18 octobre 2014

Samson et Dalila (1949) de Cecil B. DeMille

Titre original : « Samson and Delilah »

Samson et DalilaMille ans avant Jésus-Christ, la tribu hébraïque des Danites vit sous le joug de Philistins brutaux. Samson, un berger à la force prodigieuse, voudrait libérer son peuple mais il s’éprend de la fille d’un riche marchand philistin… Inspiré de la Bible (le Livre des Juges de l’Ancien Testament), Samson et Dalila est avec Les Dix Commandements le péplum le plus populaire de Cecil B. DeMille. C’est un film grand spectacle en couleurs dont certaines scènes (le combat à mains nues avec un lion et, bien entendu, la démolition du temple) appartiennent à la mythologie du cinéma. Sur un fond (assez récurrent dans les péplums hollywoodiens) de lutte contre le paganisme, Samson et Dalila est avant tout une histoire d’amour impossible, assez fortement chargée d’un érotisme plutôt suggestif. Samson et Dalila Hedy Lamarr, actrice surnommée « la belle femme du monde » (1), et Victor Mature sont avant tout des corps qui ont une présence phénoménale à l’écran. Hedy Lamarr incarne de façon ardente la femme fatale et George Sanders apporte une petite touche de subtilité. La mise en scène un peu statique de Cecil B. DeMille apporte une certaine solennité qui sied au récit. Samson et Dalila est un cocktail savamment dosé, ce qui lui permet d’être toujours aussi plaisant à regarder aujourd’hui.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Hedy Lamarr, Victor Mature, George Sanders, Angela Lansbury, Henry Wilcoxon
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(1) « The Most Beautiful Woman in Films ». Ce surnom lui avait été donné par Louis B. Mayer.

Samson et Dalila (Samson and Delilah)Hedy Lamarr dans Samson et Dalila (Samson and Delilah) de Cecil B. DeMille.

8 septembre 2014

Les Amitiés particulières (1964) de Jean Delannoy

Les amitiés particulièresDans la France des années 1920, Georges de Sarre, âgé de 14 ans, entre dans un pensionnat catholique tenu avec grande fermeté par des Frères jésuites. Il est attiré par le jeune Alexandre, plus jeune que lui, et les deux enfants développent une relation qui va au-delà de l’amitié…
Le roman de Roger Peyrefitte, Les Amitiés particulières, qui fit scandale à sa sortie en 1943, avait tout de suite intéressé Jean Delannoy  mais le cinéaste dût attendre 1963 pour avoir enfin les moyens de l’adapter. Le sujet ne doit plus choquer grand monde aujourd’hui : l’amitié entre ces deux enfants, qui prend la forme d’un amour platonique (billets doux et quelques petits baisers furtifs), est traitée avec beaucoup de tact et de délicatesse par Jean Delannoy et le scénariste Jean Aurenche. En revanche, le jeu des acteurs reste très figé, en total contraste avec l’émoi sentimental de ces adolescents ; il rend le film un peu ennuyeux, hélas.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Francis Lacombrade, Didier Haudepin, Louis Seigner, Michel Bouquet
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Remarques :
* La productrice Christine Gouze-Rénal n’avait accepté de produire Les Amitiés particulières qu’à la condition expresse que le scénario soit accepté par la commission de pré-censure. Cet accord fut obtenu avec même les félicitations de la commission pour le tact avec lequel ce sujet délicat était traité. La polémique commença toutefois avant même la sortie du film notamment avec un article de François Mauriac, scandalisé, dans Le Figaro Littéraire ce qui lui valut une réponse restée célèbre de Roger Peyrefitte dans la revue Arts (avril et mai 1964). Sous la pression de l’Office catholique du film, le film fut, à sa sortie, interdit au moins de 18 ans, interdiction qui sera levée quelques années plus tard. Il semble que ce qui gênait l’Eglise n’était pas tant la peinture de l’amitié si particulière entre deux adolescents mais plutôt par la démonstration de la totale mainmise des jésuites sur l’éducation des enfants et leur incapacité à empêcher le pire.

* Si Les Amitiés particulières est l’unique prestation de Francis Lacombrade, Didier Haudepin aura une carrière cinématographique bien remplie : IMDB le crédite de 42 films en tant qu’acteur, 3 films en tant que réalisateur, 8 films en tant que producteur. A noter qu’il est le frère aîné de Sabine Haudepin.

Les Amitiés particulièresDidier Haudepin et Francis Lacombrade dans Les Amitiés particulières de Jean Delannoy.

25 mai 2014

Au bout du conte (2013) de Agnès Jaoui

Au bout du conteLaura est une jeune fille qui veut croire au Prince Charmant. Quand elle voit apparaître Sandro dans une soirée de façon similaire à l’un de ses rêves, elle ne doute pas un instant avoir trouvé le grand Amour… Ecrit par Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, Au bout du conte est une amusante comédie. Toutefois, on peut se demander s’ils n’auraient pas tenté de mettre trop de choses dans un même film : il y est question d’amour donc, mais aussi et surtout de croyances (sous toutes ses formes : contes, idéalisation, voyance, religion), de l’acceptation de l’infidélité, des enfants, de l’amitié, de la recherche du bonheur… Certes, on pourra rétorquer que tout cela compose la vie, tout simplement, mais cette profusion de thèmes donne aussi une légère impression de fatras. C’est d’autant plus dommage que la qualité de l’écriture du couple Bacri/Jaoui est toujours là, avec une indéniable justesse de trait et des traits d’humour du meilleur effet. Le son des dialogues n’est pas toujours optimal, défaut aggravé par le niveau élevé de mixage de la musique, au demeurant excellente : elle est signée par Fernando Fiszbein.
Elle: 3 étoiles
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Agathe Bonitzer, Agnès Jaoui, Arthur Dupont, Jean-Pierre Bacri, Benjamin Biolay
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19 avril 2014

Les Habitants (1992) de Alex van Warmerdam

Titre original : « De noorderlingen »

Les habitantsNous sommes en 1960. Ce devait être le lotissement du bonheur, ce ne seront au final que quelques maisons plantées le long d’une rue qui ne mène nulle part. Tout autour, ce n’est qu’un vaste terrain vague à l’exception d’une petite forêt taillée au cordeau et très dense… Les Habitants a été écrit et réalisé par le hollandais Alex van Warmerdam, il s’agit de son second long métrage. Assez difficile à définir, Les Habitants est une comédie surréaliste empreinte d’un bel humour légèrement teinté de noir : insolite, baroque, fantaisiste, original, saugrenu,… tous ces adjectifs peuvent s’appliquer au film et, surtout, à ses personnages. Il y a de belles trouvailles, l’écriture est précise et on comprend aisément que la préparation ait nécessité de nombreux mois. Au-delà de l’humour, Alex van Warmerdam porte un regard sur notre faculté à vivre ensemble, il oppose le monde de l’enfance et le monde des adultes, ou plus exactement fait un parallèle entre les deux. Le réalisateur utilise l’excentricité pour mieux faire ressortir certains traits de caractère qui peuvent s’appliquer à tout un chacun. La photographie est assez belle, très épurée et aux couleurs vives. Les Habitants donne vraiment envie de découvrir les autres films de ce cinéaste néerlandais.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Jack Wouterse, Annet Malherbe, Rudolf Lucieer, Loes Wouterson
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Remarques :
* Le réalisateur Alex van Warmerdam interprète le facteur.
* Fat Willy (l’homme à la mobylette) est interprété par Theo Van Gogh, arrière petit-fils du frère du peintre, réalisateur polémiste qui a été assassiné en 2004 par un extrémiste musulman.
* Les habitants est sorti en avril 1992 aux Pays-Bas mais seulement en septembre 1995 en France. Le film a bénéficié d’une nouvelle sortie en copie numérique fin 2012.

18 avril 2014

Au-delà des collines (2012) de Cristian Mungiu

Titre original : « Dupa dealuri »

Au-delà des collinesAlina rend visite à sa grande amie Voichita. Elles ont grandi ensemble à l’orphelinat. Alina espère convaincre Voichita de quitter le petit couvent où elle est devenue nonne… L’histoire de Au-delà des collines est tirée d’un fait divers qui a ébranlé la Roumanie en 2005. Cristian Mungiu s’est inspiré de deux livres écrits par Tatiana Niculescu sur les faits et le procès qui a suivi pour élargir le propos et dresser le portrait de son pays qui sort difficilement de plusieurs décennies de communisme. Le résultat est assez remarquable car, malgré une certaine austérité, le film nous captive par la force de ses personnages et cette situation extrême d’amour impossible : les quelque 2h30 semblent passer rapidement. La perfection de la mise en scène et l’interprétation y sont certainement pour beaucoup. Le contexte de fanatisme religieux pèse de tout son poids, jusqu’à certains extrêmes, faisant alors presque basculer le film dans un autre registre et laissant le spectateur assez suffoqué par l’issue (du moins, le spectateur qui, comme moi, a l’avantage de n’avoir rien lu sur le film avant de le regarder).
Elle:
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Cosmina Stratan, Cristina Flutur, Valeriu Andriuta
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16 avril 2014

Witness (1985) de Peter Weir

Titre français parfois utilisé : « Témoin sous surveillance »

Witness: Témoin sous surveillanceDe passage dans la gare de Philadelphie, un enfant de la communauté Amish est témoin du meurtre d’un homme. Lorsqu’il découvre que des policiers sont impliqués, l’inspecteur John Book (Harrison Ford) doit se réfugier chez les Amish… Pour son premier film américain, on peut dire que l’australien Peter Weir a réussi un coup de maître : tout en adoptant l’enveloppe très hollywoodienne d’un film policier, il a su conserver une approche toute personnelle et son attrait pour les civilisations perdues ou isolées. L’idée de départ toutefois est celle du producteur Edward S. Feldman qui eut bien du mal à imposer son projet (1). L’intrigue policière est rapidement délaissée pour se concentrer sur cette communauté Amish qui vit de manière identique depuis le XVIIIe siècle. L’approche de cette vaste communauté puritaine et austère est très respectueuse, nous montrant une partie de son fonctionnement et la formidable entraide entre ses membres (superbe scène de la construction d’une grange). Leur non violence est tout en contraste avec celle du monde extérieur mais l’approche de Peter Weir n’est aucunement manichéenne : il met en parallèle plus qu’il n’oppose. Witness, c’est aussi l’histoire d’un amour impossible. Harrison Ford est remarquable. L’acteur sortait de plusieurs films à succès (Star Wars, Indiana Jones) qui l’enfermaient dans un certain type de rôles. Witness lui a permis de prouver qu’il pouvait interpréter des rôles d’une certaine profondeur. Sa présence a certainement contribué au succès populaire du film. Face à lui, Kelly McGillis montre beaucoup de sensibilité avec un visage presque angélique. Witness fut un très grand succès. Même s’il n’y a plus aujourd’hui cet aspect de la découverte d’une communauté étonnante, Witness est, trente ans plus tard, toujours aussi enthousiasmant.
Elle: 5 étoiles
Lui : 5 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Harrison Ford, Kelly McGillis, Lukas Haas, Alexander Godunov, Danny Glover
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Remarques :
* Lukas Haas, âgé de 8 ans au moment du tournage, a maintenant presque 40 ans et plus de 80 films à son actif.
* La communauté Amish n’a pas trop apprécié être propulsée ainsi sur le devant de la scène, estimant que le film donnait d’eux une image fausse. En outre, ils ont du faire face à un afflux de curieux.

(1) Initialement, Edward S. Feldman a proposé le projet à la Fox qui lui a répondu que la Fox ne faisait pas de « rural movies ». Le projet a ensuite plus ou moins fait le tour de tous les studios avant d’être accepté in extremis par la Paramount.

10 février 2014

La Ricotta (1963) de Pier Paolo Pasolini

Titre original : « RoGoPaG »

RogopagStacci est un miséreux qui a décroché un rôle de figuration dans un film sur la Passion. Il doit faire le bon larron. Après avoir donné son panier-repas à sa famille, il est tenaillé par la faim et doit ruser pour chercher à manger sous les quolibets des autres membres de l’équipe… La Ricotta (ou Le Fromage blanc en français) est l’un des quatre sketches du film Rogopag, titre formé avec le début des noms de ses quatre réalisateurs : Rossellini, Godard, Pasolini et Gregoretti. Les trois autres sketches sont généralement jugés comme étant assez mineurs mais celui de Pasolini est resté dans l’histoire du cinéma. Il fit effectivement grand scandale à l’époque, le film fut mis sous séquestre et Pasolini fut condamné à quatre mois de prison avec sursis pour « offense à la religion d’Etat ». Pourtant, ce n’est pas à la religion que s’en prend Pasolini dans ce film de 35 minutes. Il s’en prend assez durement à une classe de gens qui se prétendent artistes, vont s’esbaudir devant une scène de la Passion (jouée bien piètrement) mais restent aveugles à la misère toute proche d’eux. De plus, Pasolini fait dire à son metteur en scène (interprété par Orson Welles) ce qu’il pense des italiens : « le peuple le plus analphabète et la bourgeoisie la plus ignorante d’Europe ». Rogopag Acteurs et membres de l’équipe de tournage passent leur temps à rire de tout, à danser le twist, à se moquer des autres. Assez bizarrement, Pasolini utilise lui aussi l’humour pour nous montrer comment le pauvre Stacci doit se démener pour pouvoir manger. Il est vrai que le rire nous reste ensuite en travers de la gorge et l’humour tourne alors au tragique lors de la scène de gavage. La Ricotta est un film assez féroce envers les nantis.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Orson Welles, Mario Cipriani
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Remarques :
* Le film Rogopag fut exploité sans le sketch de Pasolini sous le titre Laviamoci il cervello (Lavons-nous le cerveau).

* Originellement, les quatre sketches étaient :
1. Illibatezza (Pureté) de Roberto Rossellini avec Rosanna Schiaffino
2. Il Nuovo Mondo (Le Nouveau Monde) de Jean-Luc Godard avec Jean-Marc Bory et Alexandra Stewart
3. La Ricotta (Le Fromage blanc) de Pier Paolo Pasolini
4. Il Pollo ruspante (Le Poulet de grain) de Ugo Gregoretti avec Ugo Tognazzi

5 février 2014

Le Festin de Babette (1987) de Gabriel Axel

Titre original : « Babettes gæstebud »

Le festin de BabetteNous sommes à la fin du XIXe siècle, dans un petit hameau isolé de la côte danoise. La française Babette a fui Paris après la répression qui a suivi la Commune de 1871 et s’est réfugié ici. Elle est servante chez deux soeurs très pieuses, filles d’un défunt pasteur qui avait su unir la petite communauté. Quinze plus tard, grâce à une somme d’argent presque tombée du ciel, Babette va préparer pour le village un repas « à la française »… Le Festin de Babette fait partie de ces films totalement à part, uniques en leur genre, ceux que l’on n’oublie pas. L’histoire est inspirée d’une nouvelle de la danoise Karen Blixen (1). Elle est mise en scène avec beaucoup de retenue et de douceur, et aussi une certaine austérité à l’image de ses personnages qui sont tout à leur dévotion, à la recherche d’un certain ascétisme jusque dans leurs paroles. Les deux soeurs communiquent entre elles presque exclusivement par des regards. Cela n’empêche pas l’humour d’être présent, notamment dans toute la séquence du repas. L’ensemble fait penser à certains films de Dreyer (2). Au-delà du regard porté sur cette petite communauté qui semble hors du monde, Le Festin de Babette est un film sur la grâce, cette grâce indéfinissable mais aussi insaisissable : les deux voyageurs venus du monde extérieur ont bien perçu cette grâce mais, incapables de la saisir pour s’en emparer, ils en sont restés perturbés à jamais. Le Festin de Babette serait ainsi un film plutôt contemplatif : tout comme nous savourons des yeux ce repas unique, cette belle fable pose plus de questions (notamment sur le sens que nous donnons à notre vie) qu’elle ne donne de solutions. Le petit discours du général en fin de repas est représentatif de notre propre confusion : lui qui venait chercher des réponses va repartir encore plus troublé mais comme nourri (!) d’une dimension supplémentaire. L’interprétation est parfaite, sans éclat inutile. Oui, Le Festin de Babette fait bien partie de ces films à nul autre pareil. Il semble, lui aussi, avoir été touché par la grâce.
Elle: 4 étoiles
Lui : 5 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Stéphane Audran, Bodil Kjer, Birgitte Federspiel, Jarl Kulle, Jean-Philippe Lafont, Bibi Andersson
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(1) Karen Blixen (1885-1962) est également l’auteure de Out of Africa (porté à l’écran par Sidney Pollack) et de Une histoire immortelle (porté à l’écran par Orson Welles).
(2) Le visage de l’un des personnages, une femme du village, ressemble vraiment beaucoup à Mathilde Nielsen dans Le Maître du logis (1925) de Carl Dreyer (cliquer pour voir l’affiche). Il s’agit probablement d’un hommage.

6 septembre 2013

Le Narcisse noir (1947) de Michael Powell et Emeric Pressburger

Titre original : « Black Narcissus »

Le narcisse noirUne religieuse est envoyée par sa mère supérieure dans une région perdue de l’Himalaya pour y fonder une école et un dispensaire. Elle est accompagnée de quatre nonnes… Le Narcisse noir est adapté d’un roman de Rumer Godden, anglaise qui a grandi en Inde et également auteur du roman Le Fleuve que Jean Renoir adaptera peu après. C’est une histoire assez étrange qui met en scène de façon originale les différences de cultures. Michael Powell en fait un film à la fois assez fort et aussi très beau grâce aux matte paintings  de Walter Percy Day(1) magnifiés par le Technicolor et la photographie de Jack Cardiff. Ce dernier et le directeur artistique Alfred Junge furent tous deux oscarisés pour leur travail. En plus des questionnements et interrogations des nonnes sur leur foi, l’histoire peut être vue comme une métaphore de la fin de la domination anglaise en Inde (2). Le Narcisse noir n’est certes pas un film parfait, notamment sur le plan du déroulement du scénario et du rythme, mais il fait montre d’une belle intensité dans certaines scènes.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Deborah Kerr, Kathleen Byron, Sabu, David Farrar, Jean Simmons
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Remarques :
Le narcisse noir* Le film a été tourné en studio avec des décors en toiles peintes et dans un parc exotique du sud de l’Angleterre (Leonardslee Gerdens, Horsham, West Sussex).
* Michael Powell écrit dans ses mémoires : « Black Narcissus est le film le plus érotique que je n’ait jamais tourné. Tout est suggéré, mais l’érotisme est présent dans chacun des plans du début à la fin. »
* Michael Powell y évoque également l’importance de la musique, notamment pour la scène débutant avec le petit Joseph apportant le thé jusqu’à la chute à la cloche (env. 86′ à 91′). Pour ces cinq minutes, tout fut minuté, la musique étant écrite avant de tourner. Il est vrai que l’utilisation parfaite de la musique donne beaucoup de force à cette scène. De plus, Kathleen Byron y est absolument exceptionnelle : lorsqu’elle ouvre la porte, il y a une intensité phénoménale qui se dégage de son regard.
* Dans la version américaine, la censure a imposé de couper toutes les scènes de flashbacks (scènes en Irlande où Sister Cladagh est amoureuse avant d’entrer au couvent).

(1) Lire le premier commentaire ci-dessous pour une explication et une belle illustration de la technique du matte painting.
(2)Le film a été tourné au moment où l’Inde était en plein processus d’indépendance. On pourra cependant noter que le roman de Rumer Gordon avait été écrit dix ans auparavant en 1938. Il était donc assez prophétique.

1 mars 2013

Le Cochon de Gaza (2011) de Sylvain Estibal

Titre anglais : « When Pigs Have Wings »

Le cochon de GazaLe lendemain d’une tempête, Jafaar, un pêcheur palestinien de Gaza, trouve dans ses filets un cochon vivant. Il ne sait comment faire pour se débarrasser de cet animal impur. Il tente tout d’abord de le proposer discrètement aux observateurs des Nations-Unies mais sans succès… Cette comédie qui se déroule à Gaza est le premier long métrage d’un journaliste et romancier français né en Uruguay, Sylvain Estibal. Il en a écrit lui-même le scénario. Le sujet a beau être délicat, surtout quand il s’agit de faire de l’humour, il sait trouver le ton juste. Son humour n’est jamais méchant ni même trop caustique et il est difficile de ne pas adhérer au fond du propos qui prône le rapprochement des peuples. Sylvain Estibal joue beaucoup avec le côté saugrenu et même ubuesque de certaines situations. Il y a vraiment de belles trouvailles d’humour et de belles réparties. Le Cochon de Gaza est une réussite.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Sasson Gabai, Baya Belal, Myriam Tekaïa, Khalifa Natour, Ulrich Tukur
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