Cinq très bons amis, qui avaient formé un groupe de rock dans les années soixante dix, retrouvent leur chanteuse qui est devenue entre temps une rock-star québécoise. C’est l’occasion de se remémorer cette période de leurs vies et de faire le point, d’autant plus que l’un deux est en train d’écrire un roman fortement inspiré leurs parcours…
Coécrit par Christian Clavier et Jean-Marie Poiré, Mes meilleurs copains est une comédie douce amère sur les rêves de jeunesse. Malgré certains inévitables clichés, le climat et l’idéalisme des années soixante dix est restitué de façon amusante. Parler de « portrait d’une génération » est certainement excessif mais il y a un début de réflexion. Le manque de profondeur n’est qu’apparent. Les dialogues sont bien écrits ; l’humour n’est jamais trop appuyé et ne se forme jamais au détriment des personnages. Les acteurs se complètent bien, chacun a un jeu différent des autres. Jean-Pierre Darroussin se fit particulièrement remarquer dans son personnage d’adolescent attardé hyper-cool (« Y’a pas mort d’homme tout de même… ») Mes meilleurs copains est vraiment divertissant. Elle: Lui :
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(de g. à d.) Jean-Pierre Darroussin, Christian Clavier, Philippe Khorsand, Jean-Pierre Bacri, Gérard Lanvin et Louise Portal dans Mes meilleurs copains de Jean-Marie Poiré (photo publicitaire).
Dans une paisible vallée, une jeune coccinelle perd ses parents de vue. Surprise par un orage, elle se réfugie dans une boite à sucre abandonnée par des pique-niqueurs. La boite est découverte par un groupe de fourmis noires qui décident de la transporter mais ce trésor va attirer la convoitise d’une féroce colonie de fourmis rouges qui se lance à leur poursuite… Minuscule – La vallée des fourmis perdues est un film d’animation franco-belge, tiré du même univers créatif que la série télévisée Minuscule : La Vie privée des insectes. Le film mélange de l’animation en images de synthèse et des décors en prises de vue réelles. Il n’y a pas de dialogues parlés, seulement des bruitages : les insectes parlent entre eux avec des sons. Les déplacements sont ceux des animaux mais tout le reste, notamment leur intelligence, est anthropomorphique. La première partie est très réussie, une longue course poursuite semée d’embûches vraiment inimaginables et ponctuée de beaucoup d’humour. La seconde partie peut sembler un peu plus longue mais nous réserve des surprises. Les références cinématographiques sont nombreuses, les plus évidentes étant Star Wars, Indiana Jones, Le Seigneur des Anneaux et Psychose. La musique à la John Williams renforce l’atmosphère de grande épopée. Le film a connu un succès mérité. Elle: – Lui :
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1721. Alors que Louis XV n’a que onze ans, le Régent Philippe d’Orléans a l’idée d’un échange de princesse pour sceller la paix entre la France et l’Espagne : Louis XV épouserait l’Infante d’Espagne qui n’a alors que quatre ans et, en échange, le Régent offre sa propre fille âgée de douze ans au fils du roi d’Espagne…
Coécrit et réalisé par Marc Dugain, L’échange des princesses est l’adaptation du roman homonyme de Chantal Thomas, paru en 2013. C’est un épisode assez étonnant de l’Histoire de France surtout si on le considère avec nos yeux du XXIe siècle car cette utilisation des enfants choque aujourd’hui. Marc Dugain a su rendre ses personnages assez actuels sans trahir l’Histoire : les deux princesses nous paraissent ainsi plus contemporaines, notamment la plus âgée dans sa rébellion et ses effronteries. Le réalisateur insiste probablement un peu trop sur la décrépitude de la royauté qu’il tient à nous montrer à bout de souffle. La reconstitution est soignée. Que l’interprétation d’acteurs comme Olivier Gourmet ou Lambert Wilson soit très professionnelle, cela ne surprend guère ; la surprise vient du jeune Igor van Dessel en Louis XV, très étonnant par la concentration de son jeu. En revanche, les deux princesses paraissent un peu trop âgées pour leur rôle. Le principal défaut du film est de ne pas explorer plus profondément les raisons politiques de cet échange, restant sur le simple aspect « ahurissant » de ces évènements, mais l’ensemble est assez réussi. Elle: Lui :
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François est un jeune menuisier heureux qui aime sa femme. Il aime aussi la nature et ses amis. Lorsqu’il rencontre Emilie, une jeune postière, et qu’il en tombe amoureux, il voit là une occasion d’ajouter du bonheur à son bonheur…
Troisième long métrage écrit et réalisé par Agnès Varda, Le Bonheur fit grand scandale à sa sortie et fut interdit aux moins de 18 ans car il montrait l’adultère sans réprobation. Débarrassés de ces considérations morales un demi-siècle plus tard, il nous reste un film plein de vie, joyeux et très beau. Agnès Varda explore la notion de bonheur qu’elle déconnecte des conventions sociales ou morales. « Ce n’est pas le mariage qui mène au bonheur, c’est le bonheur qui mène au mariage » semble-t-elle vouloir nous dire. La réalisatrice montre beaucoup d’inventivité dans ses cadrages et surtout une recherche esthétique et picturale qui est particulièrement visible. De très nombreux plans évoquent des natures mortes ou même des tableaux impressionnistes. Son utilisation des couleurs est enthousiasmante, ses talents de photographe sont manifestes. C’est un régal pour les yeux. Jean-Claude Drouot sait restituer toute la candeur de son personnage. L’acteur joue ici avec sa femme et ses enfants ce qui contribue à la sensation de naturel. Le film a été restauré en 2014, rendant ainsi justice à ses qualités esthétiques. Les couleurs, notamment, sont magnifiques. Elle: Lui :
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Marie-France Boyer et Jean-Claude Drouot dans Le Bonheur de Agnès Varda.
Remarques :
* Jean-Claude Drouot était alors le héros de la série TV Thierry La Fronde (1963-1966). Il bénéficiait d’un immense capital de sympathie, y compris auprès des très jeunes enfants, ce qui a certainement exacerbé les oppositions au film d’Agnès Varda.
* L’interdiction aux moins de 18 ans n’a été levée qu’en 2006, lors d’une ressortie au cinéma Saint-André-des-Arts.
* Finalement, le plus étonnant dans ce film d’Agnès Varda est que le propos ne soit pas plus féministe : c’est le bonheur de l’homme qui importe, il est censé déteindre sur le bonheur de la femme… Il faut toutefois garder à l’esprit que nous sommes en 1965. Le propos d’Agnès Varda ne se situe d’ailleurs pas sur le plan homme/femme, la réalisatrice nous incite à réfléchir sur le lien entre bonheur et morale. « Faut-il se cacher pour être heureux? » C’est ce genre de question qu’elle pose.
Pour tenter de relancer son couple, un homme fait venir sa femme dans le quartier de son enfance : le quartier de pêcheurs de la Pointe Courte à Sète. Ils s’interrogent sur la profondeur de leur amour…
Âgée de 26 ans, la jeune Agnès Varda se lance dans la réalisation d’un long métrage sans aucune connaissance particulière, en ayant vu auparavant à peine une dizaine de films. La Pointe Courte comporte deux aspects distincts : la description presque documentaire de la vie d’un quartier de pêcheurs qui essaie de survivre et les discussions d’un couple en crise qui essaie de se reformer. C’est la première de ces deux composantes qui est de loin la plus réussie. Avec un témoignage très brut, Agnès Varda n’est pas loin du néoréalisme italien (1), elle nous immerge dans cette communauté de pêcheurs très pauvres au sein de laquelle elle a visiblement réussi à se faire totalement accepter. En revanche, le drame au sein du couple est, il faut bien l’avouer, particulièrement ennuyeux. Silvia Monfort et le jeune Philippe Noiret, deux acteurs de théâtre sans expérience de cinéma, récitent leur texte impassiblement, sans émotion, probablement dans une intention de distanciation qui ne réussit ici qu’à nous couper des personnages. Sur le plan de l’image, la recherche esthétique est de tous les plans et l’attirance d’Agnès Varda pour la photographie est visible. Elle sait trouver de beaux plans, se montre inventive et sait exploiter tous les objets. La musique composée par Pierre Barbaud est moderne, sans doute trop intellectuelle pour le sujet. Le film n’eut aucun succès à sa sortie. Avec le recul, La Pointe Courte nous paraît une belle curiosité, un premier essai étonnant. Elle: Lui :
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Philippe Noiret et Silvia Monfort dans La Pointe Courte de Agnès Varda.
Remarques :
* Alain Resnais a assuré le montage (qui est parfait).
* La Pointe Courte a souvent été rapproché des films de la Nouvelle Vague. Sous certains aspects, on peut en effet le voir comme un film annonciateur de la Nouvelle Vague.
* Agnès Varda connaissait Sète pour y avoir passé une partie de son adolescence pendant la guerre.
* Silvia Monfort et le jeune Philippe Noiret étaient alors acteurs au TNP où Agnès Varda travaillait comme photographe.
(1) Dans le néoréalisme, le film fait surtout penser à La Terre Tremble de Visconti (1948).
Agnès Varda sur le tournage de La Pointe Courte
(l’image a servi de base pour l’affiche du Festival de Cannes 2019).
Bécassine est née dans une ferme bretonne très pauvre, un jour où des bécasses survolaient le village. Devenue adulte, sa naïveté d’enfant reste intacte. Elle rêve de rejoindre Paris mais sa rencontre avec Loulotte, un petit bébé adopté par la marquise de Grand-Air, va bouleverser ses plans… Bécassine est un personnage de bande dessinée, créé en 1905 par Jacqueline Rivière et le dessinateur J.P. Pinchon ; le scénariste Caumery continuera à faire vivre le personnage à partir de 1913 jusqu’à sa mort en 1941 et donnera au personnage toute sa coloration bretonnante. Avant cette adaptation, Bécassine avait été porté par deux fois au grand écran, sans grande réussite. Bruno Podalydès, qui connaissait assez peu les albums auparavant, a choisi d’extraire parmi la trentaine d’albums existants des personnages et des scènes, pour se concentrer sur l’esprit général. Sa Bécassine n’est pas stupide, loin de là, elle est inventive et très enthousiaste. Les personnages secondaires sont assez réussis et tous les acteurs sont parfaitement dans le ton. Hélas, l’ensemble ressemble trop à un patchwork, il manque le liant qu’un scénario plus étoffé aurait pu apporter. L’humour est bien là mais seulement par petites touches soudaines et le film n’a pas non plus la dimension poétique que pourrait engendrer son personnage. Elle: – Lui :
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Précédente adaptations : Bécassine de Pierre Caron (1940) avec Paulette Dubost Bécassine, le trésor viking dessin animé de Philippe Vidal (2001) avec la voix de Muriel Robin.
Dans le train-couchettes Marseille-Paris, la jeune Bambi fait la connaissance de Daniel. Elle le fait entrer subrepticement dans son compartiment qui a une couchette de libre. Le lendemain matin, l’une des voyageuses est retrouvée morte étranglée. L’inspecteur Graziani se met sur l’affaire…
Adaptation d’un roman de Sébastien Japrisot, Compartiment tueurs est le premier long métrage de Costa-Gavras qui avait été auparavant assistant de René Clair, Jacques Demy, Jacques Becker et René Clément. Depuis le tournage de Le Jour et l’heure de Clément, il était devenu très ami avec le couple Montand-Signoret et l’acteur l’aidera beaucoup à monter son premier projet. Le plateau d’acteurs réunis ici est assez impressionnant, y compris dans les tout petits rôles, et c’est presque un jeu pour le spectateur d’aujourd’hui de mettre un nom sur tous les visages. L’histoire est assez brillante dans son idée de base, une belle variation sur le crime parfait, qui nous laisse dans le brouillard pendant la plus grande partie du film avant un dénouement un peu rapide. Le récit prend en outre la peine de bien explorer ses personnages en profondeur. Compartiment tueurs a permis à Costa-Gavras de prouver qu’il était capable de réaliser des productions plus importantes. Le film sera un succès, notamment (ce qui est toujours plus rare pour un film français) aux Etats-Unis. Elle: Lui :
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Chloé se plaint de douleurs au ventre. Les médecins lui affirmant que l’origine est certainement psychologique, elle se décide à aller consulter un psychothérapeute. Rapidement, ils tombent amoureux l’un de l’autre et s’installent ensemble. Mais elle découvre alors que son amant lui a caché une partie de son identité…
Librement adapté d’un roman de l’américaine Joyce Carol Oates, L’Amant double est présenté sous le terme un peu de racoleur de « thriller érotique ». François Ozon joue avec le thème du double maléfique pour créer une atmosphère intrigante et oppressante. Il montre beaucoup de savoir faire dans la réalisation mais beaucoup moins dans le déroulement du récit. La tension ne monte pas vraiment en intensité et le dénouement est particulièrement décevant, même un peu grotesque. Avec tous ses effets assez gratuits, l’ensemble paraît bien superficiel, du moins à nos yeux car le film a su séduire une partie de la critique. Elle: Lui :
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Au début du XIXe siècle, en Cornouailles (Angleterre), un garçon de 15 ans est enfermé dans un terrible orphelinat où les enfants vivent comme des bagnards. L’adolescent est fasciné par les histoires du pirate Black Mór que lui conte un vieux professeur. Bien décidé à parcourir les mers, il parvient à s’échapper…
Écrit et réalisé par Jean-François Laguionie, L’île de Black Mór a d’abord été un roman. Inspirée des récits de Joseph Conrad et de Robert Louis Stevenson, c’est une de ces histoires de rêves d’enfants, de rêves de grandes aventures. Le projet de le transposer à l’écran n’a pas été facile à concrétiser et c’est finalement une équipe de seulement treize personnes qui l’a mis en images. Le dessin, très épuré, évoque une bande dessinée de style ligne claire. Les couleurs aux teintes pastel sont douces. L’ensemble est sobre mais beau et assez raffiné. Pour les petits bien entendu mais aussi pour les grands… Elle: – Lui :
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Dans une calanque près de Marseille, au creux de l’hiver, Angèle, Joseph et Armand, se rassemblent autour de leur père devenu aphasique à la suite d’une attaque. Angèle n’est pas retournée dans la maison d’enfance depuis 20 ans, brisée par la mort accidentelle de sa fille Blanche. Professeur à la retraite, Joseph est venu avec sa petite amie qui a trente ans de moins que lui. Armand continue de tenir le petit restaurant ouvrier de son père. Ils sont presque seuls en cette saison. La spéculation immobilière a fait fuir les habitants…
Ecrit et réalisé par Robert Guédiguian, La Villa est presque un huis-clos familial puisqu’il se déroule sur quelques jours en un seul lieu, isolé et magnifique. Comment rester fidèle à ses idéaux de jeunesse ? On peut accuser le réalisateur de ressasser les mêmes thèmes mais ses personnages ont une telle profondeur et sont si profondément humains que son film captive et suscite moult réflexions ; et cet intérêt se manifeste sans que l’on épouse nécessairement sa vision, ce qui est remarquable. Les sexagénaires de Guédiguian sont tournés vers le passé, ils ne se définissent que par ce qu’ils ont été ou ce qu’ils ont rêvé d’être, ils s’enferment dans une nostalgie pleine de regrets qui les rongent. Les trentenaires sont un peu caricaturés et ne trouvent grâce à ses yeux que lorsqu’ils perpétuent une tradition qui se perd. Le réalisateur tourne avec des acteurs qu’il connait bien, une famille fidèle, qui restitue bien tout l’humanisme du propos. Elle: Lui :
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* Le film a été tourné dans la calanque de Méjean, une dizaine de kilomètres à l’ouest de Marseille.
* Le flashback montrant les trois frères et sœurs plus jeunes dans une DS est un extrait de Ki Lo Sa ? (1986) de Robert Guédiguian (c’est l’avantage de tourner toujours avec les mêmes acteurs… ;-).
* Robinson Stévenin (le jeune pêcheur) est le fils de Jean-François Stévenin.
Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan dans La Villa de Robert Guédiguian.
Anaïs Demoustier et Jean-Pierre Darroussin dans La Villa de Robert Guédiguian.