28 août 2021

Le Petit Monde de Don Camillo (1952) de Julien Duvivier

Le Petit monde de Don Camillo (Don Camillo)Dans une petite ville italienne de la plaine du Pô, la rivalité est permanente entre Peppone, le maire communiste qui vient de triompher aux élections et Don Camillo, le curé de choc qui parle quotidiennement au Christ au dessus de l’autel de son église…
Le Petit Monde de Don Camillo est un film franco-italien de Julien Duvivier, tiré d’un roman de Giovannino Guareschi paru en 1948. L’adaptation est signée Julien Duvivier et René Barjavel. C’est un film de commande et il faut bien reconnaitre qu’il détonne plutôt dans la filmographie du cinéaste car il s’agit d’une gentille comédie. Giovannino Guareschi était un auteur marqué à droite, militant anti-communiste, et il entendait tourner en dérision le poids du Parti Communiste italien en ce lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Duvivier a su atténuer le propos militant et amplifier le rôle de l’amitié (les deux rivaux sont amis d’enfance), l’idée générale étant que l’estime mutuelle parvient à triompher des querelles politiques. Le film prend ainsi un aspect de gentille utopie. L’humour est principalement concentré sur le personnage du curé, superbement interprété par Fernandel. Le succès fut immense, Le Petit Monde de Don Camillo devenant rapidement le plus gros succès du cinéma français (aujourd’hui, il est le sixième plus gros succès de tous les temps). Les suites ne se firent guère attendre.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Fernandel, Gino Cervi, Franco Interlenghi, Sylvie, Charles Vissières
Voir la fiche du film et la filmographie de Julien Duvivier sur le site IMDB.

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Remarque :
* Le Don Camillo créé par Giovannino Guareschi est issu d’un personnage bien réel: Don Camillo Valota, prêtre italien ordonné en 1937 à Côme près de Milan. Il devint curé de Frontale, dans la Valteline (nord de l’Italie), où il eut des démêlés avec le maire, nommé Pepone. Il finit par être arrêté par les Allemands en 1942 pour avoir facilité le passage vers la Suisse voisine à de nombreux juifs et opposants au fascisme de Mussolini. C’est au camp de Dachau qu’il a rencontré Giovanni Guareschi, originaire de la même région que lui, et qu’il lui a raconté son histoire. (Source Wikipédia)

Le Petit monde de Don Camillo (Don Camillo)Fernandel et Gino Cervi dans Le Petit monde de Don Camillo (Don Camillo) de Julien Duvivier.

Le Petit monde de Don Camillo (Don Camillo)Fernandel dans Le Petit monde de Don Camillo (Don Camillo) de Julien Duvivier.

La série des 6 films Don Camillo (avec Fernandel pour les cinq premiers) :
1) Le Petit Monde de don Camillo (1952) de Julien Duvivier
2) Le Retour de don Camillo (1953) de Julien Duvivier
3) La Grande Bagarre de don Camillo (1955) de Carmine Gallone
4) Don Camillo Monseigneur (1961) de Carmine Gallone
5) Don Camillo en Russie (1965) de Luigi Comencini
6) Don Camillo et les contestataires (1970) de Mario Camerini avec Gastone Moschin et Lionel Stander

+ 1 remake (jugé très mauvais)
Don Camillo de Terence Hill (1983) avec Terence Hill et Colin Blakely

26 août 2021

Des oiseaux, petits et gros (1966) de Pier Paolo Pasolini

Titre original : « Uccellacci e uccellini »

Des oiseaux, petits et gros (Uccellacci e uccellini)Totò et son fils Ninetto errent dans la périphérie et les campagnes qui entourent Rome. Chemin faisant, ils rencontrent un corbeau qui leur parle…
Des oiseaux, petits et gros est réalisé par Pier Paolo Pasolini en 1966. Montrant dès le générique un visage burlesque, le film rompt avec le ton sérieux donné par ses films précédents. Cela ne signifie pas pour autant que Pasolini ne délivre pas un message car il s’agit d’une fable qui tourne en dérision le rationalisme idéologique que le volatile représente. Pour ce faire, il utilise une star du cinéma comique, Totò, et lui adjoint Ninetto Davoli qui interprète ici son premier grand rôle, en innocent joyeux. Les cibles de Pasolini sont le communisme radical dont il se détache (les images d’archives incluses sont celles des funérailles de Palmiro Togliatti, fondateur du Parti Communiste italien décédé en 1964) et aussi l’intelligentsia parisienne de gauche qui avait descendu son Evangile selon saint Matthieu l’année précédente (la charge aurait été encore plus nette avec la séquence de Toto au cirque que Pasolini a finalement supprimé du montage final (1)). Le cinéaste attend que l’idéologie renaisse de ses cendres pour suivre la voie des « Temps modernes », belle référence à Chaplin dont il emprunte le plan final. Pasolini filme tout cela très simplement : à cette époque, il s’opposait à la sémiologie de Christian Metz qui défendait l’idée d’un langage de cinéma. Pour Pasolini, la seule langue de cinéma devait être une « langue écrite de la réalité ».
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Totò, Ninetto Davoli
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(1) Dans Toto au Cirque, finalement monté en court métrage de 8 min, M Cournot (Totò) tente de faire parler un aigle et de l’instruire mais, en fait, c’est lui qui devient sauvage. Or (Michel) Cournot est le nom d’un critique français qui a éreinté L’Evangile selon saint Matthieu, déclarant qu’il n’y voyait que de « l’art pédé ».

Des oiseaux, petits et gros (Uccellacci e uccellini)Ninetto Davoli et Totò dans Des oiseaux, petits et gros (Uccellacci e uccellini) de Pier Paolo Pasolini.

Des oiseaux, petits et gros (Uccellacci e uccellini)Totò et Ninetto Davoli dans Des oiseaux, petits et gros (Uccellacci e uccellini) de Pier Paolo Pasolini.

Des oiseaux, petits et gros (Uccellacci e uccellini)Totò et Ninetto Davoli dans Des oiseaux, petits et gros (Uccellacci e uccellini) de Pier Paolo Pasolini.

2 août 2019

La Ragazza (1964) de Luigi Comencini

Titre original : « La ragazza di Bube »

La RagazzaEn Toscane, juste à la fin de guerre, Mara, une jeune fille insouciante, fait la connaissance de Bube, un ancien résistant communiste. Ils tombent amoureux mais Bube  est accusé d’avoir tué un ancien fasciste. Il est obligé de fuir…
La Ragazza est adapté d’un roman de l’italien Carlo Cassola paru et primé en 1960. Il évoque la situation de l’immédiat Après-guerre, période trouble où les idéaux et les espoirs se sont heurtés à une réalité décevante. Le plus admirable dans ce film de Comencini est la façon dont il montre la confrontation entre l’émancipation individuelle et le devenir collectif : il parvient à les entremêler avec une histoire d’amour assez troublante et inhabituelle, variation sur le thème du sacrifice et du renoncement. Tout le récit est à la première personne, tout est vécu à travers les yeux de la jeune Mara. Le couple assez inattendu formé par Claudia Cardinale et George Chakiris (acteur américain fraîchement auréolé du succès de West Side Story) fonctionne parfaitement. La photographie, signée par Gianni Di Venanzo (l’un des plus grands directeurs de la photographie italiens), est admirable, avec notamment des gros plans de toute beauté ; les trois acteurs principaux sont, il est vrai, particulièrement photogéniques. La Ragazza est un film assez méconnu. Il a longtemps été assez rare mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Claudia Cardinale, George Chakiris, Marc Michel
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La RagazzaGeorge Chakiris et Claudia Cardinale dans La Ragazza de Luigi Comencini.

19 décembre 2018

Une vie difficile (1961) de Dino Risi

Titre original : « Una vita difficile »

Une vie difficilePendant la Seconde Guerre mondiale, Silvio rédige un journal clandestin. Traqué par les allemands, il est sauvé par une jeune femme qui le cache dans un vieux moulin. Il lui fait des promesses mais finit par rejoindre le maquis. Bien après la Libération, il retourne dans le village où il l’avait rencontré…
Une vie difficile fait partie des films les plus remarquables de Dino Risi, ceux qui montrent le plus son extraordinaire capacité à mêler un propos très sérieux avec la comédie de divertissement (1). Le cinéaste nous raconte l’évolution de la société italienne en suivant un journaliste communiste un peu dilettante. Il englobe tous les problèmes de l’Italie des années cinquante et utilise même quelques images d’archives pour les grands moments historiques. Son héros est un idéaliste qui voit sombrer ses illusions et forcé de faire des « compromis ». La forme est classique, avec beaucoup de plans larges pour mieux nous concentrer sur les dialogues et le contenu en général. Alberto Sordi est époustouflant dans ce rôle, inspirant toute une foule de sentiments parfois opposés. Lea Massari sait donner de l’épaisseur à son personnage. Tout l’art de la comédie italienne, ce qui la rend absolument unique est dans Une vie difficile, drôle et grave à la fois.
Elle: 4 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Alberto Sordi, Lea Massari, Franco Fabrizi
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(1) S’il n’y avait qu’un exemple à donner de ce subtil mélange, ce serait bien entendu la scène du dîner chez les royalistes le soir du référendum.

Une vie difficile
Lea Massari et Alberto Sordi dans Une vie difficile de Dino Risi.

Remarques :
* L’idée de départ a germé chez Risi en voyant Cavalvade de Frank Lloyd (1933), film dramatique américain oscarisé qui retraçait le parcours de deux familles anglaises de 1899 à 1933.
* Le happy-end de fin (la gifle) fut probablement imposé à Risi car le scénario se terminait de façon plus pessimiste : Silvio ne réagissait pas.
* Alessandro Blasetti fait une courte apparition dans son propre rôle mais il n’a pas tourné de peplum en 1961. Il s’agit très probablement du tournage de Barrabas de Richard Fleisher avec effectivement Silvana Mangano et Vittorio Gassman.

15 décembre 2017

Une femme à sa fenêtre (1976) de Pierre Granier-Deferre

Une femme à sa fenêtreGrèce 1936. Margot, une jeune femme richissime et belle, visite des arènes isolées dans la campagne avec Raoul, un industriel français visiblement très attachée à elle, et Michel, un jeune activiste communiste recherché par la police, dont elle est visiblement amoureuse…
Une femme à sa fenêtre est adapté d’un roman de Pierre Drieu la Rochelle. L’histoire en elle-même n’est pas des plus passionnantes : la rencontre improbable entre une riche oisive en manque d’amour et un idéaliste politique. Cette passion qui couve est mise en parallèle avec la situation d’un pays tombant dans la dictature. Le plus remarquable dans ce film est sa construction : les relations entre les personnages ne paraissent tout d’abord pas très évidentes et ce n’est qu’après une suite de flashbacks et de sauts en avant que le spectateur acquiert la compréhension de leurs liens et de leurs sentiments (tout cela à condition de ne pas avoir lu de résumé avant de voir le film, bien entendu). Hélas, l’ensemble paraît très académique et laisse sur une impression de lourdeur et d’ennui. Romy Schneider est dans son habituel style d’interprétation (belle, lumineuse, etc.) ; Victor Lanoux est assez brillant pour exprimer le caractère plutôt gauche de son personnage ; Philippe Noiret est moins convaincant, ce qui est plus inhabituel.
Elle: 1 étoile
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Romy Schneider, Philippe Noiret, Victor Lanoux, Umberto Orsini
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Remarques :
* En 1936, le général Ioánnis Metaxás a pris le pouvoir en Grèce pour installer une dictature s’inspirant des formes autoritaires du régime fasciste italien de Mussolini. Près de 15 000 Grecs furent arrêtés et torturés durant les cinq ans de la dictature de Metaxás. Son idéologie, nommée metaxisme par la suite, restait assez floue mais insistait sur le concept de Troisième Civilisation Hellénique, combinant les splendeurs de la Grèce antique païenne et de la Grèce byzantine chrétienne. Malgré sa fascination pour les régimes fascistes, Metaxás choisit la neutralité en 1939. Sa dictature ne prit fin qu’à sa mort début 1941. (Source principale : Wikipédia)

* Drieu la Rochelle a écrit son livre en 1929, l’histoire prenant donc place sous la Deuxième République hellénique. A cette époque, l’écrivain était encore plutôt socialisant que fascisant. Il publiera son essai Socialisme fasciste en 1934. Après s’être engagé en faveur de la Collaboration, l’écrivain s’est donné la mort à la Libération.

* Lorsque ce film est sorti en 1976, la dictature des colonels (1967-1974) venait juste de prendre fin en Grèce.

Une femme à sa fenêtre
Victor Lanoux et Romy Schneider dans Une femme à sa fenêtre de Pierre Granier-Deferre.

Une femme à sa fenêtre
Superbe automobile : une Cord 810 de 1936 dans Une femme à sa fenêtre de Pierre Granier-Deferre.

13 juillet 2015

Une bonne planque (1972) de Alberto Lattuada

Titre original : « Bianco, rosso e… »

Une bonne planqueRapatriée de Lybie après le coup d’état de Kadhafi, soeur Germana est nommée supérieure d’un hôpital dans le nord de l’Italie. Elle se retrouve face à un « convalescent chronique » soutenu par le maire communiste ; il occupe une chambre alors qu’il n’est pas malade et semble se mêler de tout… Une bonne planque (titre français particulièrement ridicule) est une histoire assez surprenante, celle d’un amour impossible entre une nonne et un communiste militant. L’idée de base est assez prometteuse et la mise en place se révèle assez intrigante et plutôt bien faite. Sophia Loren est impériale dans ce rôle de mère supérieure qui dirige son hôpital avec fermeté. On remarque au passage que les habits de nonne n’enlèvent rien à sa beauté, elle se révèle être sans conteste la plus séduisante des nonnes… Hélas, le film semble partir ensuite dans plusieurs directions, tirant souvent vers la comédie, des scènes qui semblent plaquées sur le reste. L’ensemble n’est pas exempt de lourdeur et la musique qui veut se donner des airs d’Ennio Morricone n’arrange rien. Le film est plutôt à ranger du côté des curiosités, c’est un peu dommage car l’histoire méritait mieux.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Sophia Loren, Adriano Celentano, Fernando Rey
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Une bonne planque
Sophia Loren dans Une bonne planque de Alberto Lattuada.

Remarques :
* Le titre original Bianco, rosso e… (« blanc, rouge et… ») fait référence aux drapeaux libyen (celui de la République arabe libyenne de 1969 : blanc, rouge et noir) et italien (blanc, rouge et vert) mais il fait aussi référence à la blancheur de l’habit de nonne et au rouge du communisme…

* Le scénario est signé Jaja Fiastri et Tonino Guerra ; ce dernier est un scénariste italien majeur qui a notamment écrit pour Antonioni, Rosi, Fellini…