7 mai 2014

5 cartes à abattre (1968) de Henry Hathaway

Titre original : « 5 Card Stud »

5 cartes à abattreDans une petite bourgade du Far-West, une partie de poker tourne mal : l’un des joueurs, un étranger, est surpris à tricher. Furieux, les autres joueurs le pendent, un seul d’entre eux (Dean Martin) essaie de s’opposer et se fait assommer. Peu après, les participants à ce lynchage se font tuer un à un… 5 cartes à abattre est adapté d’un roman de Ray Gaulden (1). C’est un western assez atypique : il est en réalité plus proche d’un film policier à suspense que d’un western. Robert Mitchum interprète ici un pasteur qui manie le colt et la Bible avec autant de dextérité, une composition qui n’est pas sans rappeler celle de La Nuit du chasseur. Cette similitude atténue quelque peu le suspense. On pourra aussi regretter que certains personnages secondaires soient bien mal développés. Inger Stevens et surtout Roddy McDowall font une belle prestation. L’ensemble n’est pas mémorable, sans toutefois être déplaisant à regarder. La musique est de Maurice Jarre et l’entêtante chanson du générique est interprétée par Dean Martin.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Dean Martin, Robert Mitchum, Inger Stevens, Roddy McDowall
Voir la fiche du film et la filmographie de Henry Hathaway sur le site IMDB.

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Remarques :
* 5 Card Stud est le nom d’une variante de poker (1 carte fermée et 4 cartes ouvertes)

* Homonyme (sans aucun autre point commun) :
5 Card Stud de Hank Saroyan (2002) avec Khrystyne Haje

(1) Un autre film, La Main qui Venge (Dark City) de William Dieterle (1950) avec Charlon Heston et Lizabeth Scott, repose sur une histoire assez proche : c’est un film noir se déroulant à l’époque actuelle, en milieu urbain, où un joueur se suicide par pendaison après avoir perdu de l’argent qui ne lui appartenait pas dans une partie de poker. Ne croyant pas au suicide, son frère venait se faire justice.

21 avril 2014

Gengis Khan (1965) de Henry Levin

Titre original : Genghis Khan

Genghis KhanFils d’un chef de tribu mongol, Temüjin va réussir, après une enfance passée en esclavage, à unir les tribus mongoles pour aller conquérir, sous le nom de Gengis Kahn, la plus grande partie de l’Asie au début du XIIIe siècle… Genghis Kahn voulait avant tout être une grande fresque épique. La vérité historique n’était visiblement pas recherchée, les scénaristes ayant pris beaucoup de libertés pour créer un héros noble et sympathique. Le casting fait sourire : tous les acteurs principaux sont occidentaux, la très blonde Françoise Dorléac n’est guère crédible en princesse mongole mais la palme revient aux « chinois » James Mason, avec les yeux bridés et un accent caricatural, et Robert Morley qui semble vouloir jouer sur le registre de l’humour. L’égyptien/libanais Omar Sharif est le moins occidental du lot mais, même si on s’en rapproche un peu, on reste tout de même encore loin de la Mongolie. Plus gênant, l’acteur ne laisse à aucun moment entrevoir le charisme qui a certainement été nécessaire à Gengis Kahn pour s’allier tant de peuples. Les paysages sont assez beaux (le tournage a eu lieu en Yougoslavie) et les figurants fort nombreux dans les scènes de bataille ou dans la cité impériale.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Omar Sharif, James Mason, Eli Wallach, Françoise Dorléac, Stephen Boyd, Robert Morley
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Autres films sur Gengis Kahn :
Le Conquérant (The Conqueror) de Dick Powell (1956) avec John Wayne
Les Mongols (I Mongoli) de André de Toth (1961) avec Jack Palance
Mongol (2007) du russe Sergei Bodrov avec Tadanobu Asano.

2 avril 2014

Le Bal des vampires (1967) de Roman Polanski

Titre original : « The Fearless Vampire Killers »
Autre titre : « Dance of the Vampires »

Le bal des vampiresLe vieux professeur Abronsius, expert en chauve-souris, arrive dans un petit village enneigé de Transylvanie avec son assistant. Ils espèrent récolter des preuves de l’existence des vampires. Ils font halte dans l’auberge où ils vont être le témoin d’évènements surprenants… Après le sérieux Répulsion, Roman Polanski nous avait déjà montré son humour (noir) dans Cul-de-sac mais cette fois il va beaucoup plus loin avec Le Bal des vampires. Il n’y a en effet absolument rien de sérieux ici et le fait d’utiliser tous les codes du genre pour les tourner en dérision a quelque peu irrité les amateurs de films de vampires à l’époque. Il faut dire que Polanski ne respecte rien : qu’un vampire soit homosexuel, passe encore, mais qu’un vampire ne craigne pas un crucifix montré devant lui sous prétexte qu’il est juif, là cela ne va plus du tout ! Le bal des vampiresIl mâtine sa parodie d’un humour multi-facettes, certaines scènes sont même dans la grande veine de l’humour slapstick du cinéma muet. Petit délice, Le Bal des vampires reste hilarant même lorsqu’on le connait très bien pour l’avoir vu à de nombreuses reprises. La prestation de l’acteur irlandais Jack MacGowran est incroyable, absolument désopilant d’un bout à l’autre en vieux scientifique farfelu, avec son allure d’Albert Einstein d’‘opérette. Face à lui, le jeu de Roman Polanski est plus sage, presque timide. Pour un peu, on en oublierait de faire attention à belle photographie et aux décors assez remarquables.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Jack MacGowran, Roman Polanski, Alfie Bass, Sharon Tate, Ferdy Mayne
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Remarques :
* A sa sortie, le titre complet américain était : « The Fearless Vampire Killers or: Pardon Me, But Your Teeth Are in My Neck » (= Les intrépides chasseurs de vampires ou : Pardonnez moi mais je crois que vous avez planté vos dents dans mon cou.)
* C’est sur ce film que Roman Polanski a rencontré Sharon Tate qu’il épousera peu après.
* Le Bal des vampires est surtout une parodie des films de la Hammer, compagnie de production britannique spécialisée dans les films d’horreur.
* A sa sortie aux Etats Unis, le producteur Martin Ransohoff a coupé 16 minutes de film, rajouté une courte séquence de dessin animé avant le générique pour bien montrer qu’il s’agissait d’une comédie, refait le doublage de certains acteurs et rajouté au titre « Pardon me, but… »

Le Bal des vampires (The Fearless Vampire Killers)Roman Polanski et Jack MacGowran dans Le Bal des vampires (The Fearless Vampire Killers) de Roman Polanski.

27 mars 2014

Grand méchant loup appelle (1964) de Ralph Nelson

Titre original : « Father Goose »

Grand méchant loup appelleEn 1942, alors que les japonais attaquent en Indonésie, un aventurier américain (Cary Grant) est placé de force sur une petite île isolée comme guetteur pour signaler les passages d’avions ennemis. Quelques jours plus tard, il recueille une institutrice et sept fillettes…
Father Goose est une excellente comédie écrite par S.H. Barnett et adaptée par Peter Stone et Frank Tarloff, tous trois oscarisés pour ce film. C’est l’avant-dernier film tourné par Cary Grant qui, à 60 ans, joue toujours les bourreaux des coeurs. Mais surtout, il excelle toujours autant dans le registre de la comédie avec ses multiples expressions et sa forte présence. Contrairement à son habitude, son personnage est ici plutôt miteux, un peu alcoolique et mal rasé (1). C’est Leslie Caron qui doit ici lui tenir tête et elle y parvient parfaitement en composant un personnage délicieusement intransigeant. Le scénario se déroule joliment, avec de multiples situations (malgré la promiscuité des lieux) et des dialogues enlevés. Father Goose est une comédie réussie qui remporta un certain succès à son époque.
Elle:
Lui : 4 étoiles (27/04/2014)3 étoiles (02/02/2026)

Acteurs: Cary Grant, Leslie Caron, Trevor Howard
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Remarques :
* Aucune des fillettes n’a vraiment fait de carrière d’actrice par la suite. Le plus souvent, ce fut leur seul film.
* Cary Grant a tellement apprécié travailler sur ce film qu’il est resté en contact avec les sept fillettes après qu’elles aient grandi et même après qu’elles se soient mariées.
* Au début des années 1960, il y eut un certain nombre de films et séries télévisées mettant en scène des observateurs côtiers (coastwatchers), en partie parce que le président John F. Kennedy avait été sauvé par un observateur côtier pendant la Seconde Guerre mondiale.

(1) Après avoir dit au moment de la sortie du film que son personnage était tout le contraire de lui-même, Cary Grant dira plus tard qu’en réalité ce personnage était plus proche de son vrai moi…

Leslie Caron et Cary Grant dans Grand méchant loup appelle de Ralph Nelson.

8 mars 2014

Rosemary’s Baby (1968) de Roman Polanski

Rosemary's BabyRosemary et Guy louent un appartement au dernier étage d’un immeuble qui a été le théâtre d’évènements tragiques. Ils font rapidement connaissance de leurs voisins, un couple âgé, qui se révèlent être si serviables et prévenants que Rosemary les trouve plutôt envahissants…
Rosemary’s Baby est au départ un roman d’Ira Levin dont le producteur William Castle (1), spécialisé dans les films d’horreur, avait acquis les droits. C’est la Paramount qui lui demande de le faire réaliser par le jeune Roman Polanski. Il s’agit d’une adaptation extrêmement fidèle au roman, l’une des plus fidèles qui soient. Polanski sait parfaitement jouer avec ce qu’il ne montre pas et évite tous les effets habituels des films d’horreur. C’est cela qui lui donne toute sa force, qui crée un léger malaise qui s’amplifie pour se transformer en angoisse. Il sait aussi semer puis entretenir le doute : sommes-nous effectivement face à un complot satanique ou d’une simple paranoïa ? Mia Farrow fait une superbe prestation. Le perfectionniste Roman Polanski a fait un travail remarquable, utilisant des focales courtes pour nous faire adopter le point de vue de Rosemary et montrant une certaine dextérité dans de longs plans-séquences. Après l’échec commercial de Cul-de-sac et du Bal des Vampires (qui sont pourtant deux merveilleux films), Polanski va enfin connaitre le succès avec Rosemary’s Baby qui reste aujourd’hui l’un des films majeurs du genre.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Mia Farrow, John Cassavetes, Ruth Gordon, Sidney Blackmer
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Remarques :
* Lorsque Rosemary téléphone à l’acteur devenu aveugle, c’est la voix de Tony Curtis qui lui répond. Mia Farrow l’ignorait. Le fait qu’elle cherche à identifier cette voix qu’elle connait ajoute à son trouble apparent. Roman Polanski dit l’avoir fait dans ce but.
* C’est Mia Farrow qui chante la petite contine pendant le générique.
* Le bébé nait en juin 1966, soit 6/66.
* William Castle raconte dans son autobiographie qu’il a reçu un flot de lettres de menace de mort après la sortie du film.

(1) William Castle fait une brève apparition dans le film dans la scène de la cabine téléphonique.

rosemary's baby
John Cassavetes et Mia Farrow dans Rosemary’s baby de Roman Polanski.

22 février 2014

L’assassin (1961) de Elio Petri

Titre original : « L’assassino »

L'assassinAlors qu’il vient de rentrer chez lui au petit matin, Alfredo Martelli est emmené par des policiers. Il est longuement interrogé sans même savoir de quoi on le soupçonne. Ce n’est que plusieurs heures plus tard qu’il apprend que sa maitresse et bienfaitrice a été assassinée… L’assassin est le premier long métrage d’Elio Petri. Il en a écrit l’histoire avec le grand scénariste Tonino Guerra (1). Sous l’enveloppe d’une enquête policière qui aurait pu être banale, le film se révèle être d’une belle profondeur notamment par le portrait de son personnage principal qui se dévoile peu à peu devant nos yeux. Il nous accompagne d’ailleurs dans cette découverte, car c’est à une véritable introspection qu’il se livre au fil des souvenirs qui lui reviennent à l’esprit. Pour Petri, c’est l’occasion de dresser le portrait d’une bourgeoisie arriviste et sans scrupules qui fleurit dans l’Italie après la renaissance des années cinquante (avec également une petite pique politique puisque cet antiquaire utilise ses anciens compagnons de lutte politique pour obtenir des marchandises à vil prix). Ce personnage se retrouve dans un univers kafkaïen, une enquête de police dont il ne saisit pas toujours le but ni la logique, où il se sent sondé jusqu’au plus profond de lui-même, un pion dans une machinerie qui peut l’emmener au bord de la folie. Les décors sont remarquablement bien utilisés dans ce sens : les pièces sont petites avec de multiples portes. Assez mal connu, L’assassin est un film vraiment remarquable, servi par une écriture parfaite (2). En outre, le film a été magnifiquement restauré en 2011.
Elle:
Lui : 4  étoiles

Acteurs: Marcello Mastroianni, Micheline Presle, Cristina Gaioni, Salvo Randone
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Lire l’analyse de Frédéric Mercier sur le site DVDClassik

(1) Au cours de sa belle carrière, Tonino Guerra a écrit pour Antonioni (L’Avventura, Blow Up, etc.) , Fellini (Amarcord) et aussi Rosi, De Sica, Tarkovsky, Angelopoulos, Taviani, Bolognini, Monicelli.

(2) Bien qu’il soit tentant de rapprocher ce premier film d’Elio Petri de son bien connu Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (1970), le propos est ici assez différent, plus vaste et plus riche d’ailleurs. Le film de 1970 s’attachera surtout à dresser le portrait d’une police totalitaire et intouchable alors qu’ici, c’est un peu le portrait d’une société dans son ensemble.

17 février 2014

Clémentine chérie (1964) de Pierre Chevalier

Clémentine chérieL’usine que dirige Gaston Bellus a mis au point un nouveau tissu extensible révolutionnaire pour fabriquer des maillots de bains à taille unique qui, en outre, laissent passer les rayons du soleil… Clémentine chérie est inspiré des dessins humoristiques de Jean Bellus, ce célèbre illustrateur des années cinquante et soixante qui mettait en scène une famille française moyenne-supérieure. C’est aussi ici le cas dans cette histoire totalement farfelue. L’humour est bon enfant avec juste une petite pointe d’humour légèrement osé Bellus (pour l’époque du moins… on peut voir quelques jeunes femmes en petite tenue). L’humour est assez inégal mais il y a quelques bons dialogues et le meilleur vient de certains seconds rôles : parmi la brochette d’acteurs qui font une petite apparition, les plus savoureux sont certainement Michel Galabru en inventeur fou, Jacques Dufilho en bonne espagnole et Michel Serrault en huissier particulièrement consciencieux…
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Pierre Doris, Adrienne Servantie, France Anglade, Philippe Noiret, Michel Galabru, Jacques Dufilho
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Autres acteurs connus dans les seconds rôles :
Jean Tissier, Michel Serrault, Mischa, Noël Roquevert, Francis Blanche, Jean Richard et même… Guy Lux. Le jeune rocker qui fait une apparition lors de la soirée est Dany Logan. La chanteuse du groupe de twist est l’italienne Rita Pavone.

Remarque :
Ne pas confondre ce film avec Caroline Chérie, ce film historique de Richard  Pottier (1951) qui propulsa Martine Carol au rang de star.

15 février 2014

Allô… brigade spéciale (1962) de Blake Edwards

Titre original : « Experiment in Terror »
Autre titre (UK) : « The Grip of Fear »

Allô... brigade spécialeAlors qu’elle rentre chez elle, Kelly Sherwood est agressée dans son garage par un homme dont elle ne voit pas le visage qui la menace de représailles si elle n’accepte pas de voler pour lui une grosse somme d’argent dans la banque où elle travaille… Avant Allô… brigade spéciale, Blake Edwards n’avait réalisé que des comédies. Pour sa première production indépendante, il choisit toutefois un genre qui lui tient tout autant à coeur : le policier. Il s’attache à créer une atmosphère et ce dès le tout début du film, dans cette première scène du garage, assez oppressante où s’installent des rapports très particuliers entre le bourreau et sa victime. L’ensemble montre beaucoup de style, impression encore accentuée par la superbe photographie en noir et blanc assez contrasté. La musique de Henry Mancini est superbe (notamment celle du générique). Allô… brigade spéciale a paru trop sophistiqué aux yeux de certains. C’est pourtant l’un des plus beaux films du réalisateur : plus que dans tout autre, il fait montre d’un style assez remarquable tout en donnant une grande importance à l’histoire.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Glenn Ford, Lee Remick, Stefanie Powers, Ross Martin
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Remarques :
* Il semble assez évident que le film Allô… brigade spéciale a influencé David Lynch. Il est d’ailleurs difficile de ne pas penser à ce réalisateur dès la fin du générique quand on voit ce superbe panneau indicateur « Twin Peaks » en gros plan (c’est le nom du quartier de San Francisco où habite la victime). Le style et l’atmosphère sont assez proches. On pourra remarquer aussi certaines similitudes entre la scène du garage et une scène de Sailor et Lula.
* Le scénario est l’adaptation du livre « Operation Terror » de Mildred et Gordon Gordon. Le couple a écrit lui-même l’adaptation.
* Le film est l’un des rares films avec Ross Martin, acteur qui a beaucoup tourné pour la télévision et qui est très célèbre pour être l’Artemus Gordon des Mystères de l’Ouest.

12 février 2014

Hatari! (1962) de Howard Hawks

Hatari!Au Tanganyika (actuelle Tanzanie), Sean Mercer est à la tête d’un petit groupe de chasseurs. Ils capturent toutes sortes d’animaux vivants pour les expédier ensuite dans les zoos… Hatari! (mot qui signifie « danger » en swahili) est adapté d’une histoire écrite par Harry Kurnitz. Il n’a pas de scénario très élaboré mais il se révèle assez passionnant car il nous met au coeur de l’action et nous fait partager la vie de ces hommes qui affrontent le danger de façon professionnelle et calculée. Howard Hawks a abordé tous les genres (c’est son premier et seul film animalier) mais on retrouve souvent au centre de ses films un petit groupe d’hommes, très disparate mais fortement soudé. C’est le cas ici. Il faut être un peu indulgent (car Hatari! est bourré de clichés et légèrement machiste) mais les aspects documentaires du film le rendent particulièrement intéressant. La mise en scène est, comme toujours avec Hawks, parfaite. La grande majorité des scènes d’action ont été tournées par les acteurs eux-mêmes et non par des doublures. La photographie est très belle et la musique est signée Mancini. Hatari! connut un très grand succès à sa sortie.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: John Wayne, Hardy Krüger, Elsa Martinelli, Red Buttons, Gérard Blain, Bruce Cabot, Michèle Girardon
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Remarques :
L’homme qui passe en arrière-plan pendant que Pockets lit la lettre vers la fin du film est Howard Hawks. Le réalisateur apparaît également peu avant, dans la scène de capture du rhinocéros, debout à l’arrière du camion sur la droite, il porte un chapeau.

10 février 2014

La Ricotta (1963) de Pier Paolo Pasolini

Titre original : « RoGoPaG »

RogopagStacci est un miséreux qui a décroché un rôle de figuration dans un film sur la Passion. Il doit faire le bon larron. Après avoir donné son panier-repas à sa famille, il est tenaillé par la faim et doit ruser pour chercher à manger sous les quolibets des autres membres de l’équipe… La Ricotta (ou Le Fromage blanc en français) est l’un des quatre sketches du film Rogopag, titre formé avec le début des noms de ses quatre réalisateurs : Rossellini, Godard, Pasolini et Gregoretti. Les trois autres sketches sont généralement jugés comme étant assez mineurs mais celui de Pasolini est resté dans l’histoire du cinéma. Il fit effectivement grand scandale à l’époque, le film fut mis sous séquestre et Pasolini fut condamné à quatre mois de prison avec sursis pour « offense à la religion d’Etat ». Pourtant, ce n’est pas à la religion que s’en prend Pasolini dans ce film de 35 minutes. Il s’en prend assez durement à une classe de gens qui se prétendent artistes, vont s’esbaudir devant une scène de la Passion (jouée bien piètrement) mais restent aveugles à la misère toute proche d’eux. De plus, Pasolini fait dire à son metteur en scène (interprété par Orson Welles) ce qu’il pense des italiens : « le peuple le plus analphabète et la bourgeoisie la plus ignorante d’Europe ». Rogopag Acteurs et membres de l’équipe de tournage passent leur temps à rire de tout, à danser le twist, à se moquer des autres. Assez bizarrement, Pasolini utilise lui aussi l’humour pour nous montrer comment le pauvre Stacci doit se démener pour pouvoir manger. Il est vrai que le rire nous reste ensuite en travers de la gorge et l’humour tourne alors au tragique lors de la scène de gavage. La Ricotta est un film assez féroce envers les nantis.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Orson Welles, Mario Cipriani
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Remarques :
* Le film Rogopag fut exploité sans le sketch de Pasolini sous le titre Laviamoci il cervello (Lavons-nous le cerveau).

* Originellement, les quatre sketches étaient :
1. Illibatezza (Pureté) de Roberto Rossellini avec Rosanna Schiaffino
2. Il Nuovo Mondo (Le Nouveau Monde) de Jean-Luc Godard avec Jean-Marc Bory et Alexandra Stewart
3. La Ricotta (Le Fromage blanc) de Pier Paolo Pasolini
4. Il Pollo ruspante (Le Poulet de grain) de Ugo Gregoretti avec Ugo Tognazzi