A Paris, un jeune mannequin est remarqué par un homme d’affaires d’origine russe. Ils s’allient pour faire fortune, elle dans la haute couture et lui dans la finance… Assez curieusement, Stolen Holiday est inspiré de l’affaire Stavisky, ce grand scandale de la IIIe république que Resnais mettra brillamment en scène quelque quarante ans plus tard (1). Le film de Michael Curtiz a le défaut de faire la part belle à l’idylle entre la jeune femme et un troisième personnage assez platement interprété par Ian Hunter (la séquence champêtre qui nous vaut le titre Stolen Holiday est particulièrement mièvre) mais il comporte de belles prestations de Kay Francis et Claude Rains, dont la distinction naturelle donne une certaine dimension au personnage de l’escroc. Le film est plutôt une fable morale. Stolen Holiday n’est jamais sorti en France où il n’aura été finalement visible qu’au Cinéma de Minuit de Patrick Brion. Elle: – Lui :
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Proches de la soixantaine, Tom et Gerri forment un couple qui a trouvé un bon équilibre entre leurs métiers, leurs amis et leurs passions communes. Ce n’est pas le cas des personnes autour d’eux que nous découvrons lors de leurs visites dans leur maison de la banlieue londonienne… Rythmé par les quatre saisons, Another Year nous dresse le portrait de plusieurs personnages très différents qui ont en commun une recherche d’équilibre. Les deux personnages les plus marquants sont certainement Mary, la quinquagénaire exubérante, et le silencieux Ronnie, le frère de Tom (leur confrontation en fin de film est une scène étonnante). Avec Another Year, Mike Leigh nous livre un film plein de délicatesse et d’humanité, un film où tout semble parfaitement dosé. Son film n’est ni triste, ni larmoyant, il est même parsemé de petites notes d’humour et plutôt optimiste. Elle: Lui :
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L’agent secret britannique Quiller est envoyé à Berlin pour enquêter sur une mystérieuse organisation nazie… Le secret du rapport Quiller est l’adaptation d’un roman d’Adam Hall par Harold Pinter (1). Il s’inscrit dans cette vogue du film d’espionnage des années soixante et notamment ceux qui montrent une vision à la fois plus réaliste et désillusionnée du monde de l’espionnage (2). C’est un monde de duplicité qui est ici décrit et Quiller, tout excellent professionnel qu’il soit, peine à distinguer où sont ses amis et qui trompe qui. Le portrait de l’espion est ainsi plus humain. Revers de la médaille, nous avons l’impression de tourner un peu en rond dans une intrigue qui peine à avancer. Le film n’est donc pas sans défaut. George Segal manque un peu de présence et les grands acteurs qui l’entourent ont une tendance à cabotiner quelque peu. Les décors n’ont pas non plus de présence suffisante. Le secret du rapport Quiller est surtout un film d’atmosphère. Elle: – Lui :
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Pour écrire un livre à sensation, un écrivain infiltre la vie d’une présentatrice de journal télévisé et celle de sa fille qu’il avait autrefois connue… Les yeux de sa mère se perd dans un entrelacs de destins croisés. Thierry Klifa a certainement voulu mettre trop de choses, donner trop de dimensions à son histoire. Après une mise en place confuse, le film apparaît intentionnellement complexifié. Thierry Klifa joue sur le romanesque dans tous ses états et multiplie les effets dramatiques. Finalement, on se détache de l’ensemble. Le titre aidant (probablement), la critique a trouvé une proximité avec le cinéma d’Almodovar, sans que ce soit vraiment frappant. Elle: – Lui :
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(Film muet) A la veille de la Révolution russe de 1917, le jeune Grand Duc Eugene est envoyé par le tsar dans la campagne russe pour tenter de comprendre pourquoi la population écoute les agitateurs. Il y fait la rencontre d’une jeune femme, fille d’une institutrice assassinée par les Cosaques et dont le père est injustement emprisonné… The Red Dance est un film très rare de Raoul Walsh, c’est l’un de ses tout derniers films muets. Le scénario est plutôt faible, l’histoire est totalement improbable et s’inspire vraiment très librement de faits historiques (comme ce moine noir intriguant qui évoque Raspoutine). Toutefois, le propos politique est plutôt absent ce qui permet au moins d’éviter tout manichéisme, dans un sens ou dans l’autre. L’ensemble manque nettement de force. On appréciera toutefois quelques beaux plans de Dolores del Rio et un très beau second rôle d’Ivan Linow en géant rustre qui révèle une certaine humanité. On peine à discerner la patte de Raoul Walsh dans The Red Dance qui paraît tout de même assez commun. Elle: – Lui :
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Voir les autres films de Raoul Walsh chroniqués sur ce blog…
Remarques :
* The Red Dance a été diffusé à la télévision française au Cinéma De Minuit de Patrick Brion en juin 2012.
* Raoul Walsh réutilisera certains plans dans son film parlant Yellow Ticket de 1931.
Dans le Japon médiéval, trois hommes se sont abrités de la pluie battante dans les ruines d’une ancienne porte de la ville de Kyoto. Deux ont témoigné dans un procès qu’ils racontent au troisième, une affaire étrange de meurtre où chacun des protagonistes raconte une version différente des faits…
Rapporté du Japon presque clandestinement en 1951 par une admiratrice italienne, Rashômon fit sensation au Festival de Venise. La puissance du récit et la perfection de la forme furent un choc pour les occidentaux qui découvraient alors le cinéma japonais. Le récit est à la fois simple et complexe. L’important n’est pas tant de savoir où est la vérité (nous ne le saurons d’ailleurs pas) que d’observer comment chacun modèle son récit, non pas pour se disculper mais pour préserver son honneur ; « nous avons tous de bonnes raisons pour être égoïstes ». Kurosawa clôt tout de même ce portrait assez pessimiste de la nature humaine sur une petite note d’espoir. Sur le plan de forme, Rashômon avait également de quoi surprendre : avec peu de moyens, un bout de forêt et une ruine en pleine nature, Kurosawa réussit à atteindre un esthétisme au caractère très naturel. Il utilise superbement la lumière et les ombres projetées par le soleil à travers les arbres. Sur ce plan, Rashômon se rapproche des grands films muets. Et c’est aussi un film très physique, nous sommes presque au contact des personnages dont il se dégage une fougue et une ardeur parfois maladroite qui rend l’ensemble très authentique. Le succès de Rashômon en occident permettra à Kurosawa d’être considéré à sa juste valeur dans son pays et ainsi d’obtenir de bonnes conditions pour tourner ses films suivants. Elle: – Lui :
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Remarque : Rashômon est adapté de deux nouvelles d’Akutagawa Ryunosuke, « Dans le fourré » et « Rashômon », elles-mêmes inspirées de légendes médiévales nipponnes. Rashômon est le nom d’une porte de Kyoto : « La porte du dieu Rashô ».
Titre original : « Händler der vier Jahreszeiten »
De retour de la Légion étrangère, Hans devient marchand ambulant de fruits et légumes avec sa femme. Se sentant rejeté, il est d’humeur de plus en plus sombre… Le marchand des quatre saisons est le premier succès commercial de Fassbinder ; il fut très bien accueilli en Allemagne aussi bien par le public que par la critique. Inspiré entre autres par les mélodrames de Douglas Sirk, le réalisateur signe ici un film sur le manque d’amour et de considération. La scène d’introduction donne le ton : « Ce sont les meilleurs qui s’en vont, il n’y a que les gens comme toi pour revenir », dit la mère d’Hans à son retour. C’est aussi un film qui questionne sur la société bourgeoise des années cinquante et soixante, une société sans amour et sans bonheur, et aussi sur la réussite allemande, une société où les femmes ont une grande importance, ce sont elles qui sont garantes de l’ordre moral. Hans Hirschmüller fait une belle prestation en ours en quête d’amour, dont les désirs et aspirations restent inassouvis. Le film n’est pas sans maladresse dans sa forme mais Fassbinder montre déjà une indéniable maitrise. Il compense la faiblesse des moyens par une belle densité du contenu. Malgré son style assez simple, Le marchand des quatre saisons est en effet un film très riche. Elle: – Lui :
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(Film muet) Jeanne d’Arc face à ses juges, sa condamnation et sa mort sur le bûcher… La passion de Jeanne d’Arc de Carl Dreyer connait un très grand succès d’estime et on ne compte plus les fois où il a été placé dans la liste des « plus grands films de l’histoire du cinéma » ni les fois où il a été cité comme étant le « plus grand film muet ». Plus qu’un film muet, c’est plutôt un film sans paroles : Dreyer aurait voulu pouvoir enregistrer les dialogues mais n’a pu le faire car les studios français n’avait le matériel adéquat. Les intertitres, que Dreyer place souvent au milieu des phrases, cassent les plans, les meurtrissent, ils ne s’insèrent pas naturellement.
L’esthétisme des images est aussi très différent de beaucoup de films muets : l’image est très claire, avec peu d’ombres. Dreyer cherche à donner une dimension spirituelle à ses images (notamment dans les plans sur Jeanne) tout en gardant un haut niveau de réalisme (surtout dans les plans sur les juges). L’éclairage adopté par Dreyer s’inscrit dans cette double démarche (on peut voir très souvent, dans les pupilles de Jeanne, le reflet du grand et unique réflecteur utilisé).
Mais le plus spectaculaire est bien entendu la généralisation des plans rapprochés et ces gros plans où l’on voit tous les pores de la peau. Plus surprenante encore est la très large utilisation des contre-plongées. Pratiquement tous les plans des juges sont en contre-plongée ce qui leur donne un caractère de caméra subjective : nous sommes à la place de Jeanne. Vers la fin du film, on remarquera des plans audacieux, qui sont toutefois plus expérimentaux que vraiment signifiants.
Les acteurs surjouent et roulent des yeux ce qui, dans le cas des juges, pousse la caricature au-delà du raisonnable. Le film peut paraître assez long mais, dans le derniers tiers, Dreyer montre tout son talent et crée l’émotion avec intensité. La passion de Jeanne d’Arc est un film très austère. Ce n’est pas un film que je conseillerais à une personne que je cherche à convaincre de l’intérêt du cinéma muet ! Je ne suis d’ailleurs pas certain de le classer parmi les meilleurs films muets. C’est plutôt un film marquant et à nul autre pareil. Elle: – Lui :
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Autres films sur Jeanne d’Arc : Jeanne d’Arc de George Méliès (1900) La vie de Jeanne d’Arc d’Albert Capellani (1909) Jeanne d’Arc (Joan the woman) de Cecil B. DeMille (1916) avec Geraldine Farrar La merveilleuse vie de Jeanne d’Arc de Marco de Gastyne (1929) avec Simone Genevois Das Mädchen Johanna de Gustav Ucicky (1935) avec Angela Salloker Jeanne d’Arc (Joan of Arc) de Victor Fleming (1948) avec Ingrid Bergman Destinées de Jean Delannoy (1954, film à sketches) avec Michèle Morgan Jeanne au bûcher (Giovanna d’Arco al rogo) de Roberto Rossellini (1954) avec Ingrid Bergman The story of mankind de Irwin Allen (1957) avec Hedy Lamarr Sainte Jeanne (Saint Joan) de Otto Preminger (1957) avec Jean Seberg Le procès de Jeanne d’Arc de Robert Bresson (1962) avec Florence Delay Le début (Nachalo) de Gleb Panfilov (1970) avec Inna Churikova Jeanne la Pucelle de Jacques Rivette (1994) avec Sandrine Bonnaire Jeanne d’Arc de Luc Besson (1999) avec Milla Jovovich Jeanne captive de Philippe Ramos (2011) avec Clémence Poésy
+ de très nombreuses versions pour la télévision.
En quête de sujet émotionnel, un journaliste se rend dans le Vermont pour rencontrer une jeune femme qui est vouée à une mort prochaine après un empoisonnement au radium. Il lui propose de lui faire visiter New York avant de mourir. La jeune femme accepte bien qu’elle ait appris entre-temps que le funeste diagnostic était une erreur… Ecrit par le talentueux Ben Hecht, La joyeuse suicidée est une comédie en Technicolor (1) qui porte un regard plutôt acerbe sur les travers de la presse à sensation. Si l’on peut trouver que l’ensemble manque un peu de naturel et d’authenticité, le film ne manque pas d’humour. La séquence dans la petite ville du Vermont (où tout le monde s’exprime comme dans le Sud) en est truffée, avec notamment un gag qui a de quoi estomaquer (le journaliste se fait mordre par… un petit chien assez particulier). L’ensemble est bien enlevé, très amusant. Carole Lombard est, ici comme toujours, pleine de charme et ce film nous fait regretter, une fois de plus, que sa carrière ait été si courte (2). La joyeuse suicidée est une bonne screwball comédie. Ce fut un grand succès à l’époque. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 3,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* La joyeuse suicidée offre la vision peu courante du survol de Manhattan en avion.
* Le publicité de La joyeuse suicidée a largement utilisé la scène où Carole Lombard et Fredric March se battent. Montrer un homme frappant ainsi une femme est extrêmement rare (précisons que la raison du combat est amusante).
* Il semble que certaines copies utilisées pour les DVD soient de très mauvaise qualité.
(1) La joyeuse suicidée fait partie des tous premiers films en Technicolor. (2) La carrière de Carole Lombard s’est brutalement interrompue en 1942, l’actrice ayant trouvé la mort dans un accident d’avion. Elle n’avait que 33 ans.
Remake : C’est pas une vie, Jerry! (Living it up) de Norman Taurog (1954) avec Jerry Lewis et Dean Martin.
(Court métrage de 22 minutes) Charley n’est pas un homme à qui tout sourit : sa femme lui impose la présence de son frère qui a un poil dans la main et il ne peut partir en vacances comme le font ses voisins. A un concours de vente de stylos en porte à porte, il gagne une croisière pour toute la famille. La chance va-t-il enfin lui sourire? … Isn’t Life Terrible?(1) apparaît plutôt décousu, un assemblage hétéroclite de scènes. Les gags sont assez inégaux, parfois beaucoup trop longs comme celui du stylo éclabousseur. Chase et McCarey parviennent néanmoins à construire, à partir de peu de choses, une comédie jouant sur le nonsense. Le beau-frère paresseux est interprété par Babe Hardy, alias Oliver Hardy (le tandem Laurel et Hardy sera formé peu après, en 1926) qui ne fait pas grand-chose ici. On remarquera aussi la présence de Fay Wray en cliente potentielle des stylos. Isn’t Life Terrible? n’est certainement pas le premier film à regarder pour découvrir cet excellent comique du muet qu’est Charley Chase. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Leo McCarey chroniqués sur ce blog…
(1) Le titre est un clin d’œil au long métrage de D.W. Griffith sorti l’année précédente : Isn’t Life Wonderful (1925) avec Neil Hamilton. Les sujets n’ont toutefois rien en commun.