8 juillet 2019

La Pointe Courte (1955) d’ Agnès Varda

La Pointe-CourtePour tenter de relancer son couple, un homme fait venir sa femme dans le quartier de son enfance : le quartier de pêcheurs de la Pointe Courte à Sète. Ils s’interrogent sur la profondeur de leur amour…
Âgée de 26 ans, la jeune Agnès Varda se lance dans la réalisation d’un long métrage sans aucune connaissance particulière, en ayant vu auparavant à peine une dizaine de films. La Pointe Courte comporte deux aspects distincts : la description presque documentaire de la vie d’un quartier de pêcheurs qui essaie de survivre et les discussions d’un couple en crise qui essaie de se reformer. C’est la première de ces deux composantes qui est de loin la plus réussie. Avec un témoignage très brut, Agnès Varda n’est pas loin du néoréalisme italien (1), elle nous immerge dans cette communauté de pêcheurs très pauvres au sein de laquelle elle a visiblement réussi à se faire totalement accepter. En revanche, le drame au sein du couple est, il faut bien l’avouer, particulièrement ennuyeux. Silvia Monfort et le jeune Philippe Noiret, deux acteurs de théâtre sans expérience de cinéma, récitent leur texte impassiblement, sans émotion, probablement dans une intention de distanciation qui ne réussit ici qu’à nous couper des personnages. Sur le plan de l’image, la recherche esthétique est de tous les plans et l’attirance d’Agnès Varda pour la photographie est visible. Elle sait trouver de beaux plans, se montre inventive et sait exploiter tous les objets. La musique composée par Pierre Barbaud est moderne, sans doute trop intellectuelle pour le sujet. Le film n’eut aucun succès à sa sortie. Avec le recul, La Pointe Courte nous paraît une belle curiosité, un premier essai étonnant.
Elle: 3 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Philippe Noiret, Silvia Monfort
Voir la fiche du film et la filmographie de Agnès Varda sur le site IMDB.
Voir les autres films de Agnès Varda chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Agnès Varda

La Pointe-CourtePhilippe Noiret et Silvia Monfort dans La Pointe Courte de Agnès Varda.

Remarques :
* Alain Resnais a assuré le montage (qui est parfait).
* La Pointe Courte a souvent été rapproché des films de la Nouvelle Vague. Sous certains aspects, on peut en effet le voir comme un film annonciateur de la Nouvelle Vague.
* Agnès Varda connaissait Sète pour y avoir passé une partie de son adolescence pendant la guerre.
* Silvia Monfort et le jeune Philippe Noiret étaient alors acteurs au TNP où Agnès Varda travaillait comme photographe.

(1) Dans le néoréalisme, le film fait surtout penser à La Terre Tremble de Visconti (1948).

La Pointe-CourteLa Pointe-Courte

Agnès Varda sur le tournage de La Pointe Courte
(l’image a servi de base pour l’affiche du Festival de Cannes 2019).

16 commentaires sur « La Pointe Courte (1955) d’ Agnès Varda »

  1. La dernière photo a servi de base à l’affiche du Festival de Cannes 2019, certes… en effaçant Agnès Varda !

    Je suis étonné que cette affiche n’ait pas suscité davantage de réaction scandalisées, car je trouve le procédé doublement odieux. D’abord transformer une photo en supprimant la personne qui était quand même au pilotage du film concerné, ensuite supprimer une femme pour ne laisser que deux hommes (comme par hasard : c’est marrant – si j’ose dire car ce n’est pas drôle du tout – mais c’est toujours dans ce sens-là, toujours, toujours).

    Après l’affiche 2017 où la silhouette de Claudia Cardinale avait été retouchée pour l’amincir (!!!), ce qui était quand même un pur délire inacceptable, l’affiche 2019 a carrément effacé une réalisatrice pour ne laisser que deux hommes. Dans le genre affiches basées sur d’anciennes photos, le festival de Cannes enchaîne quand même les abjections machistes, c’est ahurissant. Une fois, c’est une (insupportable) erreur. Deux fois, ce n’est certainement plus une erreur, c’est une ignominie assumée.

  2. Euh… La jeune femme qui a été effacée est la scripte (on la voit aussi sur la photo de droite, derrière Agnès Varda).
    L’affiche a été choisie pour faire un hommage à Agnès Varda, ils n’allaient pas l’effacer…

    La scripte s’appelle Jeanne Vilardebó…
    Détail amusant : je viens de voir que l’assistant qui sert d’escabeau s’appelle Carlos Vilardebó.
    [Edit 11/07 : Non , en fait il s’agit de Louis Stein !]
    Ils sont donc probablement mari et femme… Carlos Vilardebó est d’ailleurs lui-même réalisateur : IMDB le crédite de 33 réalisations entre 1948 et 2004, des courts, documentaires pour la plupart et un seul long métrage (une adaptation d’une des nouvelles de Les Îles enchantées d’Herman Melville). Il a même été primé à Cannes en 1961 ! Palme d’Or du court métrage pour son film La Petite Cuillère.

  3. Au temps pour moi, je viens de mieux regarder la photo – et vous pouvez même effacer mon dernier commentaire.

    Je maintiens et réaffirme mon indignation de voir que dans cette situation la femme est effacée tandis que l’homme reste (des deux « personnages secondaires »), mais en effet il ne reste pas 2 hommes sur la photo puisque c’est Agnès Varda qui manie la caméra. Et Lutin n’avait pas tort. Occupé à remarquer l’absence inadmissible de la scribe, je n’avais pas vraiment porté attention au haut de la photo. Voilà comment, par une erreur sur un aspect extérieur à l’indignation (car que ce soit Varda en haut ou que ce soit un homme ne change rien à l’effacement de la scribe et au maintien de l’assistant), l’on se tire une balle dans le pied en donnant aux rieurs un prétexte à escamoter la question.

  4. Merci Jacques C. de vous inquiéter de ma santé mentale. Pour l’instant, personne ne s’est plaint (pourvu que ça dure)! Sinon, je suis d’accord avec vous : on se demande pourquoi ils n’ont pas effacé l’assistant. Cela aurait donné à Agnès Varda un petit air aérien du meilleur effet.

  5. Il faudrait d’interroger sur les raisons de cette « suppression ».
    Avant de s’indigner à tout va, et de crier au machisme, cette décision n’a t-elle pas été prise par … une femme ? Et dans ce cas, une femme est-elle susceptible de se voir accuser de « machisme » ?
    Cette suppression n’est-elle pas par ailleurs tout simplement due à un choix esthétique, les deux personnages subsistant étant tous les deux les plus centrés sur la photographie d’origine et le but étant de rendre avant tout hommage à la réalisatrice ?

  6. Je suis taquin, bien sûr, puisque l’auteure de l’affiche est Flore Maquin, jeune et dynamique directrice artistique que l’on ne peut guère soupçonner de velléités discriminatoire à l’endroit des femmes.
    … Sans compter que le plus choquant dans l’affaire pourrait bien être le sort que subit cet homme réduit à la fonction somme toute humiliante d’escabeau, d’objet … C’est en tout cas cela qui m’a tout de suite interpellé en regardant la photo.
    Mais est-ce bien Carlos Vilardebó, et non pas le directeur de la photographie Louis Stein ? J’ai un gros doute sur le sujet.

  7. Oui, vous avez tout à fait raison. Il s’agit de Louis Stein.
    En fait, peut-être était-il juste en train de montrer le cadrage à Agnès Varda avant de tourner le plan… car lui, monté sur la caisse, devait arriver jusqu’à l’oeilleton. 😉

    Probablement, Carlos Vilardebó est plutôt l’homme qui tient le projecteur sur la photo de droite.

  8. C’est sans doute cela. Ouf ! Tout est bien qui finit bien, dans ce cas ! Tout soupçon de misandrie semble ainsi devoir être définitivement écarté dans cette affaire, puisque motivée par le seul amour du 7ème art et celui du travail bien fait ! On l’a donc échappé belle, et le scandale est ainsi évité, qui n’aurait pas manqué de rejaillir sur la réputation de cette femme de talent qu’était Agnès Varda.

  9. Tout le monde, je suppose, hormis quelques étourdis, avait reconnu la cinéaste juchée sur un dos solide dans cette très amusante et acrobatique photo montage pour l’affiche de Cannes 2019. Elle est courte la pointe (d’humour) mais elle est bonne (la photo)

  10. Absolument, Garnier, et par ailleurs, concernant l’affaire des retouches à la photo originale de la superbe Claudia Cardinale, à laquelle Jacques C faisait allusion, voici la réaction de l’intéressée : «Il s’agit d’une affiche, qui au-delà de me représenter, représente une danse, un envol. Cette image a été retouchée pour accentuer cet effet de légèreté et me transpose dans un personnage rêvé; c’est une sublimation (…) Le souci de réalisme n’a pas lieu d’être ici, et, féministe convaincue, je n’y vois aucune atteinte au corps de la femme».
    Tout commentaire supplémentaire serait , à mon sens, totalement superflu, les paroles de l’intéressée se suffisant à elles-mêmes pour démontrer le caractère vain de ce type de polémiques, fréquemment initiées, sous couverts de bons sentiments, dans le seul but de faire le « buzz » et de vendre du papier, ou de doper les audiences. On est là bien loin de l’amour du cinéma, et c’est dommage que trop de gens s’y laissent prendre.
    Mais c’est aussi là l’une des conséquences du « politiquement correct », lequel, comme l’a dit le sociologue Raymond Boudon, « résulte en réalité de la tyrannie des minorités. On le vérifie à ce que, sur bien des sujets, le politiquement correct heurte en réalité l’opinion. Car il est le fait davantage de minorités actives et de groupes d’influence que de l’opinion elle-même. »
    On en a ici deux exemples bien concrets, dont celui de Claudia me semble le plus parlant, l’intéressée, femme talentueuse et de caractère, renvoyant dans les cordes les auto-proclamés gardiens du temple d’un soit disant féminisme, auxquels elle n’avait rien demandé.
    En résumé, j’aurais tendance à faire miennes les paroles de l’historien américain Jacques Barzun, lequel disait : « le politiquement correct ne proclame pas la tolérance ; il ne fait qu’organiser la haine. »

  11. Puisque fred vient, comme trop souvent, « mettre le bazar » (j’ai remplacé par cette formule politiquement correcte une formule plus sèche dont il n’aurait pas manqué de s’indigner, bien sûr, comme tout râleur qui ne voit midi qu’à sa porte), il me faut bien revenir.

    Si vous ignorez que Claudia Cardinale n’a fait cette déclaration que dans un but diplomatique, vous êtes bien naïf.

    Et si vous niez que le mécanisme social et symbolique qui conduit à adapter le corps d’une femme à des standards esthétiques d’une époque est un mécanisme profondément machiste, vous êtes pathétique.

    Que j’aie fait erreur (partielle) sur la photo d’Agnès Varda (où, de deux personnages secondaires, c’est bien sûr la femme seule qui a été effacée, mais passons) ne vous autorise pas à sortir des poncifs masculinistes bien gras. La retouche de la photo de Claudia Cardinale n’a pas fait réagir « pour vendre du papier » mais tout simplement parce que les mécanismes anthropologiques du masculinisme commencent enfin à devenir criants, visibles et (à juste titre) dénoncés.

  12. Jacques C, vous confondez « politiquement correct » et politesse, ce qui n’est finalement pas très étonnant de votre part.
    Je dois avouer que vous m’avez fait bien rire, surtout avec votre « Je maintiens et réaffirme mon indignation de voir que dans cette situation la femme est effacée tandis que l’homme reste (des deux « personnages secondaires »), mais en effet il ne reste pas 2 hommes sur la photo puisque c’est Agnès Varda qui manie la caméra. » Succulent !
    Je croyais que vous étiez démuni d’humour, et bien je me suis trompé, veuillez accepter mes excuses ! Ce n’était pas volontaire ?
    Vous m’excuserez par ailleurs de nouveau, mais j’ai autre chose à faire ce dimanche que de lire vos inepties prétentieuses au sujet d’une œuvre que vous n’avez probablement jamais visionnée, comme à chaque fois qu’on vous demande de donner un avis sur un film.
    Bien le bonsoir chez vous et au plaisir de ne plus vous lire sur ce sujet, afin de ne pas encombrer ce blogue de propos polluants.

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