Dans un petit village du Sud-Ouest de la France, Thomas est un adolescent très renfermé. Il vit avec sa mère, Lili, qu’il aime plus que tout, et ses grands-parents. Un jour, Thomas rencontre Martin, jeune homme apparemment traqué, qui lui demande de lui rapporter de l’argent…
Le scénario de Le Lieu du crime a été écrit par Pascal Bonitzer, Olivier Assayas et André Téchiné. Il y a dans ce scénario presque deux histoires juxtaposées. L’adolescent est d’abord au centre du récit. Il est présenté comme un garçon très complexe et, il faut bien l’avouer, un peu antipathique. Il est issu d’une situation de rupture(s). Vient ensuite une histoire d’amour fou, assez improbable (mais n’est-ce pas le lot de toutes les histoires d’amour fou ?) qui tourne en mélodrame appuyé bien peu convaincant. La plupart des acteurs déçoivent, plus ternes qu’à l’accoutumée. Malgré toute la délicatesse dont fait preuve André Téchiné, cette histoire nous a, hélas, laissés plutôt indifférents. Elle: Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 2,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Années cinquante dans le sud de la France. Dès son adolescente, Gabrielle rêve de vivre une grande passion ce qui la pousse à avoir des comportements qui effraient son entourage. Désemparée, sa famille lui fait épouser un homme qu’elle n’aime pas. Envoyée suivre une cure thermale pour soigner ses calculs rénaux, elle fait la rencontre d’un lieutenant blessé dans la guerre d’Indochine… Mal de pierres est adapté du roman homonyme écrit par l’italienne Milena Agus et paru en 2006. Au delà de la recherche d’absolu et d’appétit de vivre, cette histoire est un portrait de femme dressé avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse. Marion Cothillard est de tous les plans, passant de la fin d’adolescence à la quarantaine. Elle fait une prestation assez remarquable, sachant exprimer de nombreux sentiments en demi-teinte, sans aucun excès. Nicole Garcia montre une belle maitrise dans la réalisation, sachant soigner ses cadrages quand il le faut et la photographie est très belle. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Nicole Garcia chroniqués sur ce blog…
Remarque :
* L’hôtel suisse utilisé pour le tournage est le Berghotel Schatzalp à Davos en Suisse, un imposant hôtel dans le style Art nouveau et construit en 1900 (le même hôtel qui a servi de cadre à Youth de Paolo Sorrentino en 2015).
Marion Cotillard dans Mal de pierres de Nicole Garcia.
Marion Cotillard et Alex Brendemühl dans Mal de pierres de Nicole Garcia.
Louis Garrel dans Mal de pierres de Nicole Garcia.
Parc d’attraction de Coney Island à New York, début des années cinquante. Mickey, le maitre nageur de la plage, raconte l’histoire de Ginny et Humpty dont la vie déjà tourmentée va se trouver bouleversée par l’arrivée de Carolina, la fille de Humpty avec laquelle il était fâché depuis qu’elle était partie se marier avec un gangster…
Si le lieu populaire peut laisser supposer une comédie nostalgique à la Radio Days, le film se révèle rapidement tout autre : Wonder Wheel est une tragédie puissante qui évoque plutôt Un Tramway nommé désir de Tennessee Williams. Agissons-nous toujours de façon rationnelle ? Non, nous répond Woody Allen, surtout lorsque les errements de l’amour nous entrainent sur des voies que l’on ne souhaitait pas suivre. Ce thème est très ancien chez le cinéaste mais, cette fois, il le traite sans humour, en tragédie pure. Kate Winslet fait une très belle composition de son personnage, sans glamour, avec un jeu très affirmé. Face elle, James (alias Jim) Belushi donne une interprétation tout aussi puissante. La photographie de Vittorio Storaro est très travaillée ; même s’il abuse des éclairages rasants, il répartit joliment ses couleurs vives dans le cadre et la composition des images est superbe. L’attribution des dominantes aux deux personnages féminins, les couleurs chaudes à l’une (Ginny) et les couleurs froides pour l’autre (Carolina), est sans doute un peu trop voyante parfois mais contribue à affirmer une atmosphère. Avec Wonder Wheel, Woody Allen nous livre un film d’une puissance inhabituelle. Elle: Lui :
Lecteurs : (2 note(s), moyenne : 5,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* Après Café Society, c’est la deuxième fois que Woody Allen tourne avec le chef-opérateur Vittorio Storaro (trois fois Oscarisé pour Apocalypse Now, Reds et Le Dernier Empereur).
* En plaçant une affiche du film d’Anthony Mann Winchester ’73 à l’entrée du cinéma, Woody Allen date précisément son film à l’été 1950.
Justin Timberlake et Kate Winslet dans Wonder Wheel de Woody Allen.
Propriétaire d’un club de tennis de la région de Grenoble, Madame Jouve raconte un fait divers : Bernard et Arlette Coudray menaient une vie tranquille jusqu’à l’installation de nouveaux voisins, Philippe et Mathilde Bauchard. En fait, Bernard et Mathilde se connaissaient déjà… La Femme d’à côté est l’avant-dernier film de François Truffaut qui renoue ici avec les histoires d’amour-passion. L’amour chez Truffaut est souvent un sentiment violent, qui fait perdre le contrôle de soi même, qui estropie, qui peut même mener à la folie (Adèle H.) C’est encore le cas dans cette histoire que le réalisateur résume par cette phrase qu’il met dans la bouche de Madame Jouve à la fin du film : « Ni avec toi, ni sans toi ». Truffaut traite l’amour comme une maladie, de celles dont on ne guérit pas. Cela ne l’empêche pas d’avoir beaucoup de délicatesse avec ses personnages. Fanny Ardant et Gérard Depardieu font un couple très fort, malgré un jeu tout en retenue ; on a parfois l’impression d’entendre Truffaut par la bouche de Depardieu, qui a ici la même diction placide que son réalisateur. Le film est aussi porté par la musique, belle et douloureuse, de Georges Delerue. Elle: Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 4,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Argentine, années soixante. Après l’accident qui a coûté la vie à son frère et à son mari, Luisa peine à retrouver le goût de vivre et se consacre entièrement à ses deux très jeunes filles. Dans une réception où elle n’a pas envie d’être, elle fait connaissance d’Ernesto qui tombe aussitôt amoureux d’elle…
Ecrit et réalisé par l’argentin Arien Rotter, Un homme charmant (traduction littérale du titre original = la lumière incidente) est un film qui décrit les tourments intimes d’une femme fragilisée, anéantie par la tragédie qui l’a frappée. Elle se replie sur elle-même et ses deux filles sans fermer la porte à cet élément extérieur qui peut lui redonner le goût de vivre. L’homme fait preuve de beaucoup de délicatesse dans ses approches, prévenant, attentif mais aussi d’une ténacité presqu’improbable. Sous certains aspects, il s’agit d’une forme de « dictature douce » et, dès lors, on peut s’interroger sur le sens du propos. Le réalisateur évoque son passé familial comme source d’inspiration. Il a filmé cette histoire en un beau noir et blanc et nous gratifie de belles envolées esthétiques (1). Les deux acteurs principaux font une très belle prestation. Erica Rivas est une actrice connue en Argentine pour son rôle dans une série télévisée à succès. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
(1) Le plan final est très beau : un traveling arrière avec perte de profondeur de champ pour que le flou vienne littéralement effacer les personnages.
Erica Rivas et Marcelo Subiotto dans Un homme charmant de Ariel Rotter.
A Vienne, une jeune femme (Theresa Russell) vient de tenter de se suicider. Elle est entre la vie et la mort. L’homme qui l’a accompagné à l’hôpital (Art Garfunkel) est un jeune professeur en psychanalyse. Un inspecteur de police (Harvey Keitel) cherche à reconstituer le déroulement des faits…
Le britannique Enquête sur une passion (Bad Timing) est un thriller sulfureux dont l’élément le plus remarquable est incontestablement sa construction éclatée : de multiples flashbacks, pas nécessairement dans l’ordre chronologique mais brillamment agencés, forment un puzzle élégant qui dévoile peu à peu la personnalité des personnages. Hélas, l’histoire en elle-même n’est guère intéressante et le fait de placer l’intrigue à Vienne, berceau de la psychanalyse, n’est finalement qu’une façade, car bien mal exploité. Art Garfunkel n’est pas un grand acteur et son interprétation est terne, elle n’exprime rien… même pas l’absence de sentiments de son personnage. En revanche, Theresa Russell, pour sa troisième apparition à l’écran, fait une remarquable prestation, riche, pleine de vie, d’une forte présence à l’écran. Cela ne suffit pas à nous sauver de l’ennui. Toutefois, il faut noter que le film ne manque pas de défenseurs. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Nicolas Roeg chroniqués sur ce blog…
Remarque :
* Nicolas Roeg est tombé amoureux de son actrice principale et l’épousera peu après. Theresa Russell tournera ensuite dans six autres films de Nicolas Roeg.
Art Garfunkel et Theresa Russell dans Enquête sur une passion de Nicolas Roeg.
Immobilisée dans un centre de rééducation après une grave chute de ski, Toni se remémore l’histoire tumultueuse qu’elle a vécue avec le séduisant Georgio…
Ecrit par Maïwenn et Etienne Comar, Mon roi nous raconte l’histoire d’une passion destructrice. Il ne faut pas attendre une exploration profonde des personnages car nous restons plutôt en surface et les mystères de l’addiction amoureuse restent entiers. En revanche, l’interprétation donne au film un certain attrait : celle d’Emmanuelle Bercot est très naturelle et Vincent Cassell est la séduction incarnée, charmeur, absolument irrésistible. Mais c’est peut-être de là que le film trouve ses limites : on voit difficilement comment la pauvre Toni aurait pu rester insensible à son charme et cela limite fortement l’étude de caractères. On compatit pour elle, c’est tout… La réalisation de Maïwenn est parfaitement maitrisée. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Couturier parisien en vue, Philippe Clarence (Raymond Rouleau) multiplie les aventures avec les femmes pour maintenir son inspiration créatrice. Lorsque son fournisseur et ami lui présente Micheline (Micheline Presle), une jeune provinciale qui a accepté de l’épouser, il est instantanément séduit et en tombe amoureux… Tourné non sans difficultés dans les derniers mois de l’Occupation, Falbalas met en scène une histoire qui paraît loin des préoccupations de cette époque. Jacques Becker a puisé dans ses propres souvenirs puisque sa mère avait dirigé une maison de couture. On peut aussi y voir une métaphore du monde du cinéma, le couturier étant comme le cinéaste un créateur oscillant entre enthousiasme et abattement. L’ensemble n’est pas dénué d’élégance. Le déroulement du scénario est assez subtil : d’une part, Becker nous montre dès le début un dénouement tragique et d’autre part, les personnages ne montrent leur sentiments que très progressivement, avec des allers-retours permanents, laissant le spectateur toujours dans l’expectative. Cette construction subtile rend Falbalas vraiment remarquable mais a dérouté les spectateurs à sa sortie, qui eut lieu juste après la Libération ; en outre, son dénouement assez sombre est sans doute en décalage avec cette période d’euphorie. Toujours est-il que Falbalas n’eut aucun succès, ni critique ni public. Assez injustement. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* Initialement prévu pour 1943, le tournage a dû être reporté de plusieurs mois à cause des restrictions d’électricité. Le tournage s’est déroulé finalement à partir de mars 1944, le plus souvent de nuit à cause des coupures électriques.
* Toutes les robes sont du couturier Marcel Rochas.
Raymond Rouleau dans Falbalas de Jacques Becker.
Micheline Presle dans Falbalas de Jacques Becker.
Françoise Lugagne et Raymond Rouleau dans Falbalas de Jacques Becker.
Grèce 1936. Margot, une jeune femme richissime et belle, visite des arènes isolées dans la campagne avec Raoul, un industriel français visiblement très attachée à elle, et Michel, un jeune activiste communiste recherché par la police, dont elle est visiblement amoureuse… Une femme à sa fenêtre est adapté d’un roman de Pierre Drieu la Rochelle. L’histoire en elle-même n’est pas des plus passionnantes : la rencontre improbable entre une riche oisive en manque d’amour et un idéaliste politique. Cette passion qui couve est mise en parallèle avec la situation d’un pays tombant dans la dictature. Le plus remarquable dans ce film est sa construction : les relations entre les personnages ne paraissent tout d’abord pas très évidentes et ce n’est qu’après une suite de flashbacks et de sauts en avant que le spectateur acquiert la compréhension de leurs liens et de leurs sentiments (tout cela à condition de ne pas avoir lu de résumé avant de voir le film, bien entendu). Hélas, l’ensemble paraît très académique et laisse sur une impression de lourdeur et d’ennui. Romy Schneider est dans son habituel style d’interprétation (belle, lumineuse, etc.) ; Victor Lanoux est assez brillant pour exprimer le caractère plutôt gauche de son personnage ; Philippe Noiret est moins convaincant, ce qui est plus inhabituel. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* En 1936, le général Ioánnis Metaxás a pris le pouvoir en Grèce pour installer une dictature s’inspirant des formes autoritaires du régime fasciste italien de Mussolini. Près de 15 000 Grecs furent arrêtés et torturés durant les cinq ans de la dictature de Metaxás. Son idéologie, nommée metaxisme par la suite, restait assez floue mais insistait sur le concept de Troisième Civilisation Hellénique, combinant les splendeurs de la Grèce antique païenne et de la Grèce byzantine chrétienne. Malgré sa fascination pour les régimes fascistes, Metaxás choisit la neutralité en 1939. Sa dictature ne prit fin qu’à sa mort début 1941. (Source principale : Wikipédia)
* Drieu la Rochelle a écrit son livre en 1929, l’histoire prenant donc place sous la Deuxième République hellénique. A cette époque, l’écrivain était encore plutôt socialisant que fascisant. Il publiera son essai Socialisme fasciste en 1934. Après s’être engagé en faveur de la Collaboration, l’écrivain s’est donné la mort à la Libération.
* Lorsque ce film est sorti en 1976, la dictature des colonels (1967-1974) venait juste de prendre fin en Grèce.
Victor Lanoux et Romy Schneider dans Une femme à sa fenêtre de Pierre Granier-Deferre.
Superbe automobile : une Cord 810 de 1936 dans Une femme à sa fenêtre de Pierre Granier-Deferre.
A Trieste dans les années vingt, Emilio, un modeste employé de bureau âgé d’une quarantaine d’années, fait la rencontre de la jeune Angiolina dont la beauté le bouleverse. Emilio ne veut s’engager, préférant ne pas bousculer la vie qu’il mène avec sa sœur, solitaire comme lui… Senilità est l’adaptation du roman homonyme d’Italo Svevo. Qu’il s’agisse d’un roman autobiographique (Svevo avait alors 37 ans) témoigne d’une extraordinaire lucidité de son auteur dans le regard qu’il porte sur lui-même. La sénilité dont il est question dans le titre est celle de ce quarantenaire, éternel irrésolu, vieux avant d’avoir vécu. Le récit est assez fort, d’une belle profondeur (contrairement à ce que le titre français pourrait laisser croire). Des quatre acteurs principaux, seule Claudia Cardinale est italienne. Le film pâtit certainement de cette distribution cosmopolite et des doublages induits. La prestation de l’américain Anthony Franciosa n’exprime qu’imparfaitement la complexité de son personnage. La photographie est très belle, assez picturale. Bolignini nous livre un beau portrait de la ville de Trieste, brumeuse et pluvieuse. Senilità est un film sombre et assez remarquable, injustement méconnu. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Mauro Bolognini chroniqués sur ce blog…
Remarque :
* Le film transpose le roman de Svevo dans les années 1920. Le réalisateur explique : « Le livre a été publié en 1898, cependant son édition définitive, très différente de la première, date de 1927. Le succès ne vint pas tout de suite, Svevo ne fut reconnu que dans les années vingt. […] Par ailleurs, il était plus facile de reconstituer la ville pour le tournage : retrouver la Trieste du XIXe siècle aurait été très dur. Le choix des années vingt fut à la fois technique et littéraire. » (Entretien avec Jean A. Gili, Rome décembre 1976 in : Le cinéma italien, UGE 10/18, Paris, 1978)
A noter que la ville de Trieste était encore autrichienne lorsque Svevo y a écrit son roman.
* Doublages :
Romolo Valli double Anthony Franciosa
Adriana Asti double Claudia Cardinale (!)
Lilla Brignone double Betsy Blair
Giuseppe Rinaldi double Philippe Leroy.
Anthony Franciosa et Claudia Cardinale dans Senilità de Mauro Bolognini.
Nadia Marlowa, Claudia Cardinale et Philippe Leroy dans Senilità de Mauro Bolognini.
La ville de Trieste dans Senilità de Mauro Bolognini.