Mavie vient d’arriver à Paris. Une amie l’héberge temporairement. Répondant à une annonce proposant un studio, elle rencontre Georges, libraire au Quartier Latin depuis quarante ans. Solitaire, comme caché dans sa boutique où personne ne vient, Georges l’intrigue et la fascine… Drôles d’oiseaux est le deuxième film réalisé par Élise Girard. Elle en a écrit le scénario avec Anne-Louise Trividic (qui a notamment travaillé avec Patrice Chéreau). L’histoire est très originale, pleine de charme, dotée d’une touche de poésie. C’est une histoire d’amour assez inattendue avec de petits détails cocasses et une certaine vision de Paris. Le film nous permet de mieux découvrir Lolita Chammah, la fille d’Isabelle Huppert, et de retrouver avec grand plaisir Jean Sorel qui n’avait pas tourné de longs métrages depuis bien longtemps. Certes il paraît inévitable de qualifier Drôles d’oiseaux de « petit film », mais c’est un petit film très réussi. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Jean Sorel et Lolita Chammah dans Drôles d’oiseaux de Élise Girard.
Homonymes : Drôles d’oiseaux de Peter Kassovitz (1993) avec Bernard Giraudeau. Drôles d’oiseaux (The Big Year) de David Frankel (2011) avec Steve Martin. Drôles d’oiseaux, film d’animation sud-africain réalisé par Wayne Thornley (2012).
Après avoir manqué de peu son passage en seconde année, Antoine entame sa première année de médecine pour la troisième fois. Il fait la rencontre de Benjamin qui arrive directement du lycée. Ils entament ensemble cette année de travail intense…
Après Hippocrate (2014) et Médecin de campagne (2016), l’ex-médecin Thomas Lilti poursuit sa trilogie sur la médecine avec Première année. Le réalisateur confie : « Je voulais raconter la violence et l’épreuve que sont ces grands concours qui déterminent toute une vie. Cette première année de médecine, complètement folle où on ne vit plus que pour quelques heures dans un centre d’examen, je l’ai vécue. » Il ajoute que son propos va au-delà du seul domaine de la médecine, il désire pointer « l’hyper compétition dans laquelle notre époque nous oblige à vivre ». La démarche est presque documentaire, particulièrement descriptive, nous plongeant dans un univers dont on n’a qu’entendu parler (du moins pour la plupart d’entre nous qui ne sommes pas médecin). De façon plus ou moins habile, le cinéaste fait énoncer des réflexions plus larges, mais un peu vagues, par des personnages secondaires. Le duo d’acteurs, Vincent Lacoste et William Lebghil, fonctionne parfaitement. Le film est intéressant. Elle: Lui :
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Isabelle et Gérard, un couple séparé de longue date, se retrouvent dans un hôtel proche de la vallée de la Mort aux États-Unis. Leur fils Michael s’est suicidé six mois auparavant et leur a demandé par lettre de se rendre ensemble dans ce lieu à cette date, promettant de leur apparaître. Malgré l’absurdité de la situation, ils décident de suivre le programme initiatique imaginé par Michael. Chaque jour, ils doivent aller dans l’un des lieux emblématiques de l’endroit…
Ecrit et réalisé par Guillaume Nicloux, Valley of Love est un film assez particulier. Son histoire est assez étrange mais sa petite coloration surnaturelle n’est que secondaire. Le point central, ce sont les retrouvailles de ce couple séparé depuis plus de vingt ans. Sans règlement de comptes, ils font le bilan de leur vie et ont des façons très différentes de faire le deuil de ce fils qu’ils n’ont pas assez connu. Les dialogues sont écrits avec sensibilité et justesse. Il est étonnant de voir une discussion démarrée sur des banalités se terminer sur des réflexions bien plus profondes. Le film est porté par deux très grands acteurs qui se retrouvent pour la première fois depuis 35 ans (1). Guillaume Nicloux entretient une petite ambigüité sur leur proximité avec leurs personnages (mêmes prénoms, même profession d’acteur, perte d’un fils, même lieu de naissance). Il sait exploiter aussi la corpulence de Depardieu en parallèle des chaleurs extrêmes de l’endroit. Un film atypique. Elle: Lui :
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(1) Isabelle Huppert et Gérard Depardieu n’avaient pas joué ensemble depuis Loulou de Maurice Pialat en 1980, dans lequel ils avaient les deux rôles principaux. Avant cela, il y avait eu Les Valseuses de Bertrand Blier (1974) mais Isabelle Huppert n’y avait qu’une courte scène.
Gérard Depardieu et Isabelle Huppert dans Valley of Love de Guillaume Nicloux.
Gérard Depardieu et Isabelle Huppert dans Valley of Love de Guillaume Nicloux.
En 1938, après l’arrivée des troupes d’Hitler en Autriche, Franz Jägerstätter est le seul de son village St. Ragedund (proche de Braunau am Inn, ville natale d’Adolf Hitler) à s’opposer au régime nazi allemand. Il refuse ensuite catégoriquement de combattre pour le Troisième Reich et devient objecteur de conscience…
Ecrit et réalisé par Terrence Malick, Une vie cachée est un film biographique d’une durée de trois heures sur l’objecteur de conscience autrichien Franz Jägerstätter, aujourd’hui vénéré comme bienheureux et martyr par l’Église catholique. Terrence Malick mêle de nouveau une certaine religiosité avec une célébration de la nature. Au-delà du propos qui nous fait découvrir le parcours de cet homme peu connu et qui lui rend hommage, on peut se laisser doucement submerger par tout un ensemble de sensations avec aussi l’impression de pénétrer les personnages. Le bain de nature de la vie au village est tout en contraste avec le monde dictatorial et militaire qui s’impose à tous. A l’opposé, on peut trouver le film très long, emphatique et être gêné par le parti-pris d’utiliser une focale très courte qui déforme constamment décors et visages. Le film a été plutôt bien reçu par la critique. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* En juin 2007, le pape Benoît XVI a autorisé la Congrégation pour la cause des saints à publier un décret reconnaissant Jägerstätter comme martyr. Celui-ci a été béatifié à la cathédrale de Linz le 26 octobre 2007, jour de la fête nationale autrichienne.
* La citation à la fin du film est tirée de la dernière phrase du roman Middlemarch de George Eliot. Considéré comme le chef-d’oeuvre de cet auteur britannique, le livre retrace l’histoire d’une petite ville à l’époque victorienne. Voici l’extrait : « … car le bien croissant du monde dépend en partie d’actes non historiques ; et si les choses ne vont pas pour vous et moi aussi mal qu’elles auraient pu aller, nous en sommes redevables en partie à ceux qui ont vécu fidèlement une vie cachée et qui reposent dans des tombes délaissées. » (Extrait du dossier de presse)
* Après la Seconde Guerre mondiale, Franz Jägerstätter fut en effet largement oublié. Ce n’est qu’en 1964 que le sociologue américain Gordon Zahn publie une biographie qui le fait connaître.
August Diehl et Valerie Pachner dans Une vie cachée (A Hidden Life) de Terrence Malick.
Le film a été tourné avec des focales de 11mm et 16mm…
August Diehl dans Une vie cachée (A Hidden Life) de Terrence Malick.
Manuel et Driss ont grandi comme deux frères inséparables dans la même cité. Mais aujourd’hui tout les oppose. Manuel est à la tête d’un trafic de drogue, alors que Driss est devenu flic, à la brigade des stupéfiants. Lorsque Manuel va être accusé de meurtre, il va devoir se tourner vers son ancien ami… Frères ennemis est un film français réalisé par David Oelhoffen. Il s’agit de son troisième long métrage après Nos retrouvailles (2007) et Loin des hommes (2013, librement adapté d’une nouvelle d’Albert Camus). Il s’agit d’un polar assez singulier dans le sens où le cinéaste s’est attaché à donner une belle épaisseur à ses personnages. Il a pu ainsi s’écarter quelque peu des clichés habituels et enrichir le propos. Il est servi par la très belle prestation des deux acteurs principaux, Matthias Schoenaerts et Reda Kateb qui apportent une indéniable intensité à l’ensemble. La mise en scène est vive et efficace, avec une bonne utilisation de la caméra à l’épaule. Elle: – Lui :
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À Naples, au cours du XXe siècle, Martin Eden est un jeune marin issu d’un milieu pauvre. Lors d’une rixe, il défend un jeune homme. Celui-ci, issu de la classe aisée, l’invite chez lui à dîner pour le remercier. À cette occasion, Martin rencontre sa sœur Elena dont il tombe amoureux. Ebloui, Martin décide de s’instruire…
Ce film de l’italien Pietro Marcello est une libre adaptation du roman Martin Eden de Jack London, roman qui sans être autobiographique présente des similitudes avec la propre vie de l’écrivain. L’histoire est transposée de Californie à Naples et l’époque devient le milieu du XXe siècle. Le cinéaste la laisse volontairement imprécise afin de mieux inscrire son héros dans les grandes mutations politiques et sociales. Le récit peut toutefois sembler un peu confus parfois sur ce plan. (Le roman de Jack London était une critique de l’individualisme mais, à la surprise de l’écrivain, le public prit son personnage comme une sorte de héros libertarien. Est-ce cela que le cinéaste a voulu traduire ?) Le film est un peu moins réussi dans sa dernière partie où le sentiment du héros de trahir ses origines s’exprime de façon brouillonne. Et que dire du final sur la plage (d’Ostie !?), hommage maladroit à Fellini ? Malgré ces quelques défauts, Pietro Marcello est parvenu à restituer toute la richesse et surtout toute la force du roman, un récit puissant et édifiant. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Luca Marinelli et Denise Sardisco dans Martin Eden de Pietro Marcello.
Les adaptations de Martin Eden au cinéma :
1914 : Martin Eden de Hobart Bosworth
1918 : Pas né pour l’argent (Nye dlya deneg radivshisya) du russe Nicandre Tourkine
1942 : The Adventures of Martin Eden de Sidney Salkow avec Glenn Ford et Claire Trevor
2019 : Martin Eden de Pietro Marcello
À la fin des années 1880, la guerre des courants oppose les deux géants de l’électricité : Thomas Edison et George Westinghouse. Le premier est partisan de l’utilisation du courant continu alors que George Westinghouse, tout comme Nikola Tesla, préfère l’utilisation du courant alternatif… The Current War n’est pas à proprement parler un film sur Thomas Edison ou sur ses nombreuses inventions. Il se concentre sur la bataille commerciale entre deux hommes pour vendre leur système de distribution du courant dans les grandes villes américaines. Chacun des deux protagonistes s’efforce de discréditer le système de l’autre, sans qu’il y ait toutefois de malversations ou de coups bas. Certes, avec une bataille assez inattendue, le film nous fait revivre un moment important des grandes évolutions de la fin du XIXe siècle mais, en évacuant tous les aspects techniques, le scénario devient finalement assez répétitif et notre intérêt s’étiole. Elle: – Lui :
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Remarque :
* Produit par Harvey Weinstein, le film devait sortir fin 2017. La première version supervisée par le producteur fut désapprouvée par le réalisateur. A la suite de l’affaire Weinstein, les droits furent repris et le réalisateur put tourner des scènes additionnelles et remonter son film pour une sortie fin 2019. En France, il n’est pas sorti en salles.
Benedict Cumberbatch dans The Current War de Alfonso Gomez-Rejon.
Titre original : « Buñuel en el laberinto de las tortugas »
Après le scandale de son film surréaliste L’Âge d’or (1930), Luis Buñuel ne peut trouver de financement pour son prochain film. Se basant sur une thèse de Maurice Legendre, il a pour projet de tourner un court-métrage documentaire sur Les Hurdes, une région proche de la frontière portugaise, l’une des plus pauvres et les moins développées d’Espagne. Il ne peut le financer que grâce à un de ses amis qui a gagné à la loterie et ils partent à quatre pour filmer dans cette région peu accessible…
Le film d’animation Buñuel après l’âge d’or est une adaptation du roman graphique de Fermín Solís, Buñuel dans le labyrinthe des tortues sorti en 2011. C’est un récit à la fois surprenant et passionnant qui permet de saisir l’état d’esprit du jeune Luis Buñuel, alors qu’il cherchait encore sa voie cinématographique. Du surréalisme au documentaire social, le pas est grand. De toute évidence, il ne peut se satisfaire d’un regard neutre, il désire exprimer quelque chose même s’il doit forcer la réalité à se conformer à ce qu’il cherche. On le voit ainsi mettre en scène certains plans en payant les habitants. Ce récit traite essentiellement du processus de création. L’animation est sommaire, certes, mais le dessin est beau tout en restant simple. Des extraits de quelques secondes du court métrage réel sont parfois insérés lorsque certaines scènes sont reconstituées. Buñuel après l’âge d’or est bien intéressant. C’est un moyen très original de nous raconter cet épisode du parcours du cinéaste. Elle: – Lui :
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Remarques :
* Les quatre membres de l’expédition :
– Luis Buñuel
– Ramon Acin, sculpteur anarchiste qui sera fusillé en 1936 par les franquistes. Il est le producteur puisqu’il finance le tournage avec ses gains à la loterie.
– Le photographe Eli Lotar qui tient la caméra.
– Le poète Pierre Unik qui est assistant.
* Après un montage fait sans argent et peu de matériel sur une table de cuisine, Luis Buñuel aura toutes les difficultés pour montrer son court métrage de 27 minutes titré Terre sans Pain (Las Hurdes, tierra sin pan). En 1935, Pierre Braunberger donnera au cinéaste l’argent nécessaire pour le sonoriser (commentaire en voix-off sur la Symphonie nº 4 de Brahms). Interdit dans un premier temps par la censure car montrant une mauvaise image de l’Espagne, il ne pourra sortir sur les écrans espagnols qu’en 1937, après la suppression de Ramon Acin du générique. Son nom ne sera rétabli que lors de sa ressortie dans les années soixante. Luis Buñuel raconte dans ses mémoires avoir pu rendre l’argent investi aux deux filles de Ramon Acin.
Buñuel après l’âge d’or (Buñuel en el laberinto de las tortugas) de Salvador Simó.
Ancien militaire, Henry Brogan est un tueur à gages avec une solide réputation de sniper. Il travaille pour une mystérieuse agence gouvernementale, la DIA. Alors qu’il décide de prendre sa retraite après un dernier contrat, il découvre qu’il est pris pour cible et poursuivi par un mystérieux jeune agent qui lui ressemble étrangement…
Réalisé par Ang Lee, Gemini Man est un film d’action assez classique. De toute évidence, son point fort n’est pas à chercher du côté du scénario. L’histoire est surtout là pour permettre d’enchaîner des scènes d’action, certes assez efficaces. Le film est principalement remarquable en tant que prouesse technique : l’acteur Will Smith y interprète deux personnages, le second étant un clone du premier, en beaucoup plus jeune. Ce n’est pas une technique de rajeunissement du visage, déjà utilisée par Marvel, mais une recréation totale du visage rajeuni à partir d’une « capture » de l’acteur (1). Cet effet spécial est parfaitement réalisé et le résultat paraît très naturel. Que le résultat procure au spectateur des sensations inédites (comme l’a affirmé l’intense communication autour du film) est plus discutable… Elle: – Lui :
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Voir les autres films de Ang Lee chroniqués sur ce blog…
(1) En pratique, pour le personnage jeune, Will Smith retournait une même scène en studio avec deux caméras attachées à 20 cm de son visage couvert de points noirs, le but étant d’enregistrer tous les micros mouvements de la peau. Ces mouvements ont été ensuite appliqués à un visage entièrement créé par ordinateur.
Will Smith et Will Smith dans Gemini Man de Ang Lee.
L’histoire de Dick Cheney qui a réussi, sans faire de bruit, à se faire élire vice-président aux côtés de George W. Bush. Devenu l’homme le plus puissant du pays, il a largement contribué façonner un nouvel ordre mondial, notamment en poussant son pays à faire la guerre en Irak…
Après The Big Short en 2015 sur la crise financière de 2008, Adam McKay s désiré traiter une nouvelle fois d’un de ces moments-clés qui ont modifié l’histoire de son pays et du monde. Le scénario qu’il a lui-même écrit, couvre toute la vie de Dick Cheney mais le point central est de montrer comment cet homme politique, pourtant initialement peu ambitieux, a su se frayer un chemin dans les arcanes du pouvoir et s’arroger ensuite des pouvoirs bien au-delà de sa fonction. Le propos est toutefois loin d’être étayé et il est bien entendu difficile de qualifier le film d’enquête. Le ton est plutôt celui de la satire tous azimuts. Le personnage apparaît assez outré, avec une voix rave et trainante digne d’un parrain de la mafia et une grande vulgarité. Sur le plan cinématographique, Adam McKay a une approche originale et pleine d’idées de déroulement, s’appuyant sur un montage haletant qui multiplie les ruptures, bombardant le spectateur d’information, ne lui laissant aucun répit ni de place à la réflexion. Malgré ses aspects novateurs, le film nous apparaît très classique et formaté. Il n’a rencontré qu’un succès très mitigé, que ce soit aux Etats-Unis ou dans les autres pays. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)