Boitel dans Chotard et Cie de Jean Renoir

 

10 octobre 2015

La Nuit du carrefour (1932) de Jean Renoir

La Nuit du carrefourUn diamantaire belge est retrouvé mort par balle dans le garage d’une villa située à un carrefour assez isolé au nord de Paris. Il n’y a là que trois maisons. Le commissaire Maigret commence par interroger l’occupant de la villa qui est le premier à être suspecté… Situé dans la filmographie de Jean Renoir entre La Chienne et Boudu, cette adaptation d’un roman de Simenon (l’une des premières) paraît plus mineure mais ne manque pas de personnalité. Jean Renoir a su y insuffler une atmosphère nonchalante mais aussi inquiétante et brumeuse. Parfois très sombres, la plupart des scènes se déroulent la nuit, y compris une poursuite automobile en caméra subjective. Pierre Renoir, frère du cinéaste, fait un Maigret très crédible. L’intrigue n’est pas des plus limpides : Jean Mitry a raconté qu’il avait égaré deux bobines entre le laboratoire et la salle de montage, ce qui peut expliquer cela. Des erreurs de la script et des difficultés techniques ont également été évoquées. La nuit du carrefour est une affaire bien ténébreuse…
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Pierre Renoir, Georges Térof, Winna Winifried, Georges Koudria
Voir la fiche du film et la filmographie de Jean Renoir sur le site IMDB.

Voir les autres films de Jean Renoir chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Jean Renoir

La Nuit du carrefour
Lucie Vallat, Pierre Renoir et Dignimont dans La Nuit du carrefour de Jean Renoir.

8 octobre 2015

Partie de campagne (1936) de Jean Renoir

Partie de campagneUn dimanche de l’été 1860, M. Dufour, commerçant parisien, emmène sa belle-mère, sa femme, sa fille et son commis et futur gendre à la campagne. Ils s’arrêtent au bord d’une rivière dans une petite auberge pour y déjeuner et, espèrent-ils, y pêcher… Adaptation d’une nouvelle de Guy de Maupassant, Partie de campagne a beau être un film inachevé (1), il n’en est pas moins un très beau film de Jean Renoir, d’une grande fraîcheur spontanée et très poétique. C’est certainement le film où sa filiation avec Pierre-Auguste Renoir est la plus manifeste : il tourne sur les rives du Loing, haut-lieu de l’impressionnisme et l’atmosphère évoque très fortement certains tableaux de son père. Certaines scènes, celle de la balançoire notamment, en sont étonnamment proches. Il y a chez le père et chez le fils une même glorification de la nature qui contraste ici avec les structures sociales qui sclérosent l’humain. L’harmonie de la nature semble s’être transmise au film, où tout semble à sa place avec une justesse instinctive de jeu. Le caractère inachevé du film est surtout perceptible dans le dénouement : survenant de façon abrupte, il devient d’autant plus terrible, d’une tristesse infinie. Le film a récemment été restauré ce qui nous permet d’en profiter encore plus pleinement.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Sylvia Bataille, Georges D’Arnoux, Jane Marken, André Gabriello, Jacques B. Brunius
Voir la fiche du film et la filmographie de Jean Renoir sur le site IMDB.

Voir les autres films de Jean Renoir chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Jean Renoir

Partie de campagne
Sylvia Bataille et Georges Darnoux dans Partie de campagne de Jean Renoir.
Partie de campagne
Sylvia Bataille dans Partie de campagne de Jean Renoir.
Auguste Renoir
La Promenade et La Balançoire, deux tableaux de Pierre-Auguste Renoir.

Remarques :
* Faisant là ses débuts, Luchino Visconti était assistant sur le tournage. Le photographe Henri Cartier-Bresson était deuxième assistant (tout comme pour La vie est à nous et La règle du jeu).

* Les séminaristes de passage sont interprétés par Pierre Lestringuez (l’abbé, le plus âgé), l’écrivain Georges Bataille (mari de Sylvia Bataille), le photographe Henri Cartier-Bresson (celui qui est bouche bée devant la jeune fille). Le quatrième est parfois donné pour être Jacques Becker.

* Le petit garçon du début sur le pont est Alain Renoir, fils de Jean Renoir, le patron du restaurant est bien entendu Jean Renoir et sa femme (ou seulement servante ?) dans le film est sa femme dans la vie, Marguerite Renoir.

(1) Pour des raisons de mésentente, de difficultés financières et de mauvaises conditions météorologiques persistantes, le tournage s’est interrompu. Il n’est sorti qu’en 1946 dans un montage effectué par Marguerite Renoir, la femme de Jean Renoir qui était alors toujours aux Etats-Unis. La version ainsi montée dure 40 minutes. Il était prévue une première partie se déroulant à Paris pour bien mettre en place les personnages.

14 août 2015

Le Quai des brumes (1938) de Marcel Carné

Le Quai des brumesUn soldat déserteur de l’armée coloniale arrive au Havre dans la nuit pour tenter de s’embarquer pour un pays lointain. Dirigé par un vagabond amical vers un bar au milieu d’un terrain vague, il y fait la rencontre du patron qui lui donne à manger, d’un peintre suicidaire et d’une jeune fille triste au regard clair… Avec sa célèbre réplique, Le Quai des brumes fait aujourd’hui partie de ces quelques films qui sont comme statufiés dans l’histoire du cinéma. Il n’en a pas toujours été ainsi : il fut longtemps vilipendé aux deux extrêmes de l’échiquier politique du fait de sa noirceur. Le film est marqué par Prévert qui en a écrit le scénario en se basant sur un roman de Pierre Mac Orlan. Cela ne signifie pas que Carné se soit totalement effacé : on lui doit certainement la symbiose si réussie, ce fameux « réalisme poétique » si spécifique au cinéma français des années trente. Car le réalisme frise ici le fantastique, l’irréel et l’histoire n’est pas le point principal : Le Quai des brumes est un film d’atmosphère qui nous fait basculer dans une poésie noire sans complaisance qui reflète dans une certaine mesure le climat de son époque. Ses personnages sont ou désabusés, à l’image de ce peintre qui peint « les choses qui sont derrière les choses » et bien entendu du soldat Jean, ou des méchants odieux et caricaturaux (la scolopendre Zabel ou la petite frappe Lucien), ou encore des âmes dont la pureté tente de survivre aux souillures de l’environnement (Nelly). L’amour reste aux yeux de Prévert le plus fort, c’est la fleur qui jaillit de cette grisaille. La musique de Maurice Jaubert et la magnifique interprétation contribuent à rendre les personnages inoubliables. C’est pour toutes ces raisons qu’une phrase aussi banale que « T’as de beaux yeux, tu sais » a pu devenir ainsi la réplique la plus célèbre du cinéma français. Le film a été récemment restauré, certains plans ont été réintégrés, ce qui permet de mieux en profiter aujourd’hui. A noter enfin que les décors sont l’oeuvre du grand chef-décorateur Alexandre Trauner.
Elle: 4 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Jean Gabin, Michel Simon, Michèle Morgan, Pierre Brasseur, Édouard Delmont, Raymond Aimos, Robert Le Vigan
Voir la fiche du film et la filmographie de Marcel Carné sur le site IMDB.

Voir les autres films de Marcel Carné chroniqués sur ce blog…

Lire aussi les informations sur la restauration de Quai des brumes sur le site internet de la Cinémathèque française… (avec également de très intéressantes informations sur la production du film : on y apprend par exemple que le film devait initialement être produit par l’UFA).

Voir les livres sur Marcel Carné

Quai des brumes
Jean Gabin et Michèle Morgan dans Le Quai des brumes de Marcel Carné.

Quai des brumes
Michèle Morgan (alors âgée d’à peine 18 ans) et Michel Simon dans Le Quai des brumes de Marcel Carné. En la voyant ainsi, il est difficile de ne pas penser à Greta Garbo (notamment la Garbo d’Anna Christie).

22 juin 2015

L’Espoir (1939) d’ André Malraux

Titre complet : « Espoir, Sierra de Teruel »

L'espoirSierra de Teruel, Espagne, 1936. Un petit groupe de combattants républicains préparent avec l’aide de la population le bombardement d’un terrain d’aviation franquiste et d’un pont… De son roman L’Espoir, André Malraux n’a porté à l’écran qu’un seul petit épisode. Commencé en 1938, le tournage a été interrompu par l’entrée des troupes de Franco à Barcelone où se trouvaient les studios. Montré clandestinement dès 1939, L’Espoir n’est sorti commercialement qu’à la Libération en 1945 avec une introduction de Maurice Schumann. André Malraux évite soigneusement tout discours, il montre simplement la réalité de ce combat très inégal, et la débrouillardise dont les combattants républicains doivent faire preuve pour pallier leur manque d’armes et de matériel. Des scènes prises sur le vif ont été mêlées aux scènes de fiction jouées non pas par des acteurs mais par des combattants qui ont vécu des scènes semblables et par la population. Le résultat donne ainsi l’impression d’être plus proche du documentaire que de la fiction et il se dégage un fort sentiment d’authenticité de l’ensemble. André Malraux parvient à faire passer le souffle de Révolution espagnole. Il a inclus des scènes tournées à l’intérieur d’un petit bombardier, ce qui constitue une première, et la descente finale le long de la montagne est une scène inoubliable, d’une ampleur phénoménale avec ses centaines de figurants, une scène qui, plus que tout grand discours, est une exaltation de ce combat pour une juste cause. Accessoirement, André Malraux nous fait là une belle démonstration de la force des images, de la force du cinéma. L’Espoir sera son unique réalisation.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Andrés Mejuto, Nicolás Rodríguez
Voir la fiche du film et la filmographie de André Malraux sur le site IMDB.

L'Espoir d'André Malraux
A l’intérieur d’un bombardier dans L’Espoir d’André Malraux, Boris Peskine